Imprimer

De femme fatale à it-girl : coup d’œil sur la mode contemporaine

La mode des jeunes est à l’image de l’état du monde actuel. De la quête identitaire à l’expression narcissique du « moi », des chercheurs ont analysé la mode contemporaine pour mieux en identifier les rouages.

7 mai 2012, 80e Congrès de l'Acfas – Si pendant longtemps, les modes vestimentaires ont permis aux jeunes d’exprimer leur appartenance à un groupe, la jeunesse cherche maintenant davantage à exprimer sa distinction que sa ressemblance, selon Mariette Julien, responsable du colloque L’état de la mode contemporaine« Les jeunes veulent de moins en moins ressembler aux autres », explique-t-elle, « Au contraire, ils cherchent à se distinguer ». Cette recherche d’authenticité, soutient la chercheure, témoigne d'un besoin grandissant de se confronter aux autres. « Le choix de vêtements impudiques, comme les t-shirts moulants ou les décolletés, reflète cette tendance nouvelle à la démarcation ».

Consomm’actrice

L’apparition de ce que certains appellent le « consommateur postmoderne » est un autre phénomène qui intéresse les chercheurs en mode. Selon Émilie Coutant, de l’Université Descartes (Paris 5), « la consommatrice moderne de mode était autrefois passive et animée par des valeurs individuelles comme le pouvoir ou la sécurité. Elle suivait les tendances et tentait de se conformer aux icônes de la femme fatale ou de la working girl. Aujourd’hui, la mode circule en sens contraire, du bas vers le haut : les consommatrices s’improvisent self-styliste, elles expérimentent, elles créent une mode composée de toutes les sous-cultures de la rue. La mode contemporaine est de loin plus participative ».

Identités

La consommatrice postmoderne a, enfin, des comportements beaucoup plus ritualisés en ce qui concerne la mode, juge Agnès Rocamora, une autre participante à ce colloque. « L’identité, à travers le spectre postmoderne, est perçue comme un processus en devenir, et non pas comme un état d’esprit figé dans le présent », soutient-elle. Cette représentation mouvante de l’identité, quant à elle, favorise une hyperconsommation. « Le consumérisme a des effets considérables sur les comportements de consommation », note aussi Mariette Julien. « Les jeunes ont besoin d’être regardés pour avoir l’impression d’exister ».

Véhicule social, la mode contemporaine? C’est du moins ce que laissent entendre les panélistes du premier bloc de la journée, mode et consommation. « La mode est un important facteur de communication et de communion », résume Agnès Rocamora. « Qu’on la considère comme un rite collectif ou une expérimentation individuelle, la mode construit jusqu’à nos identités mêmes ». 

Auteur(e)

Sandrine Bourque
Journaliste
Présentation de l’auteureÉtudiante en communication, politique et société à l’UQAM, Sandrine Bourque a signé plusieurs articles dans des journaux étudiants au cours de ses études au Cégep du Vieux-Montréal. Elle a fait ses premiers pas dans le milieu du journalisme à Radio Centre-Ville, la radio multilingue de Montréal, où elle a animé durant l’été 2010 un magazine d’actualité hebdomadaire, Planète Montréal.