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80e du Congrès de l'Acfas

Colloque 333 - Histoire des pratiques de santé (18e - 21e siècles) : nouveaux cadres, thèmes et approches

Du mardi 08 mai à 09 h 00 au mercredi 09 mai à 12 h 00.
Responsable(s)
Séverine Parayre Université Catholique de Paris, Alexandre Klein Université de Nancy
Description

Les recherches historiques concernant la santé et la maladie ont considérablement évolué depuis quelques décennies. À la suite de travaux de référence des années 1980-1990, les historiens ont exhumé de nombreux objets de recherche jusque-là inexploités. Si bien qu’aujourd’hui on constate une pluralité de thèmes organisant l’histoire des pratiques de santé autour de l’hygiène, des addictions, de la vie saine et malsaine, des maux du corps, des pratiques profanes ou des différents troubles de santé. La diversité des préoccupations et des objets touchant à la santé et à la médecine a engendré le développement d’une recherche historique aussi dynamique que multiple qu’il convient de circonscrire pour mieux l’analyser.  

La transformation et la diversification des préoccupations et objets de recherches a fait évolué la discipline historique par la mobilisation de nouveaux corpus et méthodes. L’objet de ce colloque sera de présenter et de confronter les différents matériaux et méthodologies en jeu, afin de cerner, par leur analyse croisée, l’impact de l’histoire des pratiques de santé sur la science historienne, son développement social et ses modifications épistémologiques.

Pour ce faire, ce colloque sollicitera les nouveaux travaux qui émergent dans ce domaine et qui mettent à jour de nouvelles thématiques, des cadres et approches inédits. Il visera ainsi à ressembler et à confronter les savoir-faire historiens qui se déploient aujourd’hui dans le monde francophone et dont l’échange ne peut qu’enrichir un domaine de recherche en pleine expansion.

Nous engagerons cette réflexion à partir de deux séances plénières, la première consacrée à l’histoire des pratiques de santé en France et présentée par Didier Nourrisson et la seconde consacrée à l’histoire des pratiques de santé au Québec et présentée par François Guérard.



Mardi 8 Mai 2012

9 h 00 - 12 h 00
Histoire des pratiques de santé : état des lieux France/Québec
Communications orales
Présidence/animation : Séverine Parayre Université Catholique de Paris
Bâtiment – Local : Palais des congrès – 522A
9 h 00_rem_
Mot de bienvenue
9 h 30_rem_
Alexandre Klein Université de Nancy, Séverine Parayre Université Catholique de Paris
Quelles recherches en histoire des pratiques de santé ?
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Propos introductifs du colloque.

Le colloque sera l’occasion de faire un état des lieux des recherches actuelles en histoire des pratiques de santé, afin d’envisager les modifications historiographiques et thématiques à l’œuvre depuis quelques années dans ce domaine. Ce redoublement épistémologique des études historiques par une analyse des pratiques historiennes autour de l’objet « santé » permettra d’envisager les interactions complexes qui régissent la relation intime entre le domaine scientifique et le monde socioculturel. Ce rendez-vous se voudra un lieu d’échanges et de débats favorisant ainsi la mutualisation des différentes approches et la transmission des connaissances par la rencontre des chercheur(e)s, confirmés ou en formation. Il vise à être une occasion de renforcer les liens et les partenariats entre des chercheurs de différentes nationalités, différentes équipes de recherche et/ou universités, permettant ainsi de participer à la construction et à l’évolution d’un champ disciplinaire en plein essor.



10 h 00_rem_
Didier Nourrisson Université de Lyon

Santé publique. Publicité sanitaire

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Tandis que la santé entre dans la sphère publique au XIXe siècle sous forme de politiques hygiénistes résolues, la révolution industrielle lance sur le marché des produits toujours plus nombreux qui avancent des arguments sanitaires à des  fins commerciales. Boissons, aliments, cigarettes se parent de vertus hygiéniques.  La fin du XIXe siècle et la première moitié du XXe siècle voient ainsi se développer en même temps les premières formes d'éducation à la santé et les publicités les plus séduisantes pour des produits soi disant de santé. Les conflits d'intérêts peuvent alors se multiplier. La propagande sanitaire de la deuxième moitié du XXe siècle ajoute au paradoxe par l'adjonction de messages d'avertissements de santé aux objets du merchandising. Affiches, bouteilles, paquets de cigarette, mais aussi buvards scolaires ou tableaux muraux seront autant d'exemples de ces concurrences de marques et d'objectifs. la santé s'affiche et la publicité gagne.

