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Sociologie / Travail social
Thérapies pour hommes violents
Les hommes violents qui demandent de l’aide sont
très peu nombreux à s’engager dans une thérapie et encore moins nombreux
à la terminer (à peine plus du tiers d’entre eux).
Afin
de comprendre les raisons d’un taux d’abandon aussi élevé et de trouver
les facteurs prédictifs de persévérance, huit organismes québécois
offrant des programmes d’aide ont participé à une étude, à la fois
quantitative et qualitative, du Centre de recherche interdisciplinaire
sur la violence familiale et la violence faite aux femmes.
« Notre recherche confirme les résultats
d’études antérieures montrant l’importance des facteurs
sociodémographiques individuels tels l’âge, le revenu, la scolarité,
l’exclusion du marché du travail, les antécédents judiciaires, nous dit
Gilles Rondeau, le chercheur principal. Elle révèle que les hommes qui
recourent aux programmes d’aide sont plus démunis que l’ensemble de la
population et que, manifestement, les mieux nantis s’adressent à
d’autres ressources. De plus, parmi ceux qui s’inscrivent, tout se passe
comme si les individus les moins nantis et les moins bien intégrés
socialement s’éliminaient à mesure que le traitement progresse. »
La persévérance, apprend-on, est fonction de la
maturité de l’individu et de la stabilité de ses conditions de vie. En
outre, plus les hommes reconnaissent qu’ils sont violents, qu’ils
doivent s’attaquer à ce problème et qu’une thérapie spécialisée est
nécessaire, plus il est probable qu’ils terminent le programme d’aide.
L’étude met enfin en évidence l’importance du soutien du milieu de même
que, et c’est là un aspect plus nouveau, le rôle clé de l’alliance
thérapeutique.
Les intervenants trouveront dans ces résultats
matière à réflexion. Actuellement, il existe un seul modèle
d’intervention : le groupe ouvert, non homogène. Il y a place pour
d’autres modèles et d’autres façons d’intervenir. On pourrait notamment
cibler une clientèle — par exemple, les jeunes de 18 à 24 ans,
plus difficiles à maintenir en traitement — et adapter le programme à
ses besoins. On pourrait encore offrir une meilleure préparation aux
candidats en multipliant les rencontres préthérapie, et même, en offrant
une thérapie individuelle avant l’inscription dans un groupe.
« Surtout, insiste Gilles Rondeau, il apparaît
essentiel que les intervenants aient le souci d’améliorer leur capacité
de développer des alliances thérapeutiques. Cela signifie apprendre à
intervenir en favorisant l’engagement du client, en développant sa
capacité de travailler sur ses problèmes et en forgeant avec lui un
consensus sur les objectifs de la thérapie. »
Une autre originalité de cette étude est qu’on
s’est intéressé aux trajectoires des hommes qui demandaient de l’aide.
Cet examen montre que le processus thérapeutique se déroule en plusieurs
étapes. « Ce n’est donc pas parce qu’il y a abandon du traitement
que la démarche est terminée », conclut Gilles Rondeau. Par
conséquent, l’efficacité des programmes pour hommes violents ne se
mesure pas aux résultats d’une seule intervention puisqu’elle repose sur
l’effet cumulatif d’une série d’interventions étalées dans le temps.
Jeanne Morazain
RONDEAU, G., BROCHU, S., LEMIRE, G., BRODEUR, N., La persévérance des conjoints violents dans les
programmes de traitement qui leur sont proposés, Centre de
recherche interdisciplinaire sur la violence familiale et la violence
faite aux femmes, Université de Montréal, 1999.
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