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614 - Conscience de la pluralisation : regards sur les médiations individuelles et collectives

Du jeudi 10 au vendredi 11 mai 2018

Si la pluralité des valeurs et des appartenances n’est pas un phénomène nouveau, notre époque se caractérise cependant par une conscience nouvelle de cette pluralité, alors que deviennent visibles et audibles des modes de vie, des croyances ou des formes de savoir qui étaient autrefois niés, exclus ou cachés. Cette transformation contribue à une intensification de la pluralisation et touche, module et marque la vie des individus, des groupes et des institutions, et ces derniers contribuent réciproquement à cette diversification (Ritzer et Jurgenson, 2010; Maclaughlin et al., 2011; Roy, 2012; McMillan et al., 2013; Meissner, 2016). Depuis plusieurs années, la pluralité et les enjeux du vivre-ensemble suscitent l’intérêt des chercheurs, mais les interrogations sur les processus qui participent à la pluralisation restent néanmoins à investir.

L’une des dimensions les plus récentes de ces processus de pluralisation est le développement d’une conscience de la pluralité, autant chez les individus, les groupes que les institutions (O’Rourke et Williamson, 2002; Hopper, 2007). Ce colloque vise à examiner les différentes médiations entre la pluralisation comme phénomène objectif et comme expérience subjective, en se penchant plus précisément sur les actions, les récits ou les espaces qui sont en jeu dans le développement de cette conscience (Ricœur, 2000; Habermas, 1978). De fait, c’est à travers ces médiations que les individus, groupes ou institutions interprètent et donnent sens au phénomène de pluralité.

À partir d’une diversité de contextes, terrains et perspectives disciplinaires, nous proposons donc de réfléchir aux questions suivantes : comment les individus, les groupes ou les institutions manifestent-ils ou donnent-ils à voir leur conscience nouvelle de la pluralité? À travers quelles médiations (récits, actions, espaces)? Comment cette conscience se développe-t-elle? En quoi ce développement a-t-il réciproquement le potentiel de contribuer à la pluralisation?

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Remerciements

Nous remercions chaleureusement le Centre d'étude sur les lettres, les arts et les traditions (CELAT) de son généreux appui financier pour réaliser ce colloque. Nous témoignons notre gratitude à Madeleine Pastinelli et Célia Forget pour leur disponibilité et leurs conseils durant la préparation de cet événement. Enfin, nous remercions les Innus de Mashteuiatsh de nous recevoir sur leur territoire.

Colloque
Section 600 - Colloques multisectoriels
Responsables
Madeleine Pastinelli
Université Laval
Université Laval
Sandrine Charest-Réhel
Université d’Ottawa
Laurie Magnan
Marilou Desbiens
Université Laval
UQAC - Université du Québec à Chicoutimi
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Avant-midi
09 h 00 à 09 h 10
Communications orales
Mot de bienvenue
Présidence/Animation : Pierre-Élie HUPÉ (Université Laval)
Batiment : UQAC
Local : P1-5060
09 h 10 à 09 h 30
Communications orales
Conférence inaugurale : Quelques éléments pour conceptualiser les processus de pluralisation
Présidence/Animation : Madeleine Pastinelli (Université Laval)
Batiment : UQAC
Local : P1-5060
09 h 10
Conférence inaugurale : Quelques éléments pour conceptualiser les processus de pluralisation
Madeleine Pastinelli (Université Laval)

Cette communication vise à proposer quelques éléments de réflexion pour conceptualiser les processus de pluralisation qui prennent place dans la société québécoise comme dans l’ensemble des sociétés occidentales. Il s’agira d’offrir des pistes de réflexion et d’analyse permettant de relier entre eux une diversité de phénomènes sans rapports apparents, mais qui convergent dans une même mutation sociohistorique et participent de la pluralisation ou y contribuent. On entend par pluralisation la multiplication des modes de vie, des normes, des identités ou des appartenances qui sont visibles, audibles et reconnaissables dans l'espace public, une transformation qui concerne autant les identités ethnoculturelles qu’une diversité d’expériences minoritaires choisies ou subies (le handicap, la non-conformité aux attentes sociales liées au genre, l’adhésion à certaines valeurs, etc.). La perspective proposée invite à penser la pluralisation comme résultant autant de phénomènes objectifs (migration, mondialisation, TIC) que d'une profonde transformation des valeurs, représentations et sensibilités, en vertu de laquelle se multiplient les expériences, identités ou points de vue considérés comme dignes d'être entendus et intégrés à la société dans son ensemble.