11 h 00_rem_
François Guérard À déterminer

Dominances et émergences en histoire des pratiques de santé au Québec : les thématiques et approches actuelles

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Comme en bien d'autres domaines, autour de l'an 2000, l'heure était aux bilans en histoire de la santé et de la médecine au Québec, ce dont témoignent divers textes qui ont alors fait état des avancéesde la recherche. Une dizaine d'années plus tard, le moment paraît venu de reprendre l'exercice et de retracer le chemin parcouru depuis, en vue de dégager les principaux constats atteints comme les approches et interprétations émergentes et, partant de là, de réfléchir aux avenues les plus prometteuses. Quelques grandes thématiques de la recherche touchant les pratiques de santé au Québec seront explorées : les professions de la santé, les établissements de soins, la santé mentale, l'hygiène publique et les habitudes de vie. Des objets neufs sont apparus au regard des historiens, des inflexions récentes ont pris de l'ampleur ou se sont manifestées, parmi lesquelles un effort de redonner voix et pouvoir aux individus, aux maladeset à leurs proches, sans pour autant que soit délaissée l'étude des institutions.

14 h 00 - 15 h 00
Les pratiques de santé des professionnels (18e - 20e siècles)
Communications orales
Présidence/animation : Didier Nourrisson Université de Lyon
Bâtiment – Local : Palais des congrès – 522A
14 h 00_rem_
Evy A. Nazon Université d’Ottawa

La profession d’infirmière d’hier à aujourd’hui : difficultés enracinées et solutions possibles

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Les sciences infirmières sont une des pratiques profondément ancrées dans le domaine de la santé. Depuis de nombreuses années, l’évolution de cette discipline tend à diversifier les méthodes de recherche. L’histoire, discipline et profession, peut également permettre la création de nouvelles connaissances en sciences infirmières. Car, plus qu’un contexte historique, qu’un sous-type de l’analyse qualitative et d’une description « the way things were », l’histoire offre la possibilité d’analyser les aspects multiples des phénomènes en tenant compte du passé, du présent, des acteurs, des perspectives et des contextes socio-économiques et politiques qui ont marqué l’évolution des sciences infirmières. L’objectif de cette communication est de présenter comment l’approche et les données historiques contribuent à enrichir les recherches en sciences infirmières. Dans le cadre de notre recherche, nous avons utilisé les revues professionnelles La Garde-Malade Canadienne-Française et L’infirmière du Québec. La méthodologie adoptée est une collecte exhaustive des données à propos de la qualité de vie des infirmières. Cette analyse critique du discours a révélé l’absence du thème de la qualité de vie des infirmières dans les deux revues consultées. Et, malgré les changements légaux et certaines modifications apportées à leur statut juridique, l’image traditionnelle de l’infirmière charitable reste une réalité à la fin du XXe siècle.



14 h 30_rem_
Séverine Parayre Université Catholique de Paris

Les instituteurs à l’assaut de nouvelles populations à médicaliser ? Étude d’un corpus éclairant (19e siècle, France)

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En 1860 en France, 5940 instituteurs ruraux répondent à une question de pédagogie posée par leur ministre de l'Instruction publique Gustave Rouland : « Quels sont les besoins de l’instruction primaire dans une commune rurale, au triple point de vue de l’école, des élèves et du maître ? »[1]. L'enquête vise à recueillir les problèmes des conditions scolaires et les transformations à donner à l'instruction publique. Elle est importante de par son ampleur (sur tout le territoire), son originalité (concerne l'éducation populaire), l'écoute et la parole données aux instituteurs ruraux. Ce corpus a été étudié par les historiens de l'éducation, principalement sous l'angle de la pédagogie et des disciplines enseignées. Nous avons dépouillé 2500 mémoires en choisissant des départements caractéristiques de l'avancée et du retard de l'instruction et de la médicalisation. Nous présenterons le discours des instituteurs sur la santé des élèves, depuis les termes employés à leurs représentations, aux pratiques développées dans les classes et difficultés rencontrées auprès des populations dans la diffusion de nouveaux savoirs et pratiques. L'ensemble révèle des surprises à la fois dans les conceptions développées par les instituteurs et dans les choix pédago-sanitaires effectués. Cette étude met surtout en évidence ce qui a pu conditionner les instituteurs à devenir des éducateurs de santé.

