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433 - La production des savoirs sur la sexualité : enjeux épistémologiques et méthodologiques en sciences sociales

Ce colloque vise à ouvrir un espace d’échange parmi les chercheurs en sciences sociales francophones travaillant sur les questions de sexualité. L’objectif est de discuter à la fois des conditions sociales de la production des savoirs et des manières de faire la recherche sur le sujet.

Les recherches sur les enjeux sexuels ont désormais acquis un statut légitime au sein des disciplines de sciences sociales. Si l’épidémie de VIH/sida a constitué un levier important pour le financement et le développement de ces travaux dans les années 1980 et 1990, les thématiques et les intérêts sont aujourd’hui très diversifiés : conjugalité, violences, santé-prévention, pornographie, rencontres en ligne, travail du sexe, etc. Cette diversification se traduit également par un morcellement du domaine, peu propice à des réflexions théoriques transversales.

Durant ce colloque, nous proposons d’effectuer un pas de côté relativement aux objets de recherche pour mieux saisir les logiques de la production des savoirs autour de la sexualité. Les différentes sessions aborderont donc ces dimensions épistémologiques et méthodologiques. Ancré dans les contextes francophones, le colloque permettra de s’interroger sur les circulations intellectuelles au sein de différents contextes nationaux. On s’intéressera également à la pratique de la recherche à travers les questionnements autour de la subjectivité du chercheur et des enjeux éthiques, mais aussi des innovations méthodologiques. Enfin, une attention particulière sera portée aux disciplines de la sexualité : anthropologie, criminologie, histoire, sciences politiques, sexologie, sociologie, travail social, etc. En d’autres termes, on abordera la manière dont les sciences sociales produisent du savoir sur le sujet, en particulier dans des environnements scientifiques ou des projets pluridisciplinaires.

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Colloque
Section 400 - Sciences sociales
Responsables
UdeM - Université de Montréal
Université d’Ottawa
UdeM - Université de Montréal
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Avant-midi
09 h 00 à 10 h 30
Communications orales
Sexologies : la structuration d’une discipline en contextes francophones
Batiment : (BR) BRONFMAN
Local : (BR) 410
09 h 00
Qu’est-ce qu’un problème sexuel? La définition clinique et psychanalytique des premiers sexologues lausannois (Suisse, 1960-1990)
Stéphanie Pache (Harvard University)

Marquée par les travaux américains développés au cours du XXe siècle par des figures pionnières de la légitimation scientifique et médicale de la discipline comme le duo William H. Masters et Virginia E. Johnson, l’histoire de la sexologie s’est cependant encore peu intéressée à la fois aux dimensions cliniques de cette école sexologique, et aux modalités de leur mise en pratique localisée. Cette présentation se centre sur les pratiques que des sexologues suisses élaborent à Lausanne à partir des années 1960 en s’inspirant des travaux pionniers de la sexologie américaine dans des dynamiques locales de réappropriation théorique et de traduction thérapeutique.

Elle se propose de montrer comment la nouvelle discipline que représente la sexologie se constitue à Lausanne. En particulier, cette contribution décrira comment les connaissances sexologiques américaines offrent de nouvelles réponses à d’anciens problèmes, tout en devant prendre en compte leur réception comme un changement manifeste de la place de la sexualité dans les pratiques médicales locales. La façon dont le psychiatre et psychanalyste Pierre-André Gloor (1922-1992) organise le triage des cas relevant ou non d’une « thérapie sexuelle » illustre ainsi un agencement particulier de connaissances issues de disciplines diverses, notamment de la psychanalyse, de la sexologie, et de la psychiatrie, mais Gloor se réfère également plus globalement dans son approche des questions sexuelles à l’anthropologie physique ou à l’histoire.

Les enjeux d’une identification de ce qui serait un “vrai” ou un “pur” trouble sexuel sont ainsi autant d’ordre pratique — qui est en charge de quoi dans le système de soins — que d’ordre épistémologique — qui sait quoi sur ces manifestations cliniques. L’exemple lausannois offre ainsi un cas d’appropriation locale de savoirs sur la sexualité montrant la façon dont la définition du sexuel s’inscrit en pratique dans un contexte clinique et institutionnel particulier.

Résumé
09 h 20
Le module de sexologie de l’UQAM : la mise en place d’une discipline universitaire
Isabelle PERREAULT (Université d’Ottawa), Julien Prud'homme (UQTR)

Fondé à l’UQAM en 1969, un module de sexologie, alors niché dans le giron des sciences de l’éducation, devient en 1974 un département autonome, un fait unique au Canada.  Pendant plus d’une décennie, cette unité tente de se définir à la fois par sa recherche académique et un enseignement à visée professionnelle, misant tantôt sur l’une, tantôt sur l’autre pour assurer un statut fragile.  De longs débats, qui mettent en cause l’existence même d’une telle unité spécialisée sur la sexualité, s’achèvent avec la victoire des nouveaux experts universitaires, dont le statut reste cependant équivoque : tout en manœuvrant pour renouveler leurs effectifs, ils doivent sans cesse réaffirmer leur légitimité, tant auprès de leurs pairs que de la population en général.

Dans cette communication, nous souhaitons analyser les politiques internes et externes de reconnaissance de cette nouvelle discipline universitaire qu’était alors la sexologie. Comment un champ d’études relativement tabou, la sexualité, donne-t-il naissance à une discipline légitime ?  Quelle finalité professionnelle, entre l’éducation sexuelle ou la « sexothérapie » clinique, assure le mieux la légitimité des experts ès sexualité ? Nous répondrons à cette question en insistant sur les conflits interdisciplinaires, les enjeux liés à la reconnaissance académique, et la recherche d’une niche professionnelle pour des diplômés en sexologie.

Résumé
09 h 40
La sexologie à l’Université catholique de Louvain-la-Neuve entre 1970 et 2000 : des savoirs traditionnels?
Julie De Ganck

En 1961, une Ecole de sexologie et des Sciences de la Famille est créée à l’Université Catholique de Louvain. Cet évènement démontre l’intérêt des autorités catholiques pour les questions sexuelles, leur volonté de participé à la production des savoirs académiques sur le sujet ainsi que de former des professionnels qui seront ensuite amenés à agir au sein de la société (via un travail social, un rôle de conseil ou encore la diffusion de discours sexologiques). L’institutionnalisation de la sexologie en tant que discipline académique participe de ce point de vue d’un processus de traductions et d’échanges entre normes morales et théologiques d’une part, et savoirs cliniques, sociaux et académiques d’autre part. Ce processus de traductions et d’échanges constitue donc un lieu privilégié d’étude des rapports entre normes et savoirs sur la sexualité.

