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L’anorexie : un cas qui pèse lourd

En s’imposant des régimes restrictifs, les personnes qui souffrent d’anorexie mettent leur vie en danger. Plusieurs professionnels de la santé comme les nutritionnistes et les psychologues sont alarmés, car 5% des personnes anorexiques en décèdent (Coumau, 2017). Ce trouble est plus commun qu’on pourrait le penser, car 1% des jeunes femmes de 12 à 30 ans en souffrent (Gravel, 2015). L’anorexie est un trouble du comportement alimentaire se caractérisant par une alimentation insuffisante suivie d’une importante perte de poids, dont plusieurs théories tentent d’en expliquer la cause.

À propos de l'article
J’ai l’immense plaisir de vous présenter le texte gagnant du 1er prix du 5e Concours de vulgarisation scientifique chapeauté par le département de psychologie du Collège Montmorency. Ce concours a commencé à prendre forme, il y a quatre ans, dans mon cours d’initiation à la psychologie. Officiellement, je cherchais un moyen d’encourager mes étudiants de sciences humaines, fraîchement débarqués dans le monde collégial, à bien écrire. Mais officieusement, je souhaitais quelque chose de plus intangible. Je voulais que qu'ils aiment écrire! Le défi exigeait de sortir des sentiers battus pour renouveler le travail de fin de session traditionnel qui n’a pour lectorat que l’enseignante. Mais comment? Au lieu de me prendre la tête en lisant tout ce qui se fait d’innovateur en pédagogie, je me suis de tout bêtement poser la question suivante : dans le domaine de la psychologie, qu’est-ce que j’aime lire, qu’aie-je le goût d’écrire? Des articles de vulgarisation scientifique! Voilà! Depuis, chaque session, mes étudiants rédigent des textes qui ont pour objectif d’informer et d’intéresser autant l’enseignante que les parents et les amis. Même si au départ, l’idée de publier les meilleurs textes était embryonnaire, je voulais qu'ils aboutissent à un résultat de grande qualité. Je voulais qu’ils soient tellement fiers que plusieurs récidivent à écrire pour et sur la science.

Tania Tremblay, enseignante au département de psychologie du Collège Montmorency

Balance
Source : Pexels.com

Les différentes visions de l’anorexie

Depuis longtemps, on tend à expliquer l’anorexie en tant que phobie. Les personnes touchées par ce trouble alimentaire auraient peur de grossir. Cette peur serait due à une perception déformée du corps. Toutefois, plusieurs arguments scientifiques penchent désormais vers l’hypothèse de la dépendance. Quand une personne anorexique observe une perte de poids significative, l’hormone du bonheur est sécrétée dans son cerveau1, et elle ressent du plaisir. Cette hormone, la dopamine, joue un rôle important dans le cycle de la dépendance. Après quelque temps, pour une même action, la dopamine sera sécrétée en plus petite quantité. Pour ressentir la sensation habituelle de plaisir, l’action doit s’amplifier. Dans le cas d’une personne anorexique, la dépendance à la perte de poids devient de plus en plus intense puisque la dopamine est libérée en plus petite quantité. Pour compenser, elle met plus d’effort pour faire diminuer le chiffre sur la balance. Philip Gorwood, a mené une étude où il a montré à 70 femmes souffrant d’anorexie des images de corps très maigres, afin d’évaluer leur réaction émotionnelle. Il a étudié leur comportement à la vue de ces images en observant l’augmentation, rapide ou non, de leur niveau de transpiration. Les femmes présentaient des réactions émotionnelles positives, c’est-à-dire, qu’elles transpiraient davantage. Le psychiatre français et son équipe ont déclaré que cette sudation était une réaction liée à l’addiction et non à la phobie de maigrir2

Anorexie et biologie

Les images de l’idéal de beauté montrées dans les magazines, à la télévision et sur les réseaux sociaux influencent la manière que les individus ont de se percevoir. Cependant, bien que les représentations  de maigreur soient un renforçateur, elles ne peuvent déclencher un trouble du comportement alimentaire3. Elles doivent être jumelées à une disposition spécifique des gènes d’une personne. Pour le démontrer, Howard Steiger a fait une étude avec plusieurs couples de sœurs jumelles. Il a remarqué que dans 60 à 70% des cas, lorsque l’une des jumelles est atteinte d’anorexie nerveuse, le même phénomène se produisait chez la seconde4. Aussi, certains événements stressants de l’enfance modifient l’organisation des gènes de l’ADN4, rendant ces personnes plus vulnérables.

