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311 - Preuve, témoignage et vérité : congrès annuel de la Société de philosophie du Québec

Preuve, témoignage et vérité : congrès annuel de la Société de philosophie du Québec

Toutes les connaissances développées au cours du temps sont le résultat du génie humain. Même si nous avons maintenant tendance à les tenir pour acquises, l’ensemble de nos vérités s’est constitué au cours d’un processus d’évaluation, de critique, de recherche et de raffinement sans lequel aucune d’entre elles n’aurait pu voir le jour.

Au centre de ce processus se trouvent la preuve et le témoignage, deux notions qui jouent un rôle décisif dans l’établissement des vérités au centre de la connaissance. La vérité dépend en effet des critères que nous avons pour distinguer le vrai du faux, et parmi ces critères, la preuve et le témoignage sont constamment invoqués à l’appui des affirmations que nous faisons dans les différentes disciplines du savoir humain. Cela signifie en bref que, sans témoignages ni preuves, la vérité confine à la fiction.

Réfléchir aux notions de preuve et de témoignage, c’est ainsi faire une contribution essentielle à l’avancement des connaissances en fournissant une compréhension accrue et raffinée des critères de la science. Distinguer un témoignage valable d’un témoignage suspicieux ou insuffisant, une preuve fiable d’une preuve invalide ou incomplète, fournit aux savants une meilleure compréhension de la vérité et des manières d’y parvenir.

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Colloque
Section 300 - Lettres, arts et sciences humaines
Responsables
UdeS - Université de Sherbrooke
Geneviève Barrette
Cégep Montmorency
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Avant-midi
08 h 30 à 11 h 25
Communications orales
Langage et concepts : quelle(s) relation(s) avec le monde? (Partie 1)
Batiment : (B) BIRKS
Local : (B) 205
08 h 35
Généralisations génériques et concepts : quel rôle pour l’état du monde?
Jordan Girard (UdeS - Université de Sherbrooke)

Les généralisations génériques se manifestent sous forme de phrases telles que « Les tigres sont rayés », « Le tigre est rayé » ou « Un tigre est rayé ». Leur caractéristique essentielle est d’attribuer une propriété aux membres d’une catégorie, mais on les reconnait aussi à leur tolérance envers les exceptions, et à leur mutisme quant au nombre de membres concernés. Intrigués par ces caractéristiques, les philosophes ont tenté de formaliser la sémantique des génériques, mais sans réel succès. Les travaux en psychologie montrent toutefois que ces énoncés jouent un rôle privilégié dans le langage : ils constitueraient notre mode de généralisation par défaut, en plus d’être une fenêtre donnant sur nos concepts. Si cela s’avère, l’étude des génériques montre que nos concepts et leur contenu sont fortement indépendants vis-à-vis l’état du monde. En effet, la valeur de vérité d’un générique n’est que rarement déterminée par la prévalence de la propriété parmi les membres de la catégorie concernée. Ceci peut être problématique, par exemple, en ce qui concerne les concepts de races, de genre, de groupes religieux, etc. J’expliquerai l’indépendance des génériques vis-à-vis l’état du monde, et montrerai pourquoi les approches quantificationnelles à leur sémantique sont vouées à l’échec. L’objectif est de montrer à la communauté philosophique la pertinence de l’étude des génériques pour la philosophie du langage, l’épistémologie, l’éthique, et ainsi de suite.

Résumé
09 h 15
L’existence et les mots : tableaux d’une insuffisance du langage dans « La Nausée » et les « Miettes philosophiques »
Jean-Christophe Nadeau (Université Laval)

Roquentin (Sartre) et Climacus (Kierkegaard) se sont tous deux interrogés sur le caractère ineffable de l’existence. Pour le premier, c’est via la crise qu’il nomme la « nausée », que nous sommes butés à l’insuffisance du langage en matière d’existence. Il constate que si le mot peut aider à saisir le concept général, il reste impuissant à rendre compte de l’individuel ; et d’un coup, ça le frappe : cette chose-là, devant lui, existe dans la mesure où il ne peut pas l’expliquer. Les mots qu’il cherche, en vain, à apposer sur l’existence semblent se vider, être inaptes à en rendre compte.

Chez Climacus, il s’agit plutôt de confronter, grâce à un jeu de l’esprit, l’intelligence avec ce qu’il nomme le paradoxe, c’est-à-dire avec la chose qui résiste ultimement à toute appréhension par la délibération. Des parallèles immédiats peuvent s’établir avec l’expérience de la Nausée. Ces auteurs incitent à faire le saut dans l’existence, car elle n’est pas quelque chose qui se laisse penser de loin.

Est-ce dire qu’un discours sur cette dernière est, pour eux, impossible ? Le langage, bien compris, devra être lucide de son propre échec, ce qui devient le point de départ vers son propre dépassement. Si le mot est inapte à expliquer, les mots peuvent néanmoins induire une attitude qui forcerait le saut dans l’existence, c’est-à-dire devenir un tremplin vers l’ineffable.

Résumé
10 h 05
Comment nos représentations et descriptions créent-elles les entités du monde?
Hugo Tremblay (Université Laval)

Lorsqu’un antiréaliste comme Nelson Goodman affirme que toutes les entités n’existent pas tant que l’être humain ne les a pas créées par ses systèmes de descriptions, cela semble absurde comme affirmation. Ce n’est pas parce que nous décrivons ce qui nous entoure de différentes façons que les entités sont créées par nos descriptions ; il est évident qu’indépendamment de toute description, il existe des entités bien réelles.

J’expliquerai comment la théorie empiriste des concepts de Jesse Prinz peut expliquer une telle théorie antiréaliste. En résumé, nous développons des concepts puisque suite à nos expériences sensorielles du monde nous représentons des catégories d’entités à partir de notre mémoire de travail ; une catégorie est un ensemble de caractéristiques perceptuelles associé à un regroupement de choses perçues comme étant similaires. Ce que je soutiens, c’est que les ensembles de caractéristiques constitutifs des catégories ne sont pas prédéfinis dans le monde. La quasi-totalité des catégories et entités correspondantes relèvent d’« espèces conventionnelles » (par opposition à « espèces naturelles ») et sont créées par nos représentations. Ces dernières regroupent de différentes façons des ensembles de composés matériels et de propriétés plus ou moins variables que l’on peut ensuite trouver dans le monde. Sans ces espèces conventionnelles, tout ce que nous pouvons dire de ce qui nous entoure, c’est qu’il existe « quelque chose », sans plus.

Résumé
10 h 45
Pour un réalisme moral modeste
David ROCHELEAU-HOULE (York University)

Dans cette communication, j’explorerai les propos de Davidson sur le rapport entre le monde et les concepts. Plus spécifiquement, j’explorerai le débat qui oppose les réalistes et les constructivistes en métaéthique puis j’évaluerai si la position maintenue par Davidson peut alimenter ce débat. La question à laquelle je chercherai à répondre est la suivante : est-ce que le monde moral impose des catégories et divisions morales (bon, bien, mauvais, mal, etc.) sur nous, ou est-ce nous qui les imposons sur le monde ?

Pour répondre à cette question, je m’appuierai sur l’analyse de William Child (il faut noter que cette analyse ne porte pas sur la métaéthique, mais un parallèle est possible à faire). D’après Child, Davidson soutient que le monde n’impose pas sur nous des catégories et divisions fermes, nous avons en tant qu’agent une contribution essentielle à faire en classifiant le monde d’une certaine manière. Par le fait même, Davidson rejetterait une conception forte du réalisme. Davidson n’est pas pour autant un constructiviste (ou un antiréaliste), car notre contribution ne consiste pas à imposer une classification sur un monde sans aucune structure. En m’appuyant sur la position de Davidson, j’argumenterai pour un réalisme moral modeste : il existe dans le monde des catégories morales, mais les agents ont un rôle essentiel à jouer dans cette classification ; rôle influencé par nos intérêts et qui dépasse le simple rôle de la découverte.

Résumé
08 h 30 à 11 h 25
Communications orales
Métaphysique et politique : leur influence mutuelle (Partie 1)
Batiment : (B) BIRKS
Local : (B) 203
08 h 30
Tragédie et destin politique chez Hegel : une perspective métaphysique
Thomas Anderson (Université Laval)

Les plus récentes études portant sur la tragédie dans la réflexion hégélienne en ont explicité la portée historico-politique en montrant qu’elle pouvait être interprétée comme une méditation sur le « destin » problématique du bios politikos depuis la Grèce antique jusqu’à la modernité. On a soutenu à cet effet que le questionnement de Hegel sur la tragédie « porte sur ce qu’était la politique, sur ce qu’elle est devenue et sur ce qu’elle est dans le monde moderne » (Thibodeau : 2011). Notre présentation cherchera à mesurer – en nouant un dialogue avec cette approche qui inscrit la question dans son horizon politique – jusqu’où une compréhension plus englobante de l’interrogation sur le tragique chez Hegel pourrait bénéficier de l’adoption d’un cadre interprétatif plus large : celui de la métaphysique. Il s’agira avant tout de définir ce que le philosophe considère comme le propre du conflit tragique en mettant au centre de notre analyse la notion de justice ainsi que l’opposition théologico-politique classique entre la loi humaine et la loi divine. Il en ressortira que la tension à la source de la tragédie déborde du simple contexte de la polis et qu’elle doit être ultimement rapportée à une contradiction métaphysique. Cette thèse implique que le problème du bios politikos ne puisse trouver – pour ce qui est de la cité grecque aussi bien que de la modernité – sa solution qu’à l’intérieur d’un nouveau paradigme métaphysique permettant de dépasser toute opposition tragique.

Résumé
09 h 10
La « sédimentation » d’Husserl et l’« axiologie des valeurs » de Rickert : la question de l’unité du transcendantal et de l’historique
Samuel DESCARREAUX (Université d’Ottawa)

Malgré certaines disparités, la réflexion d'Husserl sur la formation du savoir et de la culture à partir du monde de la vie [Lebenswelt] et la réflexion de Rickert sur l'unité de « l'immédiateté de la vie égoïque personnelle spontanée » et de l'axiologie des valeurs partagent un schème conceptuel similaire. Dans la Crise des sciences européennes, Husserl tente de concilier sa phénoménologie transcendantale et l'aspect généalogique de la connaissance à travers une conception téléologique de l'histoire. Dans ce contexte, il s'intéresse plus exactement au processus de sédimentation historique à l'origine de la connaissance et de la culture. Rickert s'approprie plutôt la méthode déductive transcendantale kantienne afin d'établir une axiologie des valeurs qui trouve sa contrepartie historique dans la philosophe des présocratiques. Celle-ci assure une objectivité à l'activité évaluative qui a lieu non seulement au sein de la vie théorétique, mais aussi au sein de la vie pratique. Ce faisant, Husserl et Rickert cherchent à leur manière à éviter l'écueil du psychologisme et de l'historicisme qui réduisent les concepts de valeur et de connaissance, voire la culture dans son ensemble, à leur composante contingence et effective. À partir de cette perspective similaire, nous chercherons à établir les implications de la question de l'unité du transcendantal et de l'historique pour chacune des méthodes, qu'elle soit déductive ou phénoménologique.

Résumé
10 h 05
Temporalité, langage et politique : l’anthropologie historique de Koselleck et le problème des catégories transcendantales de l’expérience
Sophie MARCOTTE CHÉNARD (University of Toronto)

Nous proposons d’examiner l’anthropologie historique de Koselleck à partir du dialogue avec Gadamer au sujet de la relation entre herméneutique et théorie de l’histoire. Alors que Gadamer insiste sur la primauté de l’herméneutique comme mode de compréhension du monde, Koselleck considère qu’il existe une réalité historique indépendante du langage. À ses yeux, l’herméneutique comme projet existentiel requiert une réflexion sous-jacente sur la temporalité qu’il nomme « Historik » ou théorie de l’histoire. Cette théorie repose sur des catégories prélinguistiques et méta-historiques qui agissent en tant que conditions de possibilité de l’histoire et permettent de penser les articulations fondamentales de la politique. Ces catégories transcendantales de la pensée et de l’action – qui se présentent sous la forme de couples d’opposés conceptuels tels que avant/après, haut/bas, naissance/mort, être-pour-la-mort/pouvoir-de-mettre-à-mort, ami/ennemi – donnent forme au déroulement de l’histoire. Certains problèmes accompagnent toutefois cette tentative de fonder la temporalité historique par-delà la Sprachlichkeit, dont celui du statut de ces couples conceptuels: sont-ils de nature métaphysique ou politique?  S’agit-il de catégories transcendantales de la compréhension de l’histoire ou de concepts décrivant une expérience empirique? En répondant à ces questions, nous tâcherons d’évaluer la justification koselleckienne de la nécessité d’une Historik par-delà l’Hermeneutik.

Résumé
10 h 45
Heidegger et la « polis »
Gabriel Côté (Université Laval)

La traduction du mot grec pseudos par le latin falsum a, selon Heidegger, eu de lourdes conséquences sur le déploiement de l’histoire occidentale. Alors que to pseudos a le caractère de la dissimulation (et est donc un mode d’un cèlement plus originaire), le falsum a le caractère d’un faire tomber. Ainsi, le contraire du falsum est pour les romains verum, une tenue droite, une clôture. La vérité conçue comme verum est donc tout le contraire de l’aletheia grecque, un décèlement rendu possible par une ouverture. Une telle mutation de l’essence de la vérité a eu des répercussions sur l’ensemble de la pensée occidentale, notamment sur la question du politique. La traduction du titre du dialogue platonicien le plus important, la Politeia, par République en est un signe : nous en sommes venus à penser le politique comme l’organisation factuelle d’une société. Or, la polis n’a rien de politique, et « les Grecs sont le peuple non politique par excellence » (GA54, 142). La polis aurait plutôt le caractère d’un pôle autour duquel émerge tout ce qui apparait comme étant pour un grec ; autrement dit, la polis est le lieu de l’aletheia (GA54, 142). Comment alors penser le politique d’une manière qui soit, au sens d’Heidegger, authentiquement grecque, en considérant l’essence conflictuelle de l’aletheia dont la polis est le pôle ? C’est la question à laquelle cette étude sera appelée à répondre, à travers une lecture de l’interprétation heideggérienne de la Politeia de Platon.

Résumé
08 h 30 à 11 h 25
Communications orales
Égalité et supériorité des femmes : l’utilisation de preuves et de témoignages dans la querelle des femmes
Batiment : (B) BIRKS
Local : (B) 111
08 h 30
L’homme comme norme et standard dans la biologie humaine d’Aristote
Léa DEROME (UdeM - Université de Montréal)

Il est bien connu que, au plan biologique, Aristote conçoit la femelle comme “un mâle mutilé” (Génération des animaux 637a27-28). Et les femmes ne sont pas les seules dans le cas: les principaux traits biologiques (et par suite moraux) des enfants et des vieillards sont aussi définis en fonction de l’homme mâture. Cette communication entend clarifier en quoi l’individu mâle arrivé à maturité constitue une norme de référence dans la biologie aristotélicienne et propose, à ce titre, une réflexion sur l’histoire de la notion de normativité en biologie humaine.

