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Agriculture, nutrition, aquaculture

Mangez votre emballage!

L’environnement vous préoccupe? Alors, ne jetez plus l’emballage, voyons. Mangez-le!Il y a 20 ans, le fondateur du Centre de recherche en sciences appliquées à l’alimentation de l’Institut Armand-Frappier avait prédit qu’un jour nous mangerions l’emballage et l’assiette. Une plaisanterie? Pas du tout, du moins si l’on en croit l’entreprise québécoise BioEnvelop, qui veut commercialiser un emballage biodégradable et même comestible. « L’emballage du prochain siècle », lance son président, Nagui Naoum.

Le produit a été mis au point en 1998 par une équipe de scientifiques de l’INRS-Institut Armand Frappier. Pour fabriquer la membrane, les scientifiques ont exploité des protéines laitières ou parfois les protéines végétales du soya, qu’ils ont transformées par réticulation — cela revient à attacher les protéines ensemble, comme on tricote un chandail à partir d’une balle de laine. Ils ont ainsi obtenu un liquide qu’on peut vaporiser et qui forme, une fois séché, une pