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10 mai 2016
Anne Gabrielle Ducharme
Journaliste

"En documentant les récits de vie de 84 djihadistes canadiens partis pour la Syrie ou l’Irak, on constate qu’à tout moment les choses auraient pu changer", explique David Morin. Le chercheur préfère ainsi adopter une approche axée sur la trajectoire, plutôt que sur le profil.

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Comment en vient-on à se faire djihadiste? Pour comprendre, des chercheurs de l’Université de Sherbrooke se penchent sur le parcours d’extrémistes canadiens afin de caractériser leur trajectoire. À ce stade, les conclusions de l’étude illustrent que ce parcours est parsemé d’aléas et qu'il est loin d'être linéaire.

« En documentant les récits de vie de 84 djihadistes canadiens partis pour la Syrie ou l’Irak, on constate qu’à tout moment les choses auraient pu changer », explique David Morin. Le chercheur préfère ainsi adopter une  approche axée sur la trajectoire, plutôt que sur le profil. « Un parcours de vie ne se réduit pas à ce que l’on est devenu, plusieurs choses sont prises en compte, même le hasard », poursuit-il.

La création de lignes du temps permet, par exemple, de constater que l’arrivée du facteur religieux dans le processus de radicalisation se fait à des moments extrêmement variables. « La religion peut se pointer très tardivement, parfois quelques jours avant le passage à l’action. On peut, dans ces cas, parler d’endoctrinement superposé à la radicalisation, ou en d’autres termes, de "radicalisation islamisée" », souligne le professeur de l’Université de Sherbrooke.

Mais si l’islam n’est pas responsable, alors qui?

« Le discours des recruteurs djihadistes incite à la peur. Ils brandissent à leurs recrues l'approche de la fin du monde musulman, un monde menacé par les civilisations occidentales. Ils vendent le choc des civilisations », note Morin. Ce serait donc la crainte de disparaître qui enclencherait le processus «radicalisant », davantage que des croyances religieuses.

« Au Québec, on peut penser à ceux qui se sont portés à la défense de la présence du crucifix à l’Assemblée nationale. Ils n’étaient pas nécessairement religieux, mais cherchaient plutôt à préserver un symbole culturel », illustre le politologue.

Le besoin de défendre son identité en tant que minorité serait ainsi présent chez les jeunes radicalisés, et ce, surtout lorsque marié à une mauvaise intégration à la société d’accueil. « Ce sont des frustrations ou des difficultés relationnelles qui mènent à la radicalisation, davantage qu’un désir d’appliquer des postulats islamistes ».

"Ce sont des frustrations ou des difficultés relationnelles qui mènent à la radicalisation, davantage qu’un désir d’appliquer des postulats islamistes", David Morin.

Côté canadien

Le cas canadien présente inévitablement ses particularités, les jeunes djihadistes ayant vécus des expériences propres à un environnement nord-américain. « Ils vont combattre en sols étrangers, mais commettent très peu d’actions localement, contrairement aux Européens », énonce le chercheur en science politique.

De plus, au Canada, des individus quittent en « grappes », plutôt que sporadiquement, depuis peu seulement. « Les djihadistes européens s’expatrient depuis la première guerre en Afghanistan. Ici c’est plutôt depuis fin 2013 que l’on connaît une vague de départ substantielle».

Or, au Canada comme de l’autre côté de l’Atlantique, une question survient à tout coup lorsque l’on parle radicalisation : comment  apaiser le phénomène? « Nous avons plus que jamais besoin de la société civile pour parvenir à freiner la radicalisation, et il ne faut surtout pas se limiter aux actions institutionnelles », soutient David Morin. Il cite même Manuel Valls pour compléter son propos : «  Le premier ministre français le disait récemment, les actions de prévention ne doivent pas être apparentées à des actions gouvernementales. »

"Nous avons plus que jamais besoin de la société civile pour parvenir à freiner la radicalisation, et il ne faut surtout pas se limiter aux actions institutionnelles", soutient David Morin.

Auteur(e)

  • Anne Gabrielle Ducharme
    Journaliste

    Anne Gabrielle Ducharme est finissante en journalisme à l’Université de Montréal. Elle collabore au journal indépendant des étudiants de l’UdeM, Quartier libre, et a couvert l’édition 2015 de l’École d’été de l’Institut du Nouveau Monde (INM). Elle anime depuis trois saisons l’émission de radio Les Cogiteux, diffusée sur les ondes de CISM 89,3. Anne Gabrielle a également complété un stage comme journaliste à la recherche pour l’émission d’actualité internationale Planète Terre avant de se joindre à l’équipe de Découvrir pour le « spécial congrès » 2016.

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