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6 - La recherche hors piste : oser la rupture

Le mardi 8 mai 2018

Ce colloque se propose d’explorer, sur divers plans, une nouvelle problématique de recherche : la recherche de rupture.

Les transformations de plus en plus profondes qui affectent aujourd’hui les sciences, les arts et les techniques appellent une reconfiguration des champs du savoir, mais aussi de l’action. Des façons différentes de faire de la recherche apparaissent sans cesse tandis que les disciplines traditionnelles se reconfigurent profondément ou se rapprochent d’autres disciplines, parfois voisines, parfois éloignées. Plus ouverte à la collaboration de la communauté et plus attentive à ses propres développements, comme le montre cette nouvelle pratique qu’est la métarecherche, la recherche découvre une nouvelle réflexivité l’amenant à revenir sur ses méthodes et ses concepts, et à s’ouvrir à des collaborations inattendues. La révolution numérique influe sur toutes les perceptions, toutes les conceptions : ne parle-t-on pas, à ce propos, de « numérimorphose »? Les neurosciences, par ailleurs, en donnant une base physiologique à certains percepts et même à certaines formes de pensée, développées à partir d’un objet spécifique, contribuent également à cette reconfiguration de la science à laquelle les Fonds de recherche du Québec (FRQ) entendent participer activement, en suscitant des réflexions diversifiées à ce sujet et surtout en proposant des moyens de profiter de ce grand bouleversement, attesté à l’échelle de la planète, pour susciter et encourager des recherches qui osent déplacer les frontières, les repousser, les traverser.

C’est à ce titre que les FRQ viennent de lancer le programme Audace voué à des projets à risque et à fort potentiel de retombées, mais dont les résultats ne sont pas nécessairement garantis.

Il s’agit, sinon de prévoir l’imprévisible ou de concevoir l’inconcevable, du moins de leur permettre d’advenir en leur ménageant les meilleures conditions d’apparition. En donnant au chercheur la liberté de pousser sa réflexion à sa limite, et même peut-être au-delà.

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Colloque
Enjeux de la recherche
Responsables
UQAC - Université du Québec à Chicoutimi
Fonds de recherche du Québec
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Avant-midi
09 h 00 à 10 h 15
Communications orales
Dialogue d’ouverture
Présidence/Animation : Maryse Lassonde (Fonds de recherche du Québec - Nature Technologie)
Batiment : UQAC
Local : A0-1100
09 h 00
Oser la rupture
Denise Pérusse (Fonds de recherche du Québec), Jean-Pierre Vidal (UQAC - Université du Québec à Chicoutimi)

Mot d'ouverture des responsables du colloque

Ce colloque entend faire le point sur l’état actuel de la recherche intersectorielle, non seulement à la lumière des enseignements qu’on peut tirer des résultats de la première année du programme «Audace», mais aussi de l’ensemble des réflexions qui ont accompagné sa mise au point et qui se poursuivent encore indépendamment de lui, suscitant de nouvelles recherches.

Comment poursuivre sur cet élan ? Quels nouveaux développements envisager, en termes de programmes de subvention, mais aussi de formation ? Par quels moyens inciter les chercheurs à faire preuve de la plus grande créativité possible, sans se soucier des barrières disciplinaires et en osant toutes les ruptures, y compris avec leurs propres habitudes méthodologiques et même les théories qui les déterminent ?

L’enthousiasme suscité par le programme «Audace» est le signe que nous sommes dans la bonne direction et qu’il y a lieu d’être optimiste.

Résumé
09 h 15
Savoirs partagés
Rémi Quirion (Scientifique en chef du Québec), Emmanuel Mahé (École nationale supérieure des arts décoratifs, Paris), Luc-alain Giraldeau (INRS - Institut national de la recherche scientifique)

Sous l’influence croisée des neurosciences, de la biologie et du numérique, une nouvelle façon de faire de la recherche, aussi bien dans les sciences que dans les arts, émerge un peu partout dans le monde : la tendance est à la collaboration entre les disciplines, mais de façon plus intégrée qu’avant, chacune acceptant désormais le risque de se remettre en jeu, quitte à devoir se reconfigurer à cause de sa rencontre avec d’autres théories, d’autres méthodes, d’autres observations, d’autres objets, même.