Résumé
09 h 30 à 10 h 30
Communications orales
Enjeux des médiations techniques de la pluralisation
Présidence/Animation : Mouloud Boukala (UQAM - Université du Québec à Montréal)
Participants : Simon Chaunu (Université Laval), Sonia Trépanier (UQAM - Université du Québec à Montréal)
Batiment : UQAC
Local : P1-5060
09 h 30
Facebook et les interactions posthumes : étude des nouvelles modalités de la vie après la mort
Sonia Trépanier (UQAM - Université du Québec à Montréal)

Lorsqu’un usager Facebook décède, à moins d’arrangement préalable pour en assurer la suppression, son profil lui survit. Abandonné tel quel ou encore transformé en page commémorative par les proches, celui-ci demeure actif permettant que des « interactions posthumes » (Maciel et al., 2015) entre usagers vivants et décédés s’accomplissent. Ces nouvelles formes d’interactions transforment désormais l’échéancier rituel des commémorations collectives en décisions personnelles qui s’établissent au rythme des émotions individuelles, mais toujours au sein d’un espace public. Pour l’organisation des relations sociales se déployant dans le monde virtuel, le phénomène naturel de la mort humaine apparaît donc comme problématique, car il réunit sur les réseaux sociaux numériques, dans un même espace-temps, les vivants et les morts. Alors que temps, spatialité et intimité sont redéfinis indépendamment des réalités physiques et où « la séparation des morts de l’espace quotidien des vivants est substituée par l’inclusion permanente des défunts dans la communauté » (Gamba, 2007:144) une compréhension intégrant le rapport à l’interface technologique et à son influence sur le lien social apparaît aujourd’hui nécessaire. Dans l’absence d’un contrôle légal sur la propriété numérique, la communication proposée permettra de documenter les modalités et les effets de la pratique des interactions posthumes sur Facebook.

Résumé
09 h 50
Pluralisation des identités et uniformisation par la technique : une contradiction théorique ?
Simon Chaunu (Université Laval)

Dans La condition sociale moderne (2017), Danilo Martuccelli estime que la période actuelle de la modernité se caractérise par le « singulier en commun » – une autre façon de nommer le processus de pluralisation – et que ce phénomène serait impossible sans la « coordination des actions » permise par l'existence d'un « continuum sociotechnique », dont les nouvelles technologies de l'information et la communication ne sont aujourd'hui que la pointe de l'iceberg.

Son insistance sur ce fait est bienvenue, alors que les sciences sociales contemporaines ignorent trop souvent cette question, ou ne la traitent que superficiellement. Pour autant, Martuccelli semble considérer que cette infrastructure sociotechnique serait neutre sur le plan des valeurs. À l'inverse, une tradition de pensée marginale, la critique radicale de la société industrielle, a insisté depuis des décennies sur la non-neutralité des objets et systèmes techniques : autrement dit, ils sont pleinement des faits sociaux et culturels. L'un de ces penseurs, Jacques Ellul, va jusqu'à affirmer dans Le système technicien (1977) que toutes les sociétés ont été uniformisées par « la technique », celle-ci étant comprise comme la domination du principe d'efficacité, au détriment d'autres valeurs.

Mon but sera d'explorer cette tension théorique entre pluralisation et uniformisation, sans prétendre la résoudre, et de rappeler la prégnance dans nos sociétés d'un imaginaire techniciste, trop souvent sous-estimé car omniprésent.

