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Prix Acfas – Desjardins d'excellence pour étudiants-chercheurs 2007

Doctorat

 

Marie-Hélène BREAULT

Musicologie

Université de Montréal

Nous vous invitons à lire aussi l'entrevue
réalisée par le quotidien Le Devoir

Le Prix Acfas Desjardins d’excellence pour étudiants-chercheurs au doctorat 2007 est décerné à Marie-Hélène Breault, étudiante au doctorat en musicologie à l’Université de Montréal.

Après un premier doctorat en interprétation comme flûtiste, la lauréate entreprend des études de nature plus théorique. Interprète accomplie de Karlheinz Stockhausen (1928-), elle oriente maintenant ses travaux sur le concept très original du personnage d’opéra développé par le compositeur dans Licht, die sieben Tage der Woche (Lumière, les sept jours de la semaine), un cycle de sept opéras composé entre 1977 et 2002.

Licht a ceci de particulier : les personnages n’y sont pas joués seulement par des chanteurs, tel que dans l’opéra traditionnel, mais aussi par des instrumentistes. Les instruments à vent sont privilégiés, notamment la flûte, le cor de basset, la trompette et le trombone. Concrètement, l’intégration de musiciens non-chanteurs au synopsis implique que ceux-ci sont délivrés de leur traditionnel rôle d’accompagnement, qu’ils émergent de la fosse d’orchestre, qu’ils sont soumis aux exigences de la mémorisation, qu’ils revêtent des costumes et qu’ils sont appelés à se mouvoir sur scène, au même titre que les chanteurs dans l’opéra traditionnel. Cette conception singulière du personnage d’opéra est remarquable car elle induit une nouvelle forme de construction du sens.

En effet, dans l’opéra traditionnel, le sens tend à se construire linéairement, à partir de la trame narrative et des textes chantés ou récités, de manière intelligible, par les protagonistes (les chanteurs). Dans l’opéra lichtien, lorsque des personnages sont joués par des instrumentistes à vent, le texte est beaucoup moins présent. Cela s’explique par le fait que puisque le conduit vocal de ces instrumentistes est déjà sollicité dans le processus de production sonore, leur capacité à « prononcer » un texte de façon intelligible simultanément à leur jeu est plutôt limitée. Il arrive cependant que des éléments de nature textuelle soient tout de même intégrés, de façon discontinue, au jeu de ces instrumentistes. Sur le plan de l’interprétation, cette intégration implique que flûtiste, corniste de basset, trompettiste et tromboniste doivent énoncer, isolément ou simultanément à la production sonore traditionnelle, des éléments langagiers (des bribes de textes) et para-langagiers (des onomatopées). Les passages caractérisés par ce type d’écriture sont marqués par un constant mouvement d’aller-retour entre intelligibilité et inintelligibilité textuelle. L’inclusion de personnages instrumentaux dans l’opéra implique donc de nouveaux rapports entre texte et musique et suppose une construction du sens basée davantage sur le principe de l’association symbolique que sur la narrativité. La trame de Licht est, en effet, constituée d’un réseau de signes et de symboles dense et complexe, véritable refonte de mythes, religions et croyances issus de l’imaginaire collectif.

Depuis le début des années 1950, Karlheinz Stockhausen est une figure centrale de la musique contemporaine. Père de la musique électronique et porte-étendard, avec Pierre Boulez, du sérialisme intégral, il a aussi contribué au développement de nombreuses autres sphères de l’activité musicale contemporaine, entre autres la spatialisation, la musique aléatoire, la musique intuitive, la musique mantrique, la composition par moments, la composition par formule et le théâtre musical.

Dans son projet, la chercheuse vise à développer une expertise relative aux techniques compositionnelles liées à l’intégration d’éléments textuels dans les scènes lichtiennes pour instruments à vent. Elle souhaite également cerner les nouvelles exigences engendrées par ce phénomène du point de vue de l’interprétation. Enfin, elle travaille aussi à définir les éléments scéniques d’importance quant à la communicabilité de la dimension symbolique.

La lauréate a travaillé directement avec Stockhausen lors de stages d’été organisés par le compositeur à Kürten, dans la campagne allemande, où, dit-on, la force du silence laisse toute la place à la musique. À deux reprises, Stockhausen lui a décerné des prix d’excellence en interprétation (un 3e Prix en 2004 et un 1er Prix en 2006).

En tant que flûtiste spécialiste du répertoire stockhausenien, Marie-Hélène Breault possède un point de vue unique et privilégié pour réfléchir sur l’interprétation de sa musique. Comptant se diriger vers l’enseignement universitaire en interprétation et musicologie, l’expertise développée lors de ce doctorat lui permettra de transmettre avec profondeur ses connaissances à des chercheurs ou à des instrumentistes intéressés par la musique de l’homme de la forêt de Kürten.

 


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