409 - Retour vers le passé? Enjeux conceptuels dans l’analyse sociohistorique des nouvelles formes d’autoritarisme

Le colloque porte sur les enjeux analytiques, théoriques et conceptuels soulevés par l’émergence de nouveaux régimes, mouvements et pratiques autoritaires. Il cherchera à analyser les causes, les mécanismes, les processus et le contexte de cette émergence. Le colloque étant destiné d’abord aux chercheurs en sociologie historique, il accordera une attention privilégiée aux propositions qui effectuent des comparaisons diachroniques afin de mettre en relief la pertinence ou non des comparaisons avec le passé. Le colloque s’intéresse également aux interventions qui s’interrogent sur la portée heuristique de concepts utilisés pour décrire des régimes autoritaires « passés » dans le contexte actuel, fascisme et totalitarisme par exemple.

Responsables
  • Dufour F. GUILLAUME (UQAM - Université du Québec à Montréal)
  • Michel-Philippe ROBITAILLE (UQAM - Université du Québec à Montréal)
Communications orales

Questions théoriques et méthodologiques dans l’étude de l’autoritarisme

Avant-midi > à
Bâtiment / Local : UQAC H0-1110
Présidence/Animation : Michel-Philippe ROBITAILLE UQAM - Université du Québec à Montréal
10 h 00

Mot de bienvenue

10 h 20

L'autoritarisme dans une perspective sociohistorique : le despotisme oriental chez Weber

Nancy Turgeon (UQAM - Université du Québec à Montréal)
10 h 45

Les comparaisons du nationalisme par période parle-t-elle de la même chose?

Dufour F. GUILLAUME (UQAM - Université du Québec à Montréal)

Les comparaisons diachroniques du nationalisme cherchent à en effectuer des comparaison à travers des périodes idéaltypiques. Cette communication revient sur les principaux modèles de comparaisons par période en analysant les éléments et de changements entre elles. Elle questionne le fil conducteur de ces comparaisons en posant la question de l'historicité de ce qui est comparé et des problèmes méthodologiques particuliers que posent ce type de comparaison.

11 h 10

Retour historique sur le développement théorique du concept « populisme » : perspectives et enjeux conceptuels

Yuri Mesko (UQAM - Université du Québec à Montréal)

Pierre-André Taguieff soulignait à la fin du siècle dernier le constat suivant : « Il est arrivé une singulière mésaventure au mot “populisme” : il est récemment devenu populaire ». Il soulignait par là que le terme, sorti du langage savant et investi du sens commun, avait perdu de sa valeur analytique et que son suremploi privait le mot de sa pertinence scientifique. Il observait de surcroît que dans la recherche théorique l’intension et l’extension du terme « populisme » n’étaient pas toujours clairement conceptualisées. Malgré l’élargissement considérable de la recherche universitaire sur le populisme des trois dernières décennies, ce manque de clarté conceptuelle se reproduit dans la littérature. En effet, le terme est souvent mobilisé de manière très vague sans être défini. La question « Qu’est-ce que le populisme ? » demeure donc un enjeu théorique et méthodologique pour la sociologie historique de l’autoritarisme. Il faut s’y attarder pour éviter de faire des amalgames problématiques dans l’explication des phénomènes populistes. Cette communication se questionne sur comment le populisme a-t-il été défini et expliqué conceptuellement ? Elle présente une réflexion critique sur la conceptualisation du populisme en comparant les trois principales approches conceptuelles : idéologique, stratégique et discursive. À partir de cette discussion conceptuelle sera présenté l’apport de l’analyse sociohistorique, notamment sur les enjeux de la comparaison et de la généralisation.