[1]. Arrêté du 12 décembre 1860.



15 h 00_rem_
Pause
15 h 30 - 16 h 30
Établissements de soins et évolution des pratiques de santé (18e - 21e siècles)
Communications orales
Présidence/animation : Didier Nourrisson Université de Lyon
Bâtiment – Local : Palais des congrès – 522A
15 h 30_rem_
Claire Garnier Université de Montréal

« Et elles auront soin de les laisser point manger tous vivants par les poux et la vermine. » Éviter la contagion dans les hôpitaux du 18e siècle, analyse des textes normatifs

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Constituant un maillage du territoire français d'Ancien Régime, les Hôtel-Dieu et Hôpitaux Généraux sont des institutions où se côtoient pratiques de santé et vocation religieuse. S'ils sont des lieux d'application et de développement des connaissances médicales, ces structures sont fondées dans un but religieux, avec des administrateurs membres du clergé ou laïcs dévots, et pris en charge par des congrégations de religieuses.

Cette communication propose d'étudier cette double vocation institutionnelle par l'analyse des règlements d'établissements parisiens et auvergnats et des notions de contagion et de souillure qui y sont relevées. Ces notions, telles que développées en anthropologie (Douglas, 1966), s'appliquent avec intérêt à ce contexte historique. Ainsi, si les sources choisies dévoilent diverses techniques prophylactiques, elles témoignent aussi d'un souci de contagion morale. Les modalités de cohabitation de ces deux définitions de la contagion et de leur application aux malades, ainsi qu'aux soignant(e)s, seront au cœur de ma communication. Il y sera aussi question de déterminer si, au regard de la dimension religieuse de ces instituts, l'on peut parler de martyr de la contagion, et si celui-ci st compatible avec la pratique de soin.



16 h 00_rem_
Denise Bernuzzi de Sant'Anna Université pontificale catholique de São Paulo

Une histoire de poids : l’obèse, le mince et le fort au Brésil

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L’obésité est devenu un problème mondial de santé publique dont l’histoire commence progressivement à se faire. Depuis une vingtaine d’années, plusieurs thèses et colloques sur le sujet sont parus dans les domaines des sciences humaines. Ils montrent combien les manières de concevoir et de représenter l’obésité sont riches en informations sur les peurs et les exigences qui accablent les gros et les maigres dans la société contemporaine. Dans ce vaste terrain d’étude, nous proposons d’analyser l’histoire de l’obésité au Brésil, ses représentations historiques du début du siècle dernier à nos jours. Dans ce parcours, on voit la création de la figure de l’obèse malade en contraposition au gros risible,  mais aussi la résistance brésilienne à suivre les modèles de minceur diffusés par les médias. On voit, également, l’augmentation rapide de l’obésité morbide parmi les couches populaires et son arrivée aux hôpitaux, lesquels n’avaient pas de structure pour accueillir les corps trop lourds et corpulents. On voit finalement l’émergence de nouvelles questions de santé et de normalité corporelle, mêlées à la permanence d’anciens goûts, ce qui nourrit le succès actuel du corps musclé, des implants chirurgicaux et du culte de la « femme bodybuildée » dans toutes les couches sociales.

 

 

 



Mercredi 9 Mai 2012

9 h 00 - 10 h 30
L’hygiène publique : pratiques, institutions et mobilisations des acteurs de santé (19e siècle)
Communications orales
Présidence/animation : Alexandre Klein Université de Nancy
Bâtiment – Local : Palais des congrès – 522A
9 h 00_rem_
Mot de bienvenue
9 h 30_rem_
Aurélie Rimbault Université Panthéon-Sorbonne (Paris 1)

Adopter de nouvelles pratiques de santé en milieu urbain; l’action des édiles de la Ville de Paris à la fin du 19e siècle

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L’action sociale parisienne représente aujourd’hui une part importante du budget municipal de la Ville et s’étend sur des champs d’application multiples. Cette politique tant sanitaire que sociale prend peu à peu forme à la fin du XIXe sous l’implication du personnel municipal parisien, qui contribua à l’élaboration puis à la diffusion de nouvelles politiques et pratiques de santé. Ce sont ces rôles successifs que nous nous proposons de démontrer au cours de cette communication.  Influencés par les premières théories hygiénistes et enquêtes sociologiques, les édiles parisiens ont eu une importante activité philanthropique auprès des populations pauvres. Ils incitèrent alors ces derniers à adopter de nouveaux comportements sanitaires allant jusqu’à devenir eux-mêmes les propres demandeurs de l’action sociale. Les historiens du XXIe siècle ont désormais à leur disposition de nombreux outils informatiques. Ils permettent un traitement plus rationnel des sources que nous avons à disposition ouvrant ainsi la voie à de profonds renouvellements des problématiques en histoire de la santé. Il sera question ici de présenter les premiers résultats d’une recherche doctorale actuellement en cours en s’appuyant sur des outils de lexicométrie et d’analyses de réseaux, en montrant que ces outils permettent de démontrer l’implication micro-locale des édiles et de leurs parentés dans l’adoption progressive de nouvelles pratiques de santé chez les populations pauvres de la capitale.



