Martin W. Bauer
London School of Economics, Royaume-Uni

La « fabrication » de la science est affaire mondiale, la culture scientifique est chose locale. Lors d'une entrevue au plus chaud de la campagne du BREXIT, en juin 2016, Michael Gove, l'un des principaux partisans anti-Europe et ancien ministre de l'Éducation, refuse de s’associer à des économistes (la science de l'économie) soutenant la sortie de l'Union européenne, prétextant que « les gens dans ce pays en ont assez des experts ». Cette déclaration sera par la suite largement reprise comme emblématique d’un état inquiétant pour la science dans un Royaume-Uni post-BREXIT.

Joëlle Le Marec,Bernard Schiele
Université Paris-Sorbonne,Université du Québec à Montréal

Le présent dossier a pour but de donner un aperçu des questions de culture scientifique, telles qu’elles se posent dans une dizaine de pays, ainsi que les actions lancées pour répondre aux problèmes distincts auxquels ils doivent faire face. Il présente aussi quelques expériences qui y sont menées.

Hester du Plessis
Conseil des sciences sociales et humaines, Afrique du Sud

Après plus de 20 ans de démocratie, la fracture raciale et politique en Afrique du Sud demeure présente, et la communication scientifique cherche toujours à occuper un rôle central pour faire ce qu’elle pourrait faire de mieux : fournir la vérité à l’appui des preuves scientifiques impartiales.

Michelle Riedlinger
Université of the Fraser Valley, Canada

Les plateformes de médias sociaux permettent l’éclosion de nouveaux espaces de communication sociopolitique engagée, et les citoyens s’investissent dans des discussions sur les enjeux scientifiques lorsqu’ils disposent d’espaces légitimes pour le faire.

Gauhar Raza,Surjit Singh
Conseil de la recherche scientifique et industrielle, Inde

En Inde, les enquêtes sur la compréhension de la science par le public émergent d’un mouvement scientifique largement conduit par la société civile; les préoccupations de cette dernière influant même sur les grands objectifs de recherche. Le People’s science movement, par exemple, un conglomérat de plusieurs associations comptant des milliers de bénévoles, visait l’atteinte des publics profanes.

Per Hetland
Université d’Oslo, Norvège

La recherche en communication scientifique dans les pays nordiques est fortement influencée par la tradition anglo-américaine. Toutefois, il existe un modèle nordique spécifique souvent ignoré par la recherche dans le domaine. Ce modèle repose sur quatre piliers.

Susanne Hecker,Anett Richter,Aletta Bonn
Centre Helmholtz de recherche environnementale, Allemagne

Nous croyons fermement que la science participative offre un formidable potentiel pour affronter les défis sociaux et scientifiques d’aujourd’hui. Pour les citoyens, la science participative accroît la littératie scientifique; pour les scientifiques, s’engager avec la communauté fournit une occasion irremplaçable d’apprentissage et d’innovation.

Germana Barata
Université d'État de Campinas, Brésil

L’état de la communication scientifique, dans tout pays, va de pair avec le développement de sa science et de sa technologie. Au Brésil, c’est à la fin des années 1990 que ces dernières atteignent leur maturité et leur reconnaissance internationale. Dans cette lancée, on assistera à une hausse des investissements et au développement des politiques en matière de communication scientifique. Aujourd’hui, il est temps d’aller plus loin et de renforcer, entre autres, les collaborations nationales et internationales.

Bernard Schiele
Université du Québec à Montréal

Cette courte note explore les formes contemporaines de participation et d'engagement qui donnent voix au chapitre à ceux qui jusqu'à présent avaient été exclus des débats sur les enjeux qui les concernaient parce que leur savoir et leur expérience, acquis au cours de leur existence, dévalorisés et jugés inopérants, ne correspondaient pas aux critères d'une compétence reconnue, et les privaient ainsi d'un droit de prise de parole, réservé à ceux, seuls, qui pouvaient s'en réclamer, particulièrement dans les domaines qui convoquaient l'expertise en science et en technologie.

Andrée Bergeron
Centre Alexandre Koyré d'histoire des sciences et des techniques, France

Dans un ouvrage récent, Bernadette Bensaude-Vincent appelle à écrire une « histoire située » de la culture scientifique et technique, culture qu’elle décrit comme un mouvement spécifiquement français, émergeant dans les années 1980 et désormais révolu, supplanté par un mouvement de participation du public.

Joëlle Le Marec
Paris-Sorbonne, France

Longtemps, la culture scientifique a été pensée pour le domaine limité des sciences physiques et biologiques, soit des sciences mathématisées et très instrumentées. Les sciences humaines et sociales, quant à elles, ont été implicitement considérées comme faisant déjà partie de la culture et ne nécessitant pas d’efforts de traduction, de vulgarisation ni de communication.

