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332 - Les voix du silence : les contre-discours historiques du 20e siècle en Amérique latine

Le vendredi 10 mai 2013

Lors de ce colloque, nous tenterons de reconstruire tant les voix, que les voies qui au 20e siècle ainsi qu’au 21e siècle incitent à une multiple écriture de l’histoire latino-américaine.?? En publiant Le général dans son labyrinthe?? (1989), l’écrivain d’origine colombienne Gabriel García Márquez s’est heurté à la grogne des historiens qui voyaient dans cette version possible des derniers pas de la vie de Simon Bolívar un discours subversif, une atteinte à la vérité historique. La question à se poser face à cette réaction d’hommes de science devant un récit de fiction n’est pas si le texte de García Márquez équivaut à un mensonge ou pas, sinon à savoir ce que signifie l’écriture de l’histoire en Amérique latine. Depuis la conquête —qui a confronté la version des vainqueurs, les européens, au silence des vaincus—, en passant par les guerres d’indépendance  —qui ont consacré au rang de mythe certaines figures, visant à unifier l’identité nationale, l’imaginaire collectif — jusqu’à l’avènement de dictatures des plus sanguinaires au 20e siècle, l’écriture de l’histoire dans cette partie du continent américain a suivi la voie (et même la voix) du pouvoir. Comment contrer cette hégémonie du discours historique? Comment tenter récupérer de l’oubli les moments volontairement ou involontairement délaissés par l’historiographie? Plusieurs chemins ont été entrepris plus particulièrement vers la fin du 20e siècle et au 21e siècle afin de contrebalancer cette imposition unidirectionnelle de la mémoire : la création de romans historiques sous l’égide de l’anachronisme, du pastiche et de l’ironie; la recrudescence des narrations testimoniales ainsi que la tentative de retracer la voix des marginalisés de l’histoire latino-américaine (autochtones, femmes, personnages historiques mineurs,…) et de conter le passé à partir de leurs perspectives.

 

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Colloque
Section 300 - Lettres, arts et sciences humaines
Responsables
Emilia Deffis
Université Laval
Caroline Houde
Université Laval
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Avant-midi
09 h 00 à 10 h 00
Communications orales
Session 1 : L'histoire selon les voix féminines
09 h 00
Voix féminines dans La niña blanca y los pájaros sin pies, de Rosario Aguilar : vers une réécriture de l'histoire des femmes lors de la conquête 
Doris Mayorga Fiallos (Université Laval)

Dans ce roman, Aguilar donne la parole aux histoires de la conquête les plus passées sous silence, celles des premières femmes espagnoles et indigènes qui ont souffert la rencontre coloniale. Ce récit est exprimé d'un ton faussement autobiographique : c'est l'histoire de la relation entre la narratrice et un journaliste espagnol qui voyage au Nicaragua afin de couvrir les élections de 1989. Le roman, raconté au présent, est aussi une histoire fragmentée qui contient une introduction et un épilogue, en plus de quatre intervalles qui interrompent et à la fois expliquent la construction littéraire des six récits historiques qui se chevauchent. Avec ce ton prétendument autobiographique, Aguilar introduit une dimension de métafiction qui lui permet, non seulement de commenter ce processus créateur, sinon de faire aussi une révision des chroniques de la conquête et de la colonisation espagnole en sauvant la figure féminine de la marginalité et du silence officiel. L'auteure s'inspire de personnages historiques féminins et les réécrit, en offrant des modèles en quête d'identité historique et culturelle. Le roman est structuré à travers une grande métaphore : la perte et la récupération de la vue d'une écrivaine qui conçoit ses personnages en accord avec sa propre perspective de l'histoire.  



Résumé
09 h 20
Le corps de la mémoire dans les mémoires d'Inés
Tatiana Navallo (UQAC - Université du Québec à Chicoutimi)

En 1580, madame Inés Suárez décide de raconter sa vie afin de laisser dans le corps de l'écriture sa participation à la conquête de ce qui deviendrait un jour le royaume du Chili.

Inés de mon âme (2006) d'Isabel Allende nous présente un regard qui sape les rôles de la société patriarcale. Il propose en échange une poétique qui donne la parole à une forme de narration passée sous silence par l'histoire traditionnelle. Une femme qui, depuis la marge, vit son propre processus d'autoconnaissance, jusqu'à s'affirmer comme intégrante de l'histoire en constante autodéfinition, avec la figure de l'explorateur Pedro de Valdivia.