Cette communication propose d’explorer le potentiel heuristique des mémoires de fin d’étude présentés à l’Université Catholique de Louvain-la-Neuve pour l’étude historique de ces rapports entre normes et savoirs entre 1970 et 2000. Les mémoires de fin d’étude représentent un corpus documentaire particulièrement intéressant. Ils marquent l’aboutissement d’un parcours d’apprentissage intellectuel et professionnel. En tant que tel, ces mémoires reflètent les préoccupations des professeurs et des étudiant.e.s, les méthodes et les savoirs enseignés, produits et diffusés au sein de cette université durant trois décennies. Ce corpus sera exploré par sujets — divorce, contraception et avortement, mixité, homosexualité — afin d’appréhender la proximité entre les discours des autorités catholiques belges en matière de sexualité et le contenu des mémoires durant cette période, d’une part, et l’évolution du rapport à la tradition et à la « normalité » dans la production de ces savoirs académiques, d’autre part.

Résumé
10 h 30
Pause
11 h 00 à 12 h 30
Communications orales
Jeunesse et sexualité : un enjeu d’éducation?
Batiment : (BR) BRONFMAN
Local : (BR) 410
11 h 00
Revisiter des résultats de recherche datant de 1994 : éducation à la sexualité et sida
Robert Bastien

À la fin des années 1980, le sida était la porte d’entrée principale pour aborder la question de la sexualité, particulièrement en milieu scolaire. Presque toujours s’ensuivaient les risques de contracter et de propager l’infection, l’accueil des personnes infectées, l’émaciation des corps par la lipodystrophie, l’agonie et enfin la mort. Confronté à l’absence de cure, il y avait urgence de dire. Et cette urgence, parfois, conduisait à emprunter des voies éducatives semblables à ce que Lupton[1] (2014) nomme « the pedagogy of disgust ». Autrement dit, l’usage du dégoût dans la prévention pour susciter des prises de conscience sur la gravité du problème de santé et, de là, enclencher des changements de comportements pour réduire les risques. Comme l’exprimait un élève, interloqué par la question du sida : «ce n’est pas le sida qui me hante, c’est l’angoisse de faire l’amour» où une enseignante qui demandait à ses élèves «quelle quantité de salive contaminée faut-il boire pour risquer une exposition au VIH ?» Ainsi, la morbidité qui avait été auparavant exclue du registre discursif de la prévention est réapparue de manière foudroyante avec le sida. Issue d’une enquête ethnographique de plus de 8 mois dans une école secondaire en 1993-1994, cette conférence portera sur les modalités courantes d’aborder la sexualité, entre autres, par l’entremise du VIH. De voir comment cette épidémie était interprétée par des membres de l’école et retransmise aux élèves. Près de vingt-cinq années après, ces résultats seront revisités et discutés pour donner à voir comment, à cette époque, l’éducation à la sexualité fut investie par cette maladie. Nous nous appliquerons à remettre en contexte les interactions sociales où des enseignants tentaient de s’introduire, parfois malhabilement, dans la vie privée des élèves, des angoisses générées par la mise en scène du sida en classe, des effets de saturation provoqués par une surexposition au sida et des malaises éprouvés par des enseignants à traiter du sida en classe.

[1] Deborah Lupton, Critical Public Health (2014). The pedagogy of disgust: the ethical, moral and political implications of using disgust in public health campaigns, Critical Public Health, DOI: 10.1080/09581596.2014.885115

 

Résumé
11 h 20
L’éducation affective, relationnelle et sexuelle dans les établissements d’enseignement secondaire privés en France : sociologie historique du collectivisme pratique des classes dominantes

Objet de fascination inépuisable, la sexualité suscite une production prolifique de biens symboliques (travaux scientifiques, discours militants, œuvres artistiques, normes juridiques, etc.). Enquêter sur les luttes relatives à la définition légitime de la morale sexuelle astreint à rompre avec une perspective naturaliste en les inscrivant dans un espace de relations sociales. L’éducation sexuelle dans l’enseignement secondaire en France constitue un terrain heuristique pour observer les diverses pratiques pédagogiques d’intervenant-e-s intéressé-e-s à la régulation de la sexualité juvénile et à la prescription de normes concurrentes. En effet, les discours antagonistes au sein de du système scolaire sur la reproduction biologique et les rôles sociaux afférents relèvent bien souvent de représentations opposées sur l’institution familiale, structure primordiale dans les stratégies de reproduction des groupes sociaux. En se focalisant sur une association catholique, le Cler Amour et Famille, institué en 1961 contre l’entreprise de modernisation de la morale familiale incarnée par Marie-André Lagroua Weill-Hallé, il est possible d’objectiver les logiques sociales de distribution d’un bien culturel produit par et pour la fraction catholique de la classe dominante. Issu d’un réaménagement structural du sous-champ catholique dans les années 1960, ce groupe réunit médecins catholiques et professionnels de la manipulation des biens du salut autour de l’élaboration et de la diffusion de la méthode sympto-thermique (méthodes d’auto-observation) proposée comme un moyen naturel de réguler la fertilité en améliorant le dialogue au sein du couple, détenteur du monopole de la compétence sexuelle dans l’unité domestique. Attachées à un mode de reproduction à dominante familiale, les «éducatrices à la vie» du Cler, militantes d’un Amour durable et d’une sexualité «écologique», tentent d’inculquer aux élèves des établissement privés les représentations du modèle familial qui leur sont les plus favorables tout en contrôlant les frontières symboliques d’un espace de socialisation sexuée et sexuelle structurant un marché matrimonial probable pour leurs propres enfants. Cet exemple de collectivisme pratique des classes dominantes peut ainsi s’appréhender avec les lunettes de la sociologie historique en indexant pratiques pédagogiques et trajectoires biographiques des intervenantes à l’histoire des relations entretenues par l’association avec le Vatican.

