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11 mai 2012
Myriam Francoeur
Journaliste

Le nombre d’heures de travail nuit-il à la persévérance des étudiants? Les recherches présentées au 80e Congrès de l’Acfas alimentent le débat.

 

10 mai 2012, 80e Congrès de l'Acfas – Les étudiants qui travaillent sont-ils plus à risque d’abandonner leurs études? Oui, soutiennent les fédérations étudiantes, qui livrent une féroce bataille contre le gouvernement de Jean Charest depuis le 13 février. Certaines demandent le gel des frais de scolarité, d’autres la gratuité scolaire, tandis que le Premier ministre prône une hausse rapide de ces frais.

Pour compenser cette hausse, les étudiants devront travailler davantage. Études à l’appui, les fédérations étudiantes disent qu’au-delà de 15 heures par semaine, le travail nuirait à la réussite et augmenterait les risques d’abandon. Mais des chercheurs participant au colloque La conciliation études-travail-famille au collège et à l’université nuancent l’opinion des fédérations.

Luc Laberge, professeur en sciences de la santé à l’UQAC, et Pascal Lévesque, du Conseil régional de prévention de l’abandon scolaire (CRÉPAS), déconstruisent le mythe du « sacro-saint seuil de 15-20 heures de travail par semaine. » Selon eux, ce serait plutôt la qualité des emplois qui influence la persévérance des étudiants. Ces derniers ne sont tout simplement pas adaptés pour répondre aux contraintes physiques et psychologiques du travail. Ils deviennent ainsi plus vulnérables aux accidents de travail. Les étudiants ont aussi du mal à gérer le temps consacré à leurs activités, ce qui les épuise davantage.

Les conclusions de Pierre Canasius Kamanzi diffèrent. Selon ce chercheur du Centre interuniversitaire de recherche sur la science et la technologie (CIRST) à l’UQAM, les hommes sont plus enclins à abandonner leurs études au premier cycle universitaire, s’ils occupent des emplois bien rémunérés, ou s’ils y consacrent plus de 16 heures durant la semaine. Cet effet serait moins marqué chez les femmes. En revanche, les femmes qui travaillent moins de 8 heures par semaine seraient plus persévérantes! Selon le chercheur, les hommes et les femmes optent pour des emplois différents : ils seraient attirés par l’appât du gain tandis qu’elles préfèreraient la stabilité.

Définition en évolution

Il n’en reste pas moins que les étudiants sont de plus en plus nombreux à occuper un emploi pendant leur formation universitaire. Mélanie Julien, du Conseil supérieur de l’éducation, rappelle que près de 70 % des étudiants travaillent, et que cela fait partie de leur mode de vie. Les étudiants s’adaptent à cette réalité : ils adoptent des stratégies qui leur permettent de concilier travail et études, notamment en allégeant leur charge de cours. Beaucoup étudieront ainsi à temps partiel.

La définition de l’étudiant, celle d’une personne qui continue ses études à temps plein sans jamais abandonner, est révolue, selon Mme Julien. Tout comme la notion de réussite, que les étudiants n’associent plus à l’obtention d’un diplôme. Et elle constate que les universités et le ministère de l’Éducation peinent à s’y ajuster. Observation partagée par Renée Cloutier, professeur émérite de la Faculté des sciences de l’éducation de l’Université Laval. « Les institutions rejettent les "mauvais étudiants", ceux qui n’adoptent pas le modèle conventionnel. »

Mélanie Julien, qui coordonne la Commission de l’enseignement et de la recherche universitaire (CERU), a d’ailleurs encouragé les participants du colloque à partager leurs expériences et opinions. Elle souhaite nourrir les réflexions du CERU, qui travaille présentement à élaborer un avis sur la réalité étudiante. L’avis serait déposé au ministère de l’Éducation à la fin de 2013.

Auteur(e)

  • Myriam Francoeur
    Journaliste

    Dès le secondaire, Myriam Francoeur a eu la piqûre pour les sciences, plus particulièrement la physique. Décidée à poursuivre une carrière dans ce domaine, elle a terminé un baccalauréat en physique à l’Université de Montréal, puis une maîtrise en astrophysique dans la même institution. À ce moment, elle découvre la communication scientifique : elle écrit dans le Journal canadien des étudiants en physique en plus de donner des conférences grand public sur l’astronomie. En 2011, elle fait une croix sur la physique et s’inscrit au certificat en journalisme à l’Université de Montréal dans le but de devenir journaliste scientifique.

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