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Les collégiens sur la route

Depuis 2010, nous avons mené trois projets portant sur la mobilité étudiante internationale dans les collèges privés du Québec. Nous vous proposons d’explorer ici avec nous quelques-uns des résultats les plus probants.

« Les voyages forment la jeunesse », disent certains. « Tous les jeunes veulent voyager », affirment d’autres. « Vivre l’auberge espagnole, voilà une expérience formidable », clament plusieurs parents d’étudiants. 

Mais qu’en est-il de la réalité? Que pensent les étudiants du réseau collégial québécois? Ont-ils tous de l’intérêt envers les projets internationaux offerts durant leurs études? Et ceux qui partent, reviennent-ils vraiment « formés » ou « transformés » à la suite de leur expérience à l’étranger? 

Voilà autant de questions auxquelles nous avons voulu répondre. Depuis 2010, nous avons mené trois projets portant sur la mobilité étudiante internationale dans les collèges privés du Québec1 . Nous vous proposons d’explorer ici avec nous quelques-uns des résultats les plus probants.

Constats de départ

À notre grand étonnement, nous avons constaté au début de nos travaux, il y a trois ans, que très peu de recherches avaient été menées sur le sujet. Pourtant, les projets étudiants de mobilité sont présents depuis plusieurs années dans les établissements d’éducation postsecondaire et ils représentent sans contredit l’activité d’internationalisation la plus exploitée et la plus importante (Cégep international, 2010, p. 8). 

Nos résultats de recherche sont d’autant plus précieux et pertinents étant donné le contexte actuel de mondialisation, où les compétences liées à l’international et à l’interculturel sont de plus en plus exigées dans nos programmes, ainsi que par les employeurs. Pensons, par exemple, à la capacité de travailler avec des personnes appartenant à d’autres groupes ethniques, ou encore, de s’adapter dans un contexte de travail à l’étranger. En fait, comme l’indique l’organisme Cégep international, nous vivons dans un monde de plus en plus internationalisé où le processus d'apprentissage des étudiants doit, s'il aspire à être complet, s'inscrire dans des expériences concrètes de mobilité étudiante. 

On entend par internationalisation de l’éducation un « processus d’intégration d’une dimension internationale, interculturelle et mondiale dans l’objet, les fonctions (enseignement, recherche et service) et la fourniture de services d’enseignement supérieur ». 

À la lumière de cette figure, nous remarquons que dans le milieu collégial, l’internationalisation de l’éducation se divise en quatre grandes catégories, dont celle de la mobilité étudiante. Cette mobilité renvoie à la venue d’étudiants étrangers dans nos cégeps tout comme aux séjours d’étudiants québécois à l’étranger. 

Est considérée comme mobilité étudiante internationale tout déplacement d’un étudiant de son pays d’origine vers un autre dans un contexte scolaire ou d’apprentissage, et dont la durée peut varier de quelques jours à quelques années. 

Ces projets peuvent prendre différentes formes à l’intérieur de nos collèges, comme des stages professionnels, des séjours d’études, des stages d’observation et de sensibilisation, des stages de solidarité et de coopération ou des séjours linguistiques. 

Première étude : les effets 

Notre première recherche visait à mieux comprendre les retombées de la mobilité pour les étudiants d’ici. Nous avons réalisé 20 entrevues semi-dirigées avec des étudiants ayant parcouru différents pays durant leur passage au collégial, ainsi que sept entrevues avec des responsables liés aux séjours de ces étudiants.

Nous avons constaté que ces expériences représentent bien plus qu’un projet « scolaire » où les étudiants apprennent et appliquent de nouvelles notions ou développent des compétences professionnelles leur permettant d’obtenir plus facilement un emploi ici ou ailleurs. Elles constituent en fait, et avant toute chose, une chance unique de se développer personnellement, de passer du monde de l’enfance à celui de la vie adulte, par exemple, ou encore, d’accroître sa confiance en soi et son autonomie. L’extrait suivant est révélateur à ce sujet : 

« Puis en même temps, de partir, bien, si on veut, laissée à soi-même, dans un autre pays, seule, sans aucune référence culturelle, linguistique, aucune connaissance, ça permet de développer sa débrouillardise, son autonomie, sa confiance en soi aussi, parce que, une fois qu’on arrive dans un autre pays, il faut que tu trouves un moyen de demander telle chose, de te faire comprendre, parce que t’es pas sûre de saisir pourquoi ça se passe comme ça à l’école, bien, faut que tu y ailles, que tu fonces, puis sinon, bien, c’est toi la pire ». Annie (nom fictif), Sciences humaines profil monde, stage d’observation et de sensibilisation de deux mois et demi.