10 h 00_rem_
Pause
10 h 30 - 12 h 00
Réflexions conceptuelles dans l’histoire des pratiques de santé
Communications orales
Présidence/animation : Séverine Parayre Université Catholique de Paris
Bâtiment – Local : Palais des congrès – 522A
10 h 30_rem_
Ferhat Taylan Université de Bordeaux

L’émergence et la transformation de la « mésologie ». Le concept de « milieu » entre la médecine et les sciences sociales

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Dans le sillage de ce que L. Daston appelle « applied metaphysics », où il s’agit de se demander comment des objets scientifiques viennent à exister et disparaissent de la circulation, nous nous intéressons à l’émergence du concept de « milieu » au 19ème siècle. Anticipée par les pratiques médicales et hygiénistes dès la deuxième moitié du 18ème siècle, l’idée d’un enracinement biologique de l’être vivant dans son environnement sera théorisée par le concept de « milieu » chez Lamarck et Auguste Comte, avant d’être élevée au statut d’une science, nommée « mésologie » par Bertillon en 1876. Ils disparaissent de la plupart des dictionnaires médicales au début du 20ème siècle, mais continuent à circuler en dehors du champ médical. De quoi cette émergence et cette transformation pourraient-elles être la trace ? Au delà de la thèse d’une « médicalisation » massive de la société française au 19ème siècle, nous proposons de suivre le fil conducteur de la « mésologie » pour interroger le rôle fondateur de la médecine pour les sciences sociales naissantes. Nous tenterons de montrer que le concept de milieu ne témoigne pas seulement de la dernière tentative d’établir une médecine sociale générale – sous la forme d’une théorie médicale du champ social -, mais qu’il est constitutif des pratiques médicales du 19ème siècle, en hygiène public aussi bien qu’en urbanisme.

 



11 h 00_rem_
Alexandre Klein Université de Nancy

Le sujet peut-il être objet d’histoire ? Devenir soi dans la maladie : l’exemple des discours de malades dans la correspondance de Samuel-Auguste Tissot

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Le renouvellement des perspectives historiographiques au cours des années 1980 a conduit les historiens de la médecine à s’intéresser de plus près au malade et à son expérience. Tout en favorisant le développement de l’histoire des pratiques de santé, ce déplacement de la perspective d’analyse du haut vers le bas a dévoilé de nouveaux objets historiques. Face à la multiplicité des histoires et représentations individuelles, mais aussi des techniques et pratiques de maintien ou de recouvrement de la santé, il convenait en effet de faire apparaître de nouveaux lieux de synthèse, pour limiter et organiser ce foisonnement tendant à disperser l’objet historique. L’un des principes d’unification des sources et des discours se trouve selon nous dans la notion de sujet.

C’est ce que nous tenterons de démontrer en analysant, au sein de la correspondance adressée au médecin suisse S.-A. Tissot, la manière dont les malades se constituent comme sujets de leurs maux et de leurs soins, en déterminant de façon autonome le sens immanent à leur expérience de la maladie. S’inspirant des analyses de Philip Rieder sur la figure du patient au XVIIIe siècle, mais également des travaux d’« histoire des modes de subjectivation » de Michel Foucault, nous essaierons de cerner les biais d’organisation du devenir-sujet de l’individu dans sa confrontation à la maladie et à la santé, et ce afin de déterminer la notion philosophique de « sujet médical » comme outil d’une histoire des pratiques de santé.

 



11 h 30_rem_
Didier Nourrisson Université de Lyon, François Guérard À déterminer
Conclusion du colloque
(Afficher le résumé)

Nos deux conférenciers principaux feront une conclusion du colloque et annoncerons des perspectives de recherche en histoire des pratiques de santé.

12 h 00_rem_
Mot de clôture

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