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11 mai 2012
Clémence Cireau
Journaliste

Le Plan Nord injectera 80 milliards de dollars d’investissements publics et privés dans l’immense territoire nordique du Québec. Mais ces régions risquent de vivre la malédiction des ressources naturelles.

10 mai 2012, 80e Congrès de l'Acfas – « Les ressources naturelles sont très importantes pour les biens et les services que l’on utilise tous les jours. On pourrait penser que les régions qui en sont bien dotées se développent plus vite que les autres. Mais c’est le contraire! », explique Hugo Asselin, professeur-chercheur titulaire de la Chaire de recherche du Canada en foresterie autochtone de l’Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue, dans le cadre du colloque Plan Nord 2.0, avantages, inconvénients et alternatives au développement du Nord québécois.

Ceci peut s’observer à l’échelle internationale, mais aussi locale. Hugo Asselin a présenté le portrait socioéconomique des régions du Québec 2011 du ministère du Développement économique, de l’Innovation et de l’Exportation. Selon ce rapport, les régions riches en ressources naturelles, comme l’Abitibi-Témiscamingue, la Côte-Nord, ou le Grand Nord québécois, se retrouvent avec une population qui diminue, une espérance de vie plus basse que les autres régions ainsi qu’un taux de chômage plus élevé. Le PIB est très élevé, mais il prend en compte les travailleurs fly-in / fly-out qui rapportent l’argent plus au sud dans leur famille.

Pourquoi cette malédiction des ressources naturelles? Premièrement, parce que le développement rapide d’une mine engendre de nombreux coûts sociaux, et plus particulièrement l’augmentation rapide de la population. « L’afflux massif de travailleurs dans les communautés du nord créé par exemple une crise du logement ». De plus, le tissu social a du mal à se constituer, car le mode de vie de ces travailleurs fly-in/fly-out n’a rien de régulier. Il crée même parfois de nouveaux problèmes dans la région. Une personne du public a notamment parlé de la prostitution qui devient de plus en plus importante dans les villes minières.

Cette malédiction est aussi due au peu de diversification économique de ces régions minières ou forestières. « Tous les œufs sont dans le même panier, explique Hugo Asselin. Les ressources minières ne sont pas renouvelables. Une fois que c’est fini, il ne reste que la dégradation de l’environnement. Le gouvernement paie pour développer les infrastructures afin que viennent s’installer les mines. Mais une fois les industries minières parties, c’est la population et le gouvernement qui doit se débrouiller. »

Ce n’est pas localement qu’on s’occupe de la transformation du minerai. Dans le cadre du Plan Nord, ce sont par exemple des compagnies indiennes ou chinoises qui vont s’installer. Les différents projets ne prévoient pour l’instant d’exploiter les mines que pour une vingtaine d’années. Hugo Asselin cite Richard Desjardins : « on privatise les profits et qu’on socialise les coûts, qu’ils soient sociaux ou environnementaux. » Pas vraiment de quoi développer ces régions nordiques à long terme!

Hugo Asselin explique que les solutions aux coûts sociaux prévues dans le Plan nord ne sont pas suffisantes. « Ils ont juste recollé des propositions déjà prévues. » 

Auteur(e)

  • Clémence Cireau
    Journaliste

    Clémence Cireau part durant sa dernière année de licence en information et communication à l’Université de Bordeaux, en échange au Québec. Elle y réalise alors une maîtrise en journalisme scientifique à l’Université Laval. Elle a travaillé pendant deux ans à la Chaire de journalisme scientifique de l’Université Laval. Désormais, elle écrit des articles en journalisme scientifique, en parallèle de son poste d’adjointe de direction au sein du magazine Médecine Sciences Amérique.

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