11 h 35

État d’exception et dé-démocratisation : Réflexions sur les apports théorique et méthodologique de Charles Tilly

Guillaume Durou (University of Alberta)

En 1933, le Parti national-socialiste allemand qui forme alors un gouvernement de coalition avec le Parti
national du peuple allemand (DNVP) enclenche la Ermächtigungsgesetz, —« Loi allemande des pleins pouvoirs » —,  permettant au chancelier de gouverner par décret. Si l’on connaît la suite des évènements, ce moment
particulier n’a rien d’une histoire révolue. Les mécanismes poussant la démocratie aux limites de sa capacité,
particulièrement dans les situations « d’urgence », restent constitutifs de la modernité démocratique.
L’État d’exception n’incarne-t-il pas  ce potentiel perturbant de la démocratie ? À cet égard, il est curieux que la sociologie de
Tilly n’aborde pas la question de l’exception. Pour comprendre ce phénomène,
faut-il pour autant écarter sa typologie ? Le modèle d’analyse des régimes
développé par Tilly reste pertinent à plus d’un titre. D’abord, il permet d’aborder avec précision la trajectoire
diachronique d’un régime en plus d’en faciliter la comparaison avec d’autres. Ensuite, ce modèle invite à l’amélioration de ces composantes. Enfin, son opérationnalisation et sa malléabilité en
font un outil précieux pour les sociologues et les politogues.
Cette communication propose de faire l’inventaire de la contribution de Tilly sur le terrain de la théorie et de
la méthodologie pour en actualiser le contenu. En réexaminant les dimensions analytiques
du processus de démocratisation et de dé-démocratisation chez Tilly, nous tenterons d’y
intégrer la notion d’exception.

Dîner

Dîner

Dîner > à
Bâtiment / Local : UQAC Dîner libre
Communications orales

Études empiriques et historiques : le défi autoritaire, hier et aujourd’hui

Après-midi > à
Bâtiment / Local : UQAC H0-1110
Présidence/Animation : Dufour F. GUILLAUME UQAM - Université du Québec à Montréal
13 h 50

De l’expansion impériale à la consolidation stato-nationale : évolution de l’extrême-droite européenne de l’entre-guerre à la Grande Récession

Emanuel Guay (Université McGill)

Cette présentation se propose de cerner comment la consolidation du modèle stato-national dans l'Europe d'après-guerre  a pu influencer la manière dont l'extrême-droite s'est reconstruite pour prendre la forme que nous lui connaissons aujourd’hui. Comment expliquer la montée contemporaine de l’extrême-droite en l’absence d’une montée du socialisme révolutionnaire, qui est pourtant reconnu comme un facteur central dans l’émergence du fascisme d’entre-guerre ? La réponse se situe, selon nous, dans les contextes géopolitiques qui différencient ces deux périodes : si les forces réactionnaires d’entre-guerre faisaient face à une menace socialiste de type impérialiste, l’extrême-droite contemporaine situe plutôt son action dans une révolte contre les partis sociaux-démocrates, en passant par une défense ambiguë de l’État-providence, dont les services devraient être limités aux «vrais nationaux» en opposition aux communautés issues de l’immigration, aux sans-papiers, etc.

Notre hypothèse générale se lit donc comme suit : à défaut de pouvoir défendre une politique impérialiste (qui avait été rendue possible par l'instabilité géopolitique après la Première Guerre mondiale et la menace bolchevique), l'extrême-droite contemporaine semble s'être déplacée vers la défense d'une conception très étroite du modèle de l'État-nation et une rhétorique dans laquelle l’Europe doit défendre ses acquis contre un envahisseur postcolonial, abandonnant ainsi la rhétorique d’expansion offensive.

14 h 15

Etat(s), Révolution(s), Démocratie(s) au prisme d’une sociologie historique critique gramscienne et contemporaine

Florence DI BONAVENTURA (Université Saint-Louis - Bruxelles (USL-B))

