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602 - Regard actuel sur l’enseignement et l’apprentissage des langues autochtones

Les langues autochtones du Canada ont connu un déclin important dans leur usage depuis les premiers contacts avec les Européens, et plus particulièrement en conséquence des politiques d’assimilation. Or, depuis une cinquantaine d’années, des initiatives pour contrer leur disparition voient le jour partout au Canada. Désormais, une nouvelle réalité est en train de se dessiner. Les derniers recensements démontrent que le nombre de personnes ayant déclaré être capables de parler une langue autochtone est supérieur à celui des personnes qui déclarent être de langue maternelle autochtone. Cela signifie que certains locuteurs ont d’abord appris l’anglais ou le français à la maison pour ensuite acquérir leur langue d’origine, soit avec leurs grands-parents, avec d’autres membres de la famille ou de la communauté, soit à l’école ou dans des cours offerts aux adultes.

Ainsi, de nos jours, l’apprentissage d’une langue autochtone a lieu dans différents contextes. Il peut avoir lieu comme L1 non seulement à la maison, mais également à l’école (le cas de l’innu dans plusieurs communautés de la Côte-Nord et de l’algonquin dans la communauté du Lac Simon en Abitibi). Il peut aussi avoir lieu comme L2 dans le milieu scolaire (le cas du cri de Moose à Moose Factory en Ontario), dans le milieu universitaire (le cas de First Nations University et de l’Université de Montréal) ou encore dans un contexte d’éducation aux adultes (le cas des Mi’gmac de Listuguj). 

Ces contextes d’apprentissage si variés proposent des méthodes, des pratiques et des théories spécifiques qui gagneraient à être partagées par l’ensemble des acteurs. Ce colloque se veut donc un lieu de rencontre entre des chercheurs et des praticiens qui œuvrent dans le domaine de l’enseignement et de l’apprentissage des langues autochtones du Canada (principalement du Québec). Plus particulièrement, les participants seront amenés à discuter sur leurs expériences et leurs résultats de recherche.

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Colloque
Section 600 - Colloques multisectoriels
Responsables
UQAM - Université du Québec à Montréal
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Avant-midi
09 h 30 à 12 h 00
Communications orales
L’apprentissage d’une langue autochtone par des adultes
Présidence/Animation : Jimena
Batiment : (L) LEACOCK
Local : (L) 210
09 h 30
Enseignement en ligne du cri au moyen d’une approche centrée sur le texte
Solomon Ratt (First Nations University of Canada)

J’enseigne deux cours de niveaux différents d’Introduction au cri (dialecte en Y) depuis trois ans. Au milieu des années 1990, j’ai enseigné ces deux cours à distance par satellite à plusieurs communautés au Saskatchewan. Les deux formats présentent des désavantages, notons surtout le fait que les étudiants préfèrent des cours présentiels, cependant on ne peut pas nier qu’avec le cours à distance il est possible d’atteindre un public plus large d’apprenants. 

Aujourd’hui j’aimerais parler des cours Cri 100 et Cri 101 offerts en ligne. Mes cours en ligne sont basés sur le texte, et s’inspirent de mon livre “mâci-nêhiyawêwin – Beginning Cree” (UR Press, 2016). Je propose aux étudiants des devoirs, des tests, des examens, avec des fichiers audio et vidéo, qu’ils postent sur le site. Il a aussi des ‘tests d’auto-évaluation’ qu’ils doivent faire avant d’envoyer leurs travaux ; le tout à la place des cours magistraux. Je mets à leur disposition sur le site des clips audio et vidéo (en dehors des travaux et examens) afin d’améliorer leurs compétences en compréhension et en production langagière. Je produits aussi des vidéos basées sur les exercices du manuel. Les étudiants remettent leurs travaux, oraux et écrits, à toutes les deux semaines. Je fais leur suivi en leur donnant des commentaires sur les devoirs remis ainsi qu’en leur envoyant un courriel avec les sections du livre à lire avant de réaliser leurs travaux. 

Résumé
10 h 00
L’enseignement de la langue innue : apprentissage autodidacte et cours communautaires et universitaires
Yvette Mollen (UdeM - Université de Montréal)

Le but de cette présentation est d'offrir une réflexion sur le profil des apprenants de langue innue et sur les moyens pédagogiques de répondre à leurs diverses motivations. Cette réflexion découle, 1) de l'expérience récente d'avoir offert des cours d'initiation à l'innu à des non-locuteurs adultes, au Centre d'Amitié autochtone du Saguenay à Chicoutimi 2) de la préparation d'un cours d'initiation à l'innu de niveau universitaire, et 3) de plus de vingt ans d'expérience en formation à la litéracie innue auprès de locuteurs adultes et enfants qui ont l'innu pour langue maternelle. Nous comparons les besoins changeants et les ressources disponibles pour ces différents groupes, dans un contexte où l'innu parlé change et parfois s'appauvrit. Comme c'est souvent le cas pour les langues autochtones, les ressources disponibles doivent servir à des usages multiples. Nous présentons ici les défis, les moyens et les solutions possibles pour répondre aux situations d'apprentissage autodidacte, de cours en centre communautaire et de cours au niveau universitaire.