Michel Claessens
Commission européenne, Belgique

En ce début de 21e siècle, on peut sans se tromper, affirmer que le soutien à la culture scientifique, cette forme de diffusion pédagogique des connaissances qui cherche à mettre le savoir (et éventuellement ses limites et ses incertitudes) à portée d'un public non expert, est toujours aussi nécessaire et important, mais les raisons de cet engagement sont quelque peu différentes.

Anne Laure Mahé
Université de Montréal

Dessinons les élections, lancé en février 2017, est un blogue qui propose des analyses sur l'élection présidentielle française du printemps 2017, mais sous forme de bande dessinée! Chaque BD est coécrite par un.e chercheur.euse en sciences sociales et un.e bédéiste.

Luo Hui
Université de Science et technologie de la Chine

Les chercheurs ont retenu pour l’évaluation du milieu universitaire chinois les thèmes suivants : la politique globale, la gestion de la recherche scientifique, la démocratie et l’intégrité universitaire, et le développement humain.

Propos recueillis par Élaine Hémond, 1998

En 1972, Marie-Andrée Bertrand se dissocie des conclusions de ses collègues de la commission LeDain sur l'usage des drogues à des fins non médicales. Elle présente alors deux rapports dissidents où elle recommande non seulement la légalisation des substances psychotropes, mais aussi le contrôle de leurs prix et de leur qualité par l'État.

Propos recueillis par Sophie Malavoy, 1999

« La gestion du changement est quelque chose de très complexe. Il faut savoir jusqu'où on doit exercer une pression pour aller plus loin, tout en étant capable de relâcher au bon moment quand on sent qu'il faut un repos physiologique. On a toujours quelque chose à apprendre, mais il m'apparaît clairement que, pour qu'un changement se fasse, il faut une conjoncture favorable. Les changements imposés par un état de crise ne sont jamais faciles à vivre, même s'ils sont nécessaires », de dire Jean Rochon.

Propos recueillis par Danielle Ouellet, 1987

Louis-Edmond Hamelin, c’est l’homme du Nord et de la « nordicité », le géographe fondateur du Centre d’études nordiques de l’Université Laval. Mais c’est aussi un économiste, un écrivain « inventeur de mots », un ancien recteur redevenu étudiant et un passionné de montagne. Bref, un chercheur dont la « mouvance » témoigne d’une curiosité sans bornes et d’un désir permanent d’ascension.

René Audet
Université du Québec à Montréal

Peut-on qualifier le Frère Marie-Victorin d’environnementaliste? S’il est bien reconnu comme pionnier de la science au Québec, les nombreuses biographies dont il fut l’objet ne le qualifient jamais ainsi. Certains, le considèrent volontiers comme le précurseur de l’écologie québécoise, mais sa « sensibilité écologisteObjet inconnu » est plus souvent passée sous silence. Le fait s’explique sans doute par le fait que cette pensée ne fut jamais systématisée par le Frère lui-même et que les matériaux dont dispose celui qui entend le faire a posteriori sont éparpillés à travers son œuvreObjet inconnu. C’est justement là l’objectif de ce texte : réunir ces matériaux épars afin de présenter la pensée environnementaliste du Frère Marie-Victorin et d’en faire ressortir l’originalité par rapport aux courants dominants de son époque en matière de philosophie de la nature et de gestion des ressources naturelles.

Jean-Philippe Warren
Université Concordia

Le nom même des sciences sociales est trompeur : ce sont au moins autant des sciences que des technologies. Elles servent à comprendre de manière objective la réalité sociale, mais elles permettent aussi de la manipuler. Elles se sont par conséquent sans cesse offertes dans l’histoire comme savoirs et pouvoirs, reflétant les intérêts et les préoccupations des régimes politiques et économiques du moment.

Denis Goulet
Université de Montréal et UQAM

Ce laboratoire d’anatomie-pathologie et de bactériologie amorce ses activités en 1914. La photographie, prise cette année-là, a servi d’illustration dans l’annuaire de l’Université Laval, annonçant avec fierté son ouverture. Le laboratoire était situé au 2e étage du pavillon de médecine dans le Vieux-Québec, à proximité de l’Hôtel-Dieu. À cette époque, les laboratoires de pathologie et de bactériologie étaient généralement séparés pour éviter les contaminations. Mais la Faculté de médecine ne disposait pas des espaces suffisants pour aménager deux laboratoires distincts. Dix ans plus tard, les autorités universitaires procéderont à l’agrandissement et à la rénovation de l’immeuble. Inauguré en septembre 1924, il comportera deux laboratoires.

Johanne Lebel
Rédactrice en chef

Notre huitième dossier est dédié à l'histoire de la recherche au Québec et au Canada francophone. Ce dossier, financé en partie par le gouvernement du Canada, vise à souligner le 150e anniversaire de la Confédération canadienne. Nous y ajouterons de nouveaux contenus tout au long de l’année.