Résumé
09 h 10
La tradition littéraire italienne et la querelle des femmes dans « La nobiltà et l’eccellenza delle donne » de Lucrezia Marinella
Lara Harwood-Ventura (Université McGill)

Le seizième siècle vit l’émergence d’ouvrages défendant la dignité du sexe féminin dans le cadre de la querelle des femmes en Italie. Bien que la plupart d’entre eux eussent été écrits par des hommes, en 1600, l’auteure vénitienne Lucrezia Marinella publia La nobiltà, et l’eccellenza delle donne, co’ diffetti et mancamenti de gli huomini [La noblesse et l’excellence des femmes, et les défauts et vices des hommes]. Ce traité, divisé en deux parties, fut écrit en réponse à un ouvrage profondément misogyne: I donneschi difetti [Les défauts des femmes] de Giuseppe Passi (1599). Dans La nobiltà, Marinella fait appel à de nombreuses stratégies argumentatives pour démontrer la supériorité des femmes. Parmi ces dernières, elle recourt notamment à l’autorité de poètes italiens tels que Pétrarque, Dante, L’Arioste, etc. Cette présentation examinera les arguments féministes soutenus par son recours à la tradition littéraire italienne;  l’interaction entre la philosophie et la littérature dans cette œuvre; ainsi que son usage flexible de sources littéraires, puisque Marinella n’hésite pas à réfuter les auteurs qui calomnient les femmes (tels que Boccace), tout comme elle le fait pour les sources philosophiques.

Résumé
10 h 00
Suchon et sa théorie cartésienne de la liberté
Mathieu Baril (Université McGill)

Dans cette présentation, je soutiendrai l’hypothèse selon laquelle Gabrielle Suchon (1631-1703) élabore une théorie cartésienne de la liberté, et que la philosophe cache l’influence de Descartes grâce à différentes stratégies d’écriture ésotérique – des stratégies de dissimulation qui ont pour fin d’éviter la censure et la persécution.  

Parmi ces stratégies, il faut d’abord mentionner l’appel à l’autorité et l’utilisation des témoignages. À la lecture de Suchon, on remarque assez tôt que son texte regorge de références diverses, notamment aux Pères de l’Église et aux anciens sages. Je soutiendrai qu’il s’agit là d’une stratégie d’écriture ésotérique ayant deux buts : d’abord, celui de détourner l’attention des lecteurs et lectrices afin de dissimuler l’influence de Descartes; ensuite, celui d’enrober sa théorie nouvelle dans une terminologie orthodoxe. 

La deuxième stratégie d’écriture ésotérique dont je discuterai est celle de laisser des liens manquants dans l’argumentation. J’identifierai quatre liens manquants dans l’argumentation de Suchon et je soutiendrai que ces liens manquants correspondent à quatre thèses cartésiennes. La fin de ces omissions volontaires est évidente : puisque ces omissions correspondent à des thèses manifestement cartésiennes, elles visent également à masquer l’influence de Descartes.

Résumé
10 h 40
« La perfection de l’Univers dépendait de la création de la femme » : querelle des femmes et perspectives critiques sur la religion
Charlotte Sabourin (Université McGill)

La querelle des femmes est marquée par une omniprésence des influences religieuses, comme en témoigne la citation reproduite plus haut, tirée du Traité sur les Eloges des Illustres Sçavantes, Anciennes & Modernes de Marguerite Buffet (1668 ; 201). Il n’est ainsi pas rare de retrouver un nombre important de saintes et d’héroïnes bibliques citées en exemple dans le cadre d’éloges de femmes illustres – type d’écrit courant lors de la querelle. 

Mais cette omniprésence de la religion est aussi perceptible dans l’argumentation même des protagonistes de la querelle. L’une des stratégies argumentatives les plus courues consiste en effet à réinterpréter le récit de la Genèse afin d’en inférer l’égalité, l’infériorité ou la supériorité des femmes  – un procédé également utilisé hors du contexte de la querelle, notamment par Spinoza (voir par exemple Éthique IVP68S). Tant l’ordre de la création que les matériaux utilisés par Dieu sont ainsi mis au service des arguments des philosophes. 

Cette communication examinera le rapport particulier de trois philosophes féministes du 17e siècle au catholicisme : Marguerite Buffet, François Poulain de la Barre et Gabrielle Suchon. On verra que leur rapport à la religion, loin de relever du simple appel à l’autorité, constitue bien plutôt une réappropriation aussi critique qu’originale.

Résumé
11 h 30 à 12 h 30
Communications orales
Conférence plénière : Alia Al-Saji — Englué dans l’image, une phénoménologie de la racialisation à travers les œuvres d’art
Batiment : (B) BIRKS
Local : (B) 111
11 h 30
Englué dans l’image : une phénoménologie de la racialisation à travers les œuvres d’art
Alia AL-SAJI (Université McGill)

J'élabore une analyse phénoménologique des confrontations racialisées avec des oeuvres d'art, où le spectateur racisé se sent projeté comme passé, arrivant sans cesse “trop tard” pour intervenir sur la signification de sa propre représentation. Le passé stéréotypé donne le médium et les éléments qui construisent les images de nous-mêmes. Cette analyse évoque trois expositions dans lesquelles les musulmans et/ou les Arabes sont le thème principal et qui tentent de subvertir la racialisation tout en reproduisant ses tropes : Benjamin Constant (Musée des Beaux Arts de Montréal, 2015); Welten der Muslime(exposition permanente, Musée ethnologique de Berlin); et une installation sculpturale à la Galerie d'Art de Leeds (2010), répondant à General Gordon's Last Stand (1893) conservé dans ce musée. L’expérience de racialisation au travers des œuvres d'art ne confirme pas uniquement l'existence de stéréotypes raciaux, mais montre aussi l’amplification de leur vie affective et l’intensification de leurs effets corporels (cf. Peau noire, masques blancs de Frantz Fanon). Saturant l’horizon temporel du Moi racisé, ils structurent le champ des possibles. Selon cette approche phénoménologique critique (féministe et critique de la race), je traite de la manière d'interrompre l’amplification des stéréotypes raciaux à travers le travail esthétique lui-même — une voie vers la critique sociale, mais aussi une reconfiguration des liens affectifs envers les images des groupes racialisés.

Résumé
Dîner
12 h 30 à 14 h 00
Dîner
Dîner
Batiment : (B) BIRKS
Local : (B) Zone cocktail
Après-midi
14 h 00 à 17 h 00
Communications orales
Métaphysique et politique : leur influence mutuelle (Partie 2)
Batiment : (B) BIRKS
Local : (B) 203
14 h 00
Penser avec Habermas contre Heidegger : la pensée postmétaphysique et la politique
Denis Dumas (Université d’Ottawa)

Dans l’une de ses premières publications, Jürgen Habermas proposait de penser avec Heidegger contre Heidegger ; il n’a jamais cessé de poursuivre ce travail. Je présenterai : a) un survol des prises de position de Habermas à l’égard de Heidegger depuis 1952 ; b) un aspect essentiel de sa critique selon lequel l’ambiguïté de Heidegger à l’égard de la métaphysique accompagne à la fois le tournant de sa pensée à la suite de son engagement en faveur du nazisme et les « justifications » apologétiques qu’il en a fournies après 1945; c) le projet habermassien d’une pensée postmétaphysique qui tente de réconcilier la modernité avec elle-même, notamment au plan politique. En conclusion et dans une perspective plus concrète, je proposerai quelques réflexions sur les prises de position récentes de Habermas au sujet de la politique européenne.

Résumé
14 h 40
« Physis » et « praxis » dans la critique arendtienne du travail
Alexandre Leduc Berryman (Université Laval)

Hannah Arendt place au premier rang des causes de l’aliénation de l’homme moderne l’élévation du travail au faîte de la hiérarchie des occupations humaines, sous l’impulsion, entre autres, de Marx, dont les écrits sont traversés par l’idée que le travail est le vecteur d’accomplissement de l’humanité de l’homme. À l’inverse, Arendt soutient que le travail relève d’une nécessité naturelle qui enferme l’homme dans le mouvement cyclique auquel il est assujetti et qui le maintient hors du monde humain. Sa critique de la prééminence du travail dans les affaires humaines, qui fait appel explicitement à une compréhension aristotélicienne de la vie, conçue comme praxis, nous semble aussi liée au concept aristotélicien de nature. En effet, Arendt décrit la nature comme un mouvement cyclique qu’elle impose nécessairement à ce qui vit. Parallèlement, Aristote désigne la nature comme le principe du mouvement des êtres en qui elle réside (Mét., Δ, 4 ; Phy., II, 1). Or, la vie humaine, en tant que praxis, est une activité dont la fin est immanente à l’agent, qui est ici l’homme (Mét., θ, 6). Nous croyons donc qu’Arendt conçoit le travail comme le mouvement imposé nécessairement à l’être humain par le principe naturel qui lui est immanent. Une lecture de la critique arendtienne du travail à l’aune de l’aristotélisme permet en conséquence de mettre au jour ses fondements métaphysiques.

Résumé
15 h 40
La philosophie politique comme « prima philosophia » selon Leo Strauss
Daniel Tanguay (Université d’Ottawa)

Dans un ouvrage récent, Joshua Parens soutient que Strauss aurait abandonné dans le milieu des années quarante du siècle dernier l’idée selon laquelle le but ultime de la philosophie serait d’acquérir la “science de tous les êtres” ou, en d’autres termes, la connaissance métaphysique du monde. Strauss aurait à partir de ce moment considéré, et ce, contre une longue et vénérable tradition, la philosophie politique, non la métaphysique, comme prima philosophia. Même si l’on trouve bien dans ses œuvres de maturité une telle consécration de la philosophie politique comme prima philosophia, il reste néanmoins difficile de cerner ce que Strauss voulait au juste signifier par une telle expression. Nous chercherons à préciser la signification de cette expression et aussi à montrer que la dévalorisation de la métaphysique qu’elle semble exprimer n’est pas aussi totale que l’on pourrait le penser à première vue.

Résumé
16 h 20
Réduction ou hiérarchie? Le problème de l’« energeia » dans l’appropriation de la « praxis » chez Leo Strauss et Hannah Arendt
Antoine PAGEAU ST-HILAIRE (Université d’Ottawa)

L’enjeu central des réflexions de L. Strauss et de H. Arendt est l’alternative traditionnelle entre le bios politikos et le bios theôrêtikos. Or, en dépit de leurs conclusions opposées à ce sujet, leurs traitements de cette question reposent tous les deux sur une appropriation erronée de la notion aristotélicienne d’activité (energeia). En référence à la pensée d’Aristote, chacun affirme que la plus haute activité humaine doit avoir sa fin en elle-même. Aristote affirme en effet que toute energeia a pour caractéristique de contenir en elle-même son telos (Met.θ.6), de telle sorte que les activités humaines qui sont des energeiai ont une valeur intrinsèque. Ainsi Arendt affirme que seule l’action politique (praxis) est à elle-même sa fin et elle rejette donc la theôria. Strauss, lui, affirme que seule la vie théorétique est désirable pour elle-même et assigne ainsi à la vie morale et politique la rang de moyens en vue de cette fin supérieure. Nous montrerons que chacune de ces réductions s’inscrit en faux avec la conception aristotélicienne de l’activité : le caractère «autotélique» d’une energeia particulière en effet n’exclut en rien celui d’autres energeiai, et celles-ci peuvent avoir à la fois une valeur intrinsèque et extrinsèque. En ce sens, un regard plus attentif au fondement ontologique de l’activité permet à la pensée politique de hiérarchiser les biens sans toutefois réduire l’ensemble des aspirations humaines à ce qui apparaît comme la plus haute d’entre-elles.

Résumé
14 h 00 à 17 h 00
Communications orales
Langage et concepts : quelle(s) relation(s) avec le monde? (Partie 2)
Batiment : (B) BIRKS
Local : (B) 205
14 h 00
L’interdépendance entre nos expériences du monde et nos mots : une interprétation nietzschéenne
Tansy Etro-Beko (Université d’Ottawa)

À la question « comment le langage et les concepts façonnent-ils nos expériences du monde ? », je propose une exploration de la réponse de F. W. Nietzsche. Chez Nietzsche, il y a deux étapes distinctes. D’abord nos expériences du monde façonnent nos mots et concepts; par la suite, ceux-ci façonnent nos expériences à leur tour. Suivant ce philosophe, même si elle en dépend, la désignation d’une réalité compte pour infiniment plus que son existence ou sa nature. Je propose qu’un approfondissement des paires de concepts (1) « bien » et « méchant » puis (2) « mal » et « bien » permettra de mettre en valeur ce cercle herméneutique interprétatif nietzschéen. 

Nietzsche avance que nous créons des mots et concepts selon notre expérience du monde, qui est de l’un de deux types généraux: celle du maître et celle de l’esclave. Selon le type d’expérience, une différente conception et donc un différent mot et concept se développe, notamment dans le cas du bien. Plus particulièrement, le bien selon le type du maître est une affirmation spontanée de soi-même, alors que son contraire, le méchant, n’est développé qu’en réaction à ce bien initial. En contraste, le bien du type esclave est une réaction à son pendant antérieur: le mal. À la suite de cette compréhension du bien, développe Nietzsche, diverses expériences du monde sont engendrées: avec le mal comme concept opposé au bien, plutôt que le méchant, l’opposition radicale et exterminatrice de contraires est permise, voire encouragée. 

Résumé
14 h 40
Inclusion : délibération et participation
Marie-Pier Lemay (Université de Guelph)

Comment tracer un pont sur la question de l’inclusion entre les théories délibératives de la démocratie et les expériences concrètes de développement participatif issues des études du développement. D’abord, j’aborderai les nombreux recoupements entre ces deux littératures sur les limitations pratiques et théoriques à l’affirmation d’un idéal d’inclusion. En effet, de nombreux obstacles peuvent se dresser devant la volonté d’inclure les voix marginalisées dans les processus de délibération ou de participation. Par exemple, certaines théoriciennes du développement ont mis en doute les « bonnes intentions » derrière les tentatives d’inclure davantage des femmes dans des projets de développement, arguant que cela peut avoir pour effet de reproduire des dynamiques de pouvoir inégalitaires (p. ex. Guijt et Shah 1998 ; Cornwall 2008 ; Parpart 2002). Dès lors, les concepts ne suffisent pas parfois à représenter ces dynamiques. Dans un second temps, j’argumenterai en faveur d’un pont entre ces deux paradigmes, croyant que les nombreuses expériences de développement participatif pourraient enrichir les discussions autour de l’inclusion d’une pluralité des voix dans les processus délibératifs. Le concept d’inclusion doit bénéficier de la richesse conceptuelle de l’un ainsi que des expériences sur le terrain de l’autre. Néanmoins, je ne vise pas non plus à suggérer une vision dichotomique des deux disciplines, désirant au contraire ouvrir un dialogue.

Résumé
15 h 30
H.L.A. Hart et Ronald Dworkin : théoriciens du langage et des concepts?
Sébastien LACROIX (Université Laval)

La constante interaction entre le langage, les concepts et le monde s’incarne de façon particulière en philosophie du droit. Par exemple, H. L. A. Hart invoque la philosophie du langage ordinaire de J. L. Austin afin de résoudre un problème criant : que doit faire le juge dans les cas difficiles où le droit positif demeure flou ou muet ? Selon Hart, le juge peut alors user de sa discrétion et interpréter le droit comme il l’entend, puisque le langage ordinaire, constitutif du droit positif, est intrinsèquement vague et sujet à interprétation.

Ronald Dworkin s’oppose à cette vision sur la base d’une théorie des concepts distinguant entre concepts et conceptions. Alors que les premiers donnent les termes généraux du débat, les secondes sont diverses façons de comprendre les concepts. Par exemple, le concept « égalité » admet de nombreuses conceptions : égalité formelle, égalité matérielle, égalité des chances, etc. En raison de la dichotomie concept-conceptions, Dworkin affirme que le juge ne peut user de discrétion dans les cas difficiles, mais doit plutôt identifier la meilleure conception du concept en cause.

