Aller au contenu principal
18 avril 2017
Anne Laure Mahé
Université de Montréal
Rubrique:

L’élection de Donald Trump a déjoué tous les pronostics des spécialistes des sciences sociales. Ces dernières seraient-elles donc inutiles? En lançant le projet Dessinons les élections avec une équipe de chercheur.euse.s et de bédéistes, j'espère démontrer que la réponse est non.

Dessinons les élections, c'est quoi?

Dessinons les élections, c'est une initiative que j'ai lancée en février 2017 avec l'appui du Centre d'Études et de Recherches Internationales (CÉRIUM) de l'Université de Montréal, et du Centre de recherches politiques de Science Po (CEVIPOF). Il s'agit d'un blogue qui propose des analyses sur l'élection présidentielle française en cours, mais sous forme de bande dessinée! Chaque BD est coécrite par un.e chercheur.euse en sciences sociales et un.e bédéiste. Nous publions de nouvelles planches tous les jeudis sur des sujets aussi variés que la notion de République, la place des femmes en politique ou encore le rôle des journalistes. L'équipe est pluridisciplinaire : on y trouve des politistes, des sociologues, mais aussi un criminologue, des philosophes… Même diversité du côté des bédéistes, certains font de la vulgarisation des sciences sociales depuis des années alors que d'autres sont des novices!

Le pari que nous faisons, c'est qu'il existe aujourd'hui, au Canada, en France et au-delà, un public friand de nouvelles connaissances, qui cherche à mieux comprendre les débats d'actualité et les phénomènes de société. Avec ce projet, nous tentons de lui faire découvrir une petite partie du savoir que les sciences sociales produisent. Nous essayons de faire part de nos travaux à un plus large public, la diffusion scientifique se limitant règle générale à des ouvrages et des revues spécialisés, pas toujours en accès libre. Il ne s'agit pas ici de délégitimer cette partie du travail des chercheur.euse.s, mais de prendre en considération la nécessité de partager le savoir que nous construisons alors que nos sociétés font face à des défis complexes et très sérieux : le terrorisme, le changement climatique et ses impacts, l'accroissement des migrations, ou encore la montée du populisme un peu partout sur la planète.

Où sont les femmes?
Où sont les femmes ? Par Baptiste et Valérie Amiraux : Sur 11 candidat.e.s à l’élection présidentielle, seulement deux sont des femmes. Avec cette BD, nous voulions donner un panorama plus large de la situation et des explications qui sont avancées dans la littérature scientifique. 

La BD comme médium : un mariage pas si fou

Le choix de la BD comme médium pourrait paraître un peu incongru, et il faut avouer que le projet a laissé certain.e.s participant.e.s perplexes au début! En effet, pour beaucoup d'entre nous, la BD reste associée soit à de grands classiques comme Tintin, soit à la littérature jeunesse, soit au comics de superhéros américains. Or, la BD a beaucoup plus à dire!

C'est ainsi qu'un nouveau courant se développe depuis le début des années 2000, celui de la "BD du réel1". Au sein de cette appellation très générale se côtoient des auteur.trice.s très différent.e.s dont le point commun est de proposer des récits non fictionnel. On y retrouve ainsi des BD de reportage dans la lignée du travail fondateur de l'américain Joe Sacco; des (auto)biographies qui font découvrir la grande histoire à travers la petite, à l’instar de l'exemple du québécois Guy Delisle et dont on pourrait ici faire remonter les origines à Mauss d'Art Spiegleman; ou encore des ouvrages de vulgarisation, genre qui se développe par ailleurs largement sur Internet. En France, la popularité de ce type de BD est visible non seulement dans les rayons spécialisés des libraires, mais également dans la multiplication de collections de sciences en BD par les grands éditeurs historiques : Sociorama chez Casterman, La petite bédéthèque des savoirs chez Le Lombard, et la petite dernière, Octopus, chez Delcourt. La production est plus modeste au Québec, mais elle existe. On pense ainsi à Chroniques du centre Sud de Richard Suicide, ou encore Mile-End et Nunavik de Michel Hellman. La BD du réel se publie aussi dans la presse, et de plus en plus dans des revues généralistes. Selon moi, il y a là un filon qui mériterait d’être davantage exploré, dans le milieu de la recherche, entre autres…

Dessinons les élections doit donc beaucoup à ces précurseurs, et fait le pari de contribuer à ce dynamisme de la BD en explorant une partie de ses possibilités. L'initiative est à cet égard expérimentale, et une grande latitude est laissée aux auteur.trice.s avec l'idée de laisser surgir les diverses formes que les rencontres, toujours différentes, entre le milieu de la recherche et celui de la BD peuvent prendre.

Tous républicains?

Tous républicains? a été réalisé ar Ainhoa et Frédéric Mérand. Le terme « républicain » est omniprésent en politique française, mais qu’est-ce que cela veut dire ? Avec cette BD, les auteurs proposent un retour historique et philosophique sur une notion souvent servie à toutes les sauces!

République 1

République 2

République 3

Ils en ont parlé

Ils en ont parlé, par Emanuelle Dufour, Marie-Pierre Bousquet et Sébastien Brodeur-Girard. Les auteur.trice.s reviennent ici sur le débat qui a eu lieu au sujet d’une phrase d’Emmanuel Macron sur la colonisation. De quoi et de qui parle-t-on quand on évoque cet enjeu et pourquoi soulève-t-il encore les passions ?

Ils en ont parlé 1

Ils en ont parlé 3

Ils en ont parlé 2

  • 1. Une bibliographie pas du tout exhaustive se trouve sur mon blogue personnel, Dessinons la science politique. Le site BDfugue en comprend une autre, focalisée sur le reportage et le documentaire.

Auteur(e)

  • Sept réponses à la question du dossier : Quelle place faut-il accorder aux chercheurs-experts dans nos prises de décisions?

Commentaires