Cette communication vise à nourrir une réflexion méthodologique, théorique et philosophique
sur les perspectives critiques que la sociologie historique 
permet en ce qui concerne la formation de l'Etat moderne et de ses développements. En
effet, de nombreux sociologues du politique ont proposé des réflexions permettant de mieux comprendre les relations entre État et
société (civile) ainsi que les relations de pouvoir qui conduisent à la stabilité ou à
l'instabilité des régimes politiques au fil du temps. 
Ces dernières années, une tendance à l'historicisation des catégories sociales
et politiques s'est avérée très utile pour une réflexion critique sur les fondements de nos
sociétés contemporaines. Ceux-ci, parce qu'ils sont socialisés et ritualisés, et
donc considérés comme naturels, restent dans un cadre défini par le sens commun. Ils sont donc incapables d'émancipation et échouent à
relever les défis contemporains. Dans ce contexte, une approche socio-historique
peut apporter un éclairage. Pour Charles Tilly, il est très important
de décloisonner les sous-champs de la sociologie historique du politique, de mieux
appréhender les mécanismes sociopolitiques implicites et les processus
révolutionnaires et leur impact sur le temps présent.
Au final, il s'agit d'élaborer une grille de lecture capable de mieux appréhender les
relations État(s)/Société(s) au fil du temps en ce qui concerne les formes et les idées d’Etat,
de démocratie et des concepts associés en Italie, en Europe et au-delà.

14 h 40

La bataille de l’histoire : extrêmes-droites et populismes face à l’interprétation de la période fasciste

Michel-Philippe ROBITAILLE (UQAM - Université du Québec à Montréal)

L’interprétation du passé est une entreprise hautement conflictuelle. La période fasciste – 1919 à 1945 – ne fait pas exception. À certains égards, elle constitue peut-être même l’archétype d’un passé dont l’interprétation est en soi un champ de bataille. Cette communication vise à présenter une réflexion sur l’usage que font certaines forces politiques du passé fasciste. Concrètement, il s’agit de poser la question : qu’est-ce que l’extrême-droite et les populistes cherchent à faire en interprétant le passé fasciste ? Comprendre les objectifs poursuivis et les stratégies adoptées par ces forces politiques et sociales en vue de l’interprétation des fascismes permet d’expliquer les convergences et divergences de leurs diverses interprétations du passé. À travers l’étude empirique de la refonte du système de partis en Italie, dans les années 1990, cette communication montre l’impact des luttes électorales dans la reformulation du passé par les acteurs politiques en présentant l’hypothèse que l’extrême-droite lutte pour sa légitimité aux yeux de deux groupes distincts : son électorat traditionnel, attaché au fascisme historique, et un électorat susceptible d’adhérer à son programme politique mais hostile à l’héritage génocidaire du fascisme. Le populisme de droite, à cet égard, dispose d’une plus grande latitude pour s’approprier le passé fasciste tout en se dissociant de sa dimension meurtrière, puisqu’il ne lui est pas aussi directement lié que l’est l’extrême-droite.

15 h 05

La damnation de la mémoire sous les Julio-Claudiens

Érick Doucet (UQAM - Université du Québec à Montréal)

La damnation de la mémoire est un décret sénatorial dont l’utilisation devint de plus en plus fréquente sous les Julio-claudiens et les dynasties qui suivirent. Quelques exemples précèdent cette époque, mais l’utilisation de la damnatio memoriae s’intensifie et prend forme pendant le Haut-Empire. Elle sera utilisée à six reprises en un court laps de temps : de la mort de Marc-Antoine (30 av. J.-C.) à la mort de Néron (68). Il s’agit de la période historique où les Julio-claudiens ont régné sur Rome, période que l’historiographie considère comme étant celle du passage de la République à l’Empire.

Cette condamnation consistait en un rituel de malédictions: imprécations, souillure de la dépouille, destruction des effigies, martelage des inscriptions, et enfin, condamnation de la mémoire dans les écrits historiques. Ce dernier point est celui qui correspond à mon projet d’études.

Comment la condamnation est-elle justifiée, décrite et expliquée dans les écrits des historiens gréco-romains, pour la plupart eux-mêmes acteurs du régime impérial? Ce décret du sénat, est-il toujours entouré du même appareil rituel? Se définit-il au fil des condamnations? Ces questions sont au centre de mes recherches.

À l’aide des biographies de Suétone, j’ai recensé toutes les occurrences de termes liés à cette condamnation afin de réfléchir son intégration dans le principat romain, puisqu’on la retrouve ensuite à de nombreuses reprises jusqu’aux derniers instants de l’Empire romain d’occident.