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80e du Congrès de l'Acfas

Colloque 635 - Apocalypse(s) et imaginaires de la fin

Du jeudi 10 mai à 09 h 00 au vendredi 11 mai à 17 h 30.
Responsable(s)
Patrick Bergeron University of New Brunswick, Joseph Levy Réseau de recherche en santé des populations du Québec
Description

Ce colloque s’inspire de l’aura apocalyptique conférée à l’année 2012 pour proposer une série de réflexions sur la fin du monde et les scénarios de mort universelle qui l’accompagnent d’ordinaire. Si les visions d’apocalypse ont de tout temps fait partie des structures narratives par le biais desquelles l’humanité a pensé ou imaginé le devenir de la vie sur terre, il nous a semblé que nous assistions, en ce moment, surtout depuis le 11 septembre 2001, à une réactivation sans précédent des discours, mythes et métaphores liés, de près ou de loin, à l’idée de catastrophe totale. Issus d’un contexte biblique (Apocalypse, Armageddon, Jugement dernier) avec lequel ils ont souvent accusé d’importantes distances (notamment en matière de pessimisme), les imaginaires de la fin qui s’affirment aujourd’hui semblent s’être amalgamés à une diversité de pratiques créatrices et d’activités sociales de l’être humain. Du cinéma-catastrophe hollywoodien aux prédictions touchant le réchauffement climatique; des discours sur l’Allemagne nazie à ceux sur le sida ou la grippe H1N1; des tensions de Washington avec le Moyen-Orient aux tsunamis survenus au large des côtes de l’Indonésie ou du Japon, combien d’enjeux actuels ne prêtent pas à une transposition sous forme d’apocalypse? La thématique apocalyptique constitue même un point de rencontre, qui eût paru improbable il y a à peine 15 ou 20 ans, entre la recherche universitaire et la culture populaire, avec notamment l’étude transmédiatique de fictions post-apocalyptiques dans la bande dessinée, les téléséries ou les jeux vidéo, sans compter les scénarios d’apocalypse zombie auxquels s’intéressent de plus en plus d'universitaires. Ce colloque, ouvert à des chercheurs de toutes disciplines, se propose de faire le point sur la question. Du fait de sa transdisciplinarité, il permettra de dégager des perspectives inédites sur notre souci de l’avenir.





Jeudi 10 Mai 2012

9 h 00 - 10 h 40
Apocalypses religieuses I
Communications orales
Présidence/animation : Joseph Levy Réseau de recherche en santé des populations du Québec
Bâtiment – Local : Palais des congrès – 512B
9 h 00_rem_
Mot de bienvenue
9 h 20_rem_
Sonia Sarah Lipsyc Communauté sépharade unifiée du Québec
Lexique inachevé du messianisme et de quelques aspects de l’au-delà dans la tradition juive
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Le terme d’apocalypse, d’origine grecque, est utilisé pour la première fois dans des écrits chrétiens. Cependant il existe des traces de cette notion dans des textes juifs à l’intérieur comme à l’extérieur du canon biblique hébraïque. Qu’est-ce que ces notions d’apocalypse dans le sens de « révélation » voire de « divulgation de la fin des temps » recouvrent dans la tradition juive (biblique et talmudique) ? Est-ce que la notion de messianisme correspond à la fin des temps ? Qu’est-ce que cette notion centrale de messianisme suppose comme protocole de dénouement ? Quel serait l’ordre dans l’imaginaire des textes bibliques et talmudiques de ces temps messianiques entre le rassemblement des exilés du peuple d’Israël, la résurrection des morts, le jour du jugement à la fin des temps et le monde à venir ?

Nous étudierons ces notions ou d’autres qui réfèrent à l’eschatologie en étudiant ces termes dans  leur étymologie hébraïque et leur compréhension dans la pensée biblique et talmudique.

Nous nous appuierons sur les sources bibliques comme Genèse, des Prophètes (Ezéchiel, Isaïe etc.) ou le livre de Daniel ; sur les sources talmudiques, notamment le traité Sanhedrin et sur le commentaire majeur du philosophe juif Maimonide (1135-1204). Nous mettrons ainsi en valeur un lexique (inachevé) du messianisme et de quelques aspects de l’au-delà qui livrera quelques éléments quant à la représentation des imaginaires de la « fin » ou des recommencements dans la tradition juive.

