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438 - Le virage municipal en contexte interculturel : acteurs, interactions, systèmes

Si la littérature sur la migration reste dominée par l’échelle nationale ou fédérale, il est généralement reconnu que les villes jouent un rôle important quant aux politiques et programmes visant l’intégration des nouveaux arrivants. L’étude des relations sociales dans les espaces urbains pluriethniques n’est pas nouvelle en sciences sociales. Le vaste champ de recherche sur l’ethnicité en contexte de migration, s’inspirant de la sociologie critique de l’École de Chicago mais aussi de l’anthropologie sociale de F. Barth et d’autres, a beaucoup contribué à notre compréhension des rapports sociaux dans les contextes pluriethniques. Des recherches sur les interactions dans les espaces publics des quartiers multiethniques ont démontré que les échanges sont souvent caractérisés par la civilité ou l’évitement, mais les dynamiques de la cohabitation continuent à être une source de préoccupation. Si les craintes à ce sujet reviennent souvent, c’est en partie parce que nous sommes mal outillés pour comprendre les dynamiques de la cohabitation et les paramètres de son fonctionnement. Une littérature récente se développe autour de la notion de « citoyenneté urbaine ». La citoyenneté urbaine demeure fragile parce que non inscrite dans un système de droits et de responsabilités; pourtant, plusieurs villes d’Europe ont été très actives dans l’obtention du droit de vote pour les immigrants sans statut officiel. D’un autre point de vue, la citoyenneté urbaine est plus accessible que la citoyenneté traditionnelle (passeport) puisqu’il est plus facile de s’identifier à une ville qu’à une nation. Dans ce colloque, nous examinons l’intérêt croissant pour l’échelle municipale comme objet d’étude et nous proposons un rapport plus étroit entre les approches citoyennes et les approches interculturelles dans l’analyse des dynamiques de cohabitation en contexte pluriethnique. (Bibliographie disponible sur demande)

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Colloque
Section 400 - Sciences sociales
Responsables
UdeM - Université de Montréal
UQAM - Université du Québec à Montréal
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Avant-midi
09 h 00 à 10 h 45
Communications orales
Table de présentations 1
Présidence/Animation : Danielle
Batiment : (L) LEACOCK
Local : (L) 721
09 h 00
Virage municipal ou retour de la cité?
Bob W. White (UdeM - Université de Montréal)

 

Si la littérature sur la migration reste dominée par l’échelle nationale ou fédérale (Glick Schiller et Çaglar, 2008), il est généralement reconnu que les villes jouent un rôle de plus en plus important en termes des politiques et programmes qui visent l’intégration des nouveaux arrivants (Alexander, 2003; Penninx et al., 2004). S’inspirant initialement des écrits de Lefevbre, une littérature récente se développe autour de la notion de « citoyenneté urbaine ». Elle entend, entre autres, analyser et évaluer la citoyenneté et l’identité citoyenne à l’échelle urbaine (Cunningham 2011). La citoyenneté urbaine demeure fragile parce que non inscrite dans un système de droits et de responsabilités, pourtant plusieurs villes d’Europe ont été très actives dans l’obtention du droit de vote pour les immigrants sans statut officiel. D’un autre point de vue, la citoyenneté urbaine est plus accessible que la citoyenneté traditionnelle (celle du passeport) puisqu’il est plus facile de s’identifier à une ville qu’à une nation (White, sous presse). Dans cette logique, avoir « droit à la ville » veut dire occuper l’espace du territoire urbain et participer activement dans la gestion de son avenir, ce qui implique des rapports sociaux conditionnés par les institutions et par l’histoire.