Un autre aspect concerne l’ouverture sur le monde. Plusieurs étudiants interrogés ont dit mieux comprendre la situation politique, sociale et culturelle du pays visité, et ainsi être capables dorénavant de mettre en relation cette situation avec la leur. Comme l’indiquent Green et Olson, cette prise de conscience de la complexité et de l’interdépendance des peuples amène l’étudiant à s’ouvrir aux réalités de sa propre société tout comme à ce qui se passe ailleurs dans le monde. 

À vrai dire, les différents travaux sur le sujet soulignaient que ces retombées personnelles étaient non négligeables dans le cas d’une expérience de voyage étudiant à l’international. Toutefois, nous avons constaté par notre enquête que ces retombées (personnelles) sont véritablement les plus importantes, et cela, bien avant les impacts professionnels ou scolaires d’une telle expérience. Nous pouvons donc dire que la mobilité internationale, c’est en quelque sorte d’abord une occasion de construction de soi. 

Deuxième étude : l’intérêt et l’engagement 

Dans notre deuxième étude, nous nous sommes attardés, d’une part, à l’intérêt des étudiants des collèges privés québécois pour les projets de mobilité internationale et, d’autre part, à leur niveau d’engagement. 

Une étude quantitative a été menée auprès de 336 étudiants susceptibles de partir à l’international dans le cadre de leur programme d’études. 

Les résultats témoignent d’un intérêt moins important que ce que nous aurions initialement cru à la suite de nos lectures2. Sur les 333 étudiants ayant répondu à la question « Es-tu intéressé à participer à un projet de mobilité internationale dans le cadre de ton programme d’études? », 144 se sont dits peu ou pas du tout intéressés, ce qui représente une proportion de 43,2 %. À l’inverse, 189 collégiens étaient assez ou très intéressés, soit 56,7 % d'entre eux. La figure suivante illustre cette situation. 

 

Voici une liste des raisons qui expliquent l’intérêt de certains jeunes pour les expériences internationales. Il est à noter que chaque étudiant pouvait donner plus d’une raison.

Quant à l’engagement dans des projets internationaux, nous savions qu’environ 1 % des jeunes Québécois du collégial avaient vécu une telle expérience dans le cadre de leur formation (Moisan, 2008, p. 253). Pour ce qui est de notre étude, ce taux s’établit à 18,2 %. Nous expliquons cet écart par le fait que tous les répondants avaient la possibilité de partir dans le cadre de leur programme d’études et qu’ils s’apprêtaient effectivement à le faire, mais qu'ils n’avaient pas encore réellement quitté le Québec au moment de la passation du questionnaire.  

Notre étude souligne aussi un écart important entre l’intérêt et l’engagement (56,7 % sont intéressés alors que 18,2 % disent être en voie de réaliser leur projet). Selon nos résultats, cela s’explique, en partie, par le fait que le collégien manque parfois de ressources financières pour sa participation. En fait, la question des sous est une embûche majeure à l’engagement, à la fois pour ceux qui sont intéressés et ceux qui tentent de réaliser leur projet. Ce constat est similaire à ce que l’on retrouve dans plusieurs autres recherches sur le sujet.

Fait non négligeable également, l’étude démontre que plusieurs étudiants sondés n’étaient pas au courant de l'offre de séjours. Plus précisément, 33,7 % des participants pensaient que leur collège n’offrait pas cette possibilité ou ils en ignoraient tout simplement l’existence. Pourtant, notre échantillon avait été sélectionné aléatoirement parmi l’ensemble des programmes du réseau collégial privé québécois offrant la possibilité de vivre une expérience internationale d’au moins une semaine. Cette situation, pensions-nous, dénotait une lacune quant à la publicité dans les établissements. Une troisième étude s’est organisée à partir de ce constat.