9 h 40_rem_
André Gagné Université Concordia
L’interprétation de la « fin du monde » dans l’Apocalypse de Jean et chez certains groupes gnostiques
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Plusieurs des scénarios apocalyptiques modernes qui conçoivent une « fin du monde » imminente s’inspirent en grande partie du langage cataclysmique déferlant sur les pages de l’Apocalypse de Jean. Les premiers chrétiens, cependant, ne croyaient pas seulement en une destruction du monde, mais aussi à l’établissement d’une nouvelle création, à de « nouveaux cieux et à une nouvelle terre » (Ap. 21,1). Mais une telle perspective n’est pas la seule manière dont les croyants de l’époque comprennent « la fin du monde ». Plusieurs autres groupes marginalisés, tels les gnostiques, étaient d’avis que l'on pouvait déjà vivre « la fin du monde » et atteindre un état de transcendance au moyen de la connaissance (gnose). Ils n’envisageaient donc pas la création de « nouveaux cieux et d’une nouvelle terre », mais plutôt un retour au  « plérôme », lieu de la plénitude divine et de leur origine première. Cette communication a pour but de comparer l’interprétation de la « fin du monde » pour l’auteur de l’Apocalypse de Jean et celle de textes attribués à des groupes gnostiques. Une telle démarche servira à montrer comment l’idée de la « fin du monde » s’est muée selon les préoccupations et le milieu de vie de chaque communauté croyante.

10 h 00_rem_
Discussion
10 h 20_rem_
Pause
10 h 40 - 12 h 00
Apocalypses religieuses II
Communications orales
Présidence/animation : Laurence Charton Institut national de la recherche scientifique
Bâtiment – Local : Palais des congrès – 512B
10 h 40_rem_
Jean-René Milot UQAM - Université du Québec à Montréal, Frédéric Castel UQAM - Université du Québec à Montréal
L’Apocalypse dans l’islam, d’hier à aujourd’hui, de la tradition à la blogosphère
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Dans l’islam, l’Apocalypse est centrée sur deux figures antagonistes: al-Mahdi (le Mahdi), qui personnifie les forces du bien et al-Dadjal (l’Antéchrist), qui personnifie les forces du mal. Aucun de ces deux noms n’apparaît dans le Coran ou dans des hadiths fiables, ce qui donne libre cours à l’imaginaire religieux et à l’instrumentalisation politique. Chez les sunnites, l’histoire a vu surgir un nombre impressionnant de Mahdis autoproclamés aussi bien que de personnages coraniques auxquels les érudits ont attribué ce titre. Chez les chiites, la théologie est beaucoup plus précise: le Mahdi, c’est l’Imam (Ali et ses descendants) forcé à l’occultation par les forces du mal mais qui reviendra rétablir la justice sur terre. La révolution iranienne de 1979 a démontré le potentiel politique de la doctrine chiite. Avec plus de force aujourd’hui sur la blogosphère, des musulmans établis dans la migraspora d’Occident s’interrogent sur les «signes» de la fin des temps et sur le Dadjal que certains ont assimilé à George Bush ou à d’autres. Bien que certains blogueurs aient un discours qui n’est pas étranger à certaines mouvances musulmanes, d’autres laissent libre cours à des interprétations personnelles ou à des idées dans l’air du temps. Ceci donne à penser qu’Internet a permis l’éclosion d’une «pensée sauvage» préoccupée de donner un sens aux difficultés de notre temps. Nous proposons un premier contact avec cet imaginaire qui se manifeste sur la blogosphère musulmane francophone.

