Connexion utilisateur

83e du Congrès de l'Acfas

Colloque 616 - Les récits de la prospective : design, urbanisme, littérature et art actuel

Mardi 26 mai de 09 h 30 à 18 h 30.
Responsable(s)
Christophe Abrassart Université de Montréal, Magali Uhl UQAM - Université du Québec à Montréal
Description

Ni tout à fait récit de fiction ni récit historique (tous deux étudiés par Paul Ricœur dans son ouvrage Temps et récit), le récit de prospective semble proposer un rapport particulier à la vérité, de l’ordre de la plausibilité, ainsi qu’au processus de réception des œuvres, au moyen d’une intensification délibérée et organisée de la dialectique expansive entre l’imagination et l’action, entre horizons d’attente et espaces d’expérience, ou encore entre utopies et idéologies.

Dans son ouvrage La culture au pluriel, Michel de Certeau souligne pour sa part qu’avec la prospective « le futur entre dans le présent sur le mode d’altérités », et que « la confrontation avec d’autres est le principe de toutes prospectives ». La prospective comme pratique discursive trouverait là son épistémologie : non pas celle de la prévision vérifiable, mais celle d’une interrogation critique et créative du présent médiatisée par des récits utopiques, étranges, ambigus ou surprenants, dont la force serait de nous inviter à penser et à agir autrement dans le monde. Cette approche rejoint par ailleurs ce que Michel Foucault définit dans son texte Qu’est-ce que les lumières comme une « ontologie historique de nous-mêmes » visant à diagnostiquer le présent de manière généalogique et expérimentale « pour saisir les points où le changement est possible et souhaitable ».

Le présent colloque se propose de réfléchir aux manières d’écrire et d’utiliser les récits de prospective, ces « futurs-rendus-présents tournés vers le pas encore » selon la belle formule de Ricœur, en invitant des chercheurs de différents horizons à confronter leurs démarches. Les récits de prospectives rendent-ils possible une refiguration originale de notre expérience du temps? Quels sont les effets de médiation recherchés par un « bon » récit de prospective? Comment, de quelles manières et selon quels styles des mises en récit littéraires, artistiques, d’expériences de design ou d’aménagement jouent-elles un rôle de prospective en ouvrant des voies inédites pour l’action collective? Par-delà la variété formelle des pratiques exploratoires et prospectives dans ces disciplines, peut-on repérer des points de convergence, ou même un noyau d’identité commune?

Mardi 26 Mai 2015

9 h 30 - 11 h 00
L’imagination prospective
Communications orales
Présidence/animation : Estelle Grandbois-bernard UQAM - Université du Québec à Montréal
Bâtiment – Local : CÉGEP – C352
9 h 30_rem_
Mot de bienvenue
9 h 45_rem_
Eleonora DIAMANTI UQAM - Université du Québec à Montréal, Alanna THAIN Université McGill

Fabuler la ville : cinéma et urbanisme

(Afficher le résumé)

Dans L’image-temps, Gilles Deleuze écrit : la fabulation « c’est une parole en acte, un acte de parole par lequel le personnage ne cesse de franchir la frontière qui séparerait son affaire privée de la politique, et produit lui-même des énoncés collectifs ». Fabuler, c’est créer des possibilités, de nouvelles vérités en falsifiant d’autres, c’est un récit de prospective. Dans cette communication nous nous pencherons sur le pouvoir de fabulation des images et des expérimentations cinématographiques dans la trame urbaine de la ville. En particulier, nous ferons référence au projet de recherche-création Cinema Out of the Box (Moving Image Research Laboratory, McGill University), cinéma mobile alimenté par une bicyclette qui anime les espaces publics, les friches urbaines et les terrains vagues de Montréal depuis l’été 2014. La fabulation se mélange alors avec l’imaginaire et la mémoire collective de la ville en créant des écologies urbaines et médiales.

10 h 05_rem_
Magali Uhl UQAM - Université du Québec à Montréal

Objectivement plausible, subjectivement imaginable : la prospective dans des œuvres littéraires et visuelles contemporaines (Murakami, Butler, Blum, Sansour, Prévieux)

(Afficher le résumé)

Partant des analyses de Michel de Certeau sur la prospective (La culture au pluriel, 1993), cette communication se propose d’interroger le modèle probabiliste, techniciste et l’optique futuriste des récits de science-fiction en les confrontant à d’autres grilles d’analyse, notamment à « l’imagination du désastre », exercice intellectuel proposé par le sociologue et urbaniste Mike Davies pour concevoir le Los Angeles du futur (Au-delà de Blade Runner, 2010).