Dans le cadre de cette présentation, j’entends montrer en quoi il est ironique chacun de ces deux philosophes du droit utilise des théories liées au langage ou aux concepts pour arriver à des conclusions différentes. De plus, je présenterai ce qui découle de ce désaccord : une compréhension profondément opposée du lien entre droit et moralité.

Résumé
16 h 10
Les supports du langage dans la négociation entre les parties prenantes dans un projet d’aménagement urbain
Machelle YE (UdeM - Université de Montréal)

Le langage joue un rôle primordial dans la planification des projets d’aménagement urbain : il sert à formuler les attentes de plusieurs parties prenantes défendant des intérêts parfois divergents. Or, les supports de langage peuvent varier selon l’expertise des parties prenantes, ce qui peut complexifier la communication et la négociation entre elles. L’objectif de cette proposition est d’analyser l’influence de la négociation sur le choix des supports de langage et de communication entre les parties prenantes d’un projet d’aménagement dans le cadre de la participation citoyenne, notamment en phase de planification/programmation. Deux projets d’aménagement urbain en France et au Québec sont analysés à l’aide d’entrevues avec les acteurs et d’analyse des supports de communication entre les parties prenantes. Les résultats montrent que les architectes utilisent un langage visuel qui peut prendre plusieurs formes, mais peu de citoyens y sont familiers. Ces derniers privilégient le langage écrit et verbal qui est ensuite traduit en visuel par les architectes ; mais dans une démarche de co-construction, qui dépasse la simple consultation des citoyens, des supports intermédiaires de langage sont créés pour une plus grande implication des citoyens et faciliter la communication entre les catégories d’acteurs. L’article fournit aux professionnels des outils à considérer dans la négociation avec les citoyens et dans la construction d’un bien commun urbain.

Résumé
14 h 00 à 17 h 00
Panel
Enseignement, diversité, tradition
Participants : André Duhamel (UdeS - Université de Sherbrooke), Aline MEDEIROS RAMOS (UQAM - Université du Québec à Montréal), Audrey Ghali-Lachapelle (UdeM - Université de Montréal), Marianne DI CROCE (Université d’Ottawa)
Batiment : (B) BIRKS
Local : (B) 111
Soir
17 h 00 à 19 h 00
Cocktail
Cocktail de la Société de philosophie du Québec
Batiment : (B) BIRKS
Local : (B) Zone cocktail
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Avant-midi
08 h 30 à 11 h 25
Communications orales
Justice épistémique en philosophie : inclusion, décolonisation, quels outils pour l’émancipation?
Présidence/Animation : Agnès Berthelot-raffard (Université d’Ottawa)
Discutant : Naïma HAMROUNI (Université Laval)
Batiment : (B) BIRKS
Local : (B) 203
08 h 30
Mot de bienvenue
Agnès Berthelot-raffard (Université d’Ottawa)
08 h 45
La philosophie à l’université et la philosophie politique au sein de la cité : philosopher pour qui, pourquoi?
Ryoa Chung (UdeM - Université de Montréal)

Dans le cadre de cette communication, il s’agit d’interroger la manière que nous participons à la recherche de fine pointe en philosophie, de même que la manière que nous l’enseignons dans les milieux universitaires. Le premier volet de cet exposé tente d’identifier les raisons principales qui justifient (du moins, du point de vue de l’institution universitaire) ces pratiques de recherche et d’enseignement de la philosophie qui sont standardisées. 

À la lumière d’un domaine particulier de la philosophie, soit la philosophie politique, le second volet de cet exposé conceptualise une tension possible entre les pratiques universitaires (de recherche et d’enseignement) et les finalités mêmes de la réflexion philosophique au sujet des questions de justice. L’exemple des inégalités sociales qui exigent le développement des théories de la justice mais qui déterminent en même temps des injustices épistémiques dans la reproduction même du savoir universitaire constitue un problème complexe et important qui mérite d’être discuté.

Résumé
09 h 10
Réponse
Agnès Berthelot-raffard (Université d’Ottawa)
09 h 35
Les études postcoloniales en genre dans la Tunisie post-révolutionnaire : réalités et enjeux
Soumaya Mestiri (Université de Tunis)

Le but de ce propos est de s’interroger sur la quasi-absence de réception des études post-coloniales en genre depuis la Révolution tunisienne dans le milieu académique et de la mettre en rapport avec une lecture politique de la réalité du féminisme local. 

On aurait pensé que la Révolution aurait eu un impact sur l’épistémologique, que cette situation aurait, peu ou prou, changé le féminisme ambiant. Tout se passe comme si, de ce point de vue, le soulèvement tunisien avait été un « coup pour rien ».  Cela est d’autant moins intelligible que ce sont les femmes « indigènes », c’est-à-dire les femmes pauvres, vivant dans les régions marginalisées du sud et du centre du pays, mais aussi dans les banlieues défavorisées de la capitale, qui ont joué un rôle de premier plan dans ladite Révolution alors que les élites féminines se sont, dans un premier temps, mises en retrait.  Sur le plan épistémique, c’est plutôt l’orientation inverse qui s’est imposée, à savoir une radicalisation du féminisme blanc, libéral, vertical, profondément « maternaliste », accompagné d’une caricature décrédibilisante de toute velléité de sortir de ce schéma monolithique.  Dans le même temps, le gain et la visibilité que ces femmes de l’intérieur (par opposition aux femmes de la capitale et du littoral) avaient capitalisés à l’occasion du déclenchement de la Révolution a fondu comme peau de chagrin.

Résumé
10 h 00
Réponse
Naïma HAMROUNI (Université Laval)
10 h 10
La décolonisation des savoirs en philosophie : entre épistémologie de la négritude et épistémologie de la tigritude
Ernest-Marie MBONDA (UQAR - Université du Québec à Rimouski)

Cette communication s’intéresse aux « épistémologies » décoloniales, et en particulier aux enjeux théoriques et éthiques de ces épistémologies. Elle s’appuiera notamment sur les deux orientations paradigmatiques que dessinent la négritude fondée sur la quête de la reconnaissance d’approches pouvant prétendre à une place respectable au soleil de la rationalité en dépit de leur réclusion dans le domaine des non savoirs et la tigritude qui fait valoir l’importance de l’affirmation de soi pour soi-même plutôt que pour autrui. A partir de ces deux orientations, mon objectif sera de voir dans quel sens la décolonisation des savoirs peut être analysée en termes de « justice épistémique ». S’agirait-il d’une question de reconnaissance et d’intégration des savoirs non occidentaux dans le corpus des savoirs philosophiques actuellement dominants dans les universités occidentales et même africaines (épistémologie de la négritude) ou plutôt d’une question de la possibilité pour les savoirs non occidentaux de se construire et de s’instituer en tant que savoirs, indépendamment de leur reconnaissance par les autres (épistémologie de la tigritude) ? La justice épistémique doit-elle être entendue comme une obligation positive de reconnaissance et d’intégration des savoirs non occidentaux dans les corpus épistémiques dominants ou comme une obligation négative de non entrave à la production, à la capitalisation à la valorisation et à la diffusion de ces savoirs ?  

Résumé
10 h 35
Réponse
Delphine ABADIE (UdeM - Université de Montréal)
10 h 45
Discussion
11 h 10
Discussion
08 h 30 à 11 h 25
Communications orales
Du concept au politique : le langage comme (in)action
Présidence/Animation : Maxime HUOT COUTURE (UdeM - Université de Montréal)
Batiment : (B) BIRKS
Local : (B) 111
08 h 30
Les formes du syllogisme pratique et la logique du commandement
Maxime HUOT COUTURE (UdeM - Université de Montréal)

Comment caractériser un raisonnement proprement pratique ? Il revient à Aristote d’avoir mis en lumière la structure du « syllogisme », démonstratif et pratique. Nous verrons toutefois que, en ce sens strict du terme sullogismós, on ne peut l’attribuer au raisonnement pratique, sinon par analogie. Or cette proximité terminologique ainsi que la variété des exemples de raisonnements pratiques donnés par Aristote ont mené à quelques divergences d’interprétation sur la structure et la nature exactes du raisonnement qui concerne l’action. À travers une étude des textes et des principaux commentateurs, nous proposerons une analyse globale du raisonnement pratique qui évite certains écueils de cohérence au niveau de l’œuvre d’Aristote ainsi que d’application au niveau de la réalité concrète. Il s’agira de penser toute la teneur pratique du raisonnement délibératif dont l’objectif est l’action (praxis) pleinement volontaire notamment par une distinction entre le syllogisme « règles-cas » et ce que nous appellerons le syllogisme « de spécification ». Nous examinerons également le problème du principe (arkhê) de l’application du choix délibéré à travers la relation entre normativité et motivation, ce qui nous fera découvrir une composante sociale et politique importante pour la conduite du raisonnement pratique.

Résumé
09 h 10
Reinhart Koselleck et la conflictualité du conceptuel
François Clec'h (UdeM - Université de Montréal)

Tout concept participe d’une expérience historique, mais sans la recouvrir complètement. Son potentiel de significations est toujours plus ou moins en excès par rapport à l’expérience historique qu’il désigne. C’est dire qu’un concept est polysémique, qu’il est ouvert aux déterminations de chaque présent successif – les significations passées s’y trouvant alors comme sédimentées, en latence. Parce qu’il offre une prise sur le réel, un concept agit en retour sur la réalité qui l’a rendu possible. En témoignent ces néologismes forgés au XIXe siècle – comme républicanisme (Kant) ou socialisme – qui ne servent pas tant à désigner une réalité concrète qu’à saisir un changement en cours et imprimer un sens à l’action. Or l’expérience de l’histoire est irréductiblement plurielle, et c’est justement là où les expériences du présent et les visions d’avenir divergent que les concepts peuvent devenir et deviennent effectivement des « concepts de combat » (Kampfsbegriffe) à l’efficacité redoutable, des armes sans égales au sein de l’arène politique. Suivant R. Koselleck, l’un des pères de l’histoire des concepts (Begriffsgeschichte), les concepts peuvent ainsi être envisagés comme les expressions et les véhicules de conflits politiques et sociaux. Interroger l’historicité de nos concepts et la conflictualité dont ils sont potentiellement porteurs, c’est en même temps comprendre notre propre actualité.

Résumé
10 h 05
Le « problème » de Socrate et la double dimension du « logos sokratikos »
Antoine PAGEAU ST-HILAIRE (Université d’Ottawa)

Nous proposons d’aborder deux dimensions du discours socratique (logos sokratikos) afin d’éclairer la relation du logos à la politique au point d’origine de la philosophie politique. D’une part, Socrate réclamait que la vie la plus juste était une vie examinée dont l’activité première est de « rendre ‘raison’ » (logon didonai); d’autre part, une vie politique juste repose sur une parole publique qui porte l’action par le biais de la persuasion (peithein) – persuasion qui semble au moins également importante à Socrate, si bien qu’il concédait la justice de sa condamnation à mort sur la base du fait qu’il n’avait pas réussi à persuader la cité d’Athènes. Mais comment donc le logon didonai peut-il être juste s’il ne parvient pas à persuader de sa justice? Plus largement, comment nous faut-il comprendre chez Socrate la relation entre la persuasion et le dialogue? Afin de répondre à cette question, nous mobiliserons les interprétations gadamérienne et arendtienne du logos sokratikos. Tandis que Gadamer voit dans le dialogue une fonction « véritative » qui cherche à supplanter la rhétorique, Arendt pense que Socrate reste dans la sphère d’une lexis persuasive, et par là de l’opinion. En montrant les insuffisances de ces interprétations, nous chercherons à harmoniser les deux dimensions du logos sokratikos qu’elles identifient. Nous espérons ainsi pouvoir poser les conditions d’une « solution » socratique au problème de l’agencement du logos et de l’action (praxis).

Résumé
10 h 45
Langage et action chez Hannah Arendt : un duo inséparable
José-Frédérique Biron (UdeM - Université de Montréal)

On attribue à Hannah Arendt la citation suivante : « Les mots justes trouvés au bon moment sont de l'action ». Cette phrase illustre parfaitement la pensée d’Arendt en ce qui a trait à l’importance du langage dans le cadre de l’activité de l’action, qu’elle définit dans Condition de l’homme moderne comme étant « la seule activité qui mette directement en rapport les hommes, sans l’intermédiaire des objets ni de la matière » (1983, p. 41). À la lumière de cette définition, je montrerai dans le cadre de cette communication que le langage est une composante essentielle dans la pensée politique d’Hannah Arendt. À travers les exemples contrastés de la polis athénienne d’une part et des figures modernes du scientifique et du bureaucrate de l’autre, nous verrons de quelle façon le langage permet la compréhension mutuelle et par conséquent l’action commune, deux éléments clés chez cette auteure marquante de la théorie politique du XXe siècle.

Résumé
09 h 05 à 11 h 10
Communications orales
Travaux en philosophie moderne (Partie 1)
Batiment : (B) BIRKS
Local : (B) 205
09 h 05
Exercice, vérité et liberté dans les « Essais » de Montaigne
Zoraia RIBEIRO DOS SANTOS (UdeM - Université de Montréal)

Il s’agira de présenter la relation étroite qu’établit Montaigne entre les notions de parrhêsia (libertas, franc-parler), en tant que discours pragmatique, et l'exercice du jugement. D’après le chapitre De la présomption (II, 17) des Essais, c’est en un tel exercice du jugement que consiste précisément l’essai, compris comme l’examen de conscience par lequel se règle Montaigne. Dans cette perspective, nous voulons souligner le rapport entre sujet et vérité, mode de vie et pratique de la philosophie propre, qui s’installe dans l’exercice de l’écriture de soi comprise comme une activité philosophique qui entraîne une transformation, chez l’auteur, de sa façon de voir le monde et qui le mène à se replacer dans la perspective du Tout. Dans cette activité, nous pouvons reconnaître la pratique des exercices spirituels, défendue notamment par Pierre Hadot.

Résumé
09 h 40
Évolution du rôle causal de Dieu dans les interactions corps-corps
Renaud Blais-Mailloux (UdeM - Université de Montréal)

La présentation se divise en deux moments distincts mais complémentaires. D’abord, il sera question d’introduire la problématique de la causalité dans la philosophie cartésienne à travers la théorie de la création continuée. Ensuite, le deuxième moment de la présentation consiste à mobiliser la méthode des défenseurs de la developmental thesis (thèse selon laquelle le rôle que Descartes attribue à Dieu dans la causalité change d’une œuvre à une autre) afin, d’une part, de mieux cerner la subtilité du propos cartésien au sujet de la causalité, et d’autre part, d’apprécier les écarts entre les différents textes. Les œuvres dont il sera question dans la présentation sont les suivantes : le Discours de la méthode, Le Monde, les Méditations métaphysiques et les Principes de la philosophie. Il est important de noter que la seule causalité interpelée lors de l’exposé est celle qui régule les interactions entre les corps dans le monde physique. Dès lors, il ne sera pas question de la causalité de l’âme ou de la notion de liberté dans la philosophie cartésienne.