Comment orienter cette tendance dans le sens d’une plus grande créativité, en multipliant les passerelles d’une discipline à l’autre, notamment par une attitude plus proactive en termes de gestion de la recherche ? Quels types de programmes de subventions imaginer ? Quels regroupements de chercheurs favoriser ?

Non seulement pour répondre aux défis que posent les divers problèmes auxquels les sociétés humaines sont confrontées, mais aussi, éventuellement pour déboucher sur l’inconnu, donner à la science et à l’art un second souffle ? Quitte peut-être à les conjuguer, comme cela commence déjà à se faire.

Résumé
10 h 15
Pause
10 h 30 à 12 h 15
Communications orales
Tendre les filets ou susciter des recherches intersectorielles
Présidence/Animation : Serge Marchand (Fonds de recherche du Québec - santé)
Batiment : UQAC
Local : A0-1100
10 h 30
Comment voulez-vous innover si vous continuez à travailler de la même manière ?
Yves Jacquier (Ubisoft)

L’un des pires ennemis de l’innovation est le succès. Nous sommes programmés pour penser que le futur est fondé sur les résultats du passé, ce qui explique que les plus grandes innovations surviennent souvent à l’issue d’une crise, qu’elle soit économique, organisationnelle ou sociétale.

Puisque le monde évolue de plus en plus rapidement et imprévisiblement, nous devenons responsables de développer nos propres mécanismes d’anticipation et de pérennité d’innovation. Peut-on bénéficier du potentiel de rupture qu’une crise génère sans en subir les effets néfastes ?

Je présenterai une approche que nous avons mise en place chez Ubisoft, au travers de la création de La Forge, qui est un écosystème en rupture avec les manières de faire habituelles de chacune des parties prenantes tant académiques qu’industrielles, tout en s’intégrant parfaitement à celles-ci.

Résumé
11 h 00
La recherche intersectorielle sur la participation, l'inclusion et le bien-être: pensons et faisons autrement
Eva Kehayia (Université McGill), Bonnie Swaine (UdeM - Université de Montréal)

En 2010, l’annonce du financement FRQS pour des projets stratégiques innovants a incité les centres de recherche et les chercheurs à explorer de nouvelles approches impliquant des partenaires non traditionnels pour innover davantage en recherche interdisciplinaire et intersectorielle. Ainsi, le projet RehabMall du CRIR est né; il a réalisé depuis 2011 plus de 70 projets de recherche en partenariat avec les secteurs public et privé. Visant la création d’environnements accessibles et inclusifs, ces projets ont permis d’identifier les principaux obstacles d'ordre physique ou psychosocial à la participation sociale et à l'inclusion des personnes vivant avec une déficience physique, dans l’environnement d’un centre commercial. Utilisant une approche living lab, des technologies, d’aides techniques et des services ont pu être développés, mis en œuvre et évalués afin de pallier aux défis de participation et d’inclusion sociale. Les transformations qui ont suivi allaient au-delà de terrains connus et des environnements physiques et sociaux touchant tout particulièrement autant les chercheurs impliqués dans les projets que ceux qui les entouraient. De l’initiative Vers une société québécoise plus inclusive aux vêtements intelligents, à l’utilisation de l’intelligence artificielle pour pallier les difficultés de communication orale et aux intersections intelligentes la recherche est en train de briser les silos entre secteurs et disciplines et nous amène à penser et à faire autrement.

Résumé
11 h 30
Recherche innovante au Hybridlab: contribution à la connaissance et innovation de rupture
Tomás Dorta (UdeM - Université de Montréal)