 

Résumé
10 h 30
Pause
11 h 00
Une expérience d’ateliers populaires en alphabétisation atikamekw
Robert Sarrasin (Chercheur indépendant)

Dans les communautés, la langue atikamekw est encore parlée par la très grande majorité  et continue d’être transmise par la famille. Depuis1992, un programme bilingue atikamekw-français pour le primaire a été mis en place, de sorte qu’aujourd’hui bon nombre de locuteurs de 30 ans et moins savent lire et écrire dans leur langue ; mais les plus vieux ont été scolarisés uniquement en français et seule une minorité d’entre eux connait l’atikamekw écrit. 

C’est dans ce contexte qu’a été offerte à La Tuque en 2014-15 une série de seize ateliers d’alphabétisation populaire (sans exigence scolaire) de deux heures/semaine, donnés de nouveau en 2015-16, avec comme objectif l’acquisition d’habiletés fonctionnelles en lecture-décodage et la prise de conscience de certains aspects formels de la langue.

Parallèlement, une série d’ateliers de même durée a été offerte à des non-locuteurs intéressés par la langue : Atikamekw et métis élevés en ville, conjoints ou beaux-parents d’Atikamekw et Québécois en contact avec eux. En contexte de L2, la comparaison fréquente des structures de l’atikamekw et du français s’est avérée un élément apprécié des participants comme moyen d’apprivoiser les particularités de la langue, tout en apprenant à décoder et parler un peu.

Nous ferons état de l’approche pédagogique, du matériel utilisé et des constats empiriques quant au cheminement d’apprentissage, dans les limites d’une formule qui a tout de même permis de rejoindre un public autrement inaccessible.

Résumé
11 h 30
Grammaire pédagogique du cri et entraînement à la conscience morphologique
Jimena Terraza (UQAM - Université du Québec à Montréal), Daphnée Simard (UQAM)

Cette communication a pour objectif de présenter une grammaire pédagogique dans laquelle les contenus grammaticaux sont découverts à partir de narrations, donc du texte. Cette grammaire est créée dans le cadre d’un projet de revitalisation du Moose cri qui a pour objectif de développer du matériel pédagogique pour des apprenants adultes. Nous discuterons de l'approche utilisée, notamment en ce qui concerne l’entrainement à la conscience morphologique ici utilisé comme levier d'apprentissage et de son importance dans le contexte d’une L2 morphologiquement riche.

Résumé
Dîner
12 h 00 à 13 h 30
Dîner
Dîner
Après-midi
13 h 30 à 14 h 30
Communications orales
L’apprentissage d’une langue autochtone en milieu scolaire
Présidence/Animation : Marie-Odile
Batiment : (L) LEACOCK
Local : (L) 210
13 h 30
Former les enseignantes innues en grammaire de leur langue : un beau défi
Anne-Marie Baraby (UQAM - Université du Québec à Montréal)

Si la langue innue est encore très vivante dans la plupart des communautés, son maintien, comme pour toutes les langues autochtones ou minoritaires, n’est pas assuré. La langue est enseignée dans les écoles, mais la place qu’elle y tient est encore trop modeste, et ce, pour toutes sortes de raisons, dont la pénurie d’enseignants bien formés. Dans notre présentation, nous discuterons des défis que pose la formation d’enseignants pour une langue qui n’a pas fait l’objet d’autant d’attention que les langues de grande diffusion comme le français ou l’anglais. Nous nous attarderons plus particulièrement au besoin de développer, chez les enseignants innus, des connaissances métalinguistiques de leur langue et nous ferons un bilan de ce qui a été fait en ce sens jusqu’ici.

Résumé
14 h 00
L’enseignement de la langue algonquine en milieu scolaire
Maureen Papatie (UQAT - Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue), Monik Papatie (UQAT)

Il y a environ 70 ans notre langue était bien vivante, nous l'utilisions pour communiquer. De nos jours, peu d'Anicinabe parlent leur langue. Les ainés utilisent l'algonquin '' anicinabe'' pour parler entre eux. La jeune génération parle français ou anglais. Notre langue maternelle est aujourd'hui fragilisée. À l'école, les élèves bénéficient de cours de langue et de culture ''anicinabe'' à partir de quatre ans. La langue des Algonquins ou Anicinabe qui signifie '' les vrais hommes'', servait à communiquer et permettait de transmettre les légendes, les croyances, les connaissances, les techniques et les coutumes. Aujourd'hui, nos ainés, nos leaders et nos dirigeants travaillent ensemble pour trouver des solutions afin de sauvegarder la langue maternelle. Nous avons de nombreux défis à relever comme par exemple à former un comité de travail portant sur la langue, et ce pour le mieux-être de notre nation et des générations futures. Le but de cette présentation est de partager notre travail comme la plupart des communautés qui travaillent ardemment pour conserver cette belle langue qui nous a été offerte par le Créateur.