11 h 00_rem_
Mathieu Boisvert UQAM - Université du Québec à Montréal
Vision apocalyptique sud-asiatique?
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A prime abord, le scénario de « mort universelle » mis de l’avant par les différentes visions apocalyptiques ne peut être appliqué aux différentes traditions religieuses sud-asiatiques, celles-ci proposant une conception du temps plutôt cyclique que linéaire.  Oui, fin il y aurait, mais que temporaire, avant de ne permettre un recommencement.  Cette communication propose donc, tout simplement, de présenter les grandes lignes de l’imaginaire de la fin telles que présentées dans les traditions hindoue et bouddhiste theravāda.  Nous aborderons donc la notions de pralaya, de destruction de l’univers, telle que  mise de l’avant par l’hindouisme (et plusieurs branches bouddhistes) en prenant soin de situer celle-ci dans un contexte plus large, soit dans la perspective cyclique inhérente aux différentes philosophies sud-asiatiques.  La notion de nirvāna – littéralement, « extinction » – devra également être présentée afin de souligner cette finalité propre au bouddhisme, finalité individuelle, mais inexorablement irréversible.  En conclusion, nous évaluerons si nous pouvons déceler ou non une tendance apocalyptique – tout au moins tel que l’étymologie du terme nous laisse comprendre le mot « apocalypse » - dans l’une ou l’autre des traditions religieuses ayant émergé en Asie du sud.



11 h 20_rem_
Discussion
11 h 40_rem_
Pause
14 h 00 - 15 h 40
Constructions sociales du fléau
Communications orales
Présidence/animation : Mouloud Boukala Université Laval
Bâtiment – Local : Palais des congrès – 512B
14 h 00_rem_
Laurence Charton Institut national de la recherche scientifique
La notion d'apocalypse dans les discours sur la population : représentations, usages, interprétations et enjeux sociaux et politiques
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En 1968, Paul Ralph Ehrlich, un biologiste américain, publie un livre intitulé The Bomb Population (traduit en français en 1971 sous le titre La Bombe P), dans lequel il professe que dans les années 1970 et 1980, des centaines de millions d’humains périraient faute de moyens pour les nourrir. Habité par une vision apocalyptique de la situation des années 1960, il prédisait donc le pire, qui ne s’est pas produit. Régulièrement, de telles prédictions reviennent pourtant dans des discours démographiques, écologistes, etc. et sont tout aussi régulièrement contestés notamment dans des discours pronatalistes. Le vocabulaire apocalyptique employé pour décrire l’évolution démographique de la population (que ce soit pour en souligner les conséquences liées à une sur-population ou à une sous-population) nous conduira, dans le cadre de cette communication, à cerner à partir d'illustrations tirées d'un corpus de textes variés (écrits scientifiques et de vulgarisation, articles de journaux, sites Internet), la place de ce concept dans les prédictions démographiques, ses usages, ses interprétations et ses enjeux sociaux et politiques.



14 h 20_rem_
Joseph Levy Réseau de recherche en santé des populations du Québec
Le thème de l’apocalypse dans les représentations de l’épidémie du VIH/sida
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Depuis les années 1980, l’occurrence du VIH/sida  constitue une préoccupation importante dans le champ biomédical et socioculturel, en particulier dans les pays fortement touchés par cette épidémie qui affecte les forces vives de ces sociétés et menace leur avenir, comme c’est le cas dans des pays africains. Les répercussions sur les structures démographiques et occupationnelles, les coûts psychologiques et économiques importants viennent colorer la perception de cette épidémie, l’associer à des fléaux du passé et nourrir des perspectives de type apocalyptique, alimentées par les croyances et les discours religieux fondamentalistes. Ceux-ci viennent donner sens à cet événement, en expliquer les raisons en fournissant une grille d’interprétation et orienter les normes et pratiques quotidiennes en conformité avec les injonctions religieuses. Le vocabulaire apocalyptique peut aussi aider à souligner sa dimension sensationnaliste, comme c’est le cas des médias, et servir de métaphore dans les analyses scientifiques et prospectives. À partir d’exemples provenant de différentes sources (études ethnographiques et religiologiques, articles de presse, rapports scientifiques, création littéraire et cinématographique, sites Internet), cette présentation cernera la place de la notion d’apocalypse dans les représentations du VIH/sida  et dégagera sa généalogie religieuse et profane, ses usages, ses interprétations et ses répercussions sur la construction sociale de l’épidémie.

