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Un mot pour rendre hommage à Louise Dandurand

Louise Dandurand
Louise Dandurand. Source : Acfas.

Frédéric Bouchard
Président de l'Acfas
13 décembre 2016

C’est avec grande émotion que nous avons appris la nouvelle du décès de Louise Dandurand. Nous la savions affaiblie, mais espérions toujours qu’elle retrouve sa vigueur. À l’Acfas, nous avons eu la chance et le bonheur que Louise Dandurand nous consacre près de dix années comme bénévole : cinq à titre d’administratrice (2007-2012), et ses premières années de retraite, comme présidente (2012-2015), puis comme membre du Conseil d’administration à titre de présidente sortante.

Cette chance et ce bonheur rendent aujourd’hui son départ d’autant plus triste. Nous perdons une amie, et le milieu de la recherche, une de ses grandes défenseures. Elle avait la plus grande estime de la communauté scientifique et du milieu de la recherche, et sa carrière fut un engagement sans répit pour en assurer l’essor.

Son intérêt pour l’administration de la recherche s’esquisse dès la maîtrise. L’intitulé de son mémoire complété en 1973 à l’Université de Montréal en témoigne fort bien : Les congrès scientifiques internationaux : incidences politiques et sociologiques de leur distribution géographique. Cette réflexion sur la fabrication de la science se poursuivra dans le cadre de son doctorat à l’Université de Toronto avec une thèse portant sur The nature of the Politization of Basic Science in Canada : NRC’s Role, 1945-1976.

Sa carrière d’administratrice de recherche la conduira à participer activement à l’élaboration des politiques scientifiques et des programmes de soutien à la recherche. Elle se caractérise non seulement par sa durée et sa constance, mais aussi par la diversité de ses milieux d’intervention : au sein des trois conseils fédéraux et un fonds provincial (CRSH, CRSNG, Conseil des Arts, FQR-SC) de trois universités (Ottawa, UQAM et Concordia) et de plusieurs ministères  responsables de la définition de politiques scientifiques.

Sa contribution à l’élaboration de la société du savoir compte parmi les plus significatives au Canada et au Québec.  Au cours de sa carrière, elle n’aura de cesse de stimuler la créativité et l’innovation sans jamais perdre de vue la richesse du vaste spectre des savoirs favorisant le progrès de la société. Louise Dandurand fut à cet égard une pionnière du concept d’innovation sociale au sein des politiques scientifiques.  On lui doit aussi la reconnaissance et le soutien financier à la recherche-création

Sur le plan international, elle a représenté le Québec et le Canada au sein de plusieurs organismes.  Elle a, entre autres, présidé la délégation canadienne au Comité sur les systèmes scientifiques de 1989 à 1997 de l’OCDE et, entre 1997 et 2002, elle a agi comme représentante de l’Amérique du Nord au comité exécutif du programme sur la gestion des établissements d’enseignement supérieur. Elle a ainsi été invitée à siéger au comité scientifique du Musée des Confluences de Lyon et a été membre du Conseil d’orientation du Centre Jacques Cartier et du Fonds Jacques Cartier de 2007 à 2011.

Louise Dandurand a donc fait carrière pendant plus de trente-cinq ans dans le domaine de l’administration de la recherche où elle a été reconnue comme l’une des plus brillantes et des plus visionnaires de ce milieu, tant au sein des organismes québécois et canadiens où elle a occupé plusieurs postes de haute direction qu’auprès d’organismes internationaux auxquels elle a collaboré et, bien sûr, des communautés universitaires qu’elle a servies avec une remarquable intelligence et détermination.

Son apport au sein de l’Association francophone pour le savoir – Acfas fut inestimable. Elle a permis durant sa présidence (2012-2015) de développer davantage les activités favorisant le dialogue science et société. La constitution du plan stratégique 2014-2019 de l’Association témoigne de sa vision clairvoyante de notre communauté, de la place des chercheuses et des chercheurs dans la société qu’elle prônait inlassablement et surtout des relations organiques que la recherche possède dans ce grand écosystème dans lequel nous évoluons. Et finalement, je ne peux passer sous silence le rôle crucial qu’elle a joué dans les consultations entourant la Politique nationale de la recherche et de l’innovation (PNRI) en 2013 permettant à l’ensemble de la communauté de la recherche, de l’innovation et du transfert des connaissances de parler d’une seule voix.