Résumé
11 h 40
Penser la sexualité adolescente dans les sciences humaines et sociales après la Seconde Guerre mondiale
Laura Di Spurio (University of California, Berkeley)

Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale au moment où la jeunesse devient un enjeu politique et social majeur des sociétés européennes, les sciences humaines et sociales tentent de redéfinir la notion d’adolescence. Le défi épistémologique de ces disciplines sera alors de dissocier la puberté de l’adolescence, la puberté limitant cette phase de la vie à sa seule dimension biologique. Il s’agit alors d’envisager l’adolescence dans une dimension plus « sociale ». Cependant, le corps adolescent demeure au cœur de cette pensée tandis que la sexualité occupe une place toute particulière au sein de ces débats. En effet, au même moment, les amours juvéniles deviennent non seulement un objet d’anxiétés sociales, mais également une représentation courante de la « culture jeune » qui s’impose progressivement. Cette communication propose d’analyser comment ces différents discours et représentations ont influencé la production des savoirs scientifiques. Ces débats permettent par ailleurs de répondre à deux questions essentielles qui ont secoué le monde scientifique francophone européen réuni au sein d’associations scientifiques : d’abord, celle de la bataille rangée entre sociologues, psychologues et médecins dans l’appréhension scientifique de l’adolescence. L’analyse de cette question permet d’interroger comment cette sexualité qui a été au cœur de la pensée de l’adolescence a été redéfinie par ces différentes disciplines. Deuxièmement, on pourra notamment interroger l’influence nord-américaine sur la pensée de l’adolescence en Europe : comment les chercheurs européens ont-ils tenté de s’en éloigner et de proposer leur propre définition de cet âge de la vie. Au cœur de ces questions, la question religieuse, on le verra, occupe une place particulière. 

Résumé
Dîner
12 h 30 à 14 h 00
Dîner
Repas
Après-midi
14 h 00 à 15 h 30
Communications orales
Savoirs et pouvoirs : les mouvements sociaux et la sexualité
Batiment : (BR) BRONFMAN
Local : (BR) 410
14 h 00
« Couvrez ce musée queer que je ne saurais voir!… »

Qu’il s’agisse de la création du Schwules Museum par un groupe de jeunes militants homosexuels à Berlin en 1985 ou de la présentation en 2014 à Montréal de Trans Time, la première exposition entièrement composée d’œuvres d’artistes et d’activistes trans, ces deux événements invitent à réfléchir sur la diversité des stratégies pouvant être déployées par les communautés LGBTQ pour sauvegarder et transmettre leur histoire et leurs luttes.

A la suite de Foucault, de nombreuses recherches ont analysé le musée traditionnel comme un dispositif (hétéro)normatif et comme l’incarnation du pouvoir de l’Etat. Longtemps, ces institutions ont contribué à la marginalisation, l’exclusion et l’oppression des minorités. Malgré quelques améliorations sensibles, qui s’expriment par la mise en place de politiques de diversité et d’égalité dans quelques pays d’Europe et d’Amérique du Nord, le compte est loin d’être bon. Aussi, cette communication entend surtout s’intéresser aux logiques patrimoniales et mémorielles portées par et destinés aux LGBTQ. 

Comment ces communautés opprimées sont-elles parvenues à prendre en main leur histoire jusqu’alors invisibilisée ? Comment, à travers des politiques d’exposition, de collection et de recherche, ces initiatives s’inscrivent-elles dans composition d’une perspective « minoritaire » basée sur l’autoreprésentation ? Quels liens ces projets patrimoniaux entretiennent-ils avec les communautés qu’ils sont censés représenter ?

Ces interrogations relèvent d’un champ de recherche interdisciplinaire qui connait un dynamisme exceptionnel dans le monde anglophone ; par contraste, l’absence quasi-totale de recherches en français sur les articulations entre questions patrimoniales et de sexualités est saisissante. Pourtant, le musée, nourrit des théories critiques queer et féministes – mais aussi postcoloniales -, n’est-il pas un lieu important pour la construction des identités sociales et sexuelles, la lutte contre les stéréotypes et les discriminations, et finalement l’endroit où peut s’opérer l’amorce d’une transformation sociale de plus grande ampleur ?

Résumé
14 h 40
Libérer la sexualité des mineurs? Mouvements gais et revendications pédophiles dans les années 1970 et 1980
Jean Bérard (UdeM - Université de Montréal), Nicolas Sallée (Université de Montréal)

Dans un ouvrage consacré à l’histoire de l’encadrement juridique des perversions sexuelles en France, Jean Danet (1977) date du début du 19e siècle l’inscription de l’enfant, de son corps et de sexualité dans des dispositifs disciplinaires fondés sur une « chasse au plaisir de l’enfance », dessinant les frontières de la normativité en matière sexuelle. Selon les psychiatres qui étudient et classent les perversions, la sexualité des enfants est moins importante pour elle-même que parce qu’elle détermine la vie future. Dès lors, Foucault estime que l’enfance est « une des conditions historiques de la généralisation du savoir et du pouvoir psychiatriques » (Foucault, 1999, p. 297). Sur un plan législatif, la volonté de protéger les enfants de la sexualité – et notamment de celle des adultes – se traduit par la définition de seuils de majorité sexuelle, destinés à protéger les plus jeunes en fixant l’âge en-deçà duquel toute relation sexuelle, fut-elle consentie, est légalement interdite. Ces seuils de majorités sexuelles portent historiquement sur deux éléments distincts, de nature à protéger l’entrée dans le mariage et la famille : l’un protège la chasteté des jeunes filles contre des séductions trop précoces ; l’autre protège les jeunes garçons contre les perversions des relations entre personnes de même sexe. Au Canada, le Code criminel de 1892 fixe la majorité sexuelle à 14 ans, tout en la réservant aux jeunes filles. L’homosexualité des jeunes garçons est quant à elle réprimée, en particulier par la définition d’un crime de « sodomie ». Le Bill omnibus de 1969, souvent présenté comme la première étape vers une dépénalisation de l’homosexualité au Canada, ouvre certes le droit à la « sodomie », mais le réserve aux individus consentants de plus de 21 ans.

Cette communication vise à revenir sur la mise en question de ce « double standard », par les mouvements gais militants, dans les années 1960 et 1970, ouvrant à une problématisation plus générale de la sexualité des mineurs – y compris celle des enfants et des jeunes adolescents. Dans les journaux militants que nous avons consultés, au Québec et en Ontario, les désirs de ces jeunes sont mis en récit et leurs corps sont érotisés, tandis que – prenant sens dans une critique plus générale de la psychiatrisation de l’homosexualité – les effets de l’interdit sexuel sur leur équilibre psychique sont dénoncés. Dans les années 1980, les lois qui résultent de ces mouvements redéfinissent en même temps la majorité sexuelle et le viol. Si le double standard est aboli, le principe d’un seuil d’âge – alors fixé à 14 ans – est réaffirmé, comme un rempart contre la nouvelle figure du danger : le pédophile[1]. Dans ce cadre, non seulement la sexualité des plus jeunes doit désormais être préservée des désirs des adultes, mais elle est aussi, et de plus en plus, l’objet d’un « apprentissage » explicite. L’institutionnalisation croissante, depuis les années 1980, de « l’éducation à la sexualité », constitue un bon exemple de ces reconfigurations normatives.