14 h 40_rem_
Viviane Lew Centre de santé et de services sociaux de La Haute-Gaspésie
Apocalypses, fin du monde et santé mentale : perspectives psychiatriques
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Le thème de l’apocalypse présente un intérêt certain du point de vue psychiatrique et il peut être étudié à partir de deux grandes perspectives. La première consiste à étudier la place des délires apocalyptiques ou de fin de monde chez des patients et à en cerner ses représentations,  ses fonctions, sa distribution selon les troubles de santé mentale, les profils démographiques (sexe, statut marital, âge, etc.) et socioculturels (appartenance religieuse). À partir d’exemples tirés de la littérature psychiatrique transculturelle, en particulier dans le cas de la schizophrénie, nous présenterons certaines de ces facettes pour mettre en évidence la diversité des contenus apocalyptiques et leurs fonctions psychologiques. La seconde perspective consiste à s’interroger sur l’impact des paradigmes apocalyptiques sur la santé mentale,  en particulier dans l’occurrence du suicide, comme le montrent des études portant sur les sectes contemporaines et leurs leaders , par exemple celles du Peoples Temple à Jonestown, ou du Mouvement pour la restauration des Dix commandements de Dieu en Ouganda. Ce survol permettra de mieux situer la place de cette thématique dans le contexte de la réflexion sur les problèmes de santé mentale et de proposer quelques pistes de recherche. 

15 h 00_rem_
Discussion
15 h 20_rem_
Pause
15 h 40 - 17 h 30
Cinéma d'apocalypse
Communications orales
Présidence/animation : Patrick Bergeron University of New Brunswick
Bâtiment – Local : Palais des congrès – 512B
15 h 40_rem_
Bertrand Gervais UQAM - Université du Québec à Montréal

Un imaginaire de la fin cinématographique : entre le littéral et l’allégorique

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Le cinéma nous a donné, ces dernières années, une quantité impressionnante de films à caractère apocalyptique. La fin du monde, comme toujours, fait vendre. Hollywood, on le sait, adore cette recette et multiplie à l’envi les blockbusters, de 2012 à The Book of Eli. Mais l’imaginaire de la fin intéresse aussi des réalisateurs dont les projets sont plus personnels. Ces apocalypses intimes exploitent les figures de l’imaginaire de la fin en ne cherchant pas une simple répétition de ses principaux motifs, mais en en proposant une version contrastée. On peut penser notamment à Biutiful d’Alejandro Gonzalez Innaritù (2010), The Tree of Life de Terence Malick (2011) et Melancholia de Lars von Trier (2011). C’est à explorer les liens entre le littéral et l’allégorique dans ces trois films que cette communication sera consacrée.

16 h 00_rem_
Mouloud Boukala Université Laval
La figure du prophète dans Take Shelter (Jeff Nichols, 2011)
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Cette communication vise à partir du second film de Jeff Nichols, Take Shelter, à présenter et à analyser la structure narrative d’un film à teneur apocalyptique en portant un intérêt tout particulier à la figure du prophète. Curtis La Forche, père de famille et ouvrier dans la construction dans une petite banlieue de l’Ohio, est le seul à percevoir certains signes annonciateurs (perturbations climatiques, nuées d’oiseaux, etc.) d’une catastrophe imminente. Dès lors, il entreprend de protéger sa famille par la construction d’un abri souterrain. L’état de l’Ohio est régulièrement l’objet de tornades dévastatrices et meurtrières. L’un des enjeux du film repose sur la nature des perceptions du protagoniste principal et leur interprétation : s’agit-il d’hallucinations (hypothèse de la maladie mentale) ou des prémices d’une catastrophe totale ? 

Trois pistes d’analyse anthropologique portant sur l’être humain, l’espace humain et l’espèce humaine seront développées :

- l’individu (l’histoire de ce qui n’arrive qu’à une conscience) face à la collectivité ;

- la protection de soi (traitement psychiatrique) et la protection des autres (abri souterrain, rapport terre/ciel) ;

- attitude du prophète dans une perspective comportementaliste (rupture de l’ordre établi, la parole qui le force à parler malgré lui) et parrèsiastique (dire aux individus la vérité d’eux-mêmes qui se cache à leurs propres yeux).

