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Le séisme et le tsunami japonais en dessin

Décembre 2012 | En images
Maxime Boivin et Pénélope Poirier
Université de Montréal
Dessins réalisés par des jeunes québécois de 9 à 12 ans, un mois après la catastrophe japonaise de mars 2011, à l'âge où l’on commence à distinguer le réel du fantastique.
L’étude

Le 11 mars 2011, un violent séisme suivi d’un tsunami dévastateur frappent la côte est du Japon. Partout, les médias couvrent la nouvelle en long et en large, durant plusieurs semaines. Occupant 9,36 % de l’actualité médiatique au Québec et 5,46 % au Canada du 8 au 14 mars, et presque  autant la semaine suivante, la catastrophe atteint facilement le haut du palmarès hebdomadaire des sujets les plus médiatisés d’Influence Communication.

Cette abondante couverture médiatique a mené un groupe de chercheurs allemands de l’International Central Institute for Youth and Educational Television (IZI)1, sous la direction de Maya Götz, à s’intéresser à la perception de ces événements par les enfants. Ces chercheurs ont ainsi lancé l’étude internationale Children Watching the Disasters in Japan, dont certains résultats sont disponibles en ligne.

À l’invitation de Mme Götz, nous avons entrepris le volet canadien de ce projet, avec la collaboration d’André H. Caron, directeur du Groupe de recherche sur les jeunes et les médias à l’Université de Montréal. Notre étude a été menée dans la grande région de Montréal environ un mois après les évènements. Elle ciblait les enfants de 9 à 12 ans, un âge où l’on commence à distinguer le réel du fantastique.

Dans un premier temps, afin de saisir leur perception initiale, c’est-à-dire avant qu’ils ne soient amenés sur certaines pistes par les questions des chercheurs, les jeunes furent invités à dessiner ce que représentaient les évènements pour eux. Dans un deuxième temps, nous avons réalisé des entretiens individuels d’une trentaine de minutes et composés d’une dizaine de questions.

Les dessins et les réponses de ces préadolescents ont permis de mettre en lumière et d'approfondir leur compréhension de ce type de catastrophe, montrant que l’aspect sensationnel, tel que montré à la télévision, prend souvent le dessus.

Les dessins

Tous les dessins illustrent avec une certaine exactitude le désastre japonais. La similarité entre eux est d’ailleurs frappante : presque tous présentent le tsunami comme une vague géante, et près de la moitié des enfants sont parvenus à évoquer le tremblement de terre explicitement dans leur dessin ou, à tout le moins, les dommages qu’il a causés. Dans près de la moitié des dessins, on observe des personnages attristés, apeurés ou s’enfuyant.

Les dessins sont également semblables par les éléments qu’ils omettent. Par exemple, un seul présente des secouristes à l’œuvre et aucun n'illustre des blessés ou des morts. En fait, plusieurs enfants ont parlé d’un exode massif qui aurait eu lieu avant le tsunami et aurait permis à plusieurs personnes de se mettre à l’abri. Ces éléments témoignent du fait que les enfants minimisent l’impact de tels événements sur les populations frappées ou sont inaptes à les concevoir entièrement. Nous supposons donc que, malgré leur capacité à distinguer le réel du fantastique, les enfants de cet âge sont gênés et parfois même gauches quand vient le temps d’aborder des sujets délicats tels que la mort.

Un autre élément important était absent des dessins et presque complètement omis du discours des enfants : les centrales nucléaires. En effet, ce thème semble plutôt nébuleux pour les jeunes interrogés. Pourtant,  les médias ont rapidement dérivé l'attention du public vers ces installations dans les jours suivant le tsunami, et le sujet a rapidement pris toute la place. Les images moins sensationnalistes des centrales nucléaires, par rapport à celles montrant le séisme ou le tsunami, nous semble donc à l’origine de ce clivage. Alors que le tremblement de terre et les vagues géantes ont provoqué un certain sentiment de peur chez eux, les centrales nucléaires endommagées leur semblaient moins évocatrices. Ajoutons la couverture très différente de ces deux éléments, où s’opposaient des vidéos filmées à la hâte et montrant des paysages dévastés, d'une part, et des vidéos fixes de structures en béton, de l’autre; les premières deviennent facilement un sujet « gagnant » pour attirer l’attention des enfants.