Résumé
09 h 40
Période de questions
10 h 00
Pause
10 h 10 à 11 h 30
Communications orales
Session 2 : Figures oubliées de l'histoire
10 h 10
L'histoire de la Colombie du point de vue du subalterne
Julian Salcedo (Université Laval)

Les divers médias colombiens s'ajoutent à l'écriture pour écouter la voix du marginalisé ou subalterne. Parmi les oubliés, on retrouve les tueurs à gages, des jeunes qui vivent au milieu de la drogue, la pauvreté et la violence. Ils ont joué un rôle principal dans certains faits saillants historiques, comme l'assassinat du ministre de la Justice Rodrigo Lara Bonilla en 1984. Ma présentation traitera de deux œuvres de 1990, le film Rodrigo D. No futuro, réalisé dans les communes de Medellín par le réalisateur Víctor Gaviria, et le livre No Nacimos pa'semilla, du sociologue Alonso Salazar. L'objectif de ma présentation est de démontrer de quelle manière la voix du subalterne a mené la société colombienne à jeter un nouveau regard sur le problème social de ces jeunes. Les voix subalternes ont servi à percevoir les tueur à gages, plus comme «le reflet de l'hédonisme et la consommation […] en un mot, de la colonisation de la vie par la modernité» que comme «l'expression du retard, de la pauvreté et du chômage» (Giraldo y López, 206).[1]

[1]Giraldo, Fabio y Héctor Fernando López. “La métamorphose de la modernité”, dans Colombie, l'éveil

de la modernité. Bogotá: Carvajal S.A, 1991.



Résumé
10 h 30
La théâtralité politique dans Felipe Ángeles d'Elena Garro
Victor Saul Villegas Martinez (Universidad Veracruzana)

La Révolution de 1910 est un thème récurrent dans la littérature mexicaine. Tout au long du XXe siècle et jusqu'à nos jours, une grande quantité d'écrivains ont étudié le conflit belliqueux et ce, à partir de plusieurs perspectives, qui vont de la description du processus armé jusqu'à la critique de son institutionnalisation. Elena Garro dans Felipe Ángeles (1967) intègre cette dialectique et compose une œuvre à caractère historique centrée sur la manière dont les caudillos (chefs militaires) faisaient de la politique. Garro met à nu la mise en scène des révolutionnaires obnubilés par le pouvoir, leurs intérêts personnels et par le but ultime du mouvement belliqueux. Pour y arriver, elle fait appel à une figure un tantinet oubliée de l'Histoire mexicaine et qui a pris part activement, depuis l'idéologie et dans les tranchées, au processus révolutionnaire: Felipe Ángeles. L'objectif de cette présentation est donc d'indiquer comment l'histoire au Mexique a été construite en ayant recours à la théâtralité littéraire et historique, comme dans le cas spécifique de la dramaturge tout au long de Felipe Ángeles.



Résumé
10 h 50
La Carthaginoise (1982). L'échange des idées entre l'Amérique coloniale et l'Europe éclairée du point de vue de la femme
Susana María Reyes Herrera (UdeM - Université de Montréal)

La Carthaginoise (Germán Espinosa, 1982) est un roman historique monumental à caractère encyclopédique qui nous présente une version innovatrice et critique de l'histoire de l'échange des idées entre l'Amérique coloniale et l'Europe éclairée. La protagoniste, Genoveva Alcocer, est un personnage fictif exceptionnel, une femme native de la ville coloniale de Carthagène. Elle est la voix narrative qui nous présente, à partir de son propre point de vue, des détails inattendus de tous les événements relatifs au siège français de 1697 au port emblématique de Carthagène des Indes dans les Caraïbes colombiennes. Ce fait historique presque oublié se convertit en point de départ pour que Genoveva présente de manière globale et panoramique l'histoire des idées, cet échange idéologique qui eut lieu entre l'Amérique et l'Europe entre la fin du XVIIe et le début du XVIIIe siècle, de deux visions du monde qui s'affrontent : l'américaine et l'européenne.

Ce personnage féminin à dimensions anachroniques, inimaginable pour son époque, assume la mission de libérer les esprits étroits et soumis de la colonie, en révélant les secrets de la maçonnerie et de la science. Le but de cette présentation consiste, en grandes lignes, à se rapprocher des facettes cachées de cette période marquante de l'histoire révélées par cette femme singulière.



