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304 - « Les Aventuriers de l’art moderne » : un objet pluridisciplinaire

Les Aventuriers de l’art moderne » (réal. : Pauline Gaillard, Amélie Harrault, Valérie Loiseleux) est une série de six documentaires d’art, adaptée d’une chronique écrite par Dan Franck et diffusée sur Arte en 2015-2016. Centrées sur Paris, les différentes intrigues reposent sur une série de portraits croisés de peintres, d’écrivains, de cinéastes et d’intellectuels ayant vécu entre le début du 20e siècle et la Seconde Guerre mondiale. Le pari de la série consiste à tenir le format du film d’animation sur plus de cinq heures (six épisodes de 52 minutes) en ayant recours non seulement au dessin, mais aussi à des images d’archives (séquences d’actualité, documentaires, photographies, etc.), parfois utilisées comme des illustrations et parfois employées de manière beaucoup plus libre.

Le colloque que nous proposons sera l’occasion de considérer cette production audiovisuelle originale comme un point de départ permettant de développer une réflexion d’ordre méthodologique. Ainsi souhaitons-nous donner à voir comment une variété  d’approches disciplinaires — approches culturalistes de la littérature et de l’art, histoire de l’art, étude des archives audiovisuelles, étude du cinéma d’animation, etc. —, éclairent certains aspects du film tout en en sous-estimant d’autres. De fait, en multipliant les points de vue, une compréhension plus fine de ce faisceau de productions artistiques (créations datant de la première moitié du 20e siècle, livres de Dan Franck, court-métrage d’Amélie Harrault et série télévisée) émergera et enrichira leur appréciation.

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Colloque
Section 300 - Lettres, arts et sciences humaines
Responsables
Memorial University
UdeM - Université de Montréal
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Avant-midi
09 h 00 à 12 h 15
Communications orales
Usages créatifs des archives
Présidence/Animation : Karine Abadie (Memorial University)
Batiment : (T) TROTTIER
Local : (T) 70
09 h 00
Mot de bienvenue
09 h 30
Introduction
Karine Abadie (Memorial University), Rémy Besson (Université de Montréal)

 

Écoute d'un extrait de l'entretien avec Amélie Harrault

Extrait de la série Les Aventuriers de l'art moderne

Résumé
10 h 45
« Les archives dans “Les Aventuriers de l’art moderne” »
Anne Klein (Université Laval)

 

Dans une perspective archivistique, Les Aventuriers de l’art moderne constitue un objet qui permet de déployer un regard sur les archives depuis leur exploitation. Les archives, comprises comme objet de connaissance, sont généralement utilisées du fait qu’elles sont un témoignage authentique et qu’elles portent des informations fiables, dotant ainsi le discours qu’elles soutiennent d’une certaine légitimité. Dans le cas de ce documentaire, les archives sont mises en jeu selon d’autres modalités que les traditionnelles citations de sources. Elles sont sollicitées pour nourrir l’imaginaire en déployant leur capacité d’évocation. C’est ce qu’il s’agira de mettre en lumière en étudiant la série à partir des éléments suivants : le contexte dans lequel les archives sont utilisées, leur matérialité (quels documents sont utilisés? comment sont-ils inscrits dans l’objet? quel effet produisent-ils sur le spectateur?), les fonctions qu’elles remplissent et le type de rapport au passé que leur utilisation génère.

Résumé
11 h 15
L’usage des archives dans « Les Aventuriers de l’art moderne » : la nostalgie du décor
Nina BARADA (UdeM - Université de Montréal)

 

Nous proposons d’interroger le rapport au temps engagé par la série et son montage de diverses techniques, en questionnant plus particulièrement le statut des images d’archives au regard des séquences d’animation. À cet égard, on observe que ce qui rassemble toutefois cette diversité de techniques est une même subordination au texte scénaristique (ou, en l’espèce, et tel qu’il s’incarne dans la série, à la voix-off), que dans une large mesure elles viennent donc illustrer. Or c’est bien le dessein de la série elle-même que d’illustrer une époque, et une époque qu’il faut dire presque mythique telle qu’elle est ici évoquée, à travers les décors d’un Paris depuis longtemps disparu et les portraits de son avant-garde héroïque (les « aventuriers » du titre) – en somme, évocation pour grande part nostalgique en son invocation d’un âge d’or révolu. On fait donc l’hypothèse que ce projet commun d’illustration conforme les images d’archive à leur tour, dont le rôle est dès lors largement réduit à la fonction d’illustrer l’époque, ou plus précisément, d’en fournir le décor (exemplairement, on constate ainsi que les archives sont presque systématiquement bruitées, c’est-à-dire qu’une illustration sonore vient pour ainsi dire les recouvrir) – de sorte que l’on peut parler d’archives décoratives, et qui consacrent ce que l’on qualifiera en retour de nostalgie du décor.

Résumé
11 h 45
Penser le (re)montage d’archives comme une écriture de l’histoire
Remy Besson (UdeM - Université de Montréal)

 

Les images d'archives sont souvent considérées pour leur capacité à représenter ce qui s'est passé. Les sources audiovisuelles sont alors valorisées pour leur transparence. Pour le dire autrement, en s'effaçant en tant qu'inscription médiatique, elles produisent des effets de présence. Cependant, certaines séquences ont tellement circulé dans l'espace public qu'elles se donnent, au contraire, à voir en tant qu'images cinématographiques. Une forme d'opacification est ainsi à l'oeuvre dans le temps suivant la prise de vue. Les images sont alors perçues en tant que telles par le spectateur. C'est cette tension jamais véritablement résolue qui sera étudiée à travers le cas du 6ème épisode de la série. Plus précisément, nous essayerons d'identifier des gestes créateurs effectués lors du montage de ces séquences (re)connues. Pour cela nous ferons des liens avec le document audiovisuel conservé en archives et d'autres montages des mêmes plans. Cela conduira in fine à une réflexion portant sur une forme d'écriture audiovisuelle de l'histoire par le (re)montage.

