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Questions pour Évelyne Jean-Bouchard, postdoctorante

Le postdoctorat me permet également d’avoir un statut reconnu et valorisé par mes pairs, puisque je suis affiliée à un important centre de recherche. Je peux aussi bénéficier d’un horaire flexible qui me permet de m’occuper de mon fils lorsque nécessaire.

Postdoctorat BouchardQuelles étaient vos attentes avant ou en début du postdoctorat?

J’ai commencé un postdoctorat un peu à reculons. Après la défense de ma thèse, je manquais de créativité et d’enthousiasme pour imaginer et mettre en œuvre un nouveau projet de recherche. C’était un peu comme si, après la fin d’un marathon, on nous demandait de courir un 10 kilomètre supplémentaire. Puis j’ai entrepris lentement de nouvelles lectures, j’ai rencontré quelques personnes et l’idée a fait peu à peu son chemin. 

Il faut dire que mes priorités ont beaucoup changé après la naissance de mon fils qui a des besoins particuliers. Puisque j’avais fait mes recherches de doctorat au Nord Kivu, en République Démocratique du Congo, il fallait que je diversifie mon champ d’expertise afin de rester auprès de lui. Mon projet postdoctoral m’offrait donc la possibilité de développer mes recherches et mon réseau professionnel au Québec et de concilier mes obligations familiales et professionnelles.

Aujourd’hui, je travaille au Centre de recherche en droit public (CRDP) à l’Université de Montréal sur un projet qui vise à mieux comprendre le rôle et la place des femmes au sein des instances de gouvernance autochtone au Québec. Ce projet est réalisé en collaboration avec l’Association des femmes autochtones du Québec et mènera potentiellement au développement d’un outil de plaidoyer utile aux partenaires autochtones dans le cadre de consultations plus larges au sein de leur communauté et auprès des gouvernements québécois et canadien.

Quels constats faites-vous aujourd’hui?

Je ne regrette pas ce choix. Sur le plan matériel d’abord, je poursuis mes recherches dans de bonnes conditions, au sein d’une solide équipe de recherche. Le postdoctorat me permet également d’avoir un statut reconnu et valorisé par mes pairs, puisque je suis affiliée à un important centre de recherche. Je peux aussi bénéficier d’un horaire flexible qui me permet de m’occuper de mon fils lorsque nécessaire.

Le statut précaire du postdoctorant reste cependant un problème sérieux, notamment parce que ce statut n’est pas clairement défini au sein du milieu académique. Par exemple, nous ne pouvons pas bénéficier d’avantages sociaux. Par conséquent, si nous interrompons notre travail pour des raisons médicales ou s’il nous faut des soins spécialisés, nous devons le faire à nos propres frais.

Quels conseils donneriez-vous à des doctorants envisageant d'entreprendre un postdoctorat?

Je crois que le meilleur conseil que je pourrais donner serait de prévoir cette étape, c’est-à-dire un an ou deux avant la fin du doctorat. D’abord pour monter un bon projet de recherche et ensuite pour rencontrer les gens avec qui l’on souhaite travailler. Il est en effet très important de bien choisir son laboratoire et ses directeurs de recherche puisque la synergie entre l’établissement d’accueil et le candidat est déterminante dans l’octroi de bourses postdoctorales. Enfin, parce que ces concours sont très compétitifs, il n’est pas inhabituel d’essuyer des refus à la première tentative. Il ne faut pas se décourager et prendre le temps de bonifier son dossier pour un deuxième ou même un troisième essai.

Comment envisagez-vous l’après-postdoctorat?

Dans le meilleur des mondes, j’aimerais occuper un poste de professeure, mais les opportunités sont rares et la compétition, très forte. Le postdoctorat permet donc aussi d’avoir un peu de temps afin d’envisager des options non académiques, par exemple une carrière en gestion de la recherche ou dans mon cas, en milieu communautaire. Dans ce contexte, l’initiative conjointe des Fonds de recherche du Québec (FRQ)et de l’École nationale d'administration publique (ÉNAP) pour offrir un microprogramme en gestion de la recherche est très pertinente.

Le statut précaire du postdoctorant reste cependant un problème sérieux, notamment parce que ce statut n’est pas clairement défini au sein du milieu académique. Par exemple, nous ne pouvons pas bénéficier d’avantages sociaux. Par conséquent, si nous interrompons notre travail pour des raisons médicales ou s’il nous faut des soins spécialisés, nous devons le faire à nos propres frais.

Auteur(e)

Évelyne Jean-Bouchard
Université de Montréal

Évelyne Jean-Bouchard est stagiaire postdoctorale CRSH au Centre de recherche en droit public de l’Université de Montréal. Elle détient un Ph. D. en droit de l’Université d’Ottawa, une maîtrise en droit international et un baccalauréat en relations internationales et droit international de l’Université du Québec à Montréal. Elle a travaillé sur le terrain en Afrique francophone, en Haïti et dans les milieux autochtones au Québec.