Résumé
10 h 10
Période de questions
10 h 30
Pause
10 h 45 à 12 h 30
Communications orales
Frontières, groupes et cultures
Présidence/Animation : khadiyatoulah fall (UQAC - Université du Québec à Chicoutimi)
Discutant : Vanessa Ferey (UQAM - Université du Québec à Montréal), Charlotte DESPLAT (Université Laval), Pierre-Élie HUPÉ (Université Laval)
Batiment : UQAC
Local : P1-5060
10 h 45
Économie des grandeurs et frontières symboliques : appareillage socio-méthodologique pour arpenter les frontières de la pluralisation
Pierre-Élie HUPÉ (Université Laval)

Reprenant les ordres de grandeur développés par Thévenot et Boltanski (1991) dans leur étude des modes de valorisation en milieu entrepreneurial, Lamont (1995) les a couplés à l’analyse des frontières symboliques pour produire une cartographie de la morale des cadres en France et aux États-Unis. Lamont démontre ainsi que la disponibilité des répertoires d'évaluation suit notamment les divisions nationales, mais surtout différentes moralités. Les agents choisissent parmi un éventail d'outils culturels sans être directement déterminés par une représentation tributaire d'une position sociale, ce qui met en perspective les variations interindividuelles dans les pratiques culturelles d’une même classe sociale (Swidler, 2010).

Différents outils culturels permettent de marquer les frontières : la tradition culturelle nationale, l'influence relative d'organisations de diffusion culturelle telles que les organisations religieuses les médias de masse, le système d'éducation ou des éléments structurels (Berger, 1995; Lamont, 1995). Aujourd’hui, je présenterai comment l’approche par les ordres de grandeur et les frontières symboliques représente une méthode privilégiée, dans un contexte de pluralisation, pour cerner les frontières entre les groupes et les types de liens qui lient leurs membres, pour dégager le socle national des expériences singulières, tout en éclairant d’autres niveaux de clivage au-delà des nations ou à l’intérieur de groupes plus restreints (Lamont & Thévenot, 2000).

Résumé
11 h 05
La pluralisation des acteurs de la collection : mécanique d’un processus collectif au musée 
Vanessa Ferey (UQAM - Université du Québec à Montréal)

Malgré la pluralité des paradigmes en muséologie, la complexité des appartenances et des valeurs partagées à travers l’histoire de la muséographie du XVIIIe siècle à nos jours étonne encore. D’Europe et d’Amérique du Nord, les collections de naturalias issues des Premières Nations datant de la Nouvelle-France s’articulent comme les témoins matériels de médiations individuelles et collectives d’une « Amérique française ». Entre présence et absence, ces artefacts participent à la conscientisation de l’espace muséal partagé entre la France et l’Amérique du Nord. Une pluralité des formes de savoir de la muséologie se développe, notamment via l’accroissement des études muséales entre les deux continents, et opère selon deux processus. D’une part, les collections muséales françaises incarnent une transformation des sensibilités aux patrimoines nord-américains à travers une intensification des rapports culturels et politiques transatlantiques dont témoignent aussi les archives. D’autre part, des individus aux institutions, les acteurs se destinent au musée dans une ardente volonté de préservation et valorisation de ces biens culturels amérindiens, de manière subconsciente et non avouée, ou encore par défi et provocation. À partir d’entrevues, une autre historiographie se dessine et révèle une médiation vouée au partage d’expériences subjectives autour d’une mémoire collective du musée.

Résumé
11 h 25
Période de questions
Dîner
12 h 30 à 14 h 00
Dîner
Dîner
Batiment : UQAC
Local : Dîner libre
Après-midi
14 h 00 à 15 h 20
Communications orales
Repenser la normativité : arts, représentations et prises de parole
Présidence/Animation : constanza camelo (UQAC - Université du Québec à Chicoutimi)
Discutant : , Maude Riverin (UQAM - Université du Québec à Montréal), Sandy Larose (Université Laval)
Participants : , Maude Riverin (UQAM - Université du Québec à Montréal), Sandy Larose (Université Laval)
Batiment : UQAC
Local : P1-5060
13 h 30
Le hip-hop des quartiers populaires en Haïti : espace politique de lutte pour la reconnaissance des jeunes marginalisés
Sandy Larose (Université Laval)