À la différence de la recherche création, dont l’objet de recherche est la création réflexive d’une installation ou d’une œuvre artistique, la recherche innovante vise à faire une contribution à la connaissance (importante et pertinente) et apporter des solutions innovantes à des problèmes posés (produits, services, méthodes, expériences, etc.) en intégrant la pensée créative au sein de la recherche fondamentale. Les problèmes sociétaux, étant complexes, nécessitent à la fois des solutions décrites comme d’innovation de rupture et aussi une contribution substantielle au niveau des connaissances pour faire avancer le domaine scientifique en question. Appliquer la pensée créative en recherche va au-delà de la découverte par l’erreur ou de façon circonstancielle. Elle exige de redéfinir le problème posé et permet de manière importante de concevoir et créer des méthodes de recherche, qui sont en elles-mêmes innovantes. Ceci permet d’accéder à des données inespérées, générant ainsi des changements de paradigmes au niveau du domaine et des solutions de rupture qui changent certains usages dans les champs d’application.  Cette communication présente l’approche de recherche innovante réalisée depuis dix ans au Laboratoire de recherche en design Hybridlab, ses bases conceptuelles, ses contributions, tant à la recherche fondamentale qu’au niveau des solutions méthodologiques et technologiques.

Résumé
12 h 00
Discussion
Dîner
12 h 15 à 13 h 30
Dîner
Dîner
Batiment : UQAC
Local : A0-1210 (Stud. thé.)
Après-midi
13 h 30 à 15 h 45
Communications orales
Récolter ou créer des poissons hybrides
Présidence/Animation : Louise POISSANT (Fonds de recherche du Québec - Société et culture)
Batiment : UQAC
Local : A0-1100
13 h 30
Du chercheur non spécialiste à la polyphonie méthodologique : enjeux et rayonnements de la recherche chorale
Laetitia RASCLE BEAUMEL (Université Laval)

Alors que les nouvelles formes de la recherche prennent de plus en plus d’ampleur depuis une quinzaine d’années, les structures universitaires comme les organismes subventionnaires en sont venus à assouplir progressivement les conditions de travail du chercheur. Interdisciplinarité, recherche-action, boutiques de science : l’émergence d’interfaces collaboratives, de colloques transdisciplinaires et de partenariats entre instituts de recherche et milieux de pratique permettent d’ouvrir des frontières et de repenser les modalités de la recherche. Mais comment la figure du chercheur évolue-t-elle alors dans un tel contexte de mutation ? Quels outils le chercheur peut-il utiliser ou adapter sur le terrain pour faire face à ces nouvelles réalités de la recherche ? En s’appuyant sur l’exemple d’une recherche-action menée dans le cadre d’un doctorat sur mesure, cette communication s’attachera à présenter la pertinence des parcours non-linéaires chez le chercheur, et la légitimité du faisceau méthodologique comme assise de la recherche hors piste.

 

Résumé
14 h 00
Extases de l'influence: le faire en tant que ressource trans-artistique
Sandeep Bhagwati (Université Concordia)

L'un des mèmes les plus influents de la modernité a été l'idée que la matérialité gouverne notre conscience. «Ce n'est pas la conscience des humains qui détermine leur être, mais inversement leur être social qui détermine leur conscience». Cette phrase de Karl Marx est l'axiome fondamental de l'économie moderniste. Dans le domaine des arts, le critique Clément Greenberg a exigé qu'une œuvre d'art soit présentée et travaillée manifestement dans sa matérialité même. La composition musicale du XXe siècle a été comprise comme la recherche de nouveaux sons, de nouvelles harmonies, de nouvelles structures, etc. «De nouvelles significations émergent d'une matérialité nouvelle»: dans le monde entier, ce truisme moderniste domine les salles de classe, de conférence et de réunion.

Mon projet de recherche-création «Extases de l'influence» est en rupture avec cette affirmation: en transposant les méthodes créatives et la poétique des différents arts à la composition, on se demande si l'essence d'un processus artistique peut être dissociée de sa matière. L'acte même de faire de l'art peut-il devenir une ressource pour la création interdisciplinaire? Une œuvre musicale peut-elle être composée de la même manière qu'un poète écrit un poème ou qu'un vidéaste fait une vidéo? Et la musique qui émerge de ce processus créatif trans-matérialiste sera-t-elle aussi forte que l'œuvre originale dont elle est issue? Ou ne faudra-t-il pas, en cas d'échec, élargir notre concept de ce qu'est la musique?

