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407 - Réformes des formations du secteur social et socialisation professionnelle

Le mardi 26 mai 2015

Ce colloque présente des recherches relatives aux effets des réformes des formations et de l’introduction des référentiels professionnels dans la professionnalisation du secteur du travail social et des pratiques des travailleurs sociaux. Il s’ouvrira à des travaux portant sur des champs confrontés à une problématique similaire (santé et éducation, par exemple). Sa problématique prendra également en compte d’autres phénomènes comme l’influence de la nouvelle gestion publique ou les effets générationnels sur les pratiques professionnelles.

Le thème traite d’une préoccupation majeure chez les formateurs des professions d’aide et chez l’ensemble des intervenants sociaux eux-mêmes. Les réformes du secteur social sont au cœur des débats autant dans les milieux de pratique que de formation en sciences sociales, psychoéducation, sociologie et psychologie. Plusieurs enjeux politiques et législatifs actuels ont une incidence capitale sur les programmes de formation aux niveaux collégial et universitaire. En quoi ces enjeux touchant la professionnalisation et l’identité des intervenants sociaux sont-ils aussi des enjeux de la formation théorique et pratique? Les réformes et les référentiels viennent-ils mettre en péril l’identité professionnelle et la socialisation professionnelle? Ou encore les réduire à une expertise redéfinie à partir de savoirs et de compétences, et de mise en œuvre de bonnes pratiques afin d’atteindre des résultats standardisés et légalisés? Les réformes et les référentiels de compétences sous-tendent-ils une définition de l’exercice de la profession, limitent-ils le champ d’expertise à ces compétences et justifient-ils la mise en œuvre d’une certification de formation commune aux professions du travail social?

La formation implique un travail critique, un examen réflexif et continu. L’exercice du travail social exige une filtration des croyances, des valeurs, des idéologies et des philosophies d’intervention dans le temps ainsi qu’un travail de confrontation aux situations changeantes et circonstancielles. Au moment où l’on cherche à développer une pratique réflexive, tant en sciences sociales que dans les disciplines connexes, on assiste à la mise en place de mécanismes régulateurs et législatifs visant à prescrire des référentiels de compétences.

La réflexion, la créativité, l’innovation et l’ancrage de la pratique réflexive sont-ils encore possibles dans ce contexte en mutation? La socialisation professionnelle, qu’elle se déroule sur la scène de la formation initiale en alternance ou de la formation continue en cours d’emploi, ou sur les terrains des pratiques professionnelles, notamment à travers les mobilités, connaît-elle des transformations dans cet environnement contingenté par ces nouvelles régulations? Quelles seraient les caractéristiques de ces transformations, leurs enjeux et leurs perspectives, à travers le prisme de la professionnalisation?



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Colloque
Section 400 - Sciences sociales
Responsables
UQAC - Université du Québec à Chicoutimi
EFPP-Ecole de formation psycho-pédagogique
ETSUP - École supérieure de travail social
EHESS - École des hautes études en sciences sociales
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Avant-midi
08 h 30 à 16 h 30
Communications orales
Réformes des formations du secteur social et socialisation professionnelle
Présidence/Animation : Louise Carignan (UQAC - Université du Québec à Chicoutimi)
08 h 30
Mot de bienvenue
09 h 00
Contexte du colloque et perspectives de réflexion
Louise Carignan (UQAC - Université du Québec à Chicoutimi), Yvette Molina (EHESS - École des hautes études en sciences sociales)
09 h 30
Transformations du travail social : des réformes aux pratiques professionnelles
Yvette Molina (EHESS - École des hautes études en sciences sociales)

Depuis les années 1980, le secteur de l'action sociale et médico-sociale connaît de profondes transformations. Ces dernières se développent dans un contexte labile tant sur le plan économique, politique, juridique et social qui impacte directement le travail social sur le plan international.

La conférence introductive de ce colloque a pour objectif d'identifier et d'analyser les enjeux de ces mutations tant dans le champ de la formation préparant aux professions sociales que dans le champ des pratiques professionnelles de l'intervention sociale. Ces deux mondes sociaux sont étroitement imbriqués, voire interdépendants.

Ainsi, l'introduction de réformes et/ou de référentiels professionnels dans la formation se présentent comme des marqueurs des adaptations des pratiques telles qu'elles sont attendues par les différents acteurs de la socialisation professionnelle : les pouvoirs publics, les instances de tutelle, les employeurs, les organisations ou les ordres professionnels, les établissements de formation. Ces transformations s'accompagnent de nouvelles régulations collectives dans les processus de professionnalisation.



Résumé
10 h 30
Pause
10 h 45
Le travail social au Québec : évolution ou régression
Louise Carignan (UQAC - Université du Québec à Chicoutimi)

Au Québec, le travail social a évolué d'une visée vocationnelle et confessionnelle basée sur la charité et la philanthropie, en passant par la bureaucratisation et l'institutionnalisation, pour ensuite se professionnaliser, s'affirmer dans une identité et une spécificité qui lui sont propres. Au fil du temps, le travail social a pris appui non seulement sur les savoirs d'expérience, mais sur les recherches scientifiques, basées les interventions sur des données probantes. Aujourd'hui, on cherche à légiférer le travail social et à lui prescrire un référentiel de compétences. Dans le modèle la nouvelle gestion publique, le travail social est aussi de plus en plus normé, il doit répondre à des guides de bonnes pratiques. Ce type d'action pourrait-il contribuer à la déprofessionnalisation du travail social, restreindre l'autonomie professionnelle, et donc à faire régresser la profession du travail social plutôt qu'à la faire évoluer?