[1] En 2008, dans le cadre de la Loi sur la lutte contre les crimes violents, l’âge du consentement a d’ailleurs été augmenté de 14 à 16 ans.

Résumé
15 h 30
Pause
16 h 00 à 17 h 00
Communications orales
Justice, pénalité et sexualité
Batiment : (BR) BRONFMAN
Local : (BR) 410
16 h 00
Sexualité, intimité et femmes détenues : savoirs émergeant d’une recherche en criminologie qui préconisent une méthodologie artistique

Cette présentation met de l’avant certaines observations tirées de ma recherche doctorale concernant la sexualité chez les femmes incarcérées. Dans un premier temps, nous décrivons le cadre théorique et les choix méthodologiques mobilisés, à savoir la performativité du genre (Butler), une théorie ethnométhodologique du genre selon West et Fenstermaker ainsi que mon dispositif de cueillette de données : des ateliers en création littéraire et artistique. Dans un deuxième temps, nous abordons les différentes facettes du déploiement de la sexualité dans le milieu carcéral selon les participantes de ma recherche. Nous nous penchons sur l’aspect dynamique et fluide de la sexualité. Au sein du milieu carcéral, elle s’inscrit le long d’un continuum. Ce faisant, nous décrivons en quoi la sexualité varie selon les dispositions et les axes identitaires des participantes, de même que des éléments tels la longueur de la sentence. Dans un troisième temps, en diapason avec les principes de l’intersectionnalité,  nous abordons l’enchevêtrement entre le genre et la sexualité, de même que le poids de l’intimité et de l’espace sur les formes et les pratiques associées à la sexualité carcérale. Conséquemment, nous examinons aussi la prégnance de la matrice hétérosexiste[1]au sein du milieu carcéral et les pratiques qui en découlent.  

Somme toute, cette présentation dresse un portrait hétéroclite de la sexualité telle que représentée par les créations littéraires et les discussions avec des femmes détenues et ex-détenues.

Résumé
16 h 20
Le proxénétisme en procès : une mise à l’épreuve des sexualités migrantes?
Mathilde Darley (CESDIP, France), Gwenaëlle Mainsant (CNRS)

Issue du projet de recherche franco-allemand ProsCrim sur le traitement institutionnel de la traite des êtres humains (ANR-13-FRAL-0014-01), cette communication s’appuie d’une part sur des observations réalisées lors de procès pour proxénétisme jugés en correctionnelle et impliquant des étranger-e-s, et d’autre part sur des entretiens conduits avec des magistrat-e-s du siège et du parquet ainsi qu’avec des avocat-e-s de la défense et de la partie civile. Il s’agit notamment de chercher à saisir les opérations de classification et de hiérarchisation, par les professionnel-le-s du droit, des conduites sexuelles des étranger-e-s impliqué-e-s, et les effets de ces opérations sur leur traitement par l’institution judiciaire. L’enquête ethnographique montre en effet que, en marge des éléments qualifiant pénalement le proxénétisme, une large part des débats portent sur l’évaluation sexuelle, genrée et racialisée des étranger-e-s. Les assignations et présupposés qui s'y déploient invitent alors à s’interroger sur la manière dont se combinent, dans l’arène du tribunal, une forme de savoir expert (juridique) et un savoir plus quotidien. Celui-ci, régulièrement énoncé en entretiens par les professionnel-le-s du droit, est également largement mobilisé, hors les murs du Tribunal, par les acteurs associatifs : leur désignation comme « experts » fait d’eux des co-producteurs de l’action publique, contribuant de manière décisive à la production / circulation de « savoirs expérientiels » sexualisés, genrés et racialisés. Cette constellation particulière d’acteurs et les formes de circulation entre leurs arènes respectives éclairent alors, en partie, la difficulté des professionnel-le-s qui disent le droit à s’émanciper des configurations du débat public autour des questions de sexualité/prostitution et de migration. Au-delà de l’infraction particulière de proxénétisme, nous posons ainsi l’hypothèse que le jugement pénal pour exploitation sexuelle impliquant des étrangere-s constitue une arène privilégiée pour analyser en actes la mise en œuvre d’une politique visant conjointement le gouvernement des sexualités et celui des migrations. Dès lors, les observations en salle d’audience peuvent être appréhendées comme un lieu d’analyse à la fois de l'actualisation et de la production d'un savoir genré et racialisé sur les sexualités étrangères, mais aussi de la construction de la sexualité comme vecteur d’altérisation des populations étrangères.

Résumé
16 h 40
L’interdépendance des savoirs historiques et juridiques sur la prostitution

Des recherches récentes concernant la réglementation de la prostitution de 1684 à nos jours ont permis de faire le constat d’une continuité entre méthodologie historique et méthodologie juridique. L’ouvrage Lucifer au couvent, la femme criminelle et l’institution du Refuge au siècle des Lumières[1] a permis de mettre en avant l’indispensable lecture juridique des arrêts du Parlement sanctionnant la prostitution au XVIIIe siècle. L’apport de l’Histoire du droit au sujet de la sexualité, plus précisément sur l’Histoire du droit de la prostitution est encore à ce jour marginal mais en plein essor et amène à une compréhension plus précise des enjeux liés à la réglementation de la sexualité par les pouvoirs publics. L’historien du droit est à mi-chemin entre le juriste et l’historien, son travail consiste à croiser deux grilles de lecture. D’une part celle du juriste qui est celle de l’analyse textuelle et interprétative des documents juridiques et administratifs[2] , et d’autre part celle de l’historien qui construit une image du passé, qui tente de décrire, d’expliquer et de faire revivre, en le comprenant, un temps révolu[3]. Le dialogue entre ces deux méthodes produit un savoir interdisciplinaire dont les difficultés de traitement se font ressentir, car, en empruntant les méthodes de recherches historiques, l’historien du droit, particulièrement de la prostitution, est confronté à des archives diverses et met en avant une histoire foncièrement polyphonique et s’inscrit dans les débats actuels de philosophie de l’Histoire[4].

[1] GARDY Philippe, REGINA Christophe, Lucifer au couvent, la femme criminelle et l’institution du Refuge au siècle des lumières, éd. Presse Universitaire de la Méditerranée, Monts, 2009, 179 p.

[2] PERELMAN Chaïm, Logique juridique. Nouvelle rhétorique, éd. Dalloz, coll. Méthodes du droit, France, 1999, 202 p.

[3] VEYNE Paul, Comment on écrit l’histoire, éd. Seuil, coll. Point Histoire, Lonrai, 2015, 438 p.