Résumé
10 h 35
Qu’est-ce qu’une méditation cartésienne?
Nicolas COMTOIS (Université Laval)

Les Méditations métaphysiques ont pour caractéristique de susciter l’équivoque. Traité d’apologétique chrétienne ou discours sceptique « masqué » ? Preuves de l’existence de l’âme et de Dieu ou principes de la physique ? Le moyen de lever ces ambigüités, selon Descartes, est de prêter attention à leur titre : « j'ai plutôt écrit des Méditations que des disputes ou des questions […] afin de témoigner par là que je n'ai écrit que pour ceux qui se voudront donner la peine de méditer avec moi sérieusement et de considérer les choses avec attention » (Réponses aux Secondes objections). Cette solution constitue un problème pour le lecteur moderne. Qu’est-ce au juste que « méditer » ? Nous tenterons d’éclairer cette question, préliminaire à une lecture méditative des Méditations, au cours de notre exposé. Nous nous pencherons d’abord sur les origines de la méditation dans la philosophie antique ; la terminologie utilisée par Descartes lorsqu’il est question de méditation montre qu’il en avait connaissance. Nous nous intéresserons ensuite aux manuels de dévotion, dont on peut trouver des « échos » dans les Méditations de Descartes. Nous nous attarderons finalement à deux modèles chrétiens de méditation, les Exercices spirituels d’Ignace de Loyola et la spiritualité d’Augustin d’Hippone. Ces modèles, en apparence, sont contradictoires ; nous montrerons que chacun trouve néanmoins sa place dans la philosophie de Descartes.

Résumé
11 h 30 à 12 h 30
Communications orales
Conférence plénière : Daniel Weinstock
Batiment : (B) BIRKS
Local : (B) 203
11 h 30
Pour une philosophie politique des institutions démocratiques
Daniel WEINSTOCK (Université McGill)

Je défendrai dans cette communication l'idée qu'il existe un besoin urgent pour penser les institutions démocratiques avec les outils de la philosophie politique. La théorie démocratique des dernières décennies a en effet été d'une abstraction rendant difficile, voir impossible, une quelconque prise philosophique sur les questions dedesign institutionnel de ces systèmes institutionnels complexes que sont les démocraties modernes. Partis politiques, systèmes électoraux, modèles de représentation -- toutes ces institutions et tant d'autres devraient faire partie de l'agenda des philosophes politiques s'intéressant à la réforme et à l'amélioration de nos systèmes politiques. J'illustrerai mon propos en faisant ressortir la manière par laquelle une philosophie politique prenant davantage à bras le corps les institutions de la démocratie peut être à même de comprendre certains des phénomènes les plus importants de l'histoire récente des démocraties occidentales, notamment, la montée du populisme et l'élection de Donald Trump, et l'échec au Canada du processus de réforme du mode de scrutin.

Résumé
Dîner
12 h 30 à 14 h 00
Dîner
Dîner
Batiment : (B) BIRKS
Local : (B) Zone cocktail
Après-midi
14 h 00 à 17 h 00
Panel
Décoloniser le féminisme : conversation avec Soumaya Mestiri
Présidence/Animation : Daniel WEINSTOCK (Université McGill)
Participants : Soumaya Mestiri (Université de Tunis), Naïma HAMROUNI (Université Laval), Agnès Berthelot-raffard (Université d’Ottawa), Delphine ABADIE (UdeM - Université de Montréal), Ryoa Chung (UdeM - Université de Montréal)
Batiment : (B) BIRKS
Local : (B) 111
14 h 00 à 17 h 00
Communications orales
Religion et politique : regards philosophiques contemporains
Présidence/Animation : Denis Dumas (Université d’Ottawa)
Batiment : (B) BIRKS
Local : (B) 203
14 h 10
Pierre Manent, théologien politique?
Daniel Tanguay (Université d’Ottawa)

Dans un essai percutant, intitulé Situation de la France (2015), le philosophe politique français Pierre Manent a récemment vigoureusement pris position dans le débat concernant la laïcité et la question de l’Islam en France. Les propositions concrètes qu’il propose dans son ouvrage pour répondre au défi posé par l’intégration de la communauté musulmane en France ont déjà provoqué de nombreuses et vives réactions. Ce n’est pas cet aspect de son ouvrage qui nous intéressera ici, mais bien la compréhension manentienne de la dynamique de l’État moderne et de l’histoire des formes politiques sur lesquelles reposent en dernier lieu ces propositions. Or, cette compréhension a pris dans cet ouvrage une tournure plus franchement théologique que dans ses œuvres antérieures. Il y avait certes des traces d’une telle lecture dans ces dernières, mais jamais l’arrière-plan catholique de sa réflexion n’avait auparavant surgi avec une telle force contraignant le lecteur à se poser la question suivante : Manent est-il désormais devenu un « théologien politique » ? Nous posons cette question non en vue de disqualifier par avance la toujours aussi riche réflexion philosophique et politique de Manent, mais bien pour mieux cerner la nature de ce qu’il a à nous dire sur notre monde et ses défis. 

Résumé
14 h 40
Raisons séculières, raisons religieuses : Charles Taylor et Jürgen Habermas
Philippe-Antoine Hoyeck (Université d’Ottawa)

La diversité religieuse au sein des sociétés contemporaines nous confronte à un problème de légitimation : comment l’assentiment général aux lois est-il possible pour des citoyens qui ne partagent aucune vision du monde commune ? Dans ses écrits les plus récents, Jürgen Habermas s’appuie sur la notion d’une raison humaine universelle pour fonder la possibilité d’une traduction séculière des raisons religieuses offertes par les citoyens. En revanche, Charles Taylor insiste sur la contextualité des raisons séculières et religieuses pour rejeter le projet de traduction en faveur d’un « consensus par recoupement » qui éliminerait la nécessité d’un échange de raisons entre citoyens. Dans cet exposé, nous examinerons les réponses des deux auteurs au problème de la légitimation ainsi que leurs conceptions du statut épistémique des raisons religieuses. Nous tenterons ensuite de développer une voie médiane entre leurs positions respectives : un échange de raisons en l’absence de traduction.

Résumé
15 h 20
Plénitude et politique à l’âge séculier
Dionne Antoine (UdeM - Université de Montréal)

Notre communication a pour but d’examiner la possibilité de traduire la notion de plénitude, telle que formulée par Charles Taylor dans L’Âge séculier, en terme politique. Nous réfuterons d’abord (1) l’interprétation selon laquelle la plénitude taylorienne est une notion strictement religieuse, pour ensuite considérer deux traductions politiques de celle- ci, soit la solidarité et la fraternité. Nous défendrons (2) l’idée que la fraternité se rapproche davantage de la plénitude taylorienne que la solidarité, car elle insiste notamment sur les deux exigences suivantes : la nécessité d’un travail constant d’harmonisation des relations entre et par les membres d’une communauté politique, et le besoin pour ces derniers d’avoir quelque chose qui les dépasse. Enfin, nous soutiendrons (3) qu’une telle traduction de la plénitude taylorienne, par l’entremise de la fraternité, est susceptible de renforcer les fondements normatifs de nos régimes de laïcité, a fortiori de nos États de droits démocratiques. 

Résumé
15 h 50
Habermas : la raison et les limites de la religion
Denis Dumas (Université d’Ottawa)

Depuis le tournant des années 2000, Jürgen Habermas a consacré une part importante de ses travaux à la philosophie de la religion. Il s’est efforcé de dépasser la thèse classique de la sécularisation progressive et de penser les conditions d’une présence active des discours religieux dans nos sociétés postséculières. Il s’agira ici : (1) de résumer brièvement le cheminement de Habermas et ainsi d’expliquer pourquoi l’apparition de la religion dans sa philosophie a pu sembler étonnante; (2) de montrer comment il s’inspire de la philosophie kantienne de la religion qui, à ses yeux, maintient la frontière entre foi et savoir tout en favorisant l’appropriation de contenus religieux dont la philosophie et la société moderne ne peuvent se passer; (3) d’évaluer les mérites d’une objection possible à ce projet, selon laquelle la logique d’une telle appropriation doit présupposer la supériorité du tribunal de la raison sur celui de la foi, ne serait-ce que pour choisir les contenus dignes d’une telle appropriation. 

Résumé
14 h 00 à 16 h 20
Communications orales
Travaux en philosophie moderne (Partie 2)
Batiment : (B) BIRKS
Local : (B) 205
14 h 00
Les influences cartésiennes dans le Dieu de Spinoza
Alexandre Riel (UdeM - Université de Montréal)

Le Court Traité (vers 1660) est considéré comme l’un des premiers écrits de Spinoza. La première partie de cet ouvrage peut être rapprochée du premier livre de l’Éthique (1677), l’œuvre maîtresse de Spinoza. L’étude consistera à déterminer quelles sont les influences cartésiennes dans la philosophie de Spinoza. D’une part, dans le Court traité, la pensée du philosophe semble encore incertaine en ce qui a trait aux concepts de substance et d’attribut. En plusieurs endroits, notamment dans le Court traité et les premières lettres, les termes « substance » et « attribut » sont utilisés de façon interchangeable à tel point que Spinoza semble définir la substance de la même façon que l’attribut. La distinction entre ces deux concepts dans le Court traité n’est pas aussi claire que dans l’Éthique. De plus, dans les premiers écrits, Dieu n’est pas encore explicitement défini comme une substance, mais seulement comme un être constitué d’une infinité d’attributs. Cela s’explique principalement par le fait que Spinoza cherchait davantage, à l’époque, à démontrer un rapport d’identité entre Dieu et la Nature qu’un rapport d’identité entre Dieu et la substance, comme ce sera le cas dans l’Éthique. La tâche sera donc de déterminer s’il y a une discontinuité entre le Court traité et l’Éthique à propos du concept de Dieu ou s’il y a plutôt une évolution progressive de la pensée de l’auteur et une émancipation progressive du cartésianisme.

Résumé
14 h 35
Dispute de Leibniz et Malebranche en matière de théodicée
Alexandre Brisson (UdeM - Université de Montréal)

Si Malebranche et Leibniz adhèrent à l’idée que ce monde est le meilleur des mondes possibles, il y a lieu de s’interroger sur les différends que connaissent leur doctrine. (Rateau 2015) En effet, ils sont divisés sur la question du mal et la signification du meilleur des mondes possibles. (Moreau 1999)

Ce qui suit s’intéresse alors à souligner non seulement l’originalité de la thèse malebranchiste sur le mal selon laquelle il existe une négativité dans l’être; mais également celle de Leibniz, qui modifie la thèse augustinienne pour justifier la nécessité d’un mal métaphysique comme principe d’individuation. Également, à cette tension entre Malebranche et Leibniz, il faut rajouter celle du sens accordé à la thèse que ce monde est le meilleur des mondes possibles. Si, pour Leibniz, ce monde est le meilleur des mondes possibles absolument, c’est qu’il y aurait à redire contre la puissance et la bonté divine que de lui nier, dans le premier cas, la capacité de produire un meilleur monde que celui-ci; dans le second, la volonté de le faire. (Rateau 2015) Quant à Malebranche, ce monde est le compromis entre la simplicité de la manière d’agir de Dieu et la perfection de son ouvrage. Ce n’est donc, que d’une manière relative que ce monde est le meilleur des mondes possibles.

Résumé
15 h 10
Les principes métaphysiques chez le dernier Leibniz
Christian Leduc (UdeM - Université de Montréal)

Les lettres de Leibniz à Clarke font partie du tout dernier corpus leibnizien, la dernière réponse ayant été rédigée en août 1716. Le contexte y est grandement polémique, puisqu’il s’agit d’une confrontation entre deux pensées dominantes du début du 18e siècle, celle de Leibniz et celle de Newton, défendue en l’occurrence par Clarke. La correspondance porte en bonne partie sur les principes métaphysiques, en particulier sur la nature de l’espace et du temps. La plupart des commentateurs ont interprété les positions de Leibniz comme constituant la dernière version d’un système longuement muri et dont il se sert pour réfuter les thèses newtoniennes. Plus particulièrement, Leibniz y articulerait ses principes de raison suffisante et d’identité des indiscernables de manière architectonique pour montrer que l’espace et le temps ne sont pas des réalités absolues, mais des ordres relationnels. Dans la présente communication, je montrerai que cette interprétation systématique est certes possible, mais qu’elle ne correspond pas entièrement à la manière dont Leibniz expose ses principes métaphysiques dans la correspondance avec Clarke. Autrement dit, que les principes de raison suffisante et d’identité des indiscernables ne sont pas nécessairement organisés de façon architectonique.

Résumé
15 h 45
Du bon usage de la vérité au théâtre : impuissance de la raison et force de l’art chez Johann Georg Sulzer
Daniel Dumouchel (UdeM - Université de Montréal)

En 1760, Johann Georg Sulzer lit devant l’Académie de Berlin un mémoire Sur l’utilité de la poésie dramatique qui se veut une discussion critique de la Lettre à d’Alembert de Rousseau, parue deux ans plus tôt. Contre ce dernier, il s’agira pour Sulzer de défendre l’utilité de la poésie dramatique et des spectacles. Dans un premier temps, on s’attardera à l’analyse que fait Sulzer des dispositifs fictionnels spécifiques de la poésie dramatique, sur lesquels repose, selon lui, l’utilité morale du théâtre. Dans un second temps, en mobilisant deux autres importants mémoires de Sulzer (Pensées sur l’origine et les différents emplois des sciences et des beaux-arts, 1757 ; De l’énergie dans les ouvrages des beaux-arts, 1765), et en examinant la notion de sentiment, on verra comment l’art – et le théâtre en particulier – remplit une fonction essentielle dans la théorie sulzerienne de la raison, en tant que supplément à la connaissance distincte condamnée à l’impuissance au plan pratique.

Résumé
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Avant-midi
08 h 30 à 11 h 10
Communications orales
Travaux en philosophie moderne (Partie 3)
Batiment : (B) BIRKS
Local : (B) 203
08 h 30
La Julie de Rousseau : entre l’ordre naturel et l’ordre rationnel
Paul Jackanich (UdeM - Université de Montréal)

En 1762, Rousseau publie deux de ses œuvres les plus importantes: Émile ou de l’éducation et Du Contrat Social. Dans la première, le personnage du vicaire Savoyard dénonce les métaphysiciens qui fondent la justice et la vertu sur la raison et il enferme leur fondement inné dans la conscience et dans nos sentiments naturels. Le vicaire soutient que la raison doit être maintenue dans les limites de notre conscience. Dans la seconde œuvre, Rousseau défend la nécessité de concevoir un “grand législateur” pour comprendre comment un peuple à qui la raison fait défaut peut être en mesure d’établir les institutions rationnelles qui sont un préalable à la culture de la raison. Le but ultime du législateur, prétend Rousseau, est de “dénaturer” le peuple en substituant la raison à ses sentiments naturels. Je soutiendrai que le roman de Rousseau, Julie ou la nouvelle Héloïse, dont la publication précède d’un an celle des deux autres ouvrages, consiste en une dialectique entre l’ordre naturel et l’ordre rationnel. Son but est de déterminer les différentes façons de les réconcilier, au plan spirituel et au plan pratique.

Résumé
09 h 05
« Nous empruntons nos expressions, nos idées des personnes avec lesquelles nous conversons, nous vivons » : le rôle de l’altérité dans la constitution diderotienne du sujet
Maud BRUNET-FONTAINE (Université d’Ottawa)

Émile Faguet, grand critique littéraire du XIXe siècle français, écrivait au sujet de Denis Diderot que « plus qu’un autre, il représente quelque chose : l’individualisme du XVIIIe siècle s’appliquant enfin franchement et insolemment à tout, pour tout détruire, […] ne laissant debout que l’homme avec ses instincts, tenus pour bons ; dissolvant la communauté humaine, sous forme de pensée commune dans l’espace, sous forme de pensée traditionnelle dans le temps. » Plusieurs commentateurs associent d’ailleurs toujours l’individualisme aux penseurs du XVIIIe siècle. Notre communication cherchera à montrer comment la conception diderotienne du sujet est, au contraire, bien opposée à l’individualisme. Nous nous intéresserons plus précisément au rôle crucial que joue le rapport à autrui dans la constitution du sujet. Bien qu’il nous serait possible d’étudier le sujet non individuel de Diderot à partir de son entreprise encyclopédique, nous emprunterons plutôt une voie moins attendue, celle de l’étude de la solitude. À partir de certains passages ciblés où Diderot met en scène des moments de solitude, nous pourrons voir comment le moi, même dans les moments où il devrait se donner dans sa plus grande pureté, est en fait toujours habité par l’autre ou orienté vers lui.

