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Hydrocarbures en eau profonde : que nous révèlent les catastrophes?

Les déversements entraînent une cascade d’effets sociaux et sur la santé, particulièrement pour les communautés où l’économie est peu diversifiée.
  • Colloque 36 : Sommes-nous prêts pour l’exploration et l’exploitation des hydrocarbures dans le golfe du Saint-Laurent, prise deux! Qu’avons-nous documenté depuis Rimouski 2015?
  • Communication : L’exploitation des hydrocarbures en eau profonde et ses impacts sur la santé et la qualité de vie des populations des communautés côtièresLily LESSARD UQAR - Université du Québec à Rimouski, Danielle BOUCHER UQAR - Université du Québec à Rimouski, Jean-Yves DESGAGNÉS UQAR - Université du Québec à Rimouski, Dominique BEAULIEU UQAR - Université du Québec à Rimouski

 

Verra-t-on un jour une marée noire déferler sur les côtes de la Gaspésie, des Iles-de-la-Madeleine et de la Côte Nord? C’est un risque à envisager pour les communautés côtières de l’estuaire du Saint-Laurent, notamment parce que le gisement Old Harry est un projet qui fait rêver les entreprises d’extraction, et les pourparlers sont en cours. Il est donc plus que pertinent de s’interroger aujourd’hui sur les conséquences d’une telle exploitation. C’est une des raisons pour lesquelles un groupe de chercheurs de l’UQAR s’est penché sur les impacts sur la santé relatifs à l’exploitation des hydrocarbures en eau profonde.

Pour mieux comprendre ces enjeux, des chercheurs en sciences infirmières, en travail social et en anthropologie ont réalisé une revue de la littérature scientifique internationale. Lily Lessard, professeure en sciences infirmières de l’UQAR, présentait ces résultats de recherche lors du premier jour du congrès. Elle et ses collègues ont compilé les conséquences des catastrophes telles le naufrage de l’Exxon Valdez en Alaska en 1989 ou l’explosion de la plate-forme Deep Water Horizon dans le golfe du Mexique en 2010.

Lily Lessard explique qu’à la suite d’un déversement pétrolier on observe des conséquences importantes sur la santé physique des résidents et des touristes, mais surtout chez les personnes qui travaillent au nettoyage des lieux. Ces derniers sont exposés à l'inhalation et l'absorption cutanée des produits de dégradation des hydrocarbures pouvant provoquer des effets sur la santé à court terme tels que des perturbations neurologiques, des affections respiratoires, des malaises et vomissements.

« Nous sommes les intervenants de première ligne. Les problèmes physiques ou la détresse des gens c’est nous qui l’entendons, » explique-t-elle. Elle signale également les effets notables sur la santé mentale des populations, car « ces situations créent des stress très importants, pendant des périodes prolongées, et les effets qui en résultent perdurent. On parle de cas de dépression, d’anxiété, de stress post-traumatiques.» Du point de vue des populations, ces événements ont affecté la qualité du tissu social en contribuant notamment à la hausse de la consommation, des conflits et de la violence conjugale.

Comment prévoir ce type de catastrophes ?

Du côté des services de santé de l’Est-du-Québec, le personnel n’est pas nécessairement formé à ces problématiques. « Il y a des plans de mesure d’urgence, pour l’intervention immédiate. Par contre, à plus long terme, lorsque la poussière retombe, c’est là qu’on voit apparaître les tensions sociales et les problèmes de santé mentale,” explique la chercheuse particulièrement impliquée auprès des populations rurales, qu’elle décrit comme plus vulnérables. Ce qu’il faut retenir, c’est que les déversements entraînent une cascade d’effets sociaux et sur la santé, particulièrement pour les communautés où l’économie est peu diversifiée.

Comme elle le souligne, les effets à long terme sont peu documentés : « Ce qui est préoccupant c’est que les données sont insuffisantes pour dégager des conséquences au niveau des maladies chroniques. Il y a des limites dans la littérature et on a constaté qu’il y a peu d’études longitudinales qui ont été réalisées ». Par exemple, dans le cas du déversement dans le golfe du Mexique, les chercheurs ont constaté qu’il y avait beaucoup d’éléments manquants au niveau des plans de mesures d’urgence. « On devrait tirer des leçons », estime Lilly Lessard. Il y a notamment une méconnaissance des produits utilisés en cas de déversements, comme les dispersants dont nous ne connaissons pas les effets sur la santé des populations exposées.

Selon elle, il est tout à fait pertinent de se poser ces questions dès aujourd’hui. Au Québec, il y aurait tout un travail à faire auprès des infrastructures et des acteurs de la santé. Elle pose sérieusement la question de notre capacité d’intervention dans le golfe Saint-Laurent en cas de déversement.  « Il y a vraiment un besoin de sensibilisation et de formation, or en dehors des interventions d’urgence, nous ne sommes pas réellement préparés.»

Auteur(e)

Lou Sauvajon
Journaliste

Nominée aux Grands Prix du Journalisme Indépendant pour la catégorie de la relève, Lou Sauvajon est une jeune journaliste scientifique fascinée par la biologie, l’agriculture et l’éthique des sciences. Elle affectionne tout particulièrement la radio et les podcasts audio. À titre bénévole, elle a rejoint l’équipe de l’émission « L’œuf ou la poule? » et participe également à la création de podcasts scientifiques pour Québec Science.

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