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Réseau transnational : l’autoroute du soutien aux endeuillés

Michèle Vatz-Laaroussi observe que la migration, lorsqu’elle est supportée par un bon réseau transnational, renforce la pulsion de vie, la capacité de résilience et de transmissions intergénérationnelles.

 

[Colloque 424 - Deuil et mort en contexte migratoire : expériences, pratiques rituelles funéraires, stratégies d’entraide et réseaux transnationaux]Quand un proche d'un immigré décède, ce déraciné, à des milliers de kilomètres de sa terre natale, a besoin d'un bon réseau social. Ce réseau lui permet de franchir les frontières spirituelles, nationales et émotives… et de faire son deuil.

Toile sociale

Professeure titulaire de la Faculté des lettres et sciences humaines de l’Université de Sherbrooke, Michèle Vatz-Laaroussi s’intéresse aux fonctions « des réseaux transnationaux des migrants dans des situations de deuil ».

Ces réseaux sont la toile sociale qui, étendue sur plus d’un pays, entoure la personne. Ils sont généralement constitués de la famille et des amis - qu’ils soient au Québec ou dans le pays d’origine -, et de toute autre personne ayant eu une influence particulière. « Ils font le lien entre l’avant et l’après-migration, mais aussi entre le pays de départ et l’installation. Ils sont un vecteur de mobilité, de citoyenneté, mais surtout de soutien », explique la chercheure.

Trois moments de transition

Michèle Vatz-Laaroussi fonde sa recherche sur un échantillon de 27 trios féminins, chacun composé d’une fille, d’une mère et d’une grand-mère (désignées ainsi pour la recherche). Ces femmes immigrées au Québec viennent d’univers culturels complètement différents : Colombie, ex-Yougoslavie et Afrique subsaharienne.

Elle distingue trois concepts de transition majeurs chez ces femmes. D’abord, le mythe du retour : une majorité des immigrés croient qu’ils retourneront sur leur terre originelle au cours de leur vie. Bien que cela s’avère souvent illusoire, cette idée les aide considérablement à bâtir leur vie en terre d’accueil.

Puis, la nostalgie : elle pourrait aisément être néfaste et accablante pour la personne. Cependant, le réseau transnational « aide à porter la nostalgie à travers des modèles, la transmission de chansons, etc. Il permet de maintenir cette nostalgie vivante, mais surtout de lui donner corps et consistance. Elle devient ainsi le moteur qui permet de s’installer dans le nouveau pays, un outil de résilience », soutient Mme Vatz-Laaroussi. 

Finalement, la circularité intergénérationnelle : le réseau à travers les frontières apporte un soutien et une solidarité entre les générations, essentiels à la personne en deuil. Par exemple, la mère immigrée est elle-même en situation d’intégration; elle peut difficilement être à l’écoute de sa fille. La cadette se tourne alors souvent vers les membres de sa famille qui sont restés au pays natal, afin de demander conseil. L’apprentissage circule dans les deux sens : celle-ci devient également une source d’information et de savoir importante pour la partie de la famille qui n’a pas migré.

«Si la mère ou la grand-mère modifient leurs pratiques culturelles trop rapidement, elles seront sujettes aux reproches de la famille».

Par ailleurs, on pardonne plus facilement à une jeune fille de vouloir s’adapter à cette nouvelle terre. Si la mère ou la grand-mère modifient leurs pratiques culturelles trop rapidement, elles seront sujettes aux reproches de la famille. Considérées comme « traîtres », elles pourraient subir de la pression sociale. « Or il est normal que les jeunes, eux, changent », affirme la chercheure.

Michèle Vatz-Laaroussi observe, en fin de compte, que la migration, lorsqu’elle est supportée par un bon réseau transnational, renforce la pulsion de vie, la capacité de résilience et de transmissions intergénérationnelles.

Auteur(e)

Anne-Marie Duquette
Journaliste
Présentation de l’auteureAprès une technique en travail social au Cégep de Sherbrooke, plusieurs contrats en intervention sociale au Québec et à l’étranger, Anne-Marie Duquette poursuit ses études en littérature à l’Université du Québec à Rimouski. Conjuguer écrire et être en société, voilà son défi. Elle écrit pour plusieurs journaux locaux tels que le journal indépendant Le mouton Noir, la revue culturelle Le Girafe, le journal étudiant Le Soufflet et bon nombre de revues littéraires. Elle est également l’auteure d’un roman jeunesse intitulé Contre-temps, paru en 2009 aux éditions G.G.C.