[4] BOUCHERON Patrick (sous la dir.), Histoire mondiale de la France, éd. Seuil, Lonrai, 2017, p. 8.

Résumé
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Avant-midi
09 h 00 à 10 h 30
Communications orales
La sexualité comme objet : quelle position du chercheur?
Batiment : (BR) BRONFMAN
Local : (BR) 410
09 h 00
Étudier le travail du sexe des hommes : défis et enjeux éthiques, méthodologiques et épistémologiques

Tout chercheur qui s’intéresse aux questions entourant la sexualité constate rapidement l’ampleur des défis qui se posent à lui et ce, tant sur le plan épistémologique que méthodologique. Nombreux sont, en effet, les travaux à soulever les difficultés entourant la cueillette et la diversification des données empiriques étant donné les tabous sociaux entourant leur objet de recherche. Il en va de même pour les recherches comme la mienne qui porte sur le travail du sexe au masculin, milieu marginalisé et doublement stigmatisé par les pratiques sexuelles vénales et celles dites homosexuelles qui lui sont souvent associées. Dans le cadre de cette conférence, je vais donc m’attarder à vous présenter non seulement les divers enjeux méthodologiques et épistémologiques, mais aussi éthiques, que j’ai rencontrés lors de ma recherche. Celle-ci étudie, à travers 12 entretiens semi-directifs avec des travailleurs du sexe masculins, la manière dont ils identifient et gèrent les pratiques qu'ils perçoivent « à risque ». Lors de ce colloque, je rendrai compte du fait que certains concepts qui semblent aller de soi sont porteurs de significations qui influencent grandement la recherche, voire confirment certains stéréotypes normatifs. Par exemple, le concept de « risque » mobilisé par certains chercheurs comporte des enjeux qui, à première vue, ne sont pas tous aussi évidents, et qui méritent, quoi qu’il en soit, une attention particulière. Toujours sur le plan théorique, de plus amples questionnements demeurent. La sexualité du chercheur est-elle un facteur qui biaise les données ou qui vient les enrichir? En fait, peut-on même parler de « travail du sexe » si certains échanges avec les clients ne sont pas exclusivement « sexuels »? Comment en outre traiter de ce sujet sans tomber dans les pièges machistes, patriarcaux ou (hétéro-homo)normatifs?

Résumé
09 h 20
La sexualité des 10-12 ans à l’école japonaise : difficultés et limite de l’enquête de terrain

Lors de mon travail de doctorat portant sur la socialisation de genre à l’école élémentaire au Japon et qui a nécessité un travail de terrain de 5 mois dans quatre écoles (à Tôkyô, Saitama et Yamagata), mon objectif était de comprendre comment les représentations genrées, androcentrées et hétéronormées se produisent, et par quels processus les enfants les intériorisent. Dans ce cadre, je me suis intéressée aux moments où ces derniers sont confrontés pour la première fois à la sexualité (non génitale).

Je souhaiterais montrer, dans cette communication, quelles sont les difficultés que rencontre un chercheur qui travaille sur la sexualité juvénile, notamment pour la préparation des entretiens avec des enfants âgés de 10 à 12 ans. Comment et jusqu’à quel point est-il possible d’aborder les sujets liés à la sexualité lors d’une enquête de terrain située à l’école ? Je montrerai notamment pourquoi je n’ai pas voulu mener d’entretiens ou de questionnaires approfondis sur la sexualité car j’estimais qu’aborder ce sujet directement avec les enfants aurait pu être mal considéré, comme en témoigne l’attitude des enseignants fréquentés qui s’en tiennent à ignorer délibérément le sujet. Par ailleurs, mes observations de terrain ont permis de mettre en lumière plusieurs éléments, à commencer par l’intérêt évident des enfants de cinquième ou sixième année pour la sexualité, à savoir les rapports sexuels et la masturbation.

Ces difficultés lors de l’enquête ont été accentuées par le manque de source sur la sexualité (non génitale) : la plupart des enquêtes japonaises, françaises et américaines, y compris celles qui se focalisent sur l’initiation sexuelle des jeunes, n’abordent pas avec précision la question de la construction des représentations de la sexualité chez les enfants. La plupart de ces enquêtes se focalisent sur les lycées et étudiants, en se basant sur l’âge moyen du premier rapport sexuel.

Résumé
09 h 40
Déclinaison de l’implication du chercheur dans une recherche sur la conjugalité au Sénégal

La littérature anthropologique a plusieurs fois mis à jour le fait que dans certaines sociétés, l’intervention d’un tiers soit d’usage afin de séduire, tempérer des situations conflictuelles auprès d’un couple. Le fait qu’un chercheur lors d’une recherche portant sur les trajectoires amoureuses et sexuelles des jeunes hommes sénégalais soit amené à occuper ces fonctions, parfois malgré lui, entraîne alors une somme de questionnement méthodologique.

Cette communication se propose dans un premier temps de mettre à jour les différentes positions qui nous ont été assignées où que nous avons choisi de revêtir, les différents degrés d’implication qui ont été les nôtres. Ainsi, elle abordera comment dans un contexte précis nous avons pu jouer le rôle de faire valoir, de médiateur ou d’entremetteur, à travers des exemples précis.

Ensuite, il s’agira de mettre à jour comment l’assignation de l’anthropologue et l’usage de sa présence par les enquêtés, lui ont permis de faire évoluer sa recherche. C’est-à-dire revenir sur les possibilités stratégiques dont un chercheur peut se munir afin d’intéroger des données concernant la sexualité des personnes avec lesquels il travaille.

La visée réflexive de cette communication se propose d’aborder la négociation entre l’éthique du chercheur (personnelle et professionnelle) et son implication sur son terrain de recherche. La question de son engagement sexuel est à poser puisque sa position sexué induit des attentes normatives qui sont synonymes de son acceptation par les groupes avec lesquels cette étude est menée. L’enjeu épistémologique soulevé revient à se demander si les limites que l’enquêteur a posées à son implication dans un souci éthique, suffisent à la garantir malgré son ingérence pas toujours volontaire.

