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Les enfants du racisme

Une approche préventive de sensibilisation à la différence au sein des écoles permettrait de lutter contre la discrimination, tout en favorisant une meilleure harmonie.

[Colloque 459 - Enfants, adolescent-es, violence et société] 

À l'heure où un enfant sur cinq au Canada est issu de l'immigration, la question de la violence sociale que peuvent rencontrer ces jeunes au cours de leur parcours migratoire prend toute son importance. Sous l'égide de la sociologue et professeure titulaire à la Faculté des sciences infirmières de l'Université Laval, Louise Hamelin Brabant, une équipe de chercheurs a présenté au congrès une étude sur les effets de cette violence sur la santé des enfants immigrants de la ville de Québec et sur les stratégies déployées par ceux-ci pour la dépasser.

La parole aux enfants

Pour la première fois, une recherche sociologique qualitative sur le sujet a été directement menée auprès d'enfants immigrants au Québec. Mme Hamelin Brabant et ses collègues ont rencontré, pour des entretiens individuels, 42 écoliers de la Capitale, âgés de 10 à 12 ans, aptes à s'exprimer en français et vivant à Québec depuis un à huit ans. Cette étude se fonde et s'articule autour de la parole de ces jeunes, auxquels d'ailleurs aucune définition préalable n'a été soufflée.

Plus de la moitié des répondants ont mentionné avoir subi du mépris, des préjugés raciaux voire du racisme. Des témoignages ont également fait mention de stigmatisation, d'exclusion ou encore d'intimidation. Physique, verbale, ou encore indirecte, cette violence sociale vient généralement d’autres enfants, non-immigrants. Surtout présente en milieu scolaire, elle peut avoir des effets psychologiques, générant stress et problèmes de concentration.

«Plus de la moitié des répondants ont mentionné avoir subi du mépris, des préjugés raciaux voire du racisme.» 

En outre, cette violence complexifie leur construction identitaire et leur adaptation à leur nouvelle société d'accueil. Aussi, elle pousse ces jeunes à rejeter ce nouvel environnement de vie et à se replier sur leur communauté d'origine, ou au contraire à chercher à se distancier de celle-ci, après l'avoir intériorisée comme inférieure à la société d'accueil.

Malgré leur jeune âge, les enfants ont pleinement conscience que ce qu’ils subissent est dû à leur différence, quelle qu'elle soit. Les jeunes européens ne sont pas épargnés, et sont parfois ciblés à cause de leur accent.

Des enfants pleins de ressources

Face à l'adversité, les victimes se montrent néanmoins capables de recourir à toutes sortes de stratégies. Beaucoup recourent à des activités culturelles ou sportives pour évacuer la pression. D'autres préfèrent surmonter la discrimination en groupe en se rapprochant de ceux qui subissent les mêmes tracas. Au grand étonnement des chercheurs, nombreux sont également ceux  qui affirment trouver refuge dans leurs croyances religieuses. En outre, si les enfants privilégient le soutien informel de leurs amis et parents à celui des ressources scolaires, globalement, ils tendent à combiner les stratégies pour s'en sortir.

«Face à l'adversité, les victimes se montrent néanmoins capables de recourir à toutes sortes de stratégies pour s'en sortir.» 

Pour Mme Hamelin Brabant et ses collègues, une approche préventive de sensibilisation à la différence au sein des écoles permettrait de lutter contre la discrimination, tout en favorisant une meilleure harmonie en contexte scolaire. Une approche qui doit nécessairement être menée en collaboration avec les milieux concernés, et pour laquelle beaucoup reste à faire.

Auteur(e)

Rabéa Kabbaj
Journaliste
Présentation de l’auteure :Actuellement étudiante à la Maîtrise en Journalisme international à l’Université Laval, Rabéa Kabbaj a découvert le journalisme en 2011, année durant laquelle elle a été reporter puis rédactrice en chef de l’hebdomadaire universitaire L’Exemplaire. Passionnée de littérature et de culture, elle envisage cette immersion dans le journalisme scientifique, à l’occasion du Congrès de l’ACFAS, comme une chance d’acquérir de l’expérience dans un domaine qui lui était jusqu’ici moins familier.