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Écologie, climatologie, foresterie, météorologie

Des feux de forêt bénéfiques

Le 9 juillet dernier, les Montréalais se sont réveillés sous un ciel aux allures apocalyptiques. Une lumière jaune filtrait à travers une épaisse couche de fumée, répandue partout dans la ville. En fait, la fumée couvrait la majeure partie du Québec et même une partie du nord-est des États-Unis. L’origine de cet étrange spectacle s’est vite fait connaître : la foudre avait allumé d’immenses feux de forêt dans le nord du Québec. En l’espace de quelques jours, des centaines de milliers d’hectares ont été détruits.

En plus de l’impact économique sur l’industrie forestière, la destruction de notre patrimoine écologique en a inquiété plus d’un. Yves Bergeron, professeur membre du Groupe de recherche en écologie forestière de l’Université du Québec à Montréal, n’était pas de ce lot. « Les feux sont un phénomène naturel et même nécessaire à la survie de nos écosystèmes forestiers, affirme-t-il. Et contrairement à ce que l’on pourrait penser, leur nombre a beaucoup diminué au fil des ans. »

Grâce à une subvention du Fonds québécois de la recherche sur la nature et les technologies, le chercheur, qui est aussi rattaché à l’Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue, tente de reconstituer les grandes perturbations naturelles qui ont modifié le paysage de notre forêt boréale dans le passé, les principales étant les feux de forêt et les épidémies d’insectes. Il veut dater ces événements et comprendre comment la forêt a pu s’y adapter.

« Pour dater les feux, explique-t-il, nous n’avons qu’à regarder les cernes de croissance des arbres. En effet, un incendie tue généralement toute la forêt. Par la suite, celle-ci se régénère. Donc, en connaissant l’âge des arbres, on peut savoir à quand remonte le dernier feu. »

Les résultats obtenus par l’équipe du professeur Bergeron montrent clairement que les incendies de forêt ont diminué, d’abord à la suite des changements climatiques, puis au fur et à mesure que le territoire s’est développé. « Le réchauffement de la planète a augmenté le nombre de précipitations, explique-t-il. Par ailleurs, l’apparition de routes et de champs agricoles a créé des barrières artificielles à la propagation du feu. »

Étonnament, la diminution des feux de forêt pourrait avoir des conséquences néfastes sur le maintien de la biodiversité. En effet, grâce au cycle naturel des feux, différents types d’habitats sont créés : des endroits qui viennent de brûler; d’autres où l’on trouve des espèces qui se développent à la lumière; des zones de transition ainsi que des vieilles forêts qui n’ont pas brûlé depuis des centaines, voire des milliers d’années.

« Sans les feux, les forêts vieillissent et deviennent improductives, de plus en plus monotones. On perd toutes les espèces qui vivent de lumière et seules les espèces tolérantes à l’ombre survivent. Le feu permet de ramener une diversité. »

Comment compenser la diminution des feux de forêt? Le professeur Bergeron croit en l’aménagement forestier. « Nous proposons aux compagnies forestières un modèle d’aménagement qui recréerait le cycle naturel de la forêt. Par exemple, les coupes à blanc peuvent s’apparenter à un feu: il s’agit d’une destruction rapide et subite. » Son modèle propose de faire des coupes à blanc sur certaines portions de forêt et des coupes partielles sur d’autres afin de simuler la mortalité naturelle.

« Pendant des années, les coupes forestières ont été faites au Québec sans égard à la viabilité des espèces à long terme. Il est maintenant minuit moins une. Il est urgent de changer les techniques d’aménagement forestier. » Titulaire de la Chaire industrielle CRSNG/UQAT/UQAM en aménagement forestier durable, le professeur Bergeron travaille en collaboration avec de nombreuses compagnies forestières ouvertes au changement. « Mais il faut aussi l’appui du gouvernement. Les réglementations doivent tenir compte des nouvelles connaissances. »

Dominique Forget

Découvrir remercie le Fonds québécois de la recherche sur la nature et les technologies pour son soutien financier en vue de la publication de ce texte.

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Article paru dans :


volume 23 numéro 6
nov. - déc. 2002

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