16 h 20_rem_
Discussion
16 h 40_rem_
Plénière

Vendredi 11 Mai 2012

9 h 00 - 10 h 20
Homo disparitus
Communications orales
Présidence/animation : Patrick Bergeron University of New Brunswick
Bâtiment – Local : Palais des congrès – 512B
9 h 00_rem_
Christian Chelebourg Université de Nancy

Le spectre de Neandertal : écofictions biologiques et extinction de l’homme

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Les écofictions composent un portrait de l’homme en espèce menacée. Les théories de la coévolution, exploitées par Michael Crichton dans Prey ou Greg Bear dans Darwin’s Radio, font de la position dominante qui est la nôtre une menace de prochaine déchéance. Dans le même temps, les alarmes concernant la perte de la biodiversité entretiennent l’idée d’une transformation rapide de la biosphère, qui nourrit l’angoisse d’une sixième extinction à venir ou déjà en route. Dans ce contexte, la mystérieuse disparition des Néanderthaliens, mise en avant par Jacques Malaterre en relais des anthropologues, apparaît comme une épée de Damoclès suspendue sur la tête de l’homo sapiens. Maxime Chattam, dans La Théorie Gaïa, l’invoque en preuve de la furie génocidaire des Cro-Magnons dont nous descendons et qui s’apprête, selon lui, à se refermer sur nous comme un piège. Les rêveries sur l’avenir biologique de l’homme orientent l’imaginaire écofictionnel dans le sens d’une réflexivité mélancolique, habitée par la conviction d’une fin imminente qui est avant tout conscience douloureuse d’un essoufflement.

9 h 20_rem_
Jean-François Chassay UQAM - Université du Québec à Montréal
Monstration de l’apocalypse : quand cirque et génétique interrogent l’éthique
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Qu’est-ce qu’un monstre? La définition, complexe, prend une coloration particulière à une époque où la biologie moléculaire ouvre des possibilités extraordinaires ou atroces pour l’humanité, des améliorations ou des monstruosités selon les points de vue. Le monstre a toujours été une figure apocalyptique et, depuis le Frankenstein de Mary Shelley, il est lié à la science et à des choix éthiques parfois douteux ou ambivalents. Ce miroir de l’être humain « naturel » qu’est depuis toujours la création artificielle, aujourd’hui le clone largement fantasmé, provoque les pires craintes en même temps qu’une fascination. De quel droit et à quel prix pouvons-nous modeler l’être humain? Et à partir de quel moment la modification de l’humanité conduit-elle à sa fin?

À défaut d’une réponse claire, nous examinerons ces questions à la lumière d’un roman démentiel de Katherine Dunn intitulé Geek Love. Métaphore du monde contemporain, mais relecture également d’une époque récente où la définition de l’humanité se voyait beaucoup plus restreinte qu’aujourd’hui, Geek Love raconte l’histoire d’un cirque, espace où les excès et les dépassements n’ont aucune limite. Le roman révèle la figure du monstre avec une envergure difficile à dépasser. Le lecteur bascule dans un univers où la différence devient irrécupérable. Tout ce roman énonce le monstrueux et nous propulse vers une catastrophe absolue qui révèle un univers près du nôtre, même si ce n’est pas facile à admettre.

9 h 40_rem_
Discussion
10 h 00_rem_
Pause
10 h 20 - 11 h 40
Esthétiques de la fin des temps
Communications orales
Présidence/animation : Joseph Levy Réseau de recherche en santé des populations du Québec
Bâtiment – Local : Palais des congrès – 512B
10 h 20_rem_
Valentina Miraglia Université de Limoges

Villes imaginaires après l'apocalypse : Das Wort aus Stein (La parole de pierre) de Kurt Rupli (1939)

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Das Wort aus Stein de Kurt Rupli est plus qu'un film de science-fiction. Ce film institutionnel commandé par Hitler en 1939 est l'expression d'une démesure délirante qui fait appel au cinéma pour reconstruire virtuellement le décor de la vie subjective et sociale qui accueillera la nouvelle idéologie technocratique allemande. L’esthétique urbaine de Das Wort aus Stein est proche de la puissante ville inventée bien avant par Lang et ses décorateurs.