Résumé
10 h 00
La critique de l’histoire chez Fontenelle et chez Diderot
Babette Chabout-Combaz (UdeM - Université de Montréal)

La comparaison du Sur l’histoire de Fontenelle et de la Promenade du sceptique de Diderot, deux textes posthumes emblématiques de leur philosophie de l’histoire, met en relief de nombreux points communs entre les deux auteurs : l’importance de la méthode et de l’expérience, les thèmes de la politique et de la morale, la possibilité du progrès moral de l’être humain par la connaissance, la relation ambiguë au système, le recours à la fiction, mais aussi des divergences importantes : alors que Fontenelle ne croit ni à la dégénérescence de l’être humain, ni à l’impossibilité de dire le vrai (ou au moins le vraisemblable) en histoire, Diderot est quant à lui, dans cette œuvre de jeunesse, plus pessimiste, sans être pour autant résolument pyrrhoniste. Objet de philosophie durant toute leur vie, la critique de l’histoire s’inscrit pour Fontenelle et pour Diderot dans une critique de la moralité en religion et, surtout, dans l’établissement d’une théorie de la connaissance qui est illustrée dans ces deux textes.

Résumé
10 h 35
Qu’est-ce qu’être « moderne »? Fontenelle et le progrès
Mitia Rioux-Beaulne (Université d’Ottawa)

On sait que Fontenelle a pris très tôt le parti des « Modernes » dans la querelle littéraire qui l’oppose à celui des « Anciens » à la fin du 17e siècle. Ce geste, en fait, s’appuie sur la thèse suivant depuis Descartes, la manière de raisonner a changé – qu’il y a eu progrès. On peut donc conjecturer que pour Fontenelle, la modernité tient à un événement qui prend source dans la philosophie, et qui se diffuse ensuite dans le reste de la société. Cette communication s’intéressera à la caractérisation de l’avènement de la modernité dans la pensée de Fontenelle : qu’est-ce qui a changé, exactement ? comment peut-on établir qu’il y ait eu progrès? Comment la diffusion de cette modernité à l’ensemble de la société s’opère-t-elle? L’objectif visé, à travers ce questionnement, c’est bien sûr d’éclairer comment une catégorie historique comme celle de « modernité » s’est construite sur une interprétation spécifique d’événements intellectuels ayant eu lieu dans les dernières décennies.

Résumé
08 h 30 à 11 h 25
Panel
Le populisme, un faux problème? (Partie 1)
Présidence/Animation : Christian Nadeau (UdeM - Université de Montréal)
Participants : Ricardo PEÑAFIEL (UQAM - Université du Québec à Montréal), Catherine Colliot-Thélène (Université de Rennes 1), Julie Paquette (USP - Université Saint-Paul)
Batiment : (B) BIRKS
Local : (B) 205
08 h 30 à 11 h 25
Communications orales
La preuve et l’histoire des sciences
Participants : Arnaud Petit (Université d’Ottawa), Patrice PHILIE (Université d’Ottawa), Benoît Castelnérac (UdeS - Université de Sherbrooke), Aude Bandini (UdeM - Université de Montréal)
Batiment : (B) BIRKS
Local : (B) 111
08 h 30
La preuve par réfutation dans la philosophie classique
Benoît Castelnérac (UdeS - Université de Sherbrooke)

Le mot que l’on traduit habituellement par « réfutation » (elegkhos) est notoirement difficile à saisir en une seule définition. Cela s’explique parce que cette procédure de vérification pouvait s’appliquer à un éventail très varié de situations : on trouve des elegkhoi en médecine, en histoire, devant les tribunaux, dans les traités de logique ou encore dans les discussions sur la nature de la réalité (en « métaphysique »), avec à chaque fois des pratiques différentes pour produire ce genre de « preuve par élimination ». Dans cette communication, je présenterai quelques procédures d’elegkhos pour délimiter ce qui comptait comme une preuve valide chez des auteurs aussi différents que Hérodote, Hippocrate, Parménide, Antiphon, Platon et Aristote.

Résumé
09 h 10
Une possible contribution de Cavell à la philosophie des sciences
Arnaud Petit (Université d’Ottawa)

Dans cette communication, je m’inspirerai des réflexions de Stanley Cavell sur la naturalité – par opposition à la conventionalité – de nos pratiques pour esquisser une réponse originale à la question de savoir ce qui justifie, en science, les réformes de la notion de preuve. La question est d’autant plus importante que l’on remarque bien souvent que ces changements ne dépendent pas – au départ du moins – d’un quelconque avantage prédictif. Ce qui compte comme une preuve en science ne serait-il donc finalement qu’une affaire de conventions?

Résumé
10 h 05
Wittgenstein, le naturalisme et la preuve
Patrice PHILIE (Université d’Ottawa)

Dans son dernier livre, Penelope Maddy tente de récupérer Wittgenstein en le présentant comme un naturaliste.  Selon elle, il suffit de mettre entre parenthèses l'hostilité de ce dernier face à la science et le reste de ses idées majeures – notamment sa conception des lois logiques (surtout dans le Tractatus) ainsi que ses considérations sur suivre une règle – peut sans trop de problèmes être assimilé sous l'égide du naturalisme.  Le propos de ma présentation sera de montrer que contrairement à ce que dit Maddy, la position de Wittgenstein, telle quelle, n'est pas hostile à la science et n'est pas non plus assimilable à un certain naturalisme.  Je vais utiliser ce que Wittgenstein dit sur la preuve pour établir mon interprétation.

Résumé
10 h 45
Comment faire la preuve d’une intention criminelle?
Aude Bandini (UdeM - Université de Montréal)

En droit, pour déterminer la nature d’une infraction et, par conséquent, la peine appropriée, il y a deux éléments cruciaux à prendre en considération : l’acte lui-même (actus reus) et l’état psychologique ou mental qui était celui de l’individu (mens rea) à ce moment-là. Tandis que le premier peut toujours, en principe, avoir été publiquement observable (on peut souvent, même après coup, avoir des preuves tangibles qu’un méfait a été commis), le second paraît beaucoup plus difficile à établir, puisque les états mentaux sont souvent réputés privés : à part le sujet lui-même (et, peut-être, pas toujours), personne ne peut avoir accès à ses intentions, ses désirs ou ses croyances. Comment alors peut-on prouver hors de tout doute raisonnable qu’un individu, au moment où il a commis le méfait, savait ce qu’il faisait ou avait effectivement une intention criminelle? Ceci est décisif pour l'évaluation de son degré de responsabilité.

Cette contribution portera plus précisément sur les cas d’ignorance volontaire, et tâchera de faire la lumière sur ce qui fonde, du point de vue de l’épistémologie et de la philosophie de l’esprit, l’attribution d’un tel état mental à un individu.

Résumé
11 h 30 à 12 h 30
Communications orales
Conférence plénière : Laurent Jaffro — Les preuves de bonne volonté
Batiment : (B) BIRKS
Local : (B) 203
11 h 30
Les preuves de bonne volonté
Laurent Jaffro (Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne)

La preuve est, entre autres choses, attestation de ce qui, sans elle, reste douteux. Le sceptique estime que les preuves sont requises pour autant que la confiance préalable, attachée à certaines de nos croyances, n'est pas garantie de validité. L'antisceptique estime que c'est demander des preuves qui ne sont pas requises. Il y a un certain parallèle, mais aussi des différences majeures, entre les problèmes épistémologiques et les problèmes pratiques de la confiance, entre ceux que pose la croyance et ceux que posent l'action et l’interaction. L'exposé les explore en se concentrant sur la question des preuves de bonne volonté.

Résumé
Dîner
12 h 30 à 14 h 00
Dîner
Dîner
Batiment : (B) BIRKS
Local : (B) Zone cocktail
Après-midi
14 h 00 à 17 h 00
Panel
Le populisme, un faux problème? (Partie 2)
Présidence/Animation : Christian Nadeau (UdeM - Université de Montréal)
Participants : Marc-Antoine Dilhac (UdeM - Université de Montréal), Vincent Guillin (UQAM - Université du Québec à Montréal), Patrick Turmel (Université Laval), Dominique Leydet (UQAM - Université du Québec à Montréal)
Batiment : (B) BIRKS
Local : (B) 205
14 h 00 à 15 h 20
Communications orales
Communications individuelles (Partie 1)
Batiment : (B) BIRKS
Local : (B) 203
14 h 00
L’incommensurabilité interprétée : Kuhn et Feyerabend
Louis-Étienne Villeneuve (UQTR - Université du Québec à Trois-Rivières)

Cette communication se veut une critique du concept d’incommensurabilité, critique qui est construite à partir de propositions soumises par Kuhn et Feyerabend eux-mêmes dans leurs travaux respectifs. L’argumentation se divise en deux temps. D’abord, le concept est analysé selon ses différents niveaux d’applications (langage, cadres mentaux, observation), dans l’objectif de mieux identifier les problèmes que celui-ci soulève pour le choix des théories/paradigmes rivaux. Ensuite se trouvent étudiées certaines pistes de réponses à ces problèmes qu’ont eux-mêmes fournis les deux philosophes dans leur démonstration (partage de caractéristiques neurophysiologiques et de bases langagières communes, instrumentalisme des résultats empiriques, possibilité de traduction et de compréhension interne des théories/paradigmes concurrents). En partant de ces éléments, il devient possible, comme il est défendu ici, de remettre en question la portée réelle du concept d’incommensurabilité pour la philosophie de la science, tout comme pour l’activité scientifique en général.

Résumé
14 h 40
Merleau-Ponty et le problème de la connaissance des autres esprits
Arnaud Petit (Université d’Ottawa)

Dans Retrieving Realism, Dreyfus et Taylor suggère que si le problème de la connaissance du monde extérieur nous apparaît pressant, c’est parce que nous sommes encore prisonniers de l’image cartésienne de l’esprit. Selon eux, le scepticisme – dans ses conclusions les plus radicales – est entretenu par cette image et par la stricte démarcation qu’elle impose entre le théâtre interne du sujet et le monde extérieur. Ils avancent que Merleau-Ponty, en montrant que le sujet est essentiellement incarné, nous offre les outils pour échapper à cette image et donc pour résoudre le problème de la connaissance du monde extérieur. Dans cette présentation, je suggère que les grandes lignes de cette ‘solution’ permettent aussi l’articulation d’une réponse satisfaisante à un problème analogue, celui de la connaissance des autres esprits. C’est-à-dire, je suggère qu’en rejetant l’image cartésienne du sujet et en repensant les rapports entre l’esprit et le corps – comme nous l’enjoint Merleau-Ponty –, nous ne sommes plus condamnés à voir autrui comme inaccessible. Il devient possible de voir le comportement non pas comme une façade derrière lequel se cache l’esprit, mais comme la preuve – et donc le témoignage – d’une vie mentale authentique.

Résumé
14 h 00 à 17 h 00
Communications orales
Pluralisme en sciences : valeurs épistémiques et diversité explicative (LEIPS)
Batiment : (B) BIRKS
Local : (B) 111
14 h 05
Critique de la conception de la maladie mentale des RDoC
Simon GOYER (UQAM - Université du Québec à Montréal)

Aux États-Unis, la National Institute of Mental Health (NIMH) est la principale agence fédérale responsable de la recherche sur les désordres mentaux. En 2009, celle-ci commence à développer les Research Domain Criteria (RDoC), lesquels sont un cadre conceptuel où de nouvelles façons d’étudier les troubles mentaux sont explorées afin de mieux comprendre et traiter ces derniers. Les troubles mentaux sont conçus, dans les RDoC, comme des dysfonctions des systèmes psychologiques et des systèmes neurobiologiques qui leur sont associés. Ainsi, fondamentalement, une maladie mentale est conçue, dans le cadre des RDoC, comme une maladie d’un organe du corps — le cerveau — et, en cela, elle n’est en rien différente, dans sa nature, d’une maladie dite « physique » comme le cancer ou le diabète. Je soutiens, dans ma présentation, que cette conception de la maladie mentale est problématique et qu’elle devrait être changée par une autre conception que je propose et que je nomme la dysfonction mécaniste préjudiciable de l’esprit (étendu) ou DMPE(E). Je pense que, si on opérait cette modification, le domaine de la maladie mentale serait mieux circonscrit qu’il ne l’est, à l’heure actuelle, au sein des RDoC. Ainsi, grâce à la DMPE(E), nous pourrions développer des modèles explicatifs plus adéquats des différentes maladies mentales et, conséquemment, nous pourrions espérer inventer des techniques d’intervention plus efficaces pour traiter les troubles de l’esprit.

Résumé
14 h 35
Intégration entre disciplines : une proposition « informée » par la biologie
Kevin Kaiser (UdeM - Université de Montréal)

L’échec des programmes d’unifications des sciences a forcé les philosophes à concevoir autrement les interactions entre disciplines en s’attardant plutôt à l’intégration entre celles-ci (Weingart, 2010 ; Szostak et al., 2016).
Ici sera soutenue que les développements en philosophie de la biologie sont à même de fournir des indications pertinentes pour l’analyse des conditions permettant l’intégration entre disciplines de même que dans l’identification des facteurs favorisants son efficience. En effet, le fort consensus pluraliste dans cette branche de la philosophie des sciences a permis/forcé l’élaboration de cadres conceptuels apte considérer ce genre d’interaction (Brigandt, 2010; O’Malley et Soyer, 2012)

Pour ce faire, différents types d’intégrations (méthodologique, de données et explicative), tel que proposés par O’Malley et Soyer (2012), seront analysés afin d’en illustrer certaines généralités. Celles- ci seront ensuite utilisées pour identifier les conditions nécessaires à ces mises en relation et les facteurs favorisant ces dernières. De ce constat seront tirées différentes caractéristiques contextuelles qu’une discipline pourrait adopter en vue d’accentuer ses possibilités d’intégration de même que l’efficience de celles-ci, notamment en facilitant la « transférabilité » de différents outils, méthodes et explications, avec d’autres. 

Résumé
15 h 05
Question à Watson sur la sous-traitance technologique et la vigilance épistémique
David MONTMINY (UdeM - Université de Montréal)

L'avènement des sciences computationnelles et des technologies de l’information (TI) pose bon nombre de problèmes pour la philosophie des sciences. Le cas de l’apprentissage-machine est particulièrement intéressant, car il réactualise certains débats sur la méthodologie scientifique et la valeur épistémique de diverses expériences et observations. Les innovations dans ce domaine amènent notamment un nouvel éclairage sur le débat entre l’inductivisme et le falsificationnisme (Allen 2001; Wheeler 2016), ainsi que sur l’universalité de certaines heuristiques remettant en question directement le domaine d’application du fameux rasoir d’Occam (Wolpert & Macready 1997 ; Lattimore & Hutter 2011). Que peut-on apprendre des TI sur les valeurs épistémiques de la science et sur ce qu’est une explication scientifique satisfaisante? Après avoir exposé les différentes facettes du débat, nous défendrons 1- la thèse de la vigilance épistémique suivante: l’audace dans la sous-traitance aux machines intelligentes n’est justifiée que si elle est couplée à une austérité correspondante dans l’analyse des différentes couches d’opacité épistémique (Lakatos 1970 ; Humphreys 2004). Par le fait même, nous défendrons, en filigrane, 2- la thèse du pluralisme méthodologique en mobilisant la condition de causalité de Markov (Drouet 2007 ; Willamson 2009 ; Rathmanner & Hutter 2011). 