Résumé
10 h 30
Pause
11 h 00 à 12 h 30
Communications orales
Médicaliser la sexualité, sexualiser la médecine
Batiment : (BR) BRONFMAN
Local : (BR) 410
11 h 00
Discipliner l’« éréthisme sexuel » du tuberculeux dans le premier tiers du 20e siècle
Julien Gaillard (Université de Poitiers)

L'image de l'embrasement[1], d'abord développée par des romanciers, trouve une crédibilité scientifique dans une série de thèses de médecine[2]. Où les activités sexuelles étaient considérées comme dangereuses par l'opinion médicale. Le discours sur la nécessité de contrôler cet embrasement se concrétise par une double non-mixité, une première liée à la classe sociale une deuxième par le sexe. Cette dernière était jugée d'autant plus nécessaire que les pensionnaires étaient fréquemment mariés, et séparés des leurs par la maladie. C'était des foyers déjà éprouvés qu'il fallait protéger des différentes tentations provoquées par la fréquentation du sexe opposée. Pour les célibataires, il y avait la crainte de voir la liaison de deux malades se transformer en volonté de mariage. La deuxième ségrégation était d'ordre social. La différence du sort réservé aux riches et aux pauvres est lourde de signification. Les riches sont jugés capables d'ordonner leur propre vie, tandis que l'on doit imposer la sagesse aux pauvres. Pour les riches, les jeux de l'amour, favorables à leur santé morale, sont propices à leur guérison. Pour les pauvres, les excès sexuels sont une cause d'épuisement. Nous souhaitons analyser au sein d'une institution sanitaire particulière, le sanatorium, des années 1900 à 1930, l'exercice d'un « micro-pouvoir »[3] sur le corps et la sexualité des malades, Pour mener à bien cet objectif il sera nécessaire d'étudier les différents discours médicaux[4], politico- juridique[5] et la mise en place de la non-mixité. Dans l'optique de s’interroger sur une redéfinition de la sexualité par le biais de modèles éducatifs, mais aussi la reconfiguration d’une division, et d’un partage du pouvoir, ainsi que la fixation de nouvelles normes sexuées et sexuelles qu’elle entraîne.

[1] Devenu lieu commun, ce thème est enfin consacré, au prix de quelques circonlocutions prudentes, dans de grands traités comme celui de Louis Bernard. Où la suralimentation, l'affectivité, explique-t-il, prouve leur « impétuosité du désir sexuel » chez les malades qui, dans les sanatoriums, n'ont « pas d'autres activités capables de canaliser leur énergie ». Le médecin avance que le « décubitus dorsal qui amène une congestion des organes déclives, en particulier de la prostate, cette congestion entraîne l’érection ». Il ne peut plus y avoir de doute, dès lors que les conditions matérielles d'existence viennent ainsi apporter des éléments d'explication complémentaire à ceux que l'approche purement physiologiques ne convaincrait pas.

[2] Bolte, Les troubles psychiques des tuberculeux, Thèse, Toulouse, 1910 ; Chevrolet, Essai sur la psychologie du tuberculeux pulmonaire, thèse de médecine, 1918 ; Delprat, La délinquance chez les tuberculeux, thèse de médecine, 1924. ; Landret, De l'excitation génitale chez les tuberculeux, thèse de médecine, Lyon, 1904 ;

[3] Michel Foucault, Le pouvoir psychiatrique. Cours au Collège de France (1973-1974), Paris, Seuil, 2003, p.17.

[4] Notamment sur la surveillance étroite du malade, qui est justifiée par les débordements que l'on peut craindre, d'autant que l' »incapacité à contrôler sa sexualité peut conduire à tous les excès », comme le suggère le Docteur Delprat, qui intitule sa thèse « La délinquance chez les tuberculeux ». Les médecins expliquent cela par la déficience morale du malade, dont le relâchement sexuel est la manifestation la plus évidente. Le malade s'en trouve dès lors culpabilisé, comme il l'était déjà en tant que porteur de contagion. Quant aux établissements de soins, ils sont malgré les règlements, et la réalité du vécu quotidien perçu par l'opinion comme des lieux de délices interdits au commun des mortels, et qui sont une contre-partie de la maladie.

[5] En France la loi Honnorat du 7 septembre 1919 et le décret d'application du 10 août 1920 donnèrent une base légale à la séparation des sexes dans les sanatoriums français. La formule du décret d'application « autant que possible » autorisait une certaine souplesse. Les autorités estimèrent rapidement que le texte n'était pas assez contraignant notamment en matière de séparation des sexes ». Simple recommandation au départ elle devient une obligation. Cependant, cette disposition eut à peine le temps d'être mis en œuvre qu'elle était abrogée en 1927, puis nouvelle modification en 1932. Ces multiples décrets, abrogations sont les signes qu'il s'agissait d'un sujet sensible.

 

Résumé
11 h 20
La prévention des cancers associés aux papillomavirus humains ancrée en santé sexuelle : une approche centrée sur les adolescents (garçons et filles)
Charlotte Bauquier (GRePS EA 4163, Université Lyon 2), Marie Préau (Université Lyon 2)

L’infection à papillomavirus humains (HPV) est liée au développement de plusieurs cancers (du col de l’utérus, de l’anus, …). Deux vaccins sont commercialisés depuis plusieurs années mais, en France, seulement un tiers des adolescentes sont vaccinées malgré les recommandations. Plusieurs études existent portant principalement sur les médecins et les parents, mais peu s’intéressent aux premières concernées : les adolescent(e)s ! Mais comment aborder avec eux la problématique du cancer, dont la projection à cet âge semble difficile ? La vaccination mais aussi l’utilisation du préservatif permettant de réduire le risque d’infection HPV, une prévention globale abordant la sexualité nous semble pertinente à envisager en milieu scolaire. En investiguant dans un premier temps les représentations sociales des collégien(ne)s sur la vaccination HPV et les cancers associés à l’infection, notre étude tente de déterminer s’il existe (ou non) une interaction entre comportements sexuels, infection et cancer. Cette approche - ancrer la prévention des cancers associés aux HPV en santé sexuelle – s’appuie sur de nouvelles dimensions de ce champ de recherche. 

Quatre collèges ont participé à cette recherche. Plusieurs outils ont été construits en s’appuyant sur une approche de méthodologie mixte (Belaid et al., 2016). Ainsi, une intervention fondée sur une démarche participative a été mise en place avec des élèves de quatrième. Ils devaient par groupe de 3-4 élèves construire des affiches relatives à la vaccination HPV. En complément, des questionnaires ont été administrés et des focus groups menés auprès d’élèves de troisième explorant la problématique du cancer et sa prévention. Une analyse triangulée des données (Flick, 2004) doit nous permettre de répondre à notre objectif de recherche. 

Les premiers résultats soulignent que le lien avec la sexualité (contraception, IST, VIH/Sida…) apparaît quasi systématiquement quand on évoque notamment le cancer du col de l’utérus, bien que peu de collégien(ne)s aient déjà entendu parler de l’infection à HPV. 