Résumé
14 h 30
La capture du mouvement en biomécanique clinique : un défi interdisciplinaire
Karina Lebel (UdeM - Université de Montréal)

La mobilité fonctionnelle est reconnue comme un facteur important influençant la qualité de vie des individus. Avec l’avancée en âge et la maladie, la mobilité des personnes ainsi que les activités sous-jacentes sont affectées par des interactions entre les déterminants intrinsèques (incapacités secondaires à la maladie et au vieillissement) et extrinsèques (ex.: habitation, communauté, transports...). Le développement d’outils et de techniques de mesure permettant l’identification des déterminants affectant la mobilité dans des contextes naturels est important pour mieux guider l’évaluation et les interventions. La problématique associée à la capture de la mobilité en contexte naturel est toutefois complexe et nécessite un système de mesure offrant la portabilité requise pour permettre son utilisation hors laboratoire sur une période de temps prolongée, une connaissance des capacités et des limites de cette technologie, le développement et la validation d’algorithmes d’identification automatisée des activités, ainsi que le développement d’indicateurs permettant la caractérisation de la qualité des mouvements. Ce type d’outil de mesure se trouve à la frontière l’ingénierie et de la santé. Le développement et la validation de ces outils se doivent de considérer les deux disciplines afin de maximiser les retombées potentielles. À travers des exemples tirés de mes travaux, cette présentation abordera les défis liés l’utilisation de la technologie pour la capture du mouvement.

Résumé
15 h 00
L’hybridation art/science comme pratique exemplaire de recherche intersectorielle
François-Joseph LAPOINTE (UdeM - Université de Montréal)

Tant de chercheurs, de philosophes, d’historiens et d’épistémologues ont tenté de circonscrire le champ de l’art et celui de la science avec plus ou moins de succès, mais jamais dans l’idée de rallier de façon universelle ni l’artiste, ni le scientifique. L’exercice est au mieux voué à exacerber les passions; il est au pire destiné à l’échec. Afin d’aborder ce problème complexe, mes travaux portent sur l’intersection des pratiques associées à la recherche scientifique et à la création artistique, tant au niveau des méthodes, des objectifs et des discours utilisés par ces différents champs de la connaissance. L’éclosion récente d’une approche authentiquement intersectorielle où les scientifiques et les artistes s’inspirent mutuellement n’est pas étrangère aux débats soulevés par le dualisme des cultures en interaction. Je m’intéresse aux conditions qui favorisent l’émergence d’un nouveau type de chercheur-créateur hybride, un artiste qui maîtrise les outils et le langage de la science, un scientifique qui comprend les tenants et les aboutissants de la démarche artistique.

 

Résumé
15 h 30
Discussion
15 h 45
Pause
16 h 15 à 17 h 00
Communications orales
Table ronde : nouvelles perspectives, nouvelles collaborations, prochaines prises
Présidence/Animation : Jean-Pierre Vidal (UQAC - Université du Québec à Chicoutimi)
Batiment : UQAC
Local : A0-1100
16 h 15
Table ronde: Nouvelles perspectives, nouvelles collaborations et prochaines prises
Rémi Quirion (Scientifique en chef du Québec), Monique Régimbald-Zeiber (UQAM - Université du Québec à Montréal), Ted Hewitt (Conseil de recherches en sciences humaines du Canada)

Il est sans doute impossible de prédire l’avenir, mais sur la foi des tendances actuelles et animés du souci de favoriser le plus possible l’émergence de nouvelles avancées dans le savoir, mais aussi dans le vivre ensemble et le développement durable, que peuvent faire les administrateurs de recherche et les chercheurs eux-mêmes, sans oublier les institutions universitaires elles-mêmes ?

On tentera de dresser un portrait de la situation actuelle à partir de ce qui se sera dit dans ce colloque et dans la perspective d’un approfondissement et d’une accélération des initiatives déjà risquées.

Dans le but de ménager au futur les meilleures conditions possibles d’émergence.

Résumé
Soir
17 h 00 à 19 h 00
Cocktail
Pecha Kucha avec cinq lauréats du programme Audace, suivi d’un cocktail festif
Présidence/Animation : Denise Pérusse (Fonds de recherche du Québec)
Batiment : UQAC
Local : A0-1210 (Stud. thé.)