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Géographie et démographie
La géographie à l'ère de l'informatique
De nos jours, il se trouve bien peu de domaines de recherche qui n’aient pas été révolutionnés par l’apport des outils informatiques. La géographie et les sciences de l’environnement ne sont pas en reste. Les retombées de l’informatique sur l’étude de la forêt sont des plus impressionnantes. « Les chercheurs devaient souvent attendre quinze ans avant de connaître les résultats de mesures d’intervention en forêt. Maintenant, on peut simuler en quelques heures l’évolution d’une forêt sur une période de 150 ans », se réjouit Danielle Marceau, professeure au Département de géographie de l’Université de Montréal.
Reconnue pour son expertise en géomatique, Danielle Marceau a bénéficié d’une bourse pour « Nouveaux chercheurs », octroyée par le Fonds québécois de la recherche sur la nature et les technologies (Fonds NATEQ), qui lui a permis de développer des outils originaux pour étudier des phénomènes géographiques. Les systèmes informatiques dont elle se sert lui permettent notamment de suivre l’évolution de l’utilisation d’un territoire au fil du temps. « Mon laboratoire a fait l’acquisition d’une image prise par le satellite américain IKONOS au-dessus du sud-ouest du Québec. Il s’agit d’une image à haute résolution avec un niveau de précision de un mètre. Nous avons intégré cette image à une série temporelle de photos aériennes acquises à partir des années 1950 et que nous avons numérisées. L’analyse de cette série permet de connaître l’évolution du territoire. »
Un des constats les plus frappants est sans contredit la diminution des activités agricoles et l’abandon progressif des terres, qui retournent à la friche. Grâce à un programme de Valorisation-Recherche Québec, on finance actuellement un projet qui vise justement à revaloriser ces terres au moyen de la sylviculture. « On pense pouvoir y planter des arbres, principalement des feuillus nobles qui ont une haute valeur commerciale », précise la professeure. Le recours à la géomatique est précieux dans le cadre de ce projet. « Grâce au traitement d’images numériques, nous pouvons repérer très rapidement les terres en friche, propices à la sylviculture. Par exemple, notre logiciel analyse les différents tons et textures qui se trouvent dans l’image satellitaire. En effet, on peut noter des différences de couleurs et de densité qui sont associées à des types d’utilisation du sol. Une forêt, par exemple, ressort par rapport à un champ agricole ou à une friche. »
Un autre projet qui occupe beaucoup la professeure Marceau porte sur la modélisation de la dynamique de la forêt. « Grâce à de nouveaux modèles, nous pouvons simuler le cycle de vie de chaque arbre qui compose une forêt en tenant compte de ses interactions avec ses voisins. On voit comment les arbres croissent, se reproduisent, meurent, etc. » Ces modèles permettent aussi d’évaluer les effets de perturbations naturelles ou anthropiques. Par exemple, comment la forêt réagirait-elle si l’on coupait sélectivement tous les arbres d’un diamètre supérieur à 40 centimètres? Inversement, on peut déterminer ce qu’il faudrait faire pour promouvoir le développement d’une espèce en particulier. Évidemment, ce genre d’analyse intéresse beaucoup les compagnies forestières et les gestionnaires de la forêt.
Dominique Forget
Découvrir remercie le Fonds NATEQ pour son soutien financier en vue de la publication de ce texte.
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