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Femmes et Congrès de l’ACFAS : poser les bases

Le projet Femmes, science et ACFAS émerge de la consultation des archives de l'Association, et tout particulièrement des programmes du congrès et des annales. Il comportera, à terme, cinq articles, fruits de la collaboration d'une rédactrice et d'illustratrices d'ici. Il est réalisé dans le cadre du dossier Histoire de la recherche, et la présente illustration est réalisée par Mélodie Vachon Boucher.

Mélodie Vachon Boucher
Illustration : Mélodie Vachon Boucher - www.melodievachonboucher.com

1933, premier congrès

Née en 1923 de la fusion de plusieurs sociétés savantes, l’Association canadienne-française pour l’avancement des sciences (ACFAS) se donne comme mission de rassembler les chercheurs et de contribuer au développement de l'enseignement des sciences. Dix ans plus tard, elle concrétise son projet de congrès : créer un rassemblement national pour la communauté scientifique, alors réunie en instances locales et souvent en compétition – pensons aux tensions entre l’Université de Montréal et l’Université Laval. La première édition a lieu du 2 au 4 novembre 1933, à Montréal.

« Jeudi soir, le 2 novembre, s’ouvre à Montréal le premier Congrès de l’Association canadienne-française pour l’Avancement des Sciences. Pour ceux qui ne s’en douteraient pas, disons tout de suite que c’est une date dans l’histoire culturelle de notre pays, parce que c’est la première tentative de réunir, de grouper en un faisceau, non pas seulement, - comme nous en avons l’habitude invétérée, - de beaux projets et des espérances sur le papier, mais des réalisations, les réalisations opérées dans le domaine scientifique à la suite d’un mouvement concerté qui date d’une dizaine d’années ». Frère Marie-Victorin, Le Devoir, 30 octobre 1933 (reproduit dans les Annales de l’ACFAS, volume 1, 1935).

Le congrès s’organise rapidement autour de sections regroupant des communications scientifiques selon les domaines. Le nombre des sections varie selon l’édition, mais voici celles qu’on y retrouvera au fil des ans : philosophie et sciences sociales, sciences pédagogiques, sciences linguistiques, histoire et géographie, chimie, botanique, zoologie, mathématiques et physique, géologie et minéralogie et sciences médicales. En complément, le programme inclut une plénière d’ouverture et un dîner de clôture.

Le congrès a pour but de faire état de la science contemporaine : les scientifiques s’y retrouvent, échangent, comparent. Lieu de rencontre et de réflexion, il accueille aussi de simples spectateurs. Parmi ce public varié, comme on peut le constater sur les photos d'archives ou dans les programmes, de nombreuses femmes y évoluent. Qui sont-elles?

2e Congrès, 1934
Photographie de groupe prise au Zoo de Charlesbourg, 2e congrès de l’ACFAS, 1934. Un examen attentif révèle la présence de nombreuses femmes. La quatrième femme à partir de la droite est Marcelle Gauvreau qui a présenté une communication dès le premier congrés.

Elles sont intervenantes

Dès le premier congrès, deux femmes présentent des communications : Marcelle Gauvreau* et Sœur Marie-Jean-Eude, deux botanistes proches du frère Marie-Victorin. La première étudie les algues du Saint-Laurent (Titre de sa communication : Notes sur quelques Algues marines du bas Saint-Laurent, et sur leur distribution géographique), sujet qui la passionne et qui sera son sujet de maîtrise; la seconde offre une communication intitulée Notes sur la flore de la région de Rawdon, s’attardant sur certaines plantes des collines laurentiennes.

Il est important de noter que, lors des premiers congrès, la majorité des communicatrices sont des botanistes, travaillant avec ou dans le sillage de Marie-Victorin à l’Institut de botanique de Montréal : Georgette Simard, Cécile Lanouette et Germaine Bernier sont de celles-ci, intervenant seules ou avec leurs homologues masculins tels Jacques Rousseau, Jules Brunel ou encore Vadim Vladykov.

Mais penser que les femmes se limitent à la botanique serait une erreur : on les retrouve aussi en chimie, en pédagogie, en histoire, en géographie ou en philosophie. Quelques exemples :

  • 1935, 3e Congrès : Pédagogie, Mme Pellerin-Lagloire – L’enseignement des langues étrangères chez les adultes instruits.
  • 1938, 6e Congrès : Philosophie, Mère Marie de Lourdes – La démonstration de l’hylémorphisme par la durée successive et continue est-elle thomiste?
  • 1941, 8e Congrès : Zoologie et biologie générale, Jean-Louis Tremblay, Louis-Paul Dugal et Gertrude Roy – La croissance du homard dans la baie des Chaleurs.

Elles sont professeures, démonstratrices et assistantes

Dans les années 1930, les femmes ne sont pas encore professeures dans le réseau universitaire québécois. Cependant, elles enseignent dans les collèges, où ces femmes, et religieuses, ont la charge de de l’éducation des jeunes filles; de même certaines écoles de filles sont gérées par des congrégations religieuses.

On trouve trace de ces femmes dans le public du congrès comme chez les intervenantes. Sœur Marie-Jean-Eude est botaniste, et appartient à la Congrégation des Sœurs de Sainte-Anne. Marie Mère de Lourdes, quant à elle philosophe, donne plusieurs communications autour de Saint Thomas d’Aquin. On trouve aussi, en 1939, Sœur Marie-Adélia et Sœur Anne de Saint Barthélemy dans la section zoologie.

Elles sont aussi démonstratrices et assistantes, comme Cécile Lanouette qui seconde Marcel Cailloux dans les cours de l’Institut botanique de Montréal et qui ne donne pas moins huit communications entre 1935 et 1941, à propos de la flore du parc des Laurentides par exemple, mais aussi sur des aspects plus techniques du travail comme les prélèvements microscopiques ou la conservation des micropréparations.

Elles sont du public

Les femmes sont aussi accueillies comme membre du public. Durant les vingt premières années, l’entrée est gratuite pour les épouses des congressistes. « Lorsqu’un congressiste s’inscrit avec son épouse, il ne paie qu’une fois le droit d’inscription ». À partir du 20e Congrès, en 1952, l’inscription de l’épouse est à moitié prix : « le droit d’inscription est de 2$. Le droit d’inscription pour un congressiste qui s’inscrit avec son épouse est de 3$ ». De 1963 à 1975, les programmes ne font plus état des tarifs.

Les visiteuses participent aux activités scientifiques et aux activités annexes : dès le deuxième congrès, en 1934, on met en place des activités culturelles, rassemblées sous l’appellation Programme des dames*. Malgré sa dénomination, ce programme est ouvert à toutes et à tous : il propose des visites de lieux historiques, de musées, de galeries d'art et des salons causeries ou des salons des thé.

C’est à partir de 1976, durant la présidence de Livia Thur*, première femme à ce poste, que le programme général mentionne, pour la première fois, un tarif pour tous, et que le programme des dames prend un nouveau nom : le programme social.

* Marcelle Gauvreau, le programme des dames et Livia Thur font l’objet d’un article spécifique de ce projet Femmes, science et ACFAS.

Public du Congres, circa 1970
Public du congrès annuel de l'ACFAS, circa 1970.

Auteur(e)

Laureline Lefèvre Raynaud
ACFAS

Laureline Lefèvre Raynaud possède une formation en études classiques. Elle est présentement volontaire en service civique au Québec, et elle réalise un mandat d'adjointe aux projets au sein de l'Association francophone pour le savoir - ACFAS.