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Les éphémères menacent Expo 67

La Corporation de l’Expo 67 fera fi des avertissements de la Régie des eaux et procèdera à l’épandage de six tonnes de DDD sur les rives du fleuve Saint-Laurent au cours de l’été 1966.

[Domaine de recherche 405 - Milieux de vie, aménagement et appropriation de l'espace humain]

Exposition universelle de 1967. Montréal. Les ingénieurs s’affairent depuis plusieurs mois à l’élaboration des multiples installations qui accueilleront des millions de visiteurs. Les dernières briques posées et les dernières planches clouées, il ne restait qu’un problème à régler : le cas des éphémères, des insectes qui pullulent en été. Et si on utilisait du DDT pour les contrer?

Les éphémères, mieux connus dans le langage populaire sous le nom de mannes, ne sont pas des insectes dangereux : « Ils ne piquent pas et ne transmettent pas de maladies », précise l’historien Yves Tremblay qui s’est intéressé aux mesures mises en place contre ces insectes nuisibles à l’époque d’Expo 67. « Ils sont simplement ennuyeux durant les barbecues! », s’exclame-t-il.

Ces petits insectes ont pourtant donné bien des maux de tête aux organisateurs de l’évènement qui y voyaient une menace au confort des visiteurs. En effet, les mannes peuvent s’accumuler et former des brouillards d’insectes très incommodants.

Le DDT, un insecticide puissant, a été la solution privilégiée. L’épandage de plusieurs tonnes de ce produit sur les rives du Saint-Laurent en viendrait à bout, a-t-on conclu. Même si sa baisse d’efficacité (par trop d’usages – résistance) et sa tendance à l’accumulation ont été évoquées par certains chercheurs, l’équipe d’ingénieurs d’Expo 67 décide tout de même d’aller de l’avant. Mais ils n’étaient pas au bout de leur peine.

Verdict de la Régie des eaux

La Régie des eaux, l’instance responsable de la gestion des eaux de surface du Québec, est  chargée d’évaluer le dossier. Après des pourparlers, elle rend son verdict : elle ne possède pas assez d’information pour prendre une décision. Au même moment, les médias se mettent de la partie et des chroniqueurs de chasse et pêche se prononcent dans les journaux de Montréal. « Le DDT a mauvaise presse. On monte l’opinion publique contre le projet », remarque Yves Tremblay.

Qu’à cela ne tienne, les organisateurs se rabattent sur le DDD, aussi appelé rothane. Ce produit s’avère aussi toxique que le DDT et la demande se bute de nouveau à l’opposition de la Régie des eaux. Mais la Corporation de l’Expo 67 fait fi de ces avertissements et procède à l’épandage de six tonnes de rothane sur les rives du fleuve Saint-Laurent au cours de l’été 1966.

Assez c'est assez

Selon Yves Tremblay, ces démarches ont éveillé les consciences au Québec, particulièrement celles des pêcheurs à la ligne de la région de Montréal qui se sont manifestés dans les médias. « L’opposition au DDT peut être considérée comme un des moments charnières où les Québécois sont devenus sensibles aux questions écologiques », assure-t-il. « Pour l'une des premières fois, les avis scientifiques et l’opinion publique coïncident dans l'opposition à l'emploi d'un produit chimique très répandu », explique l’historien.

Le contexte historique a facilité cette ouverture selon lui: « Entre 1964 et 1966, il y a un gros projet d’assainissement du fleuve et la Régie des eaux y est directement impliquée. » Pour l’historien, il y a donc une explication évidente au refus de la Régie d’utiliser du DDT : « Je pense que la Régie s’est rendu compte qu’il y avait vraiment trop de substances toxiques dans le fleuve et elle ne voulait pas y ajouter de DDT », avance-t-il.

Auteur(e)

Laurie Noreau
Journaliste

Laurie Noreau est étudiante à la maîtrise en communication publique – profil journalisme scientifique à l’Université Laval. Le stage au magazine Découvrir constitue donc une occasion pour cette jeune femme de 23 ans de parfaire sa formation dans le domaine. Depuis deux ans, elle acquiert de l’expérience en journalisme dans différents médias, dont L’Exemplaire, le média-école des étudiants en journalisme de l’Université Laval. L’été dernier, elle a également effectué un stage dans sa ville natale au sein du Nouvelliste, le quotidien de Trois-Rivières.