Résumé
15 h 50
Réalisme, empirisme et explications multiples chez Kepler et Galilée
Céline Riverin (Collège Jean-de-Brébeuf)

Cette présentation a pour objectif de comparer les rôles joués chez Kepler et Galilée par leur position réaliste au sein de leur processus logique de découverte et de justification. Le fait que ces deux artisans de la révolution astronomique aient été (tout comme Copernic) de fervents défenseurs du réalisme en astronomie, en opposition à l’approche instrumentaliste qui prévalait à l’époque suite à une longue tradition, me semble loin d’être anecdotique, bien que ce réalisme ait manifestement joué un rôle différent chez ces deux scientifiques : alors que chez Kepler, cette prise de position l’incitait à rechercher des causes physiques entrainant les trajectoires mathématiques observées au sein des astres, chez Galilée, cette prise de position l’incitait plutôt à rechercher des principes unificateurs et à séparer la trajectoire mathématique de la nature des corps. Néanmoins, tous deux accordant également une très grande valeur justificatrice aux observations, leur position à la fois réaliste et fortement empiriste les amenait à être confrontés au même problème, celui de l’équivalence observationnelle. Ce problème n’était toutefois pas nouveau : les Épicuriens eux-mêmes y avaient été confrontés en élaborant leur théorie des explications multiples, proposant alors une solution que nous pourrons ensuite utiliser pour éclairer les approches képlérienne et galiléenne. 

Résumé
16 h 20
La maxime du pragmatisme classique et la tradition des espèces naturelles
François PAPALE (UdeM - Université de Montréal)

Dans cette présentation, nous analyserons la valeur épistémique des espèces naturelles à partir de la maxime du pragmatisme classique telle que formulée par Peirce (1879 [1878]) et James (2010 [1907]) et selon laquelle le sens d’un énoncé se résume aux implications pratiques de celui- ci. La question que nous nous poserons est la suivante : quel est l'impact épistémique d’un acte classificatoire ? La tradition des espèces naturelles se positionne clairement face à de telles questions : la classification rend possible l’inférence inductive (Dupré 2001; Slater 2014) et c’est ainsi qu’elle a un impact concret sur l’entreprise scientifique.

Nous suggérons une analyse opposée : en réduisant la valeur d’un acte classificatoire aux théories qui le justifient et aux propriétés qui définissent les catégories (Quine 1970), l’acte classificatoire apparaît alors comme n’ayant aucun impact épistémique sur la construction du savoir et donc comme étant dénudé de sens selon la maxime pragmatiste. En l’absence de preuves concrètes de l’impact épistémique de la classification, nous inviterons à dépasser le pluralisme récemment mis de l’avant au sein de la tradition des espèces naturelles (Dupré 1993; Slater 2014) afin de favoriser des méthodes descriptives permettant de rendre compte de l’irréductible hétérogénéité du monde réel (Godfrey-Smith 2009; Malaterre 2010). 

Résumé
Soir
17 h 15 à 19 h 00
Assemblée générale
Assemblée générale annuelle de la Société de philosophie du Québec
Batiment : (B) BIRKS
Local : (B) 111
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Avant-midi
08 h 30 à 11 h 25
Communications orales
Agir comme une fille : autour d’Iris Marion Young
Batiment : (B) BIRKS
Local : (B) 203
08 h 30
L’orientation spatiale du corps féminin : une analyse merleau-pontienne
Corinne Lajoie (UdeM - Université de Montréal)

Dans la Phénoménologie de la perception, Maurice Merleau-Ponty introduit le concept de niveau spatial pour décrire un type d’ancrage à la mesure duquel le sujet perceptif évalue normativement sa prise sur le monde et s’oriente pré-réflexivement dans l’espace. Ses analyses décrivent souvent la vie intentionnelle du sujet comme un dialogue réussi avec les sollicitations du monde perceptif. À l’inverse du sujet pathologique, le sujet ‘normal’ trouve habilement sa prise sur le monde et le constitue activement. L’analyse merleau-pontienne du concept d’orientation spatiale joue un rôle clef dans ces descriptions. Un corps optimalement orienté navigue habilement dans son milieu perceptif et il conçoit l’horizon de dévoilement éventuel des objets qui lui sont donnés en vertu d’une intentionnalité motrice désinhibée. Or, il est possible que le caractère mélodique de l’expérience achoppe et qu’un corps devienne désorienté. Nous sommes d’avis que certains corps (féminins, trans, racisés, etc.) y sont davantage exposés que d’autres. Ainsi, la phénoménologie queer et féministe interroge le privilège accordé à l’expérience paradigmatique du sujet masculin et met en lumière la diversité et la particularité des types d’expériences incarnées qui composent le monde. Avec un angle queer et féministe, (cf. Young, Diprose, Halberstam, Ahmed, Weiss), nous présenterons l’expérience du corps féminin dans l’espace à travers le prisme du concept merleau-pontien d’orientation.

Résumé
08 h 50
L’acte de consentir au féminin : de la simple modification à l’acte intentionnel complet
Marie-Hélène Desmeules (Université Laval)

L’affirmation et la négation sont des modifications de nos croyances par lesquels il est respectivement dit « oui » et « non » au contenu de sens de l’acte intentionnel. En tant que telles, elles ne sont cependant que des modifications d’autre chose : elles s’adjoignent toujours à un contenu de sens déjà complet. Elles ne constituent donc pas le noyau de l’objet intentionnel, mais le modifient. Pourtant, l’intentionnalité féminine a souvent été réduite au dire « oui » ou au dire « non ». Comme si au féminin, l’acte était vidé de son contenu de sens pour ne garder que sa modification affirmative ou négative. Prenant l’acte de consentir comme paradigme de cette réduction de l’acte intentionnel féminin, nous y examinerons le peu qui y est encore constitué. Nous aimerions montrer que si l’acte de consentir n’est que la modification d’un acte complet, et si la modification d’un acte ne constitue pas en elle-même d’objet mais devrait s’y adjoindre, c’est donc qu’il est exclu que l’acte de consentir constitue de lui-même un quelconque objet. Tout ce que peut constituer l’acte intentionnel féminin, réduit à n’être qu’une modification d’un acte complet, c’est un « oui à » ou un « non à ». La constitution de l’objet auquel la subjectivité féminine pourrait dire oui ou non se fait ainsi le plus souvent par autrui. Si l’intentionnalité féminine participe alors à la constitution des objets d’un monde commun, elle ne le fait alors qu’en y donnant son accord ou en le lui retirant.

Résumé
09 h 10
Douter comme une fille ou douter en tant que féministe?
Marie-Anne Casselot-Legros (Université Laval)

Douter constitue l’interruption d’une volonté ou encore la suspension d’un jugement. Pourquoi les filles doutent-elles ? Qu’est-ce qu’un doute « féminin » ? Douter de soi, c’est se questionner sur ses propres capacités (physiques ou intellectuelles) ou encore manquer de confiance en soi. Le doute subjectif des femmes les entrave, il a été acquis par la socialisation de genre, il fait donc partie de leur être-au-monde actuel. Douter de quelqu’un veut dire ne pas lui faire confiance ou encore remettre en question son authenticité. À qui accorde-t-on sa confiance ? Le doute est intersubjectif puisqu’il implique une relation à autrui. Historiquement, les femmes ont douté des hommes à cause des violences patriarcales qu’elles ont subies de leur part. Et si le doute était féministe ? Ce doute féministe serait une posture de résistance et de méfiance envers un système sociopolitique inégalitaire. Dans ce contexte, l’acte intentionnel du doute devient obstiné et féministe. Le doute féministe résisterait autant au doute féminin ainsi qu’à un féminisme pop où l’ambition et la « pensée positive » cooptent la lutte collective à un effort individuel de dépassement de soi supposément féministe. Cette présentation de l’acte intentionnel du doute féminin et féministe s’appuiera notamment sur les travaux d’Alia Al-Saji sur l’hésitation et ceux de Sara Ahmed sur la figure de la féministe rabat-joie.

Résumé
10 h 00
Être fragile comme une fille : une perspective intersectionnelle sur la fragilité féminine
Hind Fazazi (UdeM - Université de Montréal)

Une phénoménologie féministe a le devoir d’analyser les intentionnalités des subjectivités féminines à la lumière de contraintes aussi diversifiées que les femmes. C’est à partir de ce point de départ que je m’intéresserai à la question suivante : Pourquoi certaines façons d’appréhender la fragilité dite « féminine » sont mises de côté ? Dans l’article « House and Home : feminist variations on a theme », Iris Marion Young explore l’œuvre de la penseuse afro-américaine bell hooks pour complexifier la réflexion phénoménologique sur cette « fragilité ». En effet, dans « Home, a site of resistance », hooks remet en question la manière monolithique – blanche – avec laquelle est perçue la fragilité féminine. Prenant l’exemple des afro-américaines, elle affirme que, dans une Amérique à la fois sexiste et raciste, ces dernières ne se reconnaissaient pas dans la fragilité qui était associée aux femmes. Elles vivaient les agressions du quotidien avec endurance, transformant leurs foyers en lieux de soin et de résistance. hooks rajoute, dans « Ain’t I a woman? », que l’esclavage a laissé de profonds stigmates dans l’auto-perception de ces femmes : sont-elles des femmes au même titre que les autres, ayant à supporter une souffrance à laquelle les femmes blanches ne peuvent se rapporter? Le foyer résisterait ainsi aux critiques féministes, étant un des seuls lieux de guérison disponible pour que les femmes noires puissent enfin se saisir comme des êtres sensibles, pensants et aimants.

Résumé
10 h 20
Le corps maternel au travail
Naïma HAMROUNI (Université Laval)

Une phénoménologie féministe a le devoir d’analyser les intentionnalités des subjectivités féminines à la lumière de contraintes aussi diversifiées que les femmes. C’est à partir de ce point de départ que je m’intéresserai à la question suivante : Pourquoi certaines façons d’appréhender la fragilité dite « féminine » sont mises de côté ? Dans l’article « House and Home : feminist variations on a theme », Iris Marion Young explore l’œuvre de la penseuse afro-américaine bell hooks pour complexifier la réflexion phénoménologique sur cette « fragilité ». En effet, dans « Home, a site of resistance », hooks remet en question la manière monolithique – blanche – avec laquelle est perçue la fragilité féminine. Prenant l’exemple des afro-américaines, elle affirme que, dans une Amérique à la fois sexiste et raciste, ces dernières ne se reconnaissaient pas dans la fragilité qui était associée aux femmes. Elles vivaient les agressions du quotidien avec endurance, transformant leurs foyers en lieux de soin et de résistance. hooks rajoute, dans « Ain’t I a woman? », que l’esclavage a laissé de profonds stigmates dans l’auto-perception de ces femmes : sont-elles des femmes au même titre que les autres, ayant à supporter une souffrance à laquelle les femmes blanches ne peuvent se rapporter? Le foyer résisterait ainsi aux critiques féministes, étant un des seuls lieux de guérison disponible pour que les femmes noires puissent enfin se saisir comme des êtres sensibles, pensants et aimants.

Résumé
10 h 40
Sur le rôle de l’intime dans la pensée : une reconstruction de la philosophie d’Iris Young
Emilia Angelova (Université Concordia)

J’aimerais proposer un dialogue entre Husserl et Young, via Kristeva, à partir de leur phénoménologie du temps. Pour ces penseurs, l’histoire n’est pas une succession de faits mais est ouverte par un évènement. Ce qui est moins évident, c’est que le phénomène de l’amour est la meilleure façon de phénoménaliser le temps et ce à partir de quoi il se révèle. Nous prendrons l’acte intentionnel et sa représentation langagière comme l’unité d’un « je peux » : comme effort de saisir et de rendre rationnel ce qui est donné dans le sensible et comme expression d’un sujet en procès. En tant qu’être-parlant, le sujet est ancré dans un sens de l’« intime », qui est un souci pour le seuil qui est à la fois une limite de l’affectivité et du discours, du lien social et de l’être historique. Nous montrerons la façon dont se phénoménalisent temporellement les actes langagiers à travers le phénomène de l’amour, et plus particulièrement de l’amour maternel. Pour illustrer notre propos, nous prendrons l’œuvre récente de Beata Stawarska, Between I and You, qui y isole un prérequis critique que doivent contenir les études portant sur les relations dialogiques avec les enfants. Pour qu’il y ait dialogue, il doit y avoir une alternance des tours de paroles et une alternance entre le son et silence. Même si nous pouvons nous entendre nous-mêmes parler, parler et entendre est nécessairement un phénomène à voix unique, qui doit donc se développer en une structure séquentielle plutôt que simultanée.

Résumé
08 h 30 à 11 h 25
Communications orales
Communications individuelles (Partie 2)
Batiment : (B) BIRKS
Local : (B) 205
08 h 30
Valeur et limites du témoignage : un pêcheur expert entre journalistes et fonctionnaires
Alain Létourneau (UdeS - Université de Sherbrooke)

Le colloque invite à réfléchir sur la valeur des témoignages et de la preuve dans l’établissement de connaissances. Dans certaines circonstances, des scientifiques reconnus dans la communauté experte concernée, rendent un témoignage dont la crédibilité peut être estimée assez forte. Ce n’est pas toujours le cas, le discours tenu pouvant être plus ou moins controversé et validé. Il est habituel à cet égard d’opposer les experts à ce que les anglo-saxons appellent le « layman », qu’on traduit par « le profane » en général. Cette présentation trouvera matière dans le film Histoire de pêche de Jean Chabot (ONF, 1975), dont quelques extraits seront visionnés. Ce documentaire, tourné avant la création du Ministère de l’environnement du Québec, a une grande valeur comme document historique. Il permet de prendre conscience des enjeux environnementaux, tels qu’ils étaient présents à cette époque, et tels qu’ils subsistent encore aujourd’hui pour une bonne part. Ces enjeux, ils sont ici liés à des pratiques de fréquentation des lacs, forêts et rivières dans le but de pêcher du poisson. Le but de cette présentations est de caractériser plusieurs types d’« expertises » qui sont mises en scène, et dont certaines attireront plus particulièrement l’attention.

Résumé
09 h 10
Témoignages et éléments de preuve en histoire : le cas de la paternité de François Delsarte sur ses enseignements corporels confirmée par l’analyse des manuscrits « Harmonic Gymnastics »
Franck Waille (Universidade Federal do Rio Grande do Sul)

Le manuscrit Harmonic Gymanstics de Mackaye, principal élève américain de François Delsarte (1811-1871), est la principale trace des enseignements corporels dispensés par Mackaye et initialement présentés comme étant de Delsarte. Il précède les polémiques américaines au sein desquelles Mackaye affirma que « Delsarte ne connaissait rien de la Gymnastique Harmonique », et que « la Gymnastique Harmonique est sa propre création du premier au dernier mot ». 

Associant un historien-danseur, deux universitaires en éducation somatique et en danse, et un artiste-pédagogue, cette étude a permis d’infirmer la déclaration de Mackaye et de confirmer la paternité de Delsarte sur ces enseignements. 

Elle se base sur différentes éléments de preuve (archives manuscrites de Delsarte et publications de ses élèves francophones, témoignages les plus tangibles de ce que fut l’enseignement de Delsarte), avec cette limite que la documentation ne rend que partiellement compte d’une transmission orale de plus de trente années. Par ailleurs, archives et publications renvoyant à une matière gestuelle, une « traduction par le mouvement » des diverses informations s’imposait afin d’en bien saisir la portée.