Résumé
11 h 40
Repenser le risque VIH ou repenser la sexualité? La prophylaxie préexposition comme technologie de prévention en milieu gai
Gabriel Girard (UdeM - Université de Montréal)

Au cours des 10 dernières années, les normes de prévention du VIH/sida parmi les hommes ayant des relations sexuelles avec d’autres hommes ont été bouleversé par la « pharmaceuticalisation » croissante des options de réduction des risques. Le concept de traitement comme prévention se décline aussi bien pour les personnes vivant avec le VIH (autour de la notion de charge virale indétactable), qu’auprès des personnes séronégatives, avec la PrEP. Dans cette communication, on s’interrogera sur la manière dont la PrEP comme technologie biomédicale contribue à redéfinir les relations sociales entre homosexuels et de nouvelles formes de subjectivation. La prise d’un médicament préventif transforme en effet en profondeur les conceptions de la confiance et de défiance associées aux rapports sexuels et au risque de transmission du VIH.

Ce faisant, ces développements biomédicaux nous offre une opportunité idéale pour envisager la façon dont les recherches récentes en prévention – notamment les essais contre placebo – façonnent (et sont façonnées par) des conceptions de la sexualité et du risque. La communication s’appuiera sur une étude ethnographique de longue durée des controverses autour de la PrEP en France et au Québec.

Résumé
Dîner
12 h 30 à 14 h 00
Dîner
Repas
Après-midi
14 h 00 à 15 h 30
Communications orales
Discours sur la sexualité et savoirs en tension
Batiment : (BR) BRONFMAN
Local : (BR) 410
14 h 00
L’épanouissement sexuel au centre des discours sur la chirurgie esthétique des organes génitaux
Raphaëlle Bessette-Viens , Hélène Martin (HES-SO), Rebecca Bendjama (HES-SO)

Nous entendons par chirurgie esthétique des organes génitaux des modifications chirurgicales qui ne sont a priori liées ni à des maladies ni aux problématiques du transexualisme et de l’intersexuation et qui sont demandées et librement choisies par les patient·es. L’opération la plus courante en Suisse est la labioplastie, mais d’autres interventions sont également proposées et réalisées, notamment la vaginoplastie, la l’amplification du « point-G », la reconstruction de l’hymen, l’allongement ou l’élargissement du pénis (Umbricht-Sprüngli  & Gsell, 2016). En adoptant une approche sociologique et en études genre, nous envisageons les discours sur cette chirurgie comme des révélateurs de représentations sociales de la sexualité, qui sont elles-mêmes structurées par des rapports de genre, de race, de classe, d’âge, etc.

 

Dans les discours que nous étudions, les chirurgies des organes génitaux sont discutées en fonction de leur capacité à améliorer la sexualité via l’amélioration de la morphologie génitale. Nous commencerons donc par mettre en perspective l’émergence sociohistorique de la norme de l’épanouissement sexuel pour les deux sexes, dans un contexte qui a médicalisé la sexualité et en a fait une dimension centrale de la santé et de l’identité (Béjin & Pollack, 1977; Bozon, 2013; Giami, 2006). Nous montrerons ensuite comment la norme de l’épanouissement sexuel prend des formes différentes dans les trois corpus de notre recherche (entretiens avec des médecins, sites web de cliniques et de cabinets, et discussions sur des forums). Nous examinerons en particulier comment différents liens sont établis entre morphologie génitale et épanouissement sexuel, ces liens exprimant mais aussi discutant des normes de sexe, d’âge, de race et de classe.

Résumé
14 h 20
Éclairage anthropologique de la construction politique des mutilations génitales féminines aux Nations Unies : la Colombie devant le CoEDEF
anna schmit (EHESS)

En octobre 2013, les femmes autochtones de Colombie se saisissent de l’examen périodique du Comité pour l’élimination des discriminations envers les femmes (CoEDEF), pour exiger de leur gouvernement, la mise en œuvre de politiques publiques, destinées à protéger leurs droits sexuels et reproductifs. Elles y ont posé avec force et ce, pour la première fois dans l’histoire des Nations unies, la question des mutilations génitales féminines dans un pays sud-américain. L’enjeu d’aborder cette question dans l’espace onusien va au-delà d’une simple critique adressée aux sociétés mutilantes. Il allie « féminisme » et « multiculturalisme » dans l’affirmation d’une volonté collective visant à modifier un « dispositif de sexualité » qui, en vigueur dans les sociétés non mutilantes (qu’elles soient autochtones ou non), atténue, voire brise, les capacités des femmes à se constituer en Sujet sexuel actif. Comment retranscrire anthropologiquement la mise en débat multi scalaire de ce sujet extrêmement sensible ? En effet, la question des mutilations, instrumentalisable à souhait, a en soi un caractère polémique qui pose un certain nombre d’interrogations éthiques et scientifiques dans la pratique des sciences sociales. A partir de l’observation minutieuse de ce cas d’étude, la communication éclairera l’action collective des femmes autochtones de Colombie en explicitant la méthodologie déployée, les apports théoriques et empiriques de cette étude alimentant une réflexion plus vaste sur les pratiques de la recherche sur la sexualité. Le processus par lequel les femmes autochtones ont construit la question des mutilations et de la sexualité comme un domaine de politiques publiques sera examiné à la lumière de la méthodologie expérimentée pour faire face aux problèmes étiques que soulèvent les recherches sur la sexualité. Les données ont été récoltées par une ethnographique multi-site (Colombie et Suisse) du processus complet de cette action collective (septembre 2012 – octobre 2013).

Résumé
14 h 40
Le discours de la « sexpertise » chez les auteures/travailleuses du sexe : un défi multiple pour les savoirs sexuels?
Yagos Koliopanos (Université Paris Ouest)

S'appuyant sur une enquête doctorale en cours[1], cette communication propose d'aborder la question de la  « sexpertise » chez les travailleuses du sexe/auteures en tant que discours à même de poser un défi multiple (épistémologique, théorique, sociologique, linguistique, moral) à la recherche sur la sexualité.

Malgré l'abondance des travaux francophones sur la prostitution et, plus généralement, sur le travail sexuel, relativement peu de chercheur.e.s se sont penché.e.s sur la question du discours des professionnel.le.s du sexe en tant que « sexpert.e.s », c'est-à-dire sur leur discours concernant les techniques et les compétences diverses en vue d'une augmentation du plaisir sexuel (ou, au contraire, comme moyen d'écourter une séance) mais également leur discours sur la sexualité en tant que construit social consolidant, ou bien, transgressant, les normes sexuelles et de genre.