Le hip-hop existe sur le territoire d’Haïti depuis les années 80, et prend de plus en plus d’importance dans le patrimoine culturel haïtien. Cette culture permet aux jeunes haïtiens issus majoritairement des quartiers populaires de s’exprimer ouvertement ; un rappeur quoique souvent marginalisé demeure un journaliste de son quartier. Il exprime et chante le quotidien de sa communauté et réclame une reconnaissance pour lui-même et pour la communauté dans laquelle il vit, c’est d’ailleurs ce qui donne au hip-hop haïtien un poids sociopolitique important. Le hip-hop a fait son apparition à une période importante marquée par des crises, où le peuple haïtien s’est retrouvé face à de nouvelles aspirations sociopolitiques – c’est-à-dire, les velléités de mettre fin à la dictature des Duvalier pour entrer à plein fouet dans une nouvelle ère dite « démocratique ». Il est né dans un contexte purement revendicatif de de reconnaissance interne par rapport aux autres tendances locales d’une part et d’autre part comme porteur de revendication de la masse populaire en Hait. Ces constats dans un mouvement d’ensemble tissent notre problème qui consiste à comprendre l’émergence du hip-hop en Haïti comme minorité culturelle dans une dynamique de lutte pour la reconnaissance. Donc, c’est en ce sens que nous formulons notre question de recherche : Quel est le poids de la lutte pour la reconnaissance menée par les adeptes dans l’émergence et l’essor du hip-hop en Haïti ?

Résumé
13 h 50
L'érotique au féminin dans des longs métrages contemporains de l'Afrique de l'Ouest francophone : entre l'explicite et le malaise postcolonial
Maude Riverin (UQAM - Université du Québec à Montréal)

Cinquante ans après l’émergence du cinéma dans les pays de l’Afrique de l’Ouest, qui a renforcé l’image de la Femme comme symbole du nationalisme durant les luttes pour les indépendances, comment est-il aujourd’hui possible de concevoir l'image du corps féminin au cinéma? Le postcolonialisme a entraîné, dans les sociétés anciennement colonisées, un pluralisme culturel que Bhabha (1994) a conceptualisé comme étant l'hybridité: à la fois une négociation de l'autorité coloniale et une redéfinition des conceptions individuelles et nationales liées aux identités subalternes. Et c’est justement cette hybridité qui devient angoissante: que l’on parle de dystopie (Diabate 2011), de malaise (Kalangi 2015) ou d’hybridité, l’enjeu des années 2000 devient un questionnement sur la négociation des identités contemporaines en contextes de postcolonialité. D’une part, parce que le discours hégémonique s’est installé comme outil conceptuel plat, en construisant un «sujet» postcolonial monolithique sans reconnaissance pour les différences raciales et culturelles et, d’autre part, parce que le contexte actuel de la mondialisation joue encore sur l’identité. En constituant le corps comme présence perceptive du social, du politique et du culturel, je propose, en prenant comme objet d’étude certains films de fiction sénégalais des années 2000, à la fois une étude des caractéristiques sociales de l'érotique et une étude du corps féminin qui se donne à voir comme érotique.

Résumé
14 h 10
La sous-culture du Roller Derby : un vecteur de pluralisation des féminités
Charlotte DESPLAT (Université Laval)

La fin du 20e siècle marque un intérêt renouvelé des sociologues pour les sous-cultures. Seulement, les femmes, pourtant actrices principales de certaines sous-cultures comme le Roller Derby, se sont retrouvées marginalisées dans l’étude des sous-cultures. Le Roller Derby, un sport de contact créé et joué quasiment exclusivement par des femmes, s’est rapidement développé durant les quinze dernières années pour être aujourd’hui pratiqué sur les cinq continents. En offrant aux femmes un espace où la capacité du corps prend le pas sur l’apparence, ce sport bouleverse les normes genrées souvent perpétuées dans le milieu sportif (Finley, 2010). En effet, alors que les hommes sont généralement encouragés à faire des démonstrations de force et de virilité, les femmes doivent prouver leur féminité et leur hétérosexualité (Id.). Le Roller Derby a ouvert un espace dans lequel des formes de féminité hétéronome à la féminité hégémonique ont pu se développer, participant ainsi à la pluralisation des féminités (Id.). Durant la communication, je dresserai un portrait de l’histoire du Roller Derby avant de me concentrer sur la place des femmes dans le sport, pour enfin aborder la question du développement de féminités alternatives, non seulement durant la pratique sportive, mais aussi lors des activités associées qui participent aussi à (re)produire la sous-culture.