Résumé
11 h 10
Période de questions
11 h 30
Dîner
Après-midi
13 h 30 à 15 h 10
Communications orales
Session 3 : Histoire, mémoire et littérature
13 h 30
L'histoire par la fiction : le roman policier hispano-américain
Carolina Ferrer (UQAM - Université du Québec à Montréal)

Dans des situations de violence, la fiction occupe une place essentielle, quoique non centrale, dans la transmission des faits vécus. Tel que souligné par Mario Vargas Llosa, dans les sociétés fermées, «la fiction et l'histoire ne sont plus des choses différentes et se mélangent et se substituent l'une à l'autre en changeant constamment d'identités» (2002). Dans cette communication, je me concentrerai sur un genre littéraire en particulier, le roman policier hispano-américain, afin de déterminer dans quelle mesure celui-ci constitue une stratégie déployée par les écrivains afin de rendre compte de faits historiques.



Résumé
14 h 30
Sciences morales, ou de comment se souvenir pour comprendre
Emilia Deffis (Université Laval)

Colegio Nacional de Buenos Aires, 1982. Voilà l'espace et le temps où la protagoniste du roman de Martín Kohan (Prix Herralde 2007) travaille en tant que surveillante. Ce récit sur les manières de surveiller et châtier les élèves, image de toute la société, devient un exercice qui, selon Di Marco, procure «jeter une certaine clarté, ne serait-ce qu'au niveau des questionnements, sur les perplexités du présent et, en particulier, sur la condition discursive spécifique et le fonctionnement social propre de la littérature comme activité politique de la mémoire».[1]L'objectif de cette communication est d'analyser les stratégies narratives de ce roman dans le cadre de la mémoire réparatrice des traumas du passé.

[1]Je traduis. Di Marco, José. “Fiction et mémoire dans la narrative argentine actuelle: l'écriture comme tactique”.http://www.memoria.fahce.unlp.edu.ar/trab_eventos/ev.11/ev.11.pdf.Consulté le 30 janvier 2013.



Résumé
14 h 50
Période de questions
15 h 10
Pause
15 h 30 à 16 h 30
Communications orales
Session 4 : Héros et personnages en construction 
15 h 30
Revendication de la mémoire historique dans La carroza de Bolívar
Vanegas Orfa Kelita (Universidad Del Tolima)

La carroza de Bolívar, [1] dernier roman de l'écrivain colombien Evelio Rosero, configure, à travers une trame thématique et stylistique complexe, une partie de l'histoire de la Colombie: la vie de batailles rangées du Libérateur Simon Bolívar, le “Noël noir” comme épisode tragique pour le peuple de Pasto, les péripéties du héros oublié Agualongo, les travaux peu reconnus[2] de l'historien José Rafael Sañudo, entre autres. Tous ces faits se convertissent en fiction avec une intention claire de dénonciation et démystification de l'imaginaire national figé à propos des prouesses de l'Indépendance, la figure du héros et la naissance traumatique du pays. 

 



Résumé
15 h 50
Santa Evita de Tomás Eloy Martínez, ou de la passivité du personnage historique
Caroline Houde (Université Laval)

Nombreuses sont les fictions historiques hispano-américaines de la fin du XXe siècle qui équivalent à des tentatives de réécrire les vies des figures consacrées de l'imaginaire du continent. Pensons, entre autres, à la multitude de romans qui traitent des découvreurs et conquistadors, des artisans de l'émancipation des colonies, ainsi que de plusieurs hommes politiques, souvent des dictateurs, du XXe siècle. Ces récits offrent toujours une perspective qui constate —et parfois dénonce— la perte de la vraie identité de ces figures qui sont encrées/ancrées dans l'histoire. Dans plusieurs cas, les auteurs des nouvelles versions s'en prennent à la propre plume des personnages qui, à travers leurs écrits autobiographiques, ont édifié leur image falsifiée. Dans d'autres cas, les écrivains s'attaquent plutôt, non pas à l'individu  historique, mais à sa déformation en personnage après sa mort. La présente communication vise à analyser comment, dans Santa Evita (1995) de Tomás Eloy Martínez, l'image passive du corps momifié d'Eva Perón se convertit en espace de spéculation sur la réécriture biographique.



Résumé
16 h 10
Période de questions
16 h 30
Mot de clôture