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Le médecin virtuel malgré lui

« Le cyberespace est devenu un domaine de pointe dans les interventions de soutien psychosocial et de santé », lance d'entrée de jeu Joseph Josy Levy
[Colloque 622 - Le soutien en ligne : acteurs, usages et enjeux en santé des populations] Des maux de tête inquiétants, une douleur à l’abdomen persistante, un nouveau médicament étourdissant : une consultation s’impose. En quelques clics, on se rend sur une demi-douzaine de sites, tels des « cliniques » virtuelles, toujours ouvertes, sans liste d'attente. On circonscrit notre problème, et on ose même poser un diagnostic. Puis quelques jours plus tard, on se présente chez le médecin, et ... Savoirs, pratiques et conseils en réseau « Le cyberespace est devenu un domaine de pointe dans les interventions de soutien psychosocial et de santé », lance d'entrée de jeu Joseph Josy Levy, De fait, ce type d’aide occupe des fonctions émotionnelles et informatives, certes, mais aussi argumentatives : « Le soutien en ligne ne renvoie pas seulement à de l’information sur notre santé, mais aussi à des discussions sur des enjeux moraux ou éthiques qui permettent d’orienter le débat », souligne le chercheur. Si l’on tient compte du problème d’accès à un médecin de famille qui touche le Québec, ces sites risquent de devenir de plus en plus fréquentés. « On dit que tous les Québécois devraient avoir leur médecin de famille d’ici 2018, mais en attendant, les gens ont des besoins. Alors quels sont leurs choix? », clame M. Levy, professeur au Département de sexologie de l’Université du Québec à Montréal et membre de l’Axe Internet et santé du Réseau de recherche en santé des populations du Québec (RRSPQ). La réponse s’impose d’elle-même : « Ils vont s’automédicamenter et établir leur propre traitement ». De fait, cet accès immédiat à une foule de renseignements rend le patient très autonome, et M. Levy remarque qu'il est même plus expert que sur son médecin sur certaines questions. Ces réseaux numériques permettent également un abaissement des frontières qui s’avère bénéfique. « Pensez à une personne qui souffre d’une maladie rare et qui avant n'avait pas ou peu de possibilités d’accès avec des individus partageant les mêmes enjeux », souligne-t-il. Le contact avec d’autres individus aux quatre coins du monde peut être très bénéfique. Mais attention! Rien ne dit que ces patients seront bien orientés sur leur route vers l’autodiagnostic. 
 Trouver sa route dans jungle informationnelle À travers cette jungle informationnelle, « les outils de recherche sont basés sur des classements liés à la fréquentation », déplore M. Levy. « Le premier site s'affichant dans le moteur de recherche sera le plus populaire. Vous n’y resterez pas nécessairement longtemps, mais il sera comptabilisé ». Et ce, même si l’information qui s’y trouve est complètement erronée. Un titre accrocheur, un traitement qui suscite beaucoup d’espoir; il n’en faut pas plus pour que l’article soit relayé et ressorte comme un des premiers sujets. Les usagers du soutien en ligne se limitent rarement à un seul outil. Ils butinent d’une source à l’autre afin de corroborer les informations ou jusqu'à ce qu'ils trouvent des renseignements satisfaisants. En effet, il y a une certaine sélection des données opérée par l’utilisateur, une sorte de biais cognitif. « Si je n’aime pas faire de l’exercice physique, je ne vais pas aller chercher des sites qui me disent que je dois en faire trois ou quatre fois par semaine », illustre M. Levy. « Je vais chercher une information qui va me correspondre ». Au fond, l’organisation sociale du Web n’est pas si différente de celle de tous les jours. Nous avons tous une tante ou un voisin qui nous a assuré connaître le remède miracle contre la chute de cheveux ou la migraine. « C’est le même effet qui se transpose sur Internet », soutient le chercheur. « Ça obéit aux lois sociologiques de la rumeur et de la mode. »

Auteur(e)

Laurie Noreau
Journaliste

Laurie Noreau est étudiante à la maîtrise en communication publique – profil journalisme scientifique à l’Université Laval. Le stage au magazine Découvrir constitue donc une occasion pour cette jeune femme de 23 ans de parfaire sa formation dans le domaine. Depuis deux ans, elle acquiert de l’expérience en journalisme dans différents médias, dont L’Exemplaire, le média-école des étudiants en journalisme de l’Université Laval. L’été dernier, elle a également effectué un stage dans sa ville natale au sein du Nouvelliste, le quotidien de Trois-Rivières.