Résumé
14 h 30
Période de questions
14 h 50
Pause
15 h 40 à 17 h 00
Communications orales
Les chercheures et le terrain : conscience théorique et pratique de la pluralité
Présidence/Animation : Madeleine Pastinelli (Université Laval)
Participants : Emilie El Khoury (Université Laval), Noémie Maignien (UQAM - Université du Québec à Montréal), Maude Arsenault (UdeM - Université de Montréal)
Batiment : UQAC
Local : P1-5060
15 h 10
La place du récit de soi dans la participation culturelle : le cas du projet du Laboratoire Culture Inclusive
Noémie Maignien (UQAM - Université du Québec à Montréal)

Dans un contexte socio-économique en changement avec lequel les institutions culturelles doivent composer, et compte tenu de la renégociation de leurs missions et fonctions (sociales, normatives, économiques, politiques, etc.), nous observons un décloisonnement institutionnel permettant la réalisation accrue de projets en collaboration avec des partenaires sociaux et groupes marginalisés. Ma présentation propose d’examiner le projet Laboratoire Culture Inclusive, mené par l'organisme Exeko et mettant en relation institutions culturelles et organismes communautaires. Le projet, à la fois socioculturel et de recherche, poursuit l’objectif de l’inclusion de groupes marginalisés au sein de onze institutions culturelles montréalaises, et mobilise huit organismes communautaires. À partir de l'observation des ateliers de médiation et des sorties culturelles réalisés dans ce contexte, j'examinerai le processus d'inclusion des personnes participantes en tant que co-chercheures du projet et observatrices critiques du milieu institutionnel de la culture montréalais. En me fondant sur la collecte et l'analyse de récits des expériences culturelles des populations marginalisées impliquées, j'explorerai les enjeux sociaux, épistémologiques et institutionnels que soulève le projet. Le Laboratoire Culture Inclusive permet une mise en exergue du phénomène de pluralisation des publics de la culture, dans leurs natures et leurs modes de participation à la vie culturelle et artistique.

Résumé
15 h 30
Les stratégies d'intervention en immigration : le cas des intervenants en régions éloignées
Maude Arsenault (UdeM - Université de Montréal)

Au Québec, la majorité des immigrants s’installent dans la région de Montréal. Pour pallier à ce fait, le gouvernement du Québec s’est doté d’une politique de régionalisation, déléguant aux organismes communautaires locaux la responsabilité de l’intégration des immigrants. L’augmentation de l’immigration dans la province se fait sentir dans les régions et ces organismes voient leurs charges augmentées. Au cœur du processus, les intervenants jouent un rôle clé dans l’intégration et la rétention des immigrants.

Ces organismes reçoivent des mandats de différentes instances, dont le Ministère de l’Immigration, de la Diversité et de l’Inclusion. Les organismes visés par cette recherche se trouvent être les seuls acteurs au niveau de l’immigration sur leur territoire et agissent sur divers terrains. De plus, la nature de la tâche de régionalisation est multidisciplinaire et le manque de concertation sur la question multiplie les profils professionnels des intervenants actifs sur les territoires. Cette réalité oblige les intervenants à faire des choix sur la façon de jumeler ces différents facteurs et de répondre à ces maintes forces.

Cette recherche repose sur une ethnographie des activités des intervenants. Elle présente les stratégies usées par les intervenants dans le cadre de leur travail, le terme « stratégies » renvoyant aux liens existants entre les contextes et les acteurs, et surtout à la possibilité de modeler la réalité sociale.

