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Virginie Blanchette, Université du Québec à Trois-Rivières
Pieds nus en noir et blanc

Quelle est la première personne à qui l’on pense pour régler les problèmes de dents? Au dentiste.
Est-ce que nous avons le réflexe de penser aux podiatres pour traiter les complications reliées au diabète ? Malheureusement, la réponse est trop souvent « non ».

[Ce texte est une proposition soumise
au Concours de vulgarisation de la recherche (édition 2020-2021),

éditée conjointement avec le soutien de l'Acfas.]

Pourtant, les podiatres peuvent grandement contribuer aux soins des personnes qui ont des plaies diabétiques au niveau des pieds, également appelées ulcères plantaires diabétiques. Chaque jour, au Canada, ce sont 14 personnes atteintes de diabète qui subissent une amputation à la suite d’un ulcère.

Ces amputations ont des impacts désastreux sur leur santé physique et psychologique, en plus de réduire leur qualité de vie. En outre, ces personnes sont plus à risque d’une mort précoce. Il a toutefois été démontré que quatre amputations sur cinq seraient évitables grâce à la prévention et à des soins appropriés. Aussi, il est tout indiqué que ceux-ci soient prodigués par une équipe composée de divers professionnel-le-s de la santé, travaillant en partenariat avec les patient-e-s. Dans cette optique, est-ce qu’une équipe interprofessionnelle incluant la podiatrie permettrait de réduire les complications de l’ulcère plantaire diabétique ? C’est la question au cœur de ce projet.

Les pieds entre bonnes mains

Pour l’ensemble des équipes étudiées dans le cadre de cette recherche, la prise en charge des ulcères plantaires diabétiques par des équipes incluant des podiatres a permis de réduire le nombre d’amputations, mais aussi les coûts en santé et le nombre de décès reliés à ces affections. 

Les principaux résultats démontraient également que les podiatres occupaient un rôle de leaders ou de coordonnateur-trice-s des soins au sein de l’équipe médicale traitant cette complication. Et pour cause : les podiatres sont des professionnel-le-s de la santé qui ont l’expertise et les compétences nécessaires pour diagnostiquer, évaluer et traiter toutes affections et maladies au niveau local des pieds. Parmi les actes médicaux répertoriés, ils contribuaient majoritairement aux soins des ongles et des callosités au sein des équipes. De plus, dans ces équipes, ils posaient des actes chirurgicaux, prodiguaient des soins locaux de plaie, soit la nettoyer, enlever la « peau morte» et choisir un pansement approprié, et jouaient un rôle essentiel dans la prévention et l’éducation auprès des patient-e-s. Plus rarement, les podiatres intervenaient pour réduire la pression à la surface des pieds. Cela représente un fait étonnant, considérant les compétences des podiatres pour la « mécanique » des pieds et l’importance de la prise en charge de la pression au niveau de l’ulcère pour maximiser la guérison. Cet aspect de la pratique clinique est pourtant ce qui amène généralement plusieurs personnes à consulter les podiatres. 

Les principaux résultats démontraient également que les podiatres occupaient un rôle de leaders ou de coordonnateur-trice-s des soins au sein de l’équipe médicale traitant cette complication. Et pour cause : les podiatres sont des professionnel-le-s de la santé qui ont l’expertise et les compétences nécessaires pour diagnostiquer, évaluer et traiter toutes affections et maladies au niveau local des pieds.

La prise en charge en équipes incluant la podiatrie permettrait ainsi une diminution significative des amputations majeures, soit des ablations au-dessus de la cheville et au niveau de la jambe, de 55 %. Ce sont ces amputations qui ont le plus d’impacts négatifs sur la santé des patient-e-s. Bien que cette diminution soit cohérente avec les connaissances scientifiques actuelles, il faut nuancer puisque cette diminution ne peut pas être strictement attribuable à la podiatrie. En effet, d’autres facteurs peuvent contribuer à la réduction des amputations. Par exemple, il y a l’application de pratiques exemplaires en matière des soins des ulcères par les professionnel-le-s de la santé, l’optimisation de l’organisation et de l’évolution du traitement au sein de l’équipe et de l’ensemble du système de santé, puis l’accessibilité et l’équité des ressources. Le comportement des patient-e-s  à l’endroit des recommandations de prévention et de soins des ulcères sont également très importants. 

