Nous vous invitons à lire aussi l'entrevue réalisée par le quotidien Le Devoir
Le Prix Acfas – Desjardins d’excellence pour étudiants-chercheurs à la maîtrise 2007 est décerné à Julie Auger, qui termine une maîtrise en science politique à l’Université du Québec à Montréal.
Membre de la Chaire de recherche du Canada en politiques étrangère et de défense canadiennes depuis 2004, elle a choisi de concentrer ses travaux de maîtrise sur un aspect particulier, et souvent ignoré, de la sécurité nationale du Canada : la santé publique.
Cette recherche est motivée non seulement par la multitude d’événements récents reliés à ce sujet, tels l’attentat au gaz sarin dans le métro de Tokyo (1995), le 11 septembre 2001 ou l’épisode du SRAS (2003), mais aussi par l’absence quasi totale d’études incluant les dimensions de santé publique et de sécurité nationale. L’association encore inusitée de ces deux concepts illustre la pertinence des travaux de la lauréate.
Sa recherche s’articule autour de la question suivante : tel que formulé dans la toute première politique de sécurité nationale du Canada, Protéger une société ouverte, la santé publique constitue-t-elle un enjeu de sécurité nationale pour son gouvernement ?
Cet exercice, qui a exigé dans un premier temps l’élaboration d’une approche théorique incluant la santé publique – largement négligée des théoriciens des Relations internationales – comprend l’étude de la menace posée par le terrorisme chimique, biologique, radiologique et nucléaire (CBRN) et les maladies infectieuses (MI). De façon systématique, pour la période 1995-2006, la lauréate a ensuite examiné le processus de sécurisation de la santé publique sous les angles discursif et décisionnel en réaction au terrorisme CBRN et aux MI, au sein de Santé Canada et de Sécurité publique Canada.
La conjonction d’éléments théoriques empruntés aux Relations internationales et d’autres du domaine de l’administration publique, selon son hypothèse, mettent en lumière les incohérences et le caractère compartimenté du processus canadien de sécurisation de la santé publique.
L’avancée de ses recherches lui permet de mieux saisir la conception canadienne de la sécurité nationale face aux menaces qui pèsent sur la santé publique et de se questionner, en prévision d’études futures, sur la valeur comparative de son approche théorique, qui devrait par exemple permettre l’analyse des conceptions canadienne et américaine de la sécurité nationale et de l’équilibre existant entre elles.
L’originalité et la minutie qui caractérisent la recherche de la lauréate compensent avec brio la rareté des ressources disponibles dans le domaine de la sécurité nationale. Le choix d’un sujet encore trop peu abordé – et pourtant d’actualité – témoigne également du sérieux de son engagement comme chercheure. C’est ce même engagement qui l’a récemment conduite à joindre la division de la sécurité nationale de Sécurité publique Canada, à titre d’analyste politique. |