Résumé
15 h 50
Faire des récits de vie dans des environnements minés et difficiles : cas d'un terrain d'une recherche doctorale anthropologique fait entre la Belgique, le Liban et le Canada
Emilie El Khoury (Université Laval)

Cette communication porte sur les enjeux méthodologiques et les difficultés particulières rencontrées lors de mon terrain multi-situé qui se déroulait sur trois villes : Beyrouth, Bruxelles, et Montréal à susciter des enjeux méthodologiques et des difficultés particulières. J’y ai réalisé des entrevues qualitatives sous forme de récits de vie auprès de femmes d’obédience musulmane. Ces entrevues portaient sur leurs expériences subjectives (vécus) et leurs représentations au sujet de la radicalisation violente. Du printemps 2017 à l’hiver 2017, ma recherche doctorale m'a amené à rencontrer entre autres, des mères de combattant(e)s de Daesh (ISIS) bruxellois(es) et des sœurs ou des femmes des martyrs du Hezbollah décédés en Syrie ou en Irak. Ensuite, j'exposerai ma posture réflexive intersubjective de chercheuse sur mon terrain anthropologique qui était à mon sens miné, difficile et fortement chargé émotionnellement (Boumaza et Campana 2007; Ghasarian 2002), ainsi que les enjeux méthodologiques auxquelles j'ai dû faire face sur mon terrain de recherche en général, où j`ai dû entre autres, faire attention à mon intégrité physique et psychologique. Et suite à cela, je vous exposerai deux cas précis qui sont déroulés respectivement en Belgique et au Liban. Mon expérience sera mise en relief à travers un travail de comparaison avec celle d'autres chercheurs qui ont dû faire face à des situations similaires ou proches. 

 

Résumé
16 h 10
Période de questions
Soir
17 h 00 à 19 h 00
Cocktail
Vin d’honneur et performance artistique
Discutant : Isabelle Girard (UQAC - Université du Québec à Chicoutimi)
Batiment : UQAC
Local : A0-1040 (Galerie)
17 h 00
Le récit autoréférentiel de deux corps en déplacement
Isabelle Girard (UQAC - Université du Québec à Chicoutimi)

La performance proposée est une co-création d’un duo d’artistes nommé IBZA. Elle se déroule à la manière d’un récit ouvert caractérisé par des actions performatives et théâtrales. Plusieurs langages cohabitent où le public est invité à vivre une expérience perceptive et sensorielle. Les corps des deux protagonistes engagés dans les actions sont interreliés à travers la mise en jeu d’un objet-matière, qui est à la fois scénique, évocateur et transitionnel. Habiter, « faire corps » notamment avec la matière, en laissant l’émergence d’expériences vécues, s’amplifier en temps réel dans son espace individuel et intimiste. À travers cette exploration, le corps est utilisé « comme moyen d’émancipation et d’affirmation » de l’identité féminine qui est à la fois complexe, dense, exigeante et pluraliste (Babin, 2017). Des corps féminins, singuliers, cachés, dépouillés, enfermés, réunis à partir d’une mise en commun d’extraits, de fragments de vie poétisés et autoréférentiels, qui peuvent toucher à la fois aux réalités individuelles et collectives. Enfin, comment le geste performatif individuel et subjectif peut-il devenir un outil de médiation, entre une expérience autoréférentielle de femmes et le « vécu sensible » appartenant à l’ensemble d’une collectivité?

Résumé
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Avant-midi
09 h 00 à 10 h 20
Communications orales
Espaces urbains et pluralité : médiations par le récit et la performance
Présidence/Animation : Magali Uhl (UQAM - Université du Québec à Montréal)
Participants : , Catherine Lalonde (UQAM - Université du Québec à Montréal), Valentina Pancaldi (UdeM - Université de Montréal)
Batiment : UQAC
Local : P1-5060
09 h 00
White Teeth : le récit d'une Londres plurielle en (trans)formation
Valentina Pancaldi (UdeM - Université de Montréal)