Résumé
11 h 15
Perspectives et segmentations inter et transgénérationnelles
Alain BONNAMI (EFPP-Ecole de formation psycho-pédagogique)

L'un des axes retenu et transversal à cette recherche franco-québécoise «Réformes des formations du secteur social et socialisation profesionnelle» est celui des « effets générationnels » générés ou non par les réformes des formations avant et après l'introduction des référentiels dans la formation en travail social tant en France qu'au Québec. Dans cette perspective, l'approche par les « segmentations générationnelles » (Demailly, et De la Boise 2009) semble pertinente afin d'étudier les effets des réformes et/ou de l'introduction des référentiels normés dans la socialisation professionnelle des travailleurs sociaux à plus d'un titre. Les « catégories générationnelles » telles qu'elles sont reprises par Dominique Méda et Patricia Vendramin (2010, 2013) constituent par ailleurs, des points d'appui théoriques éclairant afin d'analyser les processus de socialisation professionnelle (Dubar, 2010) pour ce secteur. Cette typologie retient trois générations d'actifs : les moins de 30 ans, qui constituent le groupe dit « jeune » ; les âgés de 30 à 50 ans ou la « génération du milieu » ; et les plus de 50 ans ou « groupe plus âgés ». A partir notamment du recoupement d'entretiens compréhensifs adressés à des cohortes de chaque génération d'actifs, cette recherche vise à comprendre la perception propre des unes et des autres, leurs motivations, attentes et revendications vis-à-vis du travail, leurs valeurs de référence.

 

Résumé
12 h 00
Dîner
13 h 30
Une approche comparée des pratiques et des identités professionnelles des intervenants sociaux en France et au Québec : résultats préliminaires de la recherche
Philippe LYET (ETSUP - École supérieure de travail social )

 La nouvelle gestion publique génère à l'intérieur des organisations du travail social en France et au Québec de nouvelles stratégies de management qui se traduisent par une régulation de contrôle (Jean-Daniel Reynaud, 1988) plus forte de la part de l'encadrement sur les travailleurs sociaux. Ceux-ci, dans leur majorité, identifient des limites à cette nouvelle stratégie et développent des "zones d'incertitude" pour continuer d'agir autant que possible selon des principes et des méthodologies qui leur conviennent. Dans cette évolution générale, il apparait tout d'abord un mouvement de "résistance" plus important en France qu'au Québec fait de protestations individuelles ou collectives. Les cadres sont en capacité de décrire les tenants et les aboutissants de ces évolutions quand les TS n'en voient que les effets sur leurs pratiques. Ils affirment une "éthique de la responsabilité" en tentant de trouver des solutions de faisabilité. On repère enfin une différence de positionnement entre les plus anciens et les plus jeunes, en particulier en France. Les plus anciens défendent une "éthique de la conviction"  et construisent parfois un "front du refus". Les plus jeunes sont plus pragmatiques et ne rejettent pas a priori les évolutions mais peuvent en montrer les limites et cherchent des accommodements concrets. Il est difficile de dire si cette différence de positionnement vient du parcours de formation (lié à la mise en place des référentiels) ou à un effet générationnel, ou aux deux.

Résumé
14 h 00
Vers de nouvelles pratiques professionnelles dans l'aide à domicile : la socialisation à travers le prisme de la professionnalisation
pierre artois (ULB - Université Libre de Bruxelles)

Cette contribution présente une modification des rapports de socialisation à travers une analyse des transformations de l'ethos professionnel des aides familiales en Belgique. Il s'agit d'un groupe professionnel opérant dans l'aide à domicile au marge du salariat dont l'activité est caractérisée par des incertitudes prégnantes sur et dans le travail. Les données proviennent d'une enquête mixte longue de 4 années (approche ethnographique couplée à un recueil statistique, récolte de plus de 400 questionnaires et enfin une trentaine d'entretiens qualitatifs approfondis).

Résumé
14 h 30
Contribution pour une approche esthétique de l'intervention sociale
Francis LOSER (HES-SO - Haute école spécialisée de Suisse occidentale)

Révélateurs des transformations sociales actuelles, l'introduction de la sémantique des compétences dans le domaine du travail social a généré de profondes mutations au niveau des pratiques et de leur évaluation : gestes professionnels réduits à leur part objectivable et mesurable, fractionnement des activités en tâches et niveau de compétence, segmentation des pratiques, etc. Cette remise en cause de l'horizon de sens du travail social concerne bien sûr la formation qui, en Suisse, s'est convertie à une approche modulaire ancrée à un référentiel de compétences. Pour fonder une approche critique de cette perspective positiviste, normative et individualisée de l'intervention sociale, je propose de revenir aux fondements de l'agir humain en rapport à sa contextualisation (Goffman, 1974, 1991), sa part de créativité (Joas, 2008) et sa corporéité (Bourdieu 1980 ; Shusterman, 2009). Sous cet éclairage, nous verrons que l'activité des travailleurs sociaux, à bien des égards, relève d'un paradigme esthétique qui invite à concevoir l'action non coupée de la réflexion et de la sensibilité.

Résumé
15 h 15
Pause
Après-midi
15 h 45 à 16 h 15
Panel
Table ronde : professionnalisation et perspectives d'avenir
Participants : pierre artois (ULB - Université Libre de Bruxelles), Louise Carignan (UQAC - Université du Québec à Chicoutimi), Francis LOSER (HES-SO - Haute école spécialisée de Suisse occidentale), Philippe LYET (ETSUP - École supérieure de travail social )
16 h 15
Mot de clôture