Résumé
09 h 30
La concertation à l’ère de la superdiversité
Stéphanie Larouche-LeBlanc (UdeM - Université de Montréal)

Les mouvements de populations dus aux enjeux politiques et environnementaux à travers le monde, ajoutés aux besoins de certains pays d’augmenter leur démographie et de combler leurs besoins de main-d’œuvre, créent des sociétés de plus en plus hétérogènes sur des territoires donnés. Cette « super diversité » (Vertovec, 2007) fait donc émerger de nouveaux problèmes politiques et administratifs auxquels les institutions doivent faire face. C’est dans le cadre d’un projet de maîtrise que ce déroule cette recherche qui a comme objet d’étude un réseau de municipalités qui fut créé afin de parler des enjeux reliés à l’immigration en contexte urbain. Le Réseau des municipalités en immigration et relations interculturelles (RÉMIRI), est un réseau de concertation et d’entraide de fonctionnaires municipaux qui cherchent des outils afin de mieux répondre aux défis des nouvelles formes de diversité. La préoccupation des fonctionnaires municipaux de se voir attribuer de nouveaux mandats sans que les ressources nécessaires suivent, faisait aussi partie de la motivation de ceux-ci à s’organiser en réseau. De plus, des expériences au niveau international montrent la pertinence de travailler en réseau, surtout lorsqu’il s'agit des compétences municipales. L’objectif principal de la recherche est donc de comprendre comment les acteurs du RÉMIRI utilisent cette plateforme de concertation pour en arriver à répondre aux enjeux et défis croissants de la cohésion sociale en contexte pluriethnique.

Résumé
10 h 00
La « gestion de la diversité » à l’échelle municipale : mémoire (dys)fonctionnelle et reconnaissance
Marta MASSANA MACIÀ (UdeM - Université de Montréal)

Le rapport entre les institutions et les acteurs qui les conforment fait partie d’un des débats classiques en sciences sociales. Ainsi, plusieurs approches ont été apparues au cours des dernières décennies portant de manière spécifique sur ce rapport à l'échelle municipale.

Ce riche débat multidisciplinaire a permis de saisir plusieurs facteurs explicatifs de l’action et du fonctionnement institutionnel. Cependant, mes recherches doctorales ont mis en lumière la présence d’une nouvelle variable explicative, dans l’interaction avec d’autres facteurs, intervenant dans l’agir au sein des institutions : la mémoire ou conscience historique. La mobilisation de cette mémoire et leurs effets concernent autant les acteurs institutionnels que l’institution en tant que « tout » agissant aussi sur les volontés individuelles. Ainsi, présente le résultats préliminaires de mes recherches et qui tiennent compte de la « mémoire » comme créateur des (dys)fonctions dans l’agir des institutions. Il s’agit ainsi, d’appréhender l’institution et leur action comme le produit de la confluence des facteurs et d’interactions dont la conscience historique.

Parmi les plusieurs effets institutionnels de la mobilisation de cette mémoire se retrouve la reconnaissance, auquel je vais m’axer davantage pour cette communication.   

Résumé
11 h 00 à 12 h 45
Communications orales
Table de présentations 2
Présidence/Animation : Bob
Batiment : (L) LEACOCK
Local : (L) 721
11 h 00
Le travail moteur du projet migratoire : levier à l’intégration ou trahison d’une meilleure vie
Sylvie Gravel (École des Sciences de la Gestion (ESG) - UQAM ), Jessica Dubé (UQAM), Daniel Côté (Institut de recherche Robert-Sauvé en santé et en sécurité du travail )

Depuis des années, les services publics montréalais s’intéressent aux relations interculturelles dans le domaine de la santé et du logement, de la sécurité publique, de la protection et de l’intégration sur le marché du travail. Plus récemment, les services de protection des travailleurs se sont intéressés à la réhabilitation des travailleurs immigrants victimes de lésions professionnelles. Tous ces services font des efforts pour s’adapter à la réalité des immigrants et des réfugiés, mais peu sont concernés par l’emploi occupé, l’élément déterminant du succès de l’intégration. Or, les emplois occupés par les immigrants au cours des premières années d’intégration ne permettent pas d’acquérir une expérience dans leur domaine, mais une simple expérience canadienne de travail. Ils occupent des emplois pour lesquels ils n’ont pas ou peu d’habiletés, des emplois de manutention pour lesquels ils s’exposent indûment à des lésions professionnelles. Selon la Loi de santé et de sécurité au travail, les travailleurs blessés ou victimes de maladies professionnelles bénéficieront des programmes de réhabilitation à la hauteur de l’emploi occupé au moment de la lésion, et non pas pour un emploi pour lequel ils sont qualifiés, l’emploi rêvé ayant nourri le projet migratoire. Cette communication fera la synthèse de 15 ans de travaux de recherche en santé et sécurité au travail auprès des travailleurs immigrants.  