Ce film retrace la carte topographique de la future Reichstadt sous le bombardement ennemi qui menace l'Allemagne. Une avalanche de pierre, présage prémonitoire de la catastrophe, sert de générique au projet urbain post-apocalyptique de Hitler.

Berlin n'est pas encore bombardé quand le film est tourné (quelques mois avant la guerre). Par contre, dans les derniers mois, alors que dehors les ruines sont partout, Hitler passe de longs moments dans la contemplation des maquettes.

Dans ce labyrinthe architectural du pouvoir nazi, la caméra seule semble avoir le droit de pénétrer. Un mouvement d’appareil découvre le tableau d’Otto Von Bismark dans le studio du Führer, seul écho humain privilégiant la continuité historique avec le passé militaire et glorieux de l’Allemagne. À travers l'analyse de certains passages du film, des photos de tournage, des maquettes et des photos des architectures mutilées qui ont survécu à la guerre, seront reconstituées les circonstances de production de ces villes monumentales imaginées après l'apocalypse.

10 h 40_rem_
Antonio Dominguez Leiva UQAM - Université du Québec à Montréal
L´Apocalypse par la bande
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Bien qu’elle y soit singulièrement méconnue, la tradition apocalyptique occupe une place de choix dans l’histoire de la bande dessinée, nourrie à la fois d’une iconographie partagée avec les arts visuels et d’un répertoire narratif hérité des récits littéraires. Comme dans ces derniers, c’est bien davantage l’imaginaire post-apocalyptique qui est en jeu (récits du dernier homme, refondation des sociétés de survivants, etc), dans un vaste ensemble d’œuvres qui couvrent les principaux continents de l’art séquentiel allant de l’Argentin El Eternauta (Oesterheld et Solano Lopez, 1957-9, puis avec Brecchia, 1969)  à l’Espagnol Hombre (Segura et Ortiz, 1981-1997) et la Française La Survivante (Paul Gillon, 1981-1991) aux comic books états-uniens Kamandi: The Last Boy on Earth (Jack Kirby, 1972-78) et Y The Last Man (Brian K. Vaughan et Pia Guerra, 2002-08) ou encore le manga épique Le Survivant (Takao Saito, 1976-78). Par une perspective comparatiste de ces grandes sagas, nous interrogerons l’existence d’un (post)apocalyptisme proprement bédéique.



11 h 00_rem_
Discussion
11 h 20_rem_
Pause
14 h 30 - 16 h 00
Apocalypse zombie
Communications orales
Présidence/animation : Jérôme-Olivier Allard Université de Montréal
Bâtiment – Local : Palais des congrès – 511-F
14 h 30_rem_
Patrick Bergeron University of New Brunswick

Debout les morts! Écrire l’apocalypse zombie, d’Andrevon à Whitehead

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Depuis que le film-culte de Romero, Night of the Living Dead (1968), a fixé les contours du mythe, le zombie fait partie des icônes de l’horreur aux côtés du vampire, du loup-garou et de la momie. Des publications et des colloques savants lui sont aujourd’hui consacrés. Des zombie walks sont organisées dans diverses villes du monde. On parle d’apocalypse zombie pour décrire des scénarios de fin du monde provoquée par une invasion de morts-vivants. Or, si les revenants en général jouissent d’une solide tradition littéraire, les œuvres marquantes inspirées par les zombies relèvent avant tout du cinéma (Romero, Fulci, Boyle), de la bande dessinée (Kirkman), du jeu vidéo (Resident Evil) et de la télévision (Darabont). Le roman de zombies est-il en reste ? D’un point de vue quantitatif, non, car il s’écrit une quantité colossale de romans sur les zombies (Keene, Maberry, McKinney, Moody, Wellington…). Du lot, aucune œuvre ne s’est vraiment imposée comme chef-d’œuvre, malgré les initiatives originales de Brooks (guide de survie en territoire zombie), Grahame-Smith (réécriture zombie d’un classique de J. Austen) et Schlozman (journal d’autopsie). À quand le grand roman zombie, qui serait l’équivalent de ce que sont  Dracula pour le mythe du vampire et The Road pour la fiction post-apocalyptique ? Ma communication se propose de réfléchir aux modalités du roman de zombies à partir d’œuvres de J.-P. Andrevon, A. Bell, M. Fortin et C. Whitehead.