Notre étude a permis d’identifié le « terrain fonctionnel terre » de Mackaye grâce à l’Analyse Fonctionnelle du Corps dans le Mouvement Dansé, de voir comment cette donnée caractérise sa manière de transmettre Delsarte, et de nuancer dès lors la notion de « vérité historique ».

Résumé
10 h 05
Discours haineux, liberté d’expression et injustices épistémiques
François Toutée (UQAM - Université du Québec à Montréal)

Ces dernières années, les discours haineux et discriminatoires ont fait l'objet de beaucoup d'attention de la part de la communauté philosophique. Les discussions se concentrent souvent sur la comparaison des torts et des intérêts en jeu : on tente de déterminer quelle réaction face à ces discours cause le moins de torts. On veut alors peser les torts de la suppression contre les torts de la permission. 

En raison de l'histoire de la liberté d'expression, qui s'est développée comme une barrière face aux velléités de contrôle de l'État, on connaît surtout les torts de la suppression. Or, trop peu d’attention est encore accordée aux torts de la permission, c’est-à-dire aux impacts de ces discours sur leurs cibles, le plus souvent des personnes issues de groupes marginalisés. Dans cette présentation, je veux contribuer à remédier à ce vide en proposant que les discours haineux et les discours stigmatisants causent des injustices épistémiques (Miranda Fricker, 2007). Après avoir donné des définitions de travail des discours oppressifs, en faisant la distinction entre les discours stigmatisants et haineux, je montrerai comment les discours oppressifs créent des injustices épistémiques, via les stéréotypes et l’injustice testimoniale dans le cas des discours stigmatisants, et via la perte de l’assurance (Jeremy Waldron 2012) et l’étouffement testimonial (Kristie Dotson 2011) dans le cas des discours haineux.

Résumé
10 h 45
Épistémologie et tolérance religieuse
Gilles Beauchamp (UdeS - Université de Sherbrooke)

En 2008, James Kraft et David Basinger ont publié un collectif sur l'humilité épistémique comme base pour la tolérance religieuse. Cette conception de la tolérance repose sur le problème de la justification épistémique des croyances religieuses et des religions. Selon cette approche, le manque d'un terrain commun d'évaluation des différentes religions pose un sérieux problème et devrait empêcher un croyant de croire que sa religion est suffisamment justifiée pour l'imposer à l'autre.

Selon Philipp Quinn et David Basinger, le problème de la justification des croyances religieuses place les religions dans un état de parité épistémique qui doit conduire à l'humilité épistémique. Cette humilité doit ensuite restreindre les désirs d'intolérance. William Lane Craig rejette la parité épistémique des religions et croit que l'incertitude en la supériorité de sa religion est une base instable, voire même dangereuse parce qu'elle réduirait la justification des croyances religieuses qui encouragent la tolérance.

Je défendrai un argument épistémique pour la tolérance qui n'est pas basé sur le problème de la justification, mais qui est plutôt basé sur le processus de formation des croyances religieuses, et qui évite ainsi reposer sur l'incertitude, qui ne dépend pas de la parité épistémique et qui oblige à une tolérance plus grande que la simple interdiction de la violence. 

Résumé
09 h 00 à 11 h 25
Communications orales
Atelier sur le souci (Partie 1)
Batiment : (B) BIRKS
Local : (B) 111
09 h 00
La perte du souci du monde dans une société de consommateurs
Sophie Cloutier (USP - Université Saint-Paul)

Hannah Arendt aurait voulu intituler son ouvrage de phénoménologie politique Amor mundi, mais son éditeur opta plutôt pour Condition de l’homme moderne. Ce livre se voulait une réponse au totalitarisme : à la désolation et à la terreur totale, Arendt opposait son souci pour le monde commun. Le portrait qu’elle dresse de la condition moderne est marqué par l’aliénation au monde et le triomphe de l’activité du travail – et la première victime est l’amour du monde. En effet, l’activité du travail se caractérise par une production de biens de consommation qui n’ont aucune permanence dans le monde. L’animal laborans est prisonnier d’une temporalité cyclique où seul compte la satisfaction de ses besoins. Du coup, l’activité laborante menace la pérennité du monde en risquant de le dévorer. Afin d’analyser cette perte de souci pour le monde au profit du seul souci de soi, nous procéderons en trois temps. Nous reprendrons d’abord les caractéristiques de la société de consommateurs en mobilisant notamment les recherches de Zygmunt Bauman sur la modernité liquide dans La vie liquide. Nous analyserons ensuite le souci du monde arendtien par le biais de la figure exemplaire de la cultura animi de Cicéron entendue comme tendre souci (La crise de la culture). Enfin, nous explorerons la portée politique du souci du monde et sa force de résistance.

Résumé
09 h 30
Se soucier de quoi? Hannah Arendt et Simone Weil : entre l’« amor mundi » et l’amour du prochain
Pascale Devette (Université d’Ottawa)

Nous proposons un dialogue entre Hannah Arendt et Simone Weil, en réfléchissant sur la portée de deux concepts, réciproquement « amor mundi » chez la première et « amour du prochain » chez la seconde. L’amor mundi et l’amour du prochain, en cultivant d’autres types de relations envers le monde et autrui, peuvent-ils nous permettent d’établir un contre-poids au triomphe du consumérisme? Pour Arendt, l’amour ne doit pas être confondu avec un désir de possession, au contraire, à l’image de Saint Augustin dont elle reprend la formule, l’amour véritable se détache du désir : « Le moi voulant, lorsqu’il affirme, dans sa manifestation suprême : Amo : volo ut sis, « je t’aime, je veux que tu sois » - et non pas « je veux te posséder » ou « je veux te gouverner » - se montre capable de l’amour même que Dieu est réputé porter aux hommes, qu’il n’a créés que parce qu’il voulait leur existence et qu’il aime sans les désirer » (Arendt 2005, 444). Cette posture rejoint celle de Simone Weil, notamment lorsqu’elle déplore combien « l’amour ne sait plus contempler, il veut posséder » (Weil 1962, 72). Cependant, il demeure de très grandes différences entre les conceptions de l’amour chez les deux philosophes, que nous explorerons au cours de cette présentation.

Résumé
10 h 00
Levinas et Bataille : figures du viol
Marjolaine DESCHÊNES (Cégep Montmorency)

L’hypothèse de cet essai est audacieuse. Elle suggère que la bibliothèque philosophique, en plus d’être sexiste, véhicule parfois un imaginaire savant contribuant à nourrir la culture du viol. Afin de l’appuyer, je propose une lecture croisée des figures de l’érotisme, du viol et du féminin chez Emmanuel Levinas (« Au-delà du visage », particulièrement ‘Phénoménologie de l’Eros’ dans Totalité et Infini, 1971) et Georges Bataille (L’érotisme, 1957). Par culture du viol, j’entends « l’ensemble des choses auxquelles on croit en ce qui concerne le viol, et qui contribuent à alimenter une tolérance en faveur du viol » (http://www.cultureduviol.fr/culture-du-viol-definition/). Par imaginaire philosophique, j’entends « quelque chose comme une pensée en images », « dont la spécificité se laisserait appréhender d’un double point de vue textuel (ou traditionnel) et sociologique » (Michèle Le Dœuff, 1980, 11-12). Mon intention est de contribuer à la critique féministe de Levinas (Chalier, 1982 ; Fraisse, 1996 ; Sandford, 2000 ; Chanter et al., 2001, par exemple) en montrant combien l’étrange dialectique levinassienne de l’eros travaille, en écho à celle de Bataille quant à l’érotisme, au maintien d’une culture sexuelle où l’imaginaire du viol et de la profanation fait du féminin l’insaisissable antithèse d’un sujet qui se pose en tant que liberté.

Résumé
10 h 45
Les mains, le visage de Sarah Kofman
Cristina MORAR (IUF-Institut universitaire de France)

Dans le post-scriptum à Paroles suffoquées (1987), « Les “mains” d’Antelme », Sarah Kofman insiste pour accompagner la puissante figure nietzschéenne qui éclairait son cheminement jusqu’alors par celle d’Antelme. Témoignant avec une lucidité déconcertante de la souffrance des camps, il appelle à l’inéluctabilité de réaffirmer la vie humaine que la logique hitlérienne mortifère n’est pas arrivée à faire disparaître. Au point de cette rencontre qu’est l’affirmation de la vie, Kofman fait se rejoindre Nietzsche et Antelme (Kofman, 1996, 151). Et c’est dans cet entre-deux qu’il faut chercher la voix de la philosophe, fut-elle la parole muette que ses dessins non signés, qui accompagnent son travail philosophique, mettent en valeur (Boutibonnes, 2010). Deux motifs sont au cœur de la pensée éthique kofmanienne : la parole impuissante qu’est l’écriture littéraire, qui accueille et donne expression à la présence silencieuse d’autrui dans le témoignage d’Antelme (Kofman, 1987, 57), et la figure des « mains », dernier signe de solidarité dans les camps, que la philosophe elle-même dessinait sans cesse lorsque enfant cachée durant la guerre. Ce sont ces mains par où passent les gestes de la sollicitude qu’il s’agira ici de mettre en valeur. On se demandera si ce n’est pas là une figuration autrement radicale du « visage » levinassien, qui exprime chez lui l’infini de la personne humaine.

Résumé
11 h 30 à 12 h 30
Communications orales
Conférence plénière : Virginie Maris — Comprendre la nature à l’heure des données massives
Batiment : (B) BIRKS
Local : (B) 203
11 h 30
Comprendre la nature à l’heure des données massives

Les études sur la biodiversité sont l’objet d’une véritable ruée sur les données et l’on assiste à une accumulation sans précédent d’informations sur l’état et les dynamiques des systèmes naturels. Je décrirai la façon dont cette massification de l’information est à la fois rendue possible par des innovations techniques et institutionnelles et jugée nécessaire, notamment afin d’anticiper les réponses des milieux naturels aux changements globaux. J’analyserai comment cette explosion des données affecte le statut épistémologique des données elles-mêmes et des hypothèses en écologie et plus généralement, la façon dont ce tournant contribue à une forme d’absorption technocratique de la nature.

Résumé
Dîner
12 h 30 à 14 h 00
Dîner
Dîner
Batiment : (B) BIRKS
Local : (B) Zone cocktail
Après-midi
14 h 00 à 17 h 00
Communications orales
La mémoire et la vérité au défi de leurs adversaires
Batiment : (B) BIRKS
Local : (B) 203
14 h 00
La mémoire collective : héritage et/ou partage?
Danièle Letocha (Université d’Ottawa)

On sait que la Commission scolaire English Montréal a signifié en novembre 2016 un avis au Ministère de l’Éducation du Québec concernant le nouveau programme d’histoire du Canada et du Québec. Cet avis n’est pas exactement un refus mais plutôt une demande d’exemption pour l’année 2017-2018, alléguant que ces cours effacent le rôle des minorités dans la construction de la société québécoise et ne font pas de juste place à leur mémoire plurielle.

​Dans cette perspective, on suppose donc qu’il peut et doit coexister plusieurs mémoires subjectives et néanmoins normatives dans une même société. On postule qu’il n’existe pas de socle historique documentaire et factuel, construit selon les règles d’un inventaire objectif à interpréter.

​En général, si l’on renvoie le ciment social à la mémoire/culture d'un peuple, on fera de la mémoire une fonction d’accueil des récits du passé (Jules Michelet, Maurice Barrès, Fernand Dumont) qui exclut ceux qui n’y ont pas participé, par exemple les immigrants ou les conquérants. Mais si l’on demande à la mémoire de porter l’histoire d’une nation, on verra plutôt dans la mémoire un horizon qui s’emprunte, s’investit, s’habite, s’adopte, se partage, dans une appropriation intégrative des différences. Cette lecture de l’histoire ne s’applique pas au cas des autochtones.

Résumé
14 h 40
La mémoire, la vérité et la Shoah
Andre MINEAU (UQAR - Université du Québec à Rimouski)

La Shoah, on le sait, a été plus qu’un pogrom meurtrier qu’aurait causé le surgissement anachronique de vieux préjugés antisémites. Dans un contexte événementiel favorable, elle a été la conséquence logique d’un système d’idées multidimensionnel et bien articulé entre ses niveaux ontologique, anthropologique, politique et éthique. Poussée par sa propre logique, l’entreprise génocidaire a cherché non seulement à détruire le peuple juif dans son existence concrète, mais aussi à en supprimer toute mémoire comme ultime trace de l’être. 

Après 1945, les survivants de la Shoah ont voulu reconduire l’être par la mémoire. C’est dans ce sens que sont apparus progressivement les centres de commémoration. Ceux-ci n’avaient pas pour but de discuter des systèmes en apparence « philosophiques » qui avaient justifié le génocide. Ils essayaient en fait de sauver l’être par la mémoire, en présentant le visage de l’Autre, dans l’esprit de Levinas. La mémoire apparaissait comme la vérité philosophique première, c’est-à-dire, précédant toute systématisation, et toute vérité renvoyait ainsi à la mémoire.  

La présente communication a pour but de mettre en lumière les rapports entre histoire, mémoire et vérité, dans le contexte de la Shoah et de la survivance. On procédera à partir de documents historiques permettant d’établir la portée des intentions génocidaires, en regard des contenus présentés par les expositions permanentes commémoratives.

Résumé
15 h 35
On ne nous dit pas tout : cynisme, colère, transformation
France Giroux (Cégep Montmorency)

Dans une démocratie comme la nôtre, on ne nous dit pas tout. Par exemple, ce sont ces experts --très présents dans nos pays de l'OCDE-- qui  négocient des accords internationaux en dehors des Parlements. Sur les réseaux, il y a ce flux d'éléments d'information consulté à la carte. Ce qui constitue, selon Cynthia Fleury, l'une des « Pathologies de la démocratie ».

À cela s'ajoute une dimension nouvelle dans la cité en débat: l'Ère de la Post-Vérité. Dans le forum de discussion démocratique, la mystification, les déclarations contradictoires, la désinformation sur les données des pays étrangers et du sien deviennent désormais monnaie courante. De nombreux citoyens ne réprouvent plus le phénomène. Il faut dire que l'absence courante, dans les grands médias, de références culturelles et historiques ne les outille pas à discerner les enjeux.

Toutefois déjà, ces mensonges déclarés et ces vérités omises ­­en raison de la transmission défaillante de la mémoire­­ risquent de susciter un désintérêt pour la chose publique et des croyances erronées. De fait, c'est à la suite de déceptions chez les citoyens politisés --tous les dés sont pipés-- qu'il se développe un terreau fertile à la mentalité conspirationniste. L'ensemble de ces tendances réduit tout désir de transformation à des velléités.

Résumé
14 h 00 à 15 h 30
Communications orales
Table ronde : Hannah Arendt et la superfluité humaine : l’exclusion contemporaine appréhendée à travers des études de cas (Partie 1)
Présidence/Animation : Diane Lamoureux (Université Laval)
Batiment : (B) BIRKS
Local : (B) 205
14 h 00
La persistance de la superfluité : sur l’actualité d’Hannah Arendt et le sujet des prisons hors du droit
José-Frédérique Biron (UdeM - Université de Montréal)

Hannah Arendt a écrit dans son fameux ouvrage Les origines du totalitarisme, que l’on aurait tort de croire que la capacité d’oubli des masses et leur inconstance les guérissent de la mentalité totalitaire. En effet, selon elle, la mentalité totalitaire se caractérise par la superfluité humaine des mouvements et des régimes totalitaires, qu’elle décrit comme dévorant ses propres enfants. Ce concept, de la superfluité humaine qu’elle a développé dans les pages des Origines du totalitarisme, elle le reprendra dans un autre de ses ouvrages très connus, Condition de l’homme moderne, afin d’établir un bilan très critique de la modernité et de l’homme de cette époque. Bien que les régimes totalitaires soient derrière nous dans l’histoire, il n’en demeure pas moins que la superfluité inhérente à ceux-ci persiste dans nos sociétés. Cette présentation fera en ce sens, dans un premier temps, une généalogie de la superfluité dans la pensée d’Arendt, des Origines du totalitarisme à La Vie de l’esprit, en passant par Condition de l’homme moderne, afin de mettre la table sur le plan théorique pour les présentations subséquentes. Dans un second temps le cas des prisons hors du droit telles que Guantanamo sera présenté comme cas d’étude de superfluité humaine, à l’aide, notamment de l’analyse de Judith Butler dans le chapitre Indefinite detention de son ouvrage Precarious life : The powers of mourning and violence.