Résumé
11 h 30
La vision systémique de Barth : une relecture de la pensée sur l’ethnicité
Sylvie GENEST (UQAM - Université du Québec à Montréal)

Dans le domaine de la recherche sur l’ethnicité, la notoriété de Fredrik Barth n’est plus à faire. La reconnaissance qu’on lui témoigne à travers le monde depuis sa célèbre publication de 1969 parait impérissable, mais ne porte toutefois que sur quelques aspects très ciblés de son travail qui s’est finalement cristallisé autour de la notion de frontières. Il est probable qu’une telle réduction de perspective ait contribué non seulement à une mauvaise compréhension de la pensée de l’auteur, mais aussi à l’installation d’une certaine confusion à propos de la pensée systémique. À partir d’un état de la situation rédigé par les auteurs Poutignat et Streiff-Fénart (2015), ma proposition consiste à revenir sur quelques uns des textes de Barth parmi les plus pertinents au regard des questions de l’ethnicité tout en posant l’hypothèse de l’organisation systémique de sa pensée. Au terme de l’exercice, une image plus cohérente du modèle barthien confirme son engagement dans un constructivisme fondamental dont on n’a pas fini de tirer des leçons de méthode.

Résumé
12 h 00
La notion de rétrochoc culturel : pour combler un vide conceptuel dans un modèle interculturel général et systémique
Danielle GRATTON (UdeM - Université de Montréal)

Cette présentation propose un nouveau modèle interculturel général et systémique, développé lors d’une recherche action (2000-2008) réalisée à l’Agence de la santé et des services sociaux de Montréal-Centre pour adapter le Programme-cadre de formation interculturel (1996, 1998) du ministère de la Santé et des services sociaux (MSSS) afin répondre aux besoins des intervenants et aux enjeux complexes de ce milieu. Il a fallu revoir les travaux de M. Cohen-Emerique, pour y ajouter ceux de K. Das. Il est apparu que la notion de choc culturel était insuffisante pour cerner la complexité des expériences interculturelles. La notion de rétro-choc culturel a été introduite pour combler ce vide. Cet apport facilite l’harmonisation entre les compétences interculturelles individuelles et les compétences interculturelles organisationnelles, aussi essentielles. Le modèle présenté est axé sur l’efficacité des actes à poser, dans chaque contexte particulier. Il ne place toutefois pas la responsabilité des interactions uniquement sur les personnes. Il  comprend quatre domaines conceptuels : les conditions de la rencontre ; le contexte de la rencontre ; la situation ; le processus d’analyse de l’interaction interculturelle. Les deux premiers domaines ont une influence sur chaque situation. La décrire et l’analyser demande le développement de compétences interculturelles individuelles, comme mobiliser les compétences interculturelles organisationnelles qui se situent au niveau du contexte.

Résumé
Dîner
12 h 45 à 14 h 00
Dîner
Rencontre amicale
Après-midi
14 h 30 à 16 h 00
Communications orales
Table de présentations 3
Présidence/Animation : Sylvie
Batiment : (L) LEACOCK
Local : (L) 721
14 h 30
Proximité et distance : l’immigration contemporaine vue à travers les travaux de Georg Simmel et Louis Wirth
Catherine Montgomery (UQAM - Université du Québec à Montréal)