Troisième étude : la promotion 

Par cette étude, nous voulions trouver des moyens de mieux promouvoir la mobilité étudiante internationale dans les collèges privés québécois et de produire des outils en ce sens. 

L’idée première était de consulter le milieu des établissements postsecondaires québécois afin de mieux connaître leurs activités de promotion des séjours internationaux, en plus de chercher à comprendre les difficultés rencontrées. Nous avons alors constaté que certains milieux semblaient plutôt bien organisés en matière de promotion de tels séjours, alors que d’autres fonctionnaient avec moins de moyens et sans service centralisé dans ce domaine. De plus, la promotion était concentrée autour de la participation des enseignants des différents départements qui offraient des stages à l’étranger. Les enseignants demeuraient la voie de transmission la plus utilisée dans les collèges que nous avons consultés. Toutefois, très peu d'établissements  avaient mis sur pied des moyens variés permettant de rejoindre un maximum d’étudiants. Bref, une promotion plus large auprès de plus d’étudiants, avec des moyens variés et attrayants aux yeux des jeunes, pouvait, selon nous, augmenter le nombre d’étudiants qui s’engagent dans des projets internationaux.  

Cette étude s’inscrivait dans une démarche de type recherche-action, et de ce fait, nous souhaitions discuter avec des responsables de la mobilité internationale dans les collèges ainsi qu’avec des étudiants. Nous cherchions à voir quels pourraient être les meilleurs moyens de faire la promotion de la mobilité internationale étudiante pour que nous puissions ensuite développer des outils de promotion qui puissent susciter l’intérêt et la participation. 

Tenant compte de plusieurs commentaires entendus lors de ces rencontres, nous avons finalement choisi de créer deux outils complémentaires, soit une carte postale à distribuer largement et un site Internet relié : www.jeparsenvoyage.info

Retour sur un vaste périple   

Voilà qui met un terme à notre périple dans l’univers des séjours étudiants internationaux! À la suite de ces trois études, nous pensons avoir exploré plusieurs facettes de cette activité et avoir ainsi permis de mieux comprendre la portée et l’utilité de la mobilité internationale pour « former » la jeunesse d’aujourd’hui et de demain. Qui plus est, nous pouvons désormais revenir sur certains des adages populaires évoqués en introduction et affirmer que s’il est faux que « tous les jeunes veulent voyager », il ne fait plus de doute que « les voyages forment la jeunesse » et qu’ils « ouvrent les horizons ». Reste maintenant à voir pour l’auberge espagnole. Ce sera peut-être le thème d’une autre étude, qui sait?

Notes :

Sources : 

Auteur(es)

Matthieu Boutet-Lanouette
Campus Notre-Dame-de-Foy

Matthieu Boutet-Lanouette détient un baccalauréat en histoire, une maîtrise en études anciennes ainsi qu’un diplôme de deuxième cycle en enseignement collégial. Il enseigne depuis 2008 au Campus Notre-Dame-de-Foy. Deux séjours de mobilité étudiante internationale, dans le cadre de ses études collégiales et universitaires, l’ont amené à s’intéresser au phénomène de l’internationalisation de l’éducation supérieure québécoise. Il effectue en ce moment des travaux de recherche sur la mobilité enseignante internationale au collégial, avec le soutien du Programme d’aide à la recherche sur l’enseignement et l’apprentissage (PAREA).

Alexandre Jobin-Lawler
Campus Notre-Dame-de-Foy

Alexandre Jobin-Lawler enseigne l’anthropologie et la sociologie au Campus Notre-Dame-de-Foy depuis 2008. Il détient un baccalauréat ainsi qu’une maîtrise en anthropologie. De nombreux voyages, plusieurs expériences de travail ainsi que la réalisation d’un projet de recherche à Cuba l’on amené à s’intéresser à l’internationalisation de l’éducation supérieure québécoise. Il effectue en ce moment des travaux de recherche sur la mobilité enseignante internationale au collégial, avec le soutien du Programme d’aide à la recherche sur l’enseignement et l’apprentissage (PAREA). 

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