« Les dessins sont également semblables par les éléments qu’ils omettent. Par exemple, un seul présente des secouristes à l’œuvre et aucun n'illustre des blessés ou des morts ».

On remarque dans certains dessins les limites de la compréhension des enfants. Ainsi, certains éléments n’ont pas leur place dans une telle catastrophe naturelle. Par exemple, un garçon a dessiné, à côté d’un immeuble rempli de personnes craignant la mort, un personnage faisant du surf sur la vague géante d'un tsunami. Lorsque interrogé sur ses intentions et ses inspirations, il a admis avoir exagéré avec cet élément farfelu, mais a ajouté : « Ça me tentait parce que ça passait par Hawaï ». Ou encore, les dessins des jeunes filles contenaient des détails visuellement esthétiques, comme des coquillages et des fleurs, qui ne correspondent pas nécessairement à la représentation habituelle de telles catastrophes. Cela confirme encore une fois la difficulté des enfants à imaginer la force réelle du tsunami, et ce, malgré leur compréhension apparente du phénomène, et démontre une certaine distanciation par rapport aux événements, par exemple de par leur capacité à en rire (surfer sur le tsunami).

L’importance de l’image

Le recours au dessin a permis d’obtenir rapidement la vision qu'ont les jeunes de la catastrophe du Japon. Si l’exercice peut paraître enfantin, les 9 à 12 ans s’y sont prêtés avec sérieux et les résultats obtenus sont substantiels. En un coup d’œil, il est possible de voir ce que les enfants ont retenu des événements, comment ils les ont perçus, et ce, avant que l’entrevue ne les dirige sur une quelconque piste.

Toutefois, cet exercice artistique se devait d’être jumelé à une entrevue pour que soit mieux saisie la compréhension des jeunes. En effet, avec les seuls dessins, il aurait été impossible de comprendre le parallèle que plusieurs ont fait entre le tremblement de terre à Haïti et les évènements au Japon. Ainsi, les entrevues nous ont montré que les enfants avaient généralement plus de compassion pour Haïti, qui a connu un tremblement de terre dévastateur en janvier 2010. Le fait que l’île antillaise soit géographiquement plus près du Québec que les îles nipponnes et que le Québec soit une terre d’accueil pour une grande communauté haïtienne crée chez les jeunes une impression de proximité qui semble accroître leur intérêt pour ce qui s’y passe. Toutefois, leur impression sur les deux catastrophes est aussi basée sur des préférences et croyances personnelles plutôt que sur une connaissance factuelle des événements. Par exemple, un jeune (l’exception) était plus attristé par les événements nippons parce qu'il pratique le karaté.

Au final, même si les entrevues étaient essentielles à la réalisation d’une telle étude, les dessins en demeurent le point central, puisqu’ils donnent un accès privilégié à l’univers mental des enfants interrogés et à leur vision intuitive des événements.

L’étude dans son ensemble a été très enrichissante. Par exemple, elle a permis de découvrir que l’attention des enfants semblait se porter sur les images et les grands titres des médias, sans intérêt particulier pour l’information qui y était rattachée. Leur attention semble aussi directement corrélée avec l’intensité et le sensationnalisme perçus. Ainsi, la plupart des jeunes ont une bonne idée de la thématique générale, soit la catastrophe naturelle en cause, mais possèdent très peu d’information plus détaillée, par exemple sur les secours, les morts et les blessés ou les centrales nucléaires. Nous remarquons enfin que pour ce qui est de leur compréhension des évènements et de leurs impacts, le discours des enfants change du tout au tout et perd en maturité, signe que la réalité est encore difficile à saisir à leur âge.

Notes :

  • 1. Cet institut rassemble des chercheurs de plusieurs universités, et il est formé par l'équivalent de Radio-Canada en Allemagne (Bavarian Broadcasting Corporation, www.br.de). La chercheure allemande, Maya Götz qui pilote cette recherche est d'ailleurs à la tête de IZI et du Prix Jeunesse International, un autre organisme réalisant de la recherche sur les relations médias et enfants. 

Présentation des auteures

Maxime Boivin détient une maîtrise en communication médiatique de l’Université de Montréal. Elle poursuit ses études au doctorat en communication publique à l’Université Laval.

Pénélope Poirier détient une maîtrise en communication (journalisme) de l'Université de Montréal. Elle travaille présentement en révision de texte et en rédaction tout en poursuivant des études en traduction.

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