Dans cette communication, l’attention se portera sur Londres, ville où se déroule le roman White Teeth (trad. fr. Sourires de loup) de Zadie Smith. Cette métropole, non seulement permet aux personnages du roman de se déplacer et tisser des relations sociales, mais intervient dans leur processus de subjectivation. Ils sont, en effet, enclins à la rencontre, voire la contamination, avec d’autres cultures qui les amènent à une réflexion ontologique sur leur identité. Toutefois, cet «espace-agentif» est lui-même soumis à un processus de construction identitaire, puisque les protagonistes négocient continuellement ses lieux en participant ainsi à la (trans)formation du paysage (sub)urbain londonien. Les lieux hybrides racontés par Zadie Smith, comme les écoles, les bars et les boulevards reflètent non seulement la pluralité culturelle de Londres, mais aussi celle des existences simultanées qui l’habitent avec leurs trajectoires et histoires à raconter. En canalisant l’interaction sociale, Londres est ainsi soumise à de constantes négociations opérées tant par les habitants natifs que par les sujets diasporiques, à travers lesquelles l’idée de Britishness est incessamment façonnée. En considérant les contributions de P. Gilroy, Z. Bauman et D. Massey, cette communication mettra l’accent sur la dimension spatiale de White Teeth, la négociation de ses espaces, et pensera Londres comme un personnage vivant qui se (trans)forme jour après jour à l’instar des autres protagonistes.

Résumé
09 h 20
Le Bureau des mythes et de la démesure : étude d'un processus artistique influencé par les connectivités multiples de l'espace social, médiatique et intime.
Catherine Lalonde (UQAM - Université du Québec à Montréal)

Idéatrice et instigatrice de projets artistiques in situ et in socius depuis quinze ans, je réfléchis maintenant à une nouvelle posture d’artiste-chercheuse que je tente de définir et de qualifier d’« opéra-manœuvre » : un travail d’enquêtes et d’immersion du quotidien où j’explore les modalités de la manœuvre, de la rencontre, de l’archivage, et où j’use de stratégies pour élaborer une fiction qui prend en compte le réel.

Entre le 1er août 2017 et le 18 novembre 2017, un premier laboratoire d’expérimentation terrain — Le Bureau des mythes et de la démesure — s’est structuré autour du thème des mythologies du quotidien, d’un dispositif scénographique mobile destiné à l’occupation d’espaces collectifs, et d’outils méthodologiques permettant un croisement entre une approche socio-phénoménologique de la recherche et une construction dramaturgique. Inscrit dans un contexte géographique, social et politique, je cherchais à ce que ce laboratoire créatif soit contaminé et transformé par les connectivités multiples entre les lieux, les rencontres, les récits, les médias et les évènements imprévisibles.

Cette communication examinera les résultats du laboratoire de création dans une approche fragmentée qui alliera : des archives sonores et visuelles ; des extraits de récits d’expériences ; et un premier essai de juxtaposition des matériaux hétérogènes récoltés — tant artistiques que sociologiques — pour construire un discours de recherche poétique.

Résumé
09 h 40
Période de questions
10 h 00
Pause
10 h 40 à 12 h 00
Communications orales
Conscience de la pluralité, récits et travail du sens
Présidence/Animation : Célia Forget (UQAM - Université du Québec à Montréal)
Participants : Bálint Demers (UQAM - Université du Québec à Montréal), Jonathan Riendeau (Université Laval), Samuel Victor (UdeM - Université de Montréal)
Batiment : UQAC
Local : P1-5060
10 h 20
L'imaginaire national comme médiation politique : l'émergence de la droite dure hongroise dans un contexte de pluralisme démocratique
Bálint Demers (UQAM - Université du Québec à Montréal)

Cette communication vise à examiner la manière dont la droite dure hongroise a construit son hégémonie sociopolitique en mobilisant l’imaginaire national hongrois, et ce à travers la théorie des signifiants vides des philosophes Ernesto Laclau et Chantal Mouffe (2007 ; 2009). En Hongrie, la fin de la Guerre froide a donné lieu à une conversion des institutions politiques au pluralisme démocratique. C’est donc dans le contexte d’une démocratie naissante aux clivages électoraux instables que le FIDESZ de Viktor Orbán –au départ un parti de jeunes libéraux opposés au communisme– a développé un discours nationaliste et conservateur autour duquel il a rassemblé une assise électorale unifiée et remporté les élections de 2010 et 2014. Ce discours a également pour caractéristique d’articuler son contenu idéologique à un récit plus large renvoyant à l’imaginaire national du pays.