Ou encore, l’explication de l’anorexie pourrait s’expliquer par une piste bactérienne. De fait, les recherches de Serguei Fetissov et Pierre Déchelotte démontrent que la protéine ClpB est capable de tromper le cerveau et de déréguler l’appétit5. Tout commence dans la flore intestinale, où plusieurs « bonnes » bactéries s’y trouvent, dont E. coli. Cette dernière fabrique la protéine ClpB. Une fois dans l’intestin, cette protéine produit des anticorps qui se fixent ensuite sur l’hormone de la satiété, car ils la confondent avec une autre protéine. Cela a pour effet de couper l’appétit.

L’anorexie : lourde de conséquences

D’une part, les conséquences de l’anorexie sont physiques. Il y a évidemment une perte de poids intense, mais aussi la dénutrition qui entraîne une perte importante de masse osseuse et les vomissements, une usure des dents6. L’anorexie peut également provoquer des désordres physiques comme des troubles cardiaques et rénaux. Pour sa part, l’anémie, une baisse de fer dans le sang, affaiblit les personnes. L’anorexie peut aussi mener à une déshydratation et à une perte de cheveux.

D’autre part, il y a des conséquences sur la santé mentale. L’anorexie peut entraîner un autre trouble du comportement alimentaire, la boulimie. Il s’agit d’une consommation excessive de nourriture suivie de vomissements provoqués ou autres comportements qui a pour but la perte de poids. Il y a de 20 à 50% des personnes anorexiques qui souffrent aussi de boulimie (Déchelotte, 2015). Dans d’autres cas, l’anorexie conduit à de la dépression. Suite à cette dernière, 20 à 30% des personnes anorexiques font une tentative de suicide.

Le combat contre l’anorexie

Les traitements pour guérir l’anorexie peuvent différer et se compléter. D’abord, le traitement physique est celui de la renutrition qui consiste à rétablir une alimentation régulière. Le but est de normaliser le poids. Aussi, l’anorexie peut être traitée psychologiquement, et la consultation est un traitement courant. Du côté de l’approche cognitive, la démarche consiste à réapprendre à s’alimenter de façon saine et à retrouver le plaisir de manger. Une approche humaniste, pour sa part, propose la thérapie familiale qui aidera à renforcer les liens avec les proches, car l’anorexie mentale engendre souvent des perturbations au sein de la cellule familiale. Dans certains cas, les personnes atteintes d’anorexie peuvent être hospitalisées. L’hospitalisation de jour est recommandée, car l’hospitalisation à temps complet retire complètement le patient de sa vie quotidienne. Pour aider à la réinsertion de la personne anorexique dans un train de vie régulier, il est important que celle-ci ne soit pas coupée de ses amis et de sa famille6. En plus de retrouver une bonne santé physique, le patient doit retrouver confiance en lui.

L’anorexie est un trouble du comportement alimentaire vaguement reconnu par plusieurs personnes, mais qui seraient incapable d’en identifier les causes réelles. Même si ce trouble est complexe, les chercheurs font continuellement de nouvelles découvertes à son sujet. Avec celles-ci, il sera plus facile de venir en aide aux gens atteints d’anorexie. Le pourcentage de personnes qui décèdent à cause de l’anorexie se verrait alors diminuer au fil des années.

Médiagraphie :

  • Gravel, P. (7 février 2015). L’anorexie : un trouble génétique induit par l’environnement, dans Le Devoir, pp. 1-5.
  • Anorexie mentale (2014). Dans La science pour la santé. Repéré à www.inserm.fr/information-en-sante/dossiers-information/anorexie-mentale
  • Anorexie, le plaisir de maigrir. (2016). Dans Agence Science-Presse. Repéré à www.sciencepresse.qc.ca/blogue/2016/06/14/anorexie-plaisir-maigrir
  • Duriez, P., Guy-Rubin, A. & Gorwood, P. (2017). L’anorexie une nouvelle addiction?, dans Cerveau & Psycho, 86, pp. 31-35.
  • Coumau, C. (2017). L’anorexie, une addiction au plaisir de maigrir, dans Sciences et Avenir, 843, 68-71.
  • Juery, F. (date inconnue). L’anorexie mentale. dans Science & Vie, hors série, pp. 68-69.
  • Déchelotte, P. (2015). Anorexie, La piste bactérienne, dans Science & Vie, 23, pp. 83-86.
  • Lefèvre-Belleydier, A. (2018). Qu’est-ce que l’anorexie?, dans Science & Vie, pp.1-3.
  • 1. Duriez, Guy-Rubin et Gorwood, 2017
  • 2. Jalinière, 2016
  • 3. Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux de l’Ouest-de-l’île-de-Montréal, 2003
  • 4. a. b. Gravel, 2015
  • 5. Déchelotte, 2015
  • 6. a. b. La science pour la santé, 2014

Auteur(e)

Anne Prégent
Collège Montmorency

Anne Prégent est étudiante au collégiale, au programme de sciences humaines, avec profil Regards sur l'individu.

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