Résumé
Dîner
12 h 15 à 13 h 30
Dîner
Repas
Après-midi
13 h 30 à 17 h 00
Communications orales
Enjeux de la pluridisciplinarité
Présidence/Animation : Remy Besson (UdeM - Université de Montréal)
Batiment : (T) TROTTIER
Local : (T) 70
13 h 30
« Les Aventuriers de l’art moderne », un récit entre histoire de l’art, documentaire et création
sandrine hyacinthe (Université Paris Ouest Nanterre La Défense, France. HAR (EA4414))

 

Bien que n’ayant pas pour but de faire de l’histoire de l’art, cette série participe au récit artistique de 1900 à 1945. C’est cette histoire écrite, énoncée et animée par des images mobiles que propose d’analyser cette intervention. Comme les films sur l’art, les moyens de mise en récit de la série empruntent et répondent aux questionnements méthodologiques et théoriques de l’histoire de l’art liés à la conception spatio-temporelle de l’art et de la création. Ces analogies permettront de saisir ce que la série apporte à l’histoire de l’art et inversement.  Aussi, c’est une histoire de la création non linéaire et non centraliste qui se dessine grâce au récit biographique et à la nature même du média vidéo. Les différents niveaux de discours et variations rythmiques permettent l’expression de concepts essentiels à l’histoire de l’art tels que les survivances, les anachronismes ou les métamorphoses. Par ailleurs, l’examen de l’assimilation des œuvres d’art entre emprunts traditionnels aux films sur l’art et transformations dues à l’animation autorisent les formes non-verbales à prendre en charge l’histoire du pictural, faisant ressortir le potentiel heuristique des images répondant ainsi à l’hypothèse d’un musée imaginaire augmenté. Finalement, l’étude des codes de dramatisation du récit historique et les évocations de la modernité artistique viendront compléter cette analyse de la mise en scène de l’histoire de la création.

Résumé
14 h 00
Le libre jeu des images
Stéphanie Croteau (UdeM - Université de Montréal)

 

Cette communication propose d’aborder la série Les Aventuriers de l’art moderne en s’attardant spécifiquement aux procédures esthétiques, présentées par les réalisatrices comme étant une « narrativisation visuelle » d’œuvres picturales et littéraires de la modernité artistique de 1900 à 1945 à Paris. Deux hypothèses seront proposées : les arts visuels (peinture, dessin, sculpture, etc.) réunis sous la loupe des réalisatrices partagent ensemble leur spécificité médiatique pour créer des images intermédiales complexes. Il s’agira d’observer comment ces échanges provoquent un jeu de devenirs entre ces arts, et déplacent le commentaire de la série originairement dédié aux grandes figures de l’art moderne du XXe siècle vers les capacités de l’image audiovisuelle à devenir elle-même un dispositif moderne, dans ses modes de représentation comme dans l’expérience esthétique proposée. Il s’agira de faire voir comment, au-delà du récit (et ses effets de sens désirés), qui s’attarde à raconter la vie sociohistorique et artistique parisienne de cette période par l’entremise d’images de l’Histoire et de ses moult représentations (archives documentaires, œuvres de l’histoire des arts, images créées pour la série, etc.), certains objets (visuels, littéraires), à de très rares occasions, s’associent ou se dissocient librement dans l’image. On verra ce que cette liberté engage comme conception singulière de la « modernité artistique », celle notamment théorisée par Jacques Rancière.

Résumé
14 h 45
« Posture » littéraire et artistes : comment circulent les figures
Marie-Hélène CONSTANT (UdeM - Université de Montréal)

 

La série Les Aventuriers de l’art moderne pose la question de la représentation de figures historiques et de la circulation de ces dernières. Basés sur un ouvrage préexistant et un travail de recherche approfondi, ces six documentaires mettent en scène un réseau d’artistes dont les représentations picturales, les portraits littéraires et mythiques, ainsi que les œuvres forment la trame narrative et picturale de la production. La présente communication propose de mettre à l’épreuve un outil d’abord littéraire, afin d’éclairer la circulation de ces représentations dans le nouveau médium qu’est la série signée par Dan Franck. Par l’analyse du premier épisode de la série, nous essaierons de penser la notion de « posture », telle que définie par Jérôme Meizoz (2007), avec les représentations multiples des personnages historiques présentés : comment les réseaux d’artistes prennent-il forme? Comment le traitement pictural inspiré par l’œuvre joue t il sur la construction d’une « posture » d’artiste? Et comment ce traitement foncièrement intermédial des figures historiques construit-il de nouvelles postures à recevoir par un public contemporain?

Résumé
15 h 15
La figure de Max Jacob dans « Les Aventuriers de l’art moderne » : mémoire ou réinvention de l’histoire littéraire?
Karine Abadie (Memorial University)

 

Notre communication portera sur l’aspect littéraire de la série Les Aventuriers de l’art moderne et cherchera à analyser comment la figure du poète Max Jacob organise le récit et ordonne la narration. Nous verrons, dans un premier temps, en quoi la présence du poète à l’image opère une distinction entre les textes de Dan Franck et la série d’Amélie Harrault, et nous examinerons en quoi cette figure permet de rappeler un pan de l’histoire littéraire tout en la réinventant

Résumé
16 h 00
Synthèse