 

Dans le cadre de cette communication, nous examinerons la manière dont cet imaginaire national sert de médiation politique entre l’électorat hongrois et le FIDESZ. D’abord, nous analyserons le discours du parti à partir des thèmes et slogans électoraux de sa campagne électorale de 2010. En mobilisant la théorie des signifiants vides, nous montrerons ensuite comment ceux-ci articulent des éléments de l’imaginaire national hongrois. Cette analyse permettra ainsi de montrer comment un contexte politique de pluralisme démocratique a pu évoluer vers un régime autoritaire et conservateur.

Résumé
10 h 40
Les évangéliques peuvent-ils être pluralistes ? L'authenticité relationnelle et l'accueil des immigrants musulmans dans la Bible Belt américaine
Samuel Victor (UdeM - Université de Montréal)

Aux États-Unis, les chrétiens évangéliques sont souvent associés à la théologie fondamentaliste et au conservatisme social. Cependant, depuis quelques décennies, un courant au sein de ce groupe religieux conteste ces normes traditionnelles. Au cœur du mouvement est la recherche de nouvelles approches à la sociabilité hors groupe qui mettent l’accent sur l’amitié «authentique» et «inconditionnelle» au lieu du prosélytisme. Cette communication présente le rôle de l’authenticité dans le discours émergent d’une église du Tennessee quant à la rencontre avec des musulmans, à partir d’observations et d’entrevues réalisées dans le cadre d’un projet de maîtrise. Bien que les relations interreligieuses soient tendues dans cette région du pays où règne le conservatisme politique chrétien, le groupe rencontré tente de repenser leurs méthodes d’évangélisation et de surmonter les différences en développant des objectifs communs avec les musulmans tels que «l’épanouissement de la ville». L’analyse des données recueillies montre que chez les individus des tensions spirituelles et sociales majeures peuvent découler de ce changement de perspective sur les conditions de la rencontre avec l’autre. Ces tensions peuvent servir à améliorer les relations sociales, mais aussi susciter des questionnements difficiles. Pour cette communication, je propose de réfléchir sur les conditions socioculturelles derrière ces changements et la manière dont ce groupe imagine et vit le pluralisme religieux.

Résumé
11 h 00
La pluralisation des conceptions du bonheur : une dynamique de transformation des conditions du vivre-ensemble
Jonathan Riendeau (Université Laval)

Le bonheur comme but de la vie peut sembler évident dans les sociétés contemporaines, mais sa quête dépasse le seul choix personnel et dépend d’une précompréhension sociohistorique. En Occident, le devoir moral de bonheur est traduit en termes de droit avec la modernité et la démocratie (Farrugia, 2015). Quand l’individu devient la figure centrale de la société, le bonheur est un objectif suprême (Senik, 2014). Sa légitimité est une condition pour que chacun s’en construise sa propre définition, mais le relativiser lui retirerait sa signification sociale, car la relativité de sa nomination s’explique par une pluralisation des conceptions du bonheur (Liarte, 2009). Ces conceptions sont composées de représentations culturelles entremêlées et d’idéaux proposés par la généralité des appartenances collectives d’un individu. Au début du XXe siècle, les Canadiens-français associent le bonheur à un devoir religieux et à l’enracinement familial dans le terroir (Filiatrault, 1961). Depuis les Trente glorieuses, les Québécois situent l’idéal de bonheur dans le confort matériel, la liberté individuelle et la vie en banlieue (Fortin, 2015). Le néolibéralisme fait du bonheur un intérêt d’État (Davies, 2015), puis la réalisation et l’épanouissement de soi sont aujourd’hui placés au cœur du développement de l’individu (Marquis, 2014). Les définitions singulières du bonheur participent au rejet, au maintien ou à la transformation des valeurs socialement reconnues dans la société québécoise.

Résumé
11 h 20
Période de questions
Dîner
12 h 00 à 13 h 00
Dîner
Dîner
Batiment : UQAC
Local : Dîner libre