Les travaux de Georg Simmel (1908; Digressions sur l'étranger) et Louis Wirth (1928; Le Ghetto) proposent des balises encore pertinentes aujourd'hui pour comprendre la dynamique des rapports interculturels dans l'espace urbain. Cette communication propose une relecture contemporaine de ces textes fondamentaux qui ont participé au développement des champs d'études en urbanité et en immigration de l'École de Chicago dans les années 1920-40. Une étude de cas contemporaine, composée de récits de personnes immigrantes à Montréal, permettra de valider et d'actualiser la contribution de ces auteurs pour les études dans le domaine de l'interculturel. Les récits, recueillis dans le cadre de deux projets de recherche menés auprès d’une trentaine de familles immigrantes et réfugiées, portent un regard sur les joies et les déceptions de leur établissement à Montréal, mettant de l’avant les rapports de proximité et de distance qui marquent leurs interactions au quotidien dans la cité. Ce regard subjectif, matériel privilégié de l’École de Chicago, nous invite à réfléchir au sens accordé à l’étranger dans la cité, thématique privilégiée de Simmel et Wirth.

Résumé
15 h 00
Lieux de culte et interculturalisme dans le quartier Parc-Extension de Montréal
Alfredo Ramirez-Villagra (Université Laval)

Le quartier Parc-Extension de Montréal accueille de nombreux espaces de rassemblement religieux : mosquées, temples hindous et sikhs, églises chrétiennes. Cette communication propose d’aborder la dynamique culturelle des lieux de culte à partir de deux dimensions, puis à la mettre en rapport avec les politiques publiques relatives à l’intégration des immigrants. Dans un premier temps, nous explorerons ces espaces à partir des liens qui se tissent entre les personnes à l’intérieur des mosquées ou des temples, là où de multiples relations sociales se créent, autour et au-delà du religieux. Dans un deuxième temps, nous examinerons le rapport entre les liens sociaux ancrés dans les lieux de culte et quelques concepts utilisés dans le milieu associatif et communautaire de Parc-Extension, comme « intégration », « communauté culturelle » et « diversité », lesquels caractérisent la présence des immigrants. L’étude de ces deux dimensions permet d’envisager la relation entre les pratiques religieuses d’immigrants établis dans le quartier, leurs représentations et expériences en matière d’intégration sociale, et la façon dont le milieu associatif considère les espaces de rassemblement à caractère religieux. Ainsi, l’analyse des divers rapports culturels se tissant autour des lieux de culture mènera à revisiter et à critiquer les fondements de politiques de pluralisme culturel telles que l’interculturalisme.

Résumé
15 h 30
L’expérience de la diversité dans les quartiers de classe moyenne à Montréal : entre inconforts et attachements
Sandrine Jean (Memorial University of Newfoundland)

Si les tensions sociales et politiques concernant la question de l’immigration qui ont secoué le Québec au courant des dernières années ne sont pas nouvelles, elles sont plus que jamais d’actualité. Alors que plusieurs travaux ont porté sur les attitudes face à l’immigration, nous proposons ici un regard ethnographique sur l’expérience de la diversité dans deux quartiers dit de « classe moyenne » de la grande région de Montréal. L’observation concrète des interactions interethniques dans les espaces publics ainsi que des entrevues qualitatives approfondies auprès de familles « natives » et d'origine immigrante avec de jeunes enfants nous ont permis d’avancer que les espaces publics, plus particulièrement les parcs de quartier, apparaissent comme des lieux particulièrement privilégiés dans l’expérience de la diversité et l’apprivoisement de la différence. Certaines appréhensions peuvent alors être testées, négociées et reformulées à la lumière des contacts interculturels quotidiens. Bien que la convivialité l’emporte sur l’aversion dans ces espaces publics, certains inconforts demeurent surtout lorsqu’ils engagent des marqueurs religieux ou touchent à l’éducation des enfants. L’attachement au quartier, la sociabilité publique, de même que des réseaux communautaires permettant l'exercice de la citoyenneté, tant des « natifs » que des immigrants, permettent de dépasser certains de ces inconforts et de favoriser une cohabitation urbaine inclusive.

Résumé