Résumé
14 h 30
La superfluité comme rapport au monde : la question des réfugiés chez Hannah Arendt et Iris Marion Young
Hind Fazazi (UdeM - Université de Montréal)

Dans l’article We refugees, Hannah Arendt aborde une série de problématiques très douloureuses pour les réfugiés juifs pendant et après la seconde guerre mondiale. Déracinés et atomisés, ces exilés souvent en mouvement d’asile politique en asile politique se sentent «hors humanité», ou qu’ils se trouvent. Bien que résolus à prendre fermement racine là où ils sont, à s’intégrer coûte que coûte à leur nouvelle collectivité nationale, Arendt nous décrit les membres d’une diaspora anomique qui vit de profondes dichotomies identitaires. Iris Marion Young introduit pour sa part, dans la conclusion de son article controversé House and Home, feminist variations on a theme, un rapport entre sa conceptualisation du foyer comme lieu de résistance politique et la question des réfugiés. Pour Young, sans lieu physique faisant office de home, nulle stabilité n’est possible : ni matérielle, ni identitaire, ni même existentielle. Les réfugiés sont-ils alors condamnés à avoir un rapport au monde problématique? Ces individus, qu’ils soient encore entassés dans des camps de réfugiés ou qu’ils aient finalement trouvé asile, se sentent-ils existentiellement sans foyer, rattachés à rien ou même de trop?  Young pose le fait d’avoir un «foyer» comme un droit humain fondamental. Il est dès lors possible de voir comment la superfluité comme rapport au monde se pose comme à la fois comme un enjeu contemporain psychologique, phénoménologique et éminemment politique.

Résumé
15 h 00
Arendt et la question de l’exclusion politique : peut-on sauver Arendt de sa distinction entre le social et le politique ?
Marianne DI CROCE (Université d’Ottawa)

La distinction que Hannah Arendt trace entre le social et le politique constitue un élément fondamental de sa pensée et de la critique des sociétés modernes qui traverse l’ensemble de son œuvre. S’appuyant sur la distinction public/privé qui était au cœur de la polis grecque, la philosophe conçoit le social comme une « extension publique » du privé et dénonce le fait que les considérations d’ordre privé - tout ce qui touche aux nécessités de la vie, à la famille, à l’économie, aux sentiments, etc. – aient fait intrusion dans la sphère publique.

Or, cette distinction entre le social et le politique fait l’objet de nombreuses et sévères critiques qui soulignent le problème d’exclusion politique qu’elle engendre. En effet, dans la mesure où les questions de justices sociales (telles que la pauvreté, le racisme ou le sexisme) sont ici considérées comme des questions sociales plutôt que politiques, il s’ensuit que la sphère publique devient difficilement, voire pas, accessible à certains groupes de personnes (par exemple : les femmes, les pauvres ou les minorités).  Ainsi, plusieurs ont jugé que la distinction arendtienne entre le social et le politique était trop rigide et, de ce fait, rendait la conception du politique d’Arendt incompatible avec les exigences de la vie moderne.

Résumé
15 h 30
Pause
14 h 00 à 17 h 00
Communications orales
Atelier sur le souci (Partie 2)
Batiment : (B) BIRKS
Local : (B) 111
14 h 00
Du « souci de soi dans le monde » au « souci de soi dans la vie »? Réflexions sur le concept de souci dans la phénoménologie de la vie de Michel Henry
Frédéric SEYLER (DePaul University)

Dès 1963, avec la parution de son premier ouvrage L’essence de la manifestation, Michel Henry entreprend une critique du concept de Dasein chez Heidegger ainsi que de celui de « souci » (Sorge) qui lui est associé. Du point de vue du renouveau de la phénoménologie comme phénoménologie de la vie, point de vue qui constitue le projet de Michel Henry, ces deux concepts sont, en effet, d’emblée orientés vers ce qui doit être essentiellement distingué de la vie comme affectivité, à savoir le monde. Henry reprendra cette approche en 1996 dans C’est moi la vérité en lui donnant une tournure plus éthique, et en opposant le « souci de soi dans le monde » à un soi qui s’abandonne à la Vie comme absolu. L’idée centrale est ici que la structure même du souci est, en tant qu’elle se nourrit d’une projection dans l’extériorité, nécessairement dans l’incapacité de rejoindre le soi vivant. En reprenant cette critique et en l’étoffant d’une analyse de différentes formes que peut prendre le souci, telle la narrativité par exemple, l’intervention se proposera aussi d’interroger l’alternative suggérée par Michel Henry, notamment en demandant s’il peut alors exister quelque chose comme le « souci de soi dans la vie » entendue comme immanence affective. L’enjeu philosophique central de cette question renvoie au rôle éthique du souci dès lors que l’on considère la vie comme affectivité.

Résumé
14 h 30
Amour ou souci, qu’est-ce qui vient en premier? Nussbaum et Frankfurt sur l’origine du soin
Annie Larivée (Université Carleton)

Bien qu’elle demeure, jusqu’à présent, en marge des questionnements centraux de la tradition philosophique occidentale, la question du soin (care) fait l’objet d’un intérêt croissant depuis plusieurs décennies dans une diversité de contextes philosophiques. Dans ma communication, je me propose d’explorer une question philosophique et psychologique de fond qui, à ma connaissance, n’a pas fait l’objet d’un examen approfondi jusqu’à maintenant. À savoir, la question de la primauté de l’amour ou du souci pour le phénomène éthique du soin. J’exploiterai des sources peu souvent mises de l’avant dans la culture francophone lorsqu’il est question de souci et de soin, à savoir les réflexions de Martha Nussbaum et de Harry Frankfurt sur la question du care comme source de sens et d’action dans la vie humaine. Alors que Nussbaum  identifie le souci comme la source originelle des émotions humaines (Nussbaum, 2003) en tant que mode de « cognition eudémoniste » (eudaimonistic cognition), Frankfurt estime plutôt que le phénomène de l’amour est la racine centrale et essentielle de l’attitude de soin envers autrui (Frankfurt 1988, 2006). Qui a raison? Qu’est-ce qui, de l’amour ou du souci, se trouve à l’origine du soin? Et surtout, quels sont les enjeux philosophique, éthiques, politiques de cette question portant sur l’origine psychologique du soin?

Résumé
15 h 15
Le souci épistémique du monde dans la pensée autochtone contemporaine
Julie Perreault (Université de Moncton)

Longtemps laissés pour compte de la politique canadienne, oubliés à défaut d’être assimilés, comme le prévoyaient les mesures coloniales, les peuples autochtones profitent depuis quelques années d’une certaine visibilité. Le souci nouveau dont ils font l’objet de la part des médias, des intellectuels, des militants et de certains gouvernements n’est toutefois pas une panacée. Celui-ci prend souvent une forme négative, orientée vers les événements tragiques du présent et du passé, sans toujours montrer une réelle préoccupation pour le bien-être des communautés. On se soucie des peuples autochtones avec les codes du libéralisme, sans trop se soucier de la structure de leur souci, de l’histoire et des langages qui le portent. Pourtant, les intellectuel.les autochtones qui, depuis près de cinquante ans, prennent la parole au pays articulent tous et toutes (ou presque) une image du souci qui s’éloigne de l’individualisme libéral, leurs écrits donnant forme à ce que l’on pourrait appeler, en langage philosophique, une épistémologie du souci : une approche globale qui fait du souci du monde le fondement ontologique de l’éthique et du politique; une épistémologie qui participe de la décolonisation et de la reconstruction des communautés. Ma présentation s’intéressera aux formes de ce souci dans les travaux de Marie Batiste, Patricia Monture-Angus et Lee Maracle, trois femmes qui ont lutté pour la reconnaissance des savoirs autochtones, la décolonisation et le droit des femmes.

Résumé
15 h 45
Pour une utopie politique du « care »
André Duhamel (UdeS - Université de Sherbrooke)

Les appels à une société du care remplacent parfois ceux à la société juste dans les discours électoraux. Ces exhortations sont-elles une rhétorique propre à ces de discours, ou une politique du care est-elle susceptible de représenter une véritable utopie pour notre temps ? Nous voudrions répondre à cette double question en nous appuyant sur les développements de l’éthique féministe du care, qui sont depuis Tronto consacrés à soutenir « a political argument for an ethic of care ». Dans cette optique, on peut voir dans ces exhortations un réel « souci », mais qui ne dépasse pas le premier moment du care, celui de ‘se soucier de’ (caring about). Il leur manque ce que le care compris comme pratique et travail a largement explicité depuis, soit les moments de prise en charge effective (taking care of), de dispensation des soins (care giving), d’écoute des besoins (care recieving) et de coopération sociale dans ce travail (caring with). Pour que ces moments réalisent le care dans son intégralité, une refonte globale du politique et des modes de gouvernance est requise, dont la radicalité mérite bien le titre d’utopie. Après avoir explicité ce point, nous nous emploierons à préciser quelques chantiers de cette utopie : le lien entre care et justice, entre care et démocratie, et entre care et économie. Nous terminerons en rappelant que le care est une « utopie réaliste »  qui ne concerne pas seulement les femmes, mais tous les dispensateurs du care oubliés, racisés et minorisés.

Résumé
16 h 15
Souci de soi et souci de l’autre : sécularité et religion selon Jean-Marc Ferry
Louis Perron (Université Saint-Paul (Ottawa))

Dans les sociétés modernes contemporaines, le souci de soi et le souci de l’autre constituent deux dynamiques qu’il n’est à l’évidence pas facile d’articuler. Selon Jean-Marc Ferry, l’amour chrétien fait de la préoccupation de l’autre une préoccupation égale à l’amour de soi; principe de décentration, il vient concurrencer le souci de soi. Ferry propose d’interpréter cet amour chrétien de manière sécularisée et de lui donner une portée sociale. Se dessine alors l’horizon d’une communauté de l’amour dépassant la simple reconnaissance réciproque. S’appuyant sur la prédisposition contemporaine à la décentration et la bénévolence et sur l’hypothèse d’un lien entre le droit et l’amour, et tout en respectant la polarité moderne entre l’amour privé et la sphère publique du droit, Ferry suggère que l’amour chrétien, moyennant une traduction appropriée en termes de solidarité, de bénévolence, de décentration et d’altruisme, est susceptible de devenir l’expression ultime de la raison pratique. En faisant se rencontrer les institutions modernes du Droit (égalité, liberté, justice) et les expressions de l’amour (fraternité, bonté), la religion chrétienne peut être comprise comme une médiation théologique séculière, capable de porter l’amour au niveau de la publicité, de la vie socio-politique, répondant ainsi au souhait exprimé socialement d’une réconciliation entre raison publique et vie bonne.

Résumé
15 h 45 à 17 h 00
Communications orales
Table ronde : Hannah Arendt et la superfluité humaine : l’exclusion contemporaine appréhendée à travers des études de cas (Partie 2)
Présidence/Animation : Augustin Simard (Université de Montréal)
Batiment : (B) BIRKS
Local : (B) 205
15 h 45
Nation, exclusion, police : la perspective d’Arendt et de Noiriel
Emanuel Guay (Université McGill)

Cette présentation réfléchira le nationalisme comme mode spécifique d’intégration et d’identification des individus dans les sociétés modernes, en portant une attention particulière aux liens unissant la nation comme unité juridique et communauté d’appartenance à l’État et la police. Suivant les réflexions d’Arendt sur les réfugié-e-s comme expérience-limite qui remet en cause les capacités d’intégration des États-nations – avec les partages du territoire et des populations qu’ils opèrent –, nous tenterons de penser la situation intervallaire des clandestin-e-s et des sans-papiers, qui ne sont souvent reconnu-e-s ni par leur État d’origine, ni par leur État d’accueil comme des citoyen-ne-s à part entière. À partir des travaux de Noiriel sur les rapports entre l’État-nation et la police, nous étudierons les dispositifs et traitements particuliers dont les sans-papiers sont l’objet – notamment de la part des effectifs policiers – afin de mettre en lumière les processus de (re)production des indésirables, catégorie équivoque d’êtres humains dont le respect des droits n’est pas garantie par une constitution nationale et qui sont l’objet constant d’une traque dont l’horizon est la déportation. Nous croiserons ainsi Arendt et Noiriel afin d’esquisser, d’une part, une histoire du concept de nation dans une perspective biopolitique et d’évaluer, d’autre part, la portée de cette même histoire sur notre présent.

Résumé
16 h 00
Aux  frontières de l’abandon : la situation autochtone à partir d’Arendt et de Foucault
Dardan Isufi (Université McGill)

À partir des pensées d’Hannah Arendt, notamment en lien avec les achèvements du totalitarisme, et de Michel Foucault, en ce qui a trait aux micro-pouvoirs, il faudra penser la gouvernance canadienne à l’endroit des autochtones comme un régime d’abandon. La déformation du réel par l’abstraction dominant le discours public pour en évincer les implications sur les autochtones sera la première prémisse. La seconde portera sur la judiciarisation des autochtones par les vecteurs d’ingérence qui concèdent à l’État un monopole de la violence à l’intérieur des frontières bilatérales et internes du Canada. Pour terminer, la présentation suggère des alternatives citoyennes, avec une perspective arendtienne, – dans l’idéal de l’État-nation – afin de lutter contre l’avènement des courants néolibéraux, qui est en hausse depuis les années 70, et ce, par le biais des institutions publiques afin de cesser la génuflexion de la société face à l’État, notamment par la désobéissance civile.

Résumé
16 h 30
Foucault, Arendt et les prisons : regards croisés sur la superfluité
Michael Restagno (Université de Montréal)

Malgré le fait que Michel Foucault et Hannah Arendt sont issus de deux traditions théoriques opposées, leurs analyses se croisent lorsqu'elles se focalisent sur l'étude de l'agencement humaine et ses conditions de possibilité. C'est en exposant les barrières à cet agencement qu'on va pouvoir esquisser les contours de la superfluité humaine.

Dans son travail sur le totalitarisme et la condition de l'homme moderne, Hannah Arendt entreprend une explication de la perte historique de notre capacité d'agir dans un contexte proprement politique. Pour Arendt, l'action politique s'est affaiblie en se soumettant aux forces de la nécessité et la téléologie; en voie de disparition, elle s'est donc fait remplacer par le ''comportement'', le mode d'action caractéristique de la superfluité humaine.

Si Arendt se focalise sur cette perte d'une manière macro-scopique, Foucault nous permet de mieux cerner les mécanismes particuliers de ce processus en illuminant les micro-pouvoirs qui l'alimentent. Son analyse des techniques de subjectivation issus du discours carcéral nous permettra de mieux cerner le ''comment'' de la normalisation du comportement dans la modernité en esquissant la constitution historique d'un sujet de la superfluité.

Le croisement de ces deux théoriciens est donc nécessaire à toute tentative de différenciation entre action intentionnelle et comportement normalisé, dans la mesure de promouvoir le premier dans les espaces envahis par la logique du dernier.

Résumé