C’est notamment à partir de deux récits littéraires, The Parable of the Sower d’Olivia E. Butler (1993) et 1Q84 de Haruki Murakami (2009-10) et de trois œuvres d’arts visuels, Nation Estate (Larissa Sansour, 2012), Exodus 2048 (Michael Blum,  2009) et What Shall We Do Next ? (Julien Prévieux, 2006-14) que sera illustrée une visée prospective qui prône subtilement l’appel à l’imaginaire et la nécessité de la fiction pour inventer, par le décalage retenu et l’amplification raisonnée, des futurs possibles.

10 h 25_rem_
Discussion
10 h 45_rem_
Pause
11 h 00 - 13 h 00
Récits innovants, récits déroutants 
Communications orales
Bâtiment – Local : CÉGEP – C352
11 h 00_rem_
Franck Scherrer Université de Montréal

Le cheminement du récit de fiction dans les méthodes de prospective territoriale en France : retour sur un engouement paradoxal

(Afficher le résumé)

Les méthodes de prospective ont été un instrument relativement privilégiées de l’action publique et de la culture technocratique française des années 70 à aujourd’hui, d’abord auprès d’administration de mission de l’Etat aménageur (Datar, Commissariat au Plan…), puis des grandes entreprises publiques (RATP, SNCF…), et enfin des grandes collectivités locales, notamment régionales, en lien avec le développement de la planification stratégique urbaine des années 90-00. Au cœur de la diffusion de cet instrument, la méthode des scénarios, presque toujours accompagnée par la pratique des récits de mise en fiction des futurs possibles, a joué une place prééminente. Il y a une dimension réellement paradoxale à voir  que l’on a accordé un statut performatif à une modalité d’énonciation du réel même futur, dont le rapport à la véridicité est très ambiguë, au coeur des rationalités technocratiques de la décision publique en matière d’urbanisme et d’aménagement du territoire. La communication tentera de baliser les étapes de ce cheminement paradoxal qui permet d’éclairer le rôle du récit de prospective dans ses perspectives formelles et procédurales.

11 h 20_rem_
Christophe Abrassart Université de Montréal

Le critical design : une prospective par les objets?

(Afficher le résumé)

Le design des objets est souvent associé à la production d’un ordre esthétique dominant (Lipovetsky et Serroy, L’esthétisation du monde, 2013), préfigurant les récits que nous faisons de nous-mêmes et nos efforts de stylisation.  Face à ce capitalisme artiste, « délire officiel d'une grande ville fait pour troubler le cerveau du solitaire le plus fort »  (Baudelaire, Un plaisant), des auteurs comme De Certeau (L’invention du quotidien, 1990) ou plus récemment Macé (Extension du domaine du style, 2010), Bon (Autobiographie des objets, 2012) ou Jenny (La vie esthétique, 2013), soulignent la possibilité de résistances créatives, productrices d’autres expériences stylistiques, formelles et rythmiques, passant par des usages désordonnés ou détournées des objets ordinaires. D’un autre côté, des designers explorent la possibilité de concevoir délibérément des objets à l’identité étrange ou inconnue avec l’objectif de déclencher une désorientation critique et une prise de conscience politique des usagers : c’est le cas du Critical design (ex. Dunne & Raby) ou du mouvement Droog. Or dans cette approche jouant sur la forme, la matérialité, la sémantique et la rhétorique des objets, la médiation prospective s’appuie moins sur un récit imaginaire que sur une expérience d’usage non verbale. Nous essaierons de voir comment le paradigme du « style en acte » (Jenny, 2011) permet de rapprocher ces deux voies. 

11 h 40_rem_
Discussion
12 h 00_rem_
Dîner
13 h 00 - 14 h 45
Ateliers de prospective urbaine 
Communications orales
Présidence/animation : Agnès BASTIN UdM-Institut d'urbanisme de l'Université de Montréal
Bâtiment – Local : CÉGEP – C352
13 h 00_rem_
Carole LÉVESQUE UQAM - Université du Québec à Montréal

La ville accueillante : les interventions du Welcoming City Design Studio dans l’espace public à Beyrouth

(Afficher le résumé)

La construction temporaire réside dans une zone grise de l’architecture. Par sa nature, elle dispute le rôle dominant que l’on attribue à la discipline, soit la promesse de solutions permanentes et définitives : la construction temporaire appelle aux possibilités alternatives. Dans le contexte actuel où les impacts sociaux, économiques, écologiques, ou plus largement éthiques des projets à grand déploiement sont souvent questionnables, la petite architecture temporaire permet d’explorer ces grandes préoccupations par un engagement direct avec la ville et ses habitants. En tant que méthode de conception prospective dans laquelle les idées provocatrices prennent la place de la solution de problème, l’architecture temporaire élargi l’éventail du plausible tout en participant activement dans le faire de la ville.