En considérant que sur ce point, « les sciences humaines et sociales disposent d’un riche terrain de recherche et d’analyse encore inexploré » (Paveau, 2014), je propose d'examiner le discours de la sexpertise sous plusieurs angles en me concentrant principalement sur deux auteures : la suisse Grisélidis Réal et la grecque Jenny Hiloudaki. Plus spécifiquement, si chez Réal on rencontre une volonté de démythification du métier et chez Hiloudaki une volonté de démasquer l'« hypocrisie sociale » de sa clientèle masculine (et féminine) désirant être pénétrée par une femme trans, je fais l'hypothèse que toutes les deux produisent un discours de sexperte qui fait partie intégrante d'un processus d'autovalorisation et de reconnaissance (Honneth, 1995). Et ce en tant que pratique sexuelle ainsi qu'en tant que pratique littéraire.

[1] Il s'agit d'une enquête en sociologie de la littérature qui mobilise une méthodologie variée (observations, entretiens, analyse de contenu, analyse de discours) et qui se penche sur une quarantaine d'ouvrages (publiés en France et en Grèce, depuis les années 1970) où les auteures rendent compte de leur expérience dans le travail du sexe.

Résumé
15 h 30
Pause
16 h 00 à 17 h 00
Communications orales
Sexualités et groupes minoritaires : savoirs croisés
Batiment : (BR) BRONFMAN
Local : (BR) 410
16 h 00
La production de savoirs à l’intersection du handicap cognitif et de la sexualité
Michele Diotte (Université d'Ottawa)

En matière de liberté sexuelle, les notions d’autonomie et de consentement sont généralement considérées comme deux assises incontournables. Bien que certaines législations, telle que la Charte canadienne des droits et libertés, garantissent la «liberté» pour tous sans discrimination, certaines restrictions semblent pourtant opérer «au nom de la morale publique, de l’égalité des sexes, de la protection des faibles ou de la dignité humaine» (Borrillo, 2005: 39). Dans le cas des personnes considérées «en situation de handicap cognitif», ces questions d’autonomie et de consentement sont particulièrement sensibles. Sachant que la légitimité de l’activité sexuelle découle de cette capacité à consentir, la façon dont se construit l’agencéité sexuelle de ces personnes influe sur la licéité ou l’illicéité de leurs rapports sexuels. Dans le cadre de cette présentation, nous proposons de discuter des logiques de production des savoirs scientifiques à propos du sexe et du handicap cognitif. Ainsi, nous aborderons les différents savoirs à travers lesquels se construit la sexualité de ces personnes, en Amérique du Nord et en Europe.

Résumé
16 h 20
Les dispositifs de construction des savoirs sur la sexualité des personnes trans : pourquoi faire une revue critique de la littérature en sexologie clinique?
Denise Medico (UQAM - Université du Québec à Montréal), Sophie Charron (UQAM), Julia Goupil (UQAM)

Dans le projet de constituer des savoirs sur la sexualité et les relations affectives des personnes trans et non binaires il nous est apparu fondamental de commencer par questionner le dispositif de constitution des savoirs publiés académiques. Comme dans la plupart des objets de la sexologie, la sexualité des personnes trans est pensée, nommée, agencée et investiguée dans des procédures disciplinaires qui, par leurs outils méthodologiques, définitions des concepts, modes de promotion des résultats en constitue une image située. La sexologie étant un domaine à l’intersection de différents champs disciplinaires, nous avons pris le parti de faire ressortir les tensions et perspectives diverses qui participent à la construction d’un savoir en procédant à une «revue critique» de la littérature. Par critique nous entendons une attention particulière à situer les résultats comme des productions ayant une origine, voir une intentionnalité, avant de les confronter pour en faire ressortir les limites et, justement, mettre en lumière les implicites de chaque champ.

Pour cela nous avons comparé les données publiées dans les champs de la (1) médecine sexuelle ; (2) sociologie et psychosociologie ; (3) psychologie clinique, sexologie clinique et thérapie des relations et (4) approches politiques soit QUEER, études féministes et LGBT. Nous présenterons les principaux résultats par champs avant d’en discuter les implications méthodologiques et critiques pour penser la recherche sexologique, soit comme un champs en soi soit comme une intersection en quête d’identité.

Résumé
16 h 40
Les savoirs sur le BDSM : entre pathologisation, enchantement et réflexivité critique
Gilles Chantraine (CNRS)

En 1886, le psychiatre austro-hongrois Richard von Kraff-Ebing, allait publier Psychopathia Sexualis, considéré encore aujourd’hui comme l’un des ouvrages fondateurs de la sexologie. S’inspirant des écrits de Donatien Alphonse François de Sade  d’une part, et de ceux de Leopold von Sacher-Masoch d’autre part, il créera les termes de « sadisme » et de « masochisme ». La symétrie parfaite des deux termes sera reprise par Freud dans Le problème économique du masochisme (1924), entérinant là une première période acception, pathologisante, du sadomasochisme. Il faudra attendre la fameuse introduction de Vénus à la fourure par Gilles Deleuze, pour briser l’association des termes sadique et masochiste : le sadique se complaît dans la souffrance de l'autre à condition qu'elle ne soit pas contractuelle, et, « en jouit d'autant plus que la victime n'est pas consentante », alors que le masochiste aime à régler, dans des contrats, les modalités diverses de sa « soumission. »

Cette communication cherchera à décrire les efforts académiques et militants, depuis le début des années 1980 – et essentiellement aux États-Unis – pour achever le processus de dépathologisation du BDSM. Il s’agit alors de construire une image enchantée du BDSM, organisée autour des notions de consentement et de bienveillance – bref un jeu dans lequel le vrai sadique n’a pas sa place. Des acronymes sont là pour cadrer le script BDSM et son image : Safe, Sane, and Consensual (« SSC » selon l’acronyme consacré, formulé pour la première fois au sein du groupe gay « Gay Male S/M Activists (GMSMA)), « RACK » pour “Risk Aware Consensual Kink”, PRICK pour “Responsibility in Consensual Kink”, ou 4Cs pour “Caring, Communication, Consent, Caution”. Ces catégorisations diverses ne constituent qu’une illustration parmi d’autres de la production de savoirs produits et diffusés dans des arènes académiques ou hybrides (telle que l’association CARAS, pour Community-Academic Consortium for Research on Alternative Sexualities), et issus essentiellement de disciplines telles que la psychologie clinique et la sociologie, qui cherchent à montrer comment et pourquoi le BDSM peut constituer, à condition, précisément, d’intensifier la réflexivité  critique à l’égard des pratiques concernées, une sexualité et/ou un loisir équilibré et épanouissant.

Résumé