Sommes-nous « au pied du mur » au Canada ?

En 2020, au Canada, une personne sur trois vivait avec le diabète ou le prédiabète, soit dans une condition où elles sont plus à risque de développer des problèmes liés aux vaisseaux sanguins, au cœur, aux yeux, aux reins ou aux pieds. De ce nombre, plus du tiers développera une plaie au pied au cours de sa vie. Or, la grande majorité des amputations impliquant le pied ou la jambe survient après un ulcère, et le risque est encore plus grand lorsque les patient-e-s souffrent d’une mauvaise circulation sanguine ou d’une infection.

La composition de l’équipe de prise en charge dépend bien sûr des besoins de la personne traitée, de la complexité de l’ulcère et des ressources disponibles. Avec une meilleure connaissance de ces paramètres, le plein potentiel de cette pratique en collaboration peut être favorisée. La podiatrie occupe un rôle clé pour les soins des ulcères, et son intégration au sein d’une équipe interprofessionnelle pour ce traitement est d’ailleurs appuyée par les recommandations médicales internationales. Malgré cela, la reconnaissance de cette spécialité est limitée dans de nombreux pays, dont au Canada. Le manque d’accessibilité et le fait que les soins podiatriques ne soient pas couverts par le système de santé public sont des enjeux importants pour certain-e-s patient-e-s.

La podiatrie occupe un rôle clé pour les soins des ulcères, et son intégration au sein d’une équipe interprofessionnelle pour ce traitement est d’ailleurs appuyée par les recommandations médicales internationales. Malgré cela, la reconnaissance de cette spécialité est limitée dans de nombreux pays, dont au Canada. Le manque d’accessibilité et le fait que les soins podiatriques ne soient pas couverts par le système de santé public sont des enjeux importants pour certain-e-s patient-e-s.

Des recherches supplémentaires rigoureuses sont nécessaires pour étudier les équipes au-delà de la recension exhaustive de la littérature scientifique réalisée. Cela permettrait d’émettre des recommandations à la fois judicieuses et convaincantes pour une intégration appropriée de la podiatrie aux équipes de soins. Le patient ou la patiente et sa famille sont également des partenaires essentiels au sein de l’équipe. Les populations les plus vulnérables à développer un ulcère, comme les personnes issues de milieux socioéconomiques défavorisés, les personnes âgées ou certaines populations ethnoculturelles, n’ont pas toujours les moyens de consulter un-e podiatre. D’ici là, l’important, c’est que chaque patient-e trouve ce qui lui convient dans le système de santé afin d’obtenir des soins optimaux, en suivants des recommandations personnalisées. 

Gardons en tête que c’est en faisant équipe que nous pouvons combattre « cette épine dans le pied » que sont le diabète et ses complications.


  • Virginie Blanchette
    Université du Québec à Trois-Rivières

    Virginie Blanchette est professeure à l’Université du Québec à Trois-Rivières, où elle enseigne en médecine podiatrique. Elle est chercheuse associée postdoctorale à l’Université Laval à la Chaire de recherche du Canada sur la décision partagée et l’application des connaissances. Elle est membre de plusieurs groupes, centres et réseaux de recherche afin de soutenir sa programmation pour réduire les amputations diabétiques et accroître les soins centrés sur les patient-e-s.

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Dans cette chronique, les chercheuses et les chercheurs sont invité-e-s à présenter leurs travaux sur un mode vulgarisé, accessible à un public adulte de toutes disciplines.

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