14 h 50_rem_
Nicholas Dion Université McGill
De la contagion à la propagation : la tache aveugle des récits de zombies apocalyptiques
(Afficher le résumé)

De l’oeuvre pionnière Night of the Living Dead à la bande dessinée The Walking Dead en passant par les romans de Brian Keene ou de David Wellington, les différentes créations artistiques qui livrent un récit apocalyptique où les morts-vivants ont littéralement infesté la planète et entraîné la chute de la civilisation moderne partagent souvent une caractéristique singulière : elles font l’ellipse de la propagation globale et de ses modalités. De fait, la majeure partie d’entre elles s’ouvrent sur un monde déjà dévasté. Véritable tache aveugle, en ce qu’il permet aux auteurs de dépeindre un univers postapocalyptique à la condition de demeurer fuyant, l’effondrement de l’ordre social devant la menace zombie s’avère avant tout éloquent sur le plan esthétique. Ainsi, une série de procédés à la fois narratifs et stylistiques servent à pallier son omission, formant plusieurs des éléments constitutifs du sous-genre en question. Or, l’ellipse de la propagation proprement dite nous informe également sur l’interprétation que l’on peut proposer de ces oeuvres. Si le mort-vivant anthropophage se veut la métaphore de nos profondes angoisses sociétales comme l’entend souvent la critique, il importe de considérer de quelle manière ce corps réanimé arrive à triompher du corps social. Nous proposons donc d’étudier la prolifération paradoxalement occultée des zombies dans une dizaine de récits où ils pullulent afin d’y voir une part du sens que véhicule la figure du mort-vivant.

15 h 10_rem_
Guillaume Couture Université de Montréal
Le mort-vivant dans le cadre des oeuvres vidéo-ludiques : s’entraîner pour la fin
(Afficher le résumé)

L’ubiquité du mort-vivant dans les oeuvres vidéo-ludiques contemporaines, au-delà d’un phénomène de mode, révèle une angoisse fondamentale chez l’homme : la peur de son prochain. Réfléchi à travers le prisme de la proposition de Raph Koster (A theory of fun for game design, Paraglyph Press, 2004) selon laquelle un jeu vidéo n’est, au fond, qu’un apprentissage, quelles habiletés acquiert-on en s’exposant à une telle fiction? En effet, les jeux vidéo permettent, encore mieux que les autres arts, une exploration des possibles, et la rencontre avec l’autre devient le souci principal de plusieurs titres AAA (Call of Duty : Modern Warfare, Dead Island, etc.). Alors que les scénarios militaires proposent une guerre avec le moyen orient, les jeux qui impliquent des morts-vivants travaillent à présenter des environnements typiquement occidentaux. Il y a là donc une volonté, assumée ou non, du joueur à s’entraîner à bien réagir à une guerre contre son prochain dans des endroits de plus en plus familiers (en partant des maisons victoriennes de Alone in the Dark jusqu’aux petits hameaux américains de Dead Rising : Case 0) avec des armes de moins en moins sophistiquées (des bazookas de Resident Evil jusqu’aux planches de bois et battes de baseball de Dead Island). Rapidement, on comprend alors que les jeux qui mettent en scène des morts-vivants préparent les joueurs qui veulent bien s’y prêter à la chute inévitable de la civilisation occidentale.

15 h 30_rem_
Discussion
15 h 50_rem_
Mot de clôture
16 h 00 - 17 h 30
Conférence d'honneur
Communications orales
Bâtiment – Local : Palais des congrès – 511-F
16 h 00_rem_
Joël Des rosiers UQAR - Université du Québec à Rimouski

L'intelligence du zombie. De Sartre à  Fanon 

16 h 45_rem_
Discussion
17 h 00_rem_
Mot de clôture

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