Résumé
14 h 30 à 15 h 30
Communications orales
Autres contextes d’apprentissage des langues autochtones
Présidence/Animation : Robert
Batiment : (L) LEACOCK
Local : (L) 210
14 h 30
L’atlas linguistique des langues algonquiennes : une ressource pour la didactique des langues autochtones
Marie-Odile Junker (Université Carleton)

L'atlas linguistique des langues algonquiennes, débuté en 2004, illustre aujourd'hui le parler d'une quinzaine de langues de la famille algonquienne, dispersées de l'Océan Atlantique aux Rocheuses, au Canada et aux États Unis. Basé sur un CD et manuel avec 21 sujets de conversation conçus pour l'apprentissage du cri de l'Est publiés en 2002, les données recueillies, écrites et orales, représentent maintenant près d'une cinquantaine de dialectes ou communautés, avec plus de 19 000 fichiers sons. Des CDs avec manuels, et des applis de conversation ont été créées avec ce matériel. Initialement conçu pour l'apprentissage autodidacte, l'atlas a récemment été utilisé dans des cours d'initiation aux langues cries, atikamekw et innue. Dans cette présentation, nous discutons des applications possibles de cette ressource pour la didactique des langues algonquiennes. Bien que présenté comme un cours de conversation, évoquant une approche (strictement) communicative, le questionnaire ou le texte contient une progression grammaticale sous-jacente qui permet une attention didactique à certains aspects de la forme de ces langues dont la structure est commune. Nous suggérons des développements possibles pour une instruction explicite sur la forme (Long, 1991; Nassaji, 2017). En outre, les thèmes abordés et le type de vocabulaire présenté invitent à considérer des approches socioculturelles (Vygotsky, 1985) dans l'élaboration d'approches pédagogiques à partir de ce matériel.

Résumé
15 h 00
Trickster : au-delà de l’apprentissage des langues

Trickster: Raconte-moi ta langue est un des projets culturellement adaptés et innovants en milieu autochtone déployés par Exeko auprès de 4 communautés du Québec. De jeunes autochtones participent à des activités ludiques, créatives et éducatives, qui visent à faciliter leur réflexion à propos des enjeux entourant les langues autochtones. Ces activités intègrent l’utilisation des langues autochtones et favorisent l’ancrage culturel en liant la majorité des activités à un processus de transmission, d’appropriation et de réinterprétation par les jeunes de contes et savoirs ou savoir-faire traditionnels et ancestraux transmis par un aîné de leur communauté. Le projet sort du format traditionnel de l’enseignement des langues où la transmission est généralement à sens unique entre le maître et son élève. Les activités sont immersives, créatives et expérientielles, afin de favoriser la participation active des jeunes, le vécu d’une expérience engageante, positive et valorisante, et ultimement une plus grande appropriation et rétention des apprentissages. Ils sont appelés à mieux comprendre leur langue, la pertinence de sa préservation et leur rôle dans cette préservation. Ainsi, la préservation des langues autochtones ne devrait pas passer uniquement par l’apprentissage; mais également par la compréhension juste des enjeux et par la reconnaissance, de la part des jeunes, de leur rôle central dans ce processus en tant qu’acteurs, dépositaires et intendants de leur culture et langue.

Résumé
15 h 30 à 16 h 30
Panel
Table ronde : défis et besoins pour l’enseignement et l'apprentissage des langues autochtones
Présidence/Animation : Marco
Participants : Bérénice Mollen-Dupuis (Montréal Autochtone), Daphnée SIMARD (UQAM - Université du Québec à Montréal), Marco Bacon (UQAC - Université du Québec à Chicoutimi), Maureen Papatie (UQAT - Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue), Yann ALLARD-TREMBLAY (Exeko), Robert Sarrasin (Chercheur indépendant), Solomon Ratt (First Nations University of Canada), Anne-Marie Baraby (UQAM - Université du Québec à Montréal), Marie-Odile Junker (Université Carleton), Yvette Mollen (UdeM - Université de Montréal), Jimena Terraza (UQAM - Université du Québec à Montréal)
Batiment : (L) LEACOCK
Local : (L) 210