Denis Goulet
Université de Montréal et UQAM

Tout effort pour retracer l’histoire de la recherche biomédicale au Québec débute par un examen des lents développements des facultés de médecine et des hôpitaux qui leur sont affiliés, lieux où se sont amorcés les premiers travaux. Puis, on observera la naissance de nouvelles structures de recherche, l’émergence des études de 2e et 3e cycles en sciences et en médecine, la création d’organismes subventionnaires et l’avènement des grands centres de recherche. Tout cela se déroule entre le début du siècle dernier et les premières décennies du nôtre. L’écart historique y est immense entre, d’une part, le chercheur isolé, les initiatives individuelles, les petits laboratoires modestement équipés, et, d’autre part, les centres de recherche multidisciplinaires, les programmations à long terme, la mise sur pied de solides axes de recherche financés par de grands organismes gouvernementaux et privés.

Jules Racine St-Jacques
Université Laval

On a beaucoup insisté sur la signification historique de la Révolution tranquille dans le mouvement de modernisation du système universitaire québécoisObjet inconnu. La création, en 1968, du réseau de l'Université du Québec matérialise l'importance symbolique de l'enseignement supérieur et de l'éducation en général dans la série de réformes entreprises à partir de 1960. En cette matière comme en tant d'autres, cependant, ce qui a été réalisé dans les années 1960 était déjà en préparation dans les années 1930, 1940 et 1950.

Camille Limoges
Philosophe et historien des sciences

Or nombre des idées reçues sur l’université n’ont d’autre fonction que de gommer la spécificité du présent. Par exemple, quand on va colportant que les universités, depuis leur apparition au Moyen Âge, auraient continûment développé une même identité institutionnelle, originelle, dédiée à une double mission d’enseignement et de recherche. Au regard de l’assomption d’une telle téléologie institutionnelle, peut-on maintenant à tout propos juger que l’authenticité de l’université québécoise se trouve menacée dans son essence, dans son intégrité, par contraintes et périls venus de l’extérieur?

Eve Seguin
Université du Québec à Montréal

Mon collègue Ken Westhues de University of Waterloo, vieux routier de la sociologie du mobbing académique, m’a semoncée : « Tu aurais dû t’y attendre! ». Et c’est vrai, je ne m’y attendais pas. Les trois textes sur le mobbing que j’ai publiés en septembre 2016 ont provoqué un véritable raz de marée dont j’ai été la première noyée.

Alexandre Navarre
Associé de recherche, École de technologie supérieur

Les sociétés de valorisation universitaires (SVU) québécoises fêtent leur quinzième anniversaire. En 2001, leur lancement avait fait couler beaucoup d’encre, mais, depuis, elles ont trouvé leur place dans l’écosystème de recherche et d’innovation. On en connaît peu, cependant – à part quelques initiés – au sujet des retombées des SVU sur le Québec , un des objectifs visés au départ. En 2012, on disait sur cette même tribune que la valorisation piétinait au Québec. Cependant, les observations actuelles nous réservent d’agréables surprises.

Jean-Claude Simard Simard
Université du Québec à Rimouski

Sarrazin a d’abord et avant tout été chirurgien puis médecin en Nouvelle-France, avant d’agir ensuite à un double titre : botaniste correspondant pour le Jardin royal des Plantes médicinales et membre canadien de l’Académie des sciences de Paris, fondée en 1666. De telles pratiques en contexte colonial étaient alors courantes, plusieurs métropoles européennes entretenant un réseau d’assistants à travers le monde. Leur travail consistait à recueillir des spécimens dans tous les domaines scientifiques, à dresser, en quelque sorte, un catalogue des ressources.

Vincent Larivière et Cassidy R. Sugimoto
Université de Montréal et Université de l’Indiana à Bloomington

La question de la place des femmes en recherche a fait, au cours des dernières années, couler beaucoup d’encre dans la communauté scientifique. Cette question a d’ailleurs déjà été abordée ici dans la chronique « Femmes et sciences : les premières données mondiales démontrent l’inégalité » publiée il y a trois ans.

Dimitri Della Faille
Université du Québec en Outaouais

Notre ouvrage se situe quelque part entre une publication classique (style académique, problématisation, analyses, résultats et bibliographie) et une publication émergeant du milieu de la pratique musicale avec des codes stylistiques différents. Nous visions à concourir au décloisonnement des savoirs pour y inclure les savoirs de pratique. Ainsi, mon collaborateur et le co-auteur de ce livre, Cedrik Fermont, est musicien et n’a pas de formation universitaire. Sa contribution à parts égales à cet ouvrage participe de cette idée de coproduire de la connaissance avec et pour la communauté.

Pierre Fortin
Université du Québec à Montréal

Il est impératif que nous fassions un effort individuel et collectif accru pour développer la culture scientifique chez nous et chez nos enfants. La culture scientifique, c’est celle qui clame haut et fort qu’il y a des affirmations qui sont vraies et d’autres qui sont fausses, que la vérité, ce n’est pas ce qui nous fait sentir bien dans notre peau (genre « t’as droit à l’opinion qui te plaît, fie-toi sur ton vécu, man »), mais ce qui existe réellement, hors de nous et indépendamment de nous, que cela fasse notre affaire ou non.