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Drogués du « like »

Fumer du Facebook, "popper" un Tweet, "sniffer" de l'Instagram… L’image semble troublante, mais il s’agit bien d’une nouvelle forme de drogue, très addictive pour les adolescents de 2014

[Domaine de recherche 502 - Apprentissage]

Si plusieurs recherches ont étudié le lien entre les réseaux sociaux et les jeunes, peu se sont attardées à démontrer l’expérience subjective vécue par ses utilisateurs. C’est précisément ce qui a intéressé le duo composé de Nadia Naffi et Ann-Louise Davidson, chercheuses de l’Université Concordia.

« Si [ces jeunes] n’existent pas en ligne, [ils] n’existent pas hors ligne », constate Nadia Naffi. Douze adolescents actifs dans les réseaux sociaux depuis au moins deux ans ont été interrogés. La raison prioritaire qui explique leur utilisation constante des réseaux sociaux est le besoin d’interaction continuelle avec leur entourage. Les chercheuses vont même jusqu’à affirmer que l'univers virtuel de ces jeunes gens devient en fait leur univers réel, et elles parlent carrément d’un problème de dépendance.

De jour, de nuit, dans toutes les activités, le mobile qui donne accès aux médias sociaux est là. « On a regardé des textos, et une jeune disait à son amie : "attends un petit peu, j’ai du savon dans les yeux". Elle était en train de texter sous la douche! », relate Ann-Louise Davidson. D’autres ont témoigné avoir besoin de ranger leur téléphone dans un casier lorsqu’ils étudiaient car ils étaient incapables de résister à la petite lumière clignotante annonçant l’arrivée d’une dose d’interaction. On se retrouve aussi face à des artisans du like, qui connaissent la bonne recette pour attirer le plus de regards sur un post.

«À chaque drogue son ère, à chaque média social son règne.»

Trois jeunes sur quatre ont accès à Internet depuis leur téléphone ou leur tablette mobile. Les adolescents comprennent bien cet environnement virtuel et apprécient davantage ces médias qu’ils maîtrisent. Les réseaux sociaux les prisés auprès des jeunes semblent être Twitter et Facebook, alors que Youtube et Skype sont davantage associés aux adultes. Certaines interfaces sont complètement démodées, comme MSN ou My Space. À chaque drogue son ère, à chaque média social son règne.

Les adolescents interrogés sont bien au courant de leur addiction aux réseaux sociaux mais ne perçoivent pas cela comme négatif. Toutefois, Ann-Louise Davidson constate qu’il y a quelque chose de très inquiétant avec ce phénomène, qu’il y a des risques avec cette omniprésence. Elle explique qu’« on a donné une technologie extrêmement puissante à une génération qui ne savait pas quoi faire avec ».  Comme dans un processus de désintoxication, la chercheuse explique que les jeunes doivent d’abord prendre conscience du niveau de leur addiction, pour ensuite mieux gérer leur utilisation.

Pascal Martineau de l’Université Laval, un autre chercheur présent au même colloque, croit qu’il serait intéressant d’intégrer dans nos écoles un apprentissage formel des médias sociaux et des technologies de l’information afin de comprendre le fonctionnement de ces outils numériques et la facilité avec laquelle ils envahissent la vie. Pour faire en sorte que les ados ne soient plus en transe dans une dimension seulement accessible par une bonne injection de Wi-Fi.

 

 

Auteur(e)

Alexandra Nadeau, journaliste
Marion Montaigne, illustratrice
Présentation de la journalisteAlexandra Nadeau termine tout juste un baccalauréat en géographie urbaine et en environnement à l’Université McGill. Elle complète également un certificat en journalisme à l’Université de Montréal. Elle s’intéresse au journalisme depuis le Cégep, et c’est avec Le Délit, le journal francophone de l’Université McGill, qu’elle viendra concrétiser son projet de devenir journaliste. Elle a travaillé au Délit pendant un an et demi, à titre de secrétaire puis de chef de section aux actualités. Elle a également fait un stage chez GaïaPresse, une plateforme web sur l’environnement au Québec. Alexandra a un intérêt marqué pour l’éducation, les problématiques urbaines et les enjeux environnementaux.