À la lumière d’actions menées sur l’espace public de Beyrouth, le Welcoming City Design Studio démontre que la construction temporaire est un outil appropriépour investiguer et engager l’imaginaire d’une ville qui soit porteuse d’un paysage ouvert et accueillant.

13 h 20_rem_
Nicolas LAVOIE Université de Montréal

Le Triangle 2025 : récits d’une promenade dans les parcs

(Afficher le résumé)

Le secteur Le Triangle, dans l'arrondissement de Côte-des-Neiges/Notre-Dame-de-Grâce à Montréal, fait l'objet d'une densification et d'une diversification de ses activités. Plusieurs nouveaux citoyens sont venus rejoindre des milliers d'autres et un véritable quartier est en train de naître. La création de nouveaux espaces publics, notamment de parcs et d'espaces verts revêt dès lors une importance primordiale pour la ville et ses occupants. La Ville de Montréal aurait pu se contenter de meubler ces espaces avec les traditionnels jeux pour enfants, les espaces gazonnés et quelques bancs, mais elle a choisi d'identifier les besoins des futurs utilisateurs de ces espaces en demandant aux citoyens de se projeter en 2025 lors de deux forums pour imaginer et décrire, sous forme de récits prospectifs, l'expérience qu'ils aimeraient vivre lors d'une promenade dans ce nouveau quartier. Cette expérience participative, qui sera brièvement décrite, constitue une opportunité pour analyser la fécondité et les effets du récit prospectif dans une démarche de planification urbaine, notamment sous l’angle de l’appropriation par tous de la fabrique de la ville. 

13 h 40_rem_
Christophe Abrassart Université de Montréal, Franck Scherrer , Nicolas Lavoie

Écrire le scénario de prospective comme une phrase expansive : l’atelier de prospective urbaine « Lachine 2040 : ville de l’économie circulaire »

(Afficher le résumé)

En prospective, la construction des scénarios s’appuie couramment sur un travail d’analyse  morphologique (Godet, 2007) : sélection de variables susceptibles de façonner l’avenir (ex. démographique, de gouvernance), formulation d’hypothèses d’évolution contrastées, et enfin écriture de scénarios par une combinaison particulière entre ces hypothèses. Ce raisonnement a servi de point de référence pour l’atelier 2015 de prospective stratégique de l’Institut d’Urbanisme sur le thème « Lachine 2040 : ville de l’économie circulaire ». Mais il a été enrichi par la théorie de la conception C-K (Hatchuel et Weil, 2002) : les hypothèses d’évolution de la variable principale, Les formes urbaines de l’économie circulaire, ont effet résulté d’un travail de conception innovante et les scénarios ont été écrits comme des phrases expansives à partir de concepts projecteurs (ex. « Les cités jardins des circulations organiques »), avec l’objectif de revisiter le référentiel cognitif de l’urbanisme. Écrites par  ajouts successifs d'attributs selon certaines règles (série d'oxymores, co-expansion entre l’imaginaire et le connu, cadrage  de champs d’innovation), ces phrases expansives ouvrent ainsi un autre modèle d’écriture du scénario de prospective. De plus, ce positionnement au niveau de la phrase, permettra d’établir un lien avec des analyses littéraires comme celle de Ricœur (1975) sur l’innovation sémantique et la référence métaphorique, ou celle de Jenny (1990) sur l’évènement figural.  

14 h 00_rem_
Discussion
14 h 30_rem_
Pause
14 h 45 - 16 h 15
Fictions technologiques 
Communications orales
Présidence/animation : Catherine DUCHESNEAU UQAM - Université du Québec à Montréal
Bâtiment – Local : CÉGEP – C352
14 h 45_rem_
Mouloud Boukala UQAM - Université du Québec à Montréal

De la personne en situation de handicap à l’« homme augmenté » : pistes prospectives au cinéma

(Afficher le résumé)

Cette communication vise à interroger le présent des personnes en situation de handicap à partir de récits filmiques prospectifs (AutomataAvatarSpace Pirate Captain Harlock2081, etc.) mettant en scène des « hommes augmentés », des « corps-machines », des « hybrides ». Alors qu’il n’existe à l’heure actuelle, parmi les prothèses corporelles disponibles aucune qui ne soient greffées à l’os ou contrôlables par la pensée, le septième art recèle de nombreux récits prospectifs offrant aux personnes en situation de handicap des possibilités techniques et des virtualités dynamiques inédites. Cette exploration de l’avenir – non pas d’un avenir, mais d’une pluralité d’avenirs ima(gin)és - sera l’occasion d’interroger la singularité anthropologique de personnes appareillées (leur indépendance, leur auto-détermination, leur auto-suffisance) par-delà leur singularité technologique. Comment ces récits explorent des dimensions ontologiques, physiques et sociales nouvelles ? Les mondes crées par l’imagination humaine sont-ils beaucoup plus inclusifs que les systèmes sociaux réels dans lesquels nous vivons ? Fort de ces interrogations, chaque film sera envisagé comme une proposition sociale en sons et en images susceptibles d’enrichir les « capabilités » (Amratya Sen et Martha Nussbaum) de l’ « homme à venir » et, plus précisément, des personnes en situation de handicap.

15 h 05_rem_
Gina CORTOPASSI UQAM - Université du Québec à Montréal

Simuler la crise : l’art hypermédiatique en temps réel

(Afficher le résumé)

L’œuvre hypermédiatique de Salvador Barajas, Tech-Illa Sunrise : Un/A Remix (2009), met en scène un récit ironique de science-fiction sur l’effondrement imminent de l’Internet. Rejouant les codes du genre cyberpunk à outrance, l’œuvre plonge l’internaute dans une crise du système informatique entraînée par l’infiltration et l’assaut concerté de pirates chicanos.

Pour ce colloque, nous explorerons en quoi la forme du remix hypermédiatique permet à Barajas de rendre sa critique opératoire en précipitant une expérience de l’immédiateté chez l’internaute. Piégé dans le présent, il fait l’expérience d’une menace de contamination rendue tangible par le dispositif hypertextuel, et ce, tout en contemplant les multiples contradictions et les anachronismes que révèle cet écroulement temporaire du Web. Les rapports de pouvoir propre au cyberdiscours, ses promesses d’émancipation et ses figures posthumaines sont alors interrogés. Le remix et son esthétique du rasquache performent ainsi une rébellion des laissés-pour-compte du WWW et témoignent des potentialités d’une insurrection de l’intérieur.

15 h 25_rem_
Discussion
15 h 45_rem_
Pause
16 h 15 - 17 h 30
Table ronde in situ : sampling universitaire  
Communications orales
Présidence/animation : Magali Uhl UQAM - Université du Québec à Montréal
Bâtiment – Local : CÉGEP – C352
16 h 15_rem_
Simon Harel Université de Montréal, Frédéric Dallaire UQAM - Université du Québec à Montréal, Mathieu Li-Goyette Université de Montréal

L’itinéraire-narrateur : témoignage, expérimentation et théorisation d’un voyage universitaire

(Afficher le résumé)

Dans le cadre des activités de recherche et de création du Laboratoire sur les récits du soi mobile (FCI) de l’Université de Montréal, nous ferons de notre itinéraire en direction de Rimouski une expérience de mobilité narrative où l’expérimentation audiovisuelle du récit de prospective comme ouverture d’un futur proche sera colligée avec celle du voyage académique. Dans la logique d’une communication utopique qui sera réalisée lors du trajet vers Rimouski (fait en deux journées), nous bricolerons une théorie portative nous permettant de produire du réel à force de désir et d’écriture. Ce récit de prospective sera en quelque sorte une utopie théorique s’interrogeant sur sa propre nature, comme une réflexion entreprise au risque de la mobilité. Elle cherchera à repérer, en deçà de sa propre méthodologie, les horizons axiologiques d’une réflexion pragmatique où le littéraire approcherait le réel de biais, c’est-à-dire par l’intermédiaire d’instances médiatiques scripturales, orales et visuelles.

16 h 45_rem_
Discussion
17 h 15_rem_
Mot de clôture
17 h 30 - 18 h 30
Vin d’honneur
Cocktail
Bâtiment – Local : CÉGEP – F005

Participez à la conversation

Nouvelle(s) du colloque

  • Le CELAT (Centre Interuniversitaire sur les lettres, les arts et les traditions) est partenaire du colloque. Plusieurs chercheurs du CELAT à l'UQÀM y présenteront une communication

  • Le Lab Ville Prospective de la Faculté d’aménagement de l’UdeM est partenaire du colloque et présentera ses projets et recherches en cours

  • Le Laboratoire sur les Récits du soi mobile (FCI, UdeM) dirigé par Simon Harel participera au colloque à partir de sa plateforme mobile qui accueillera la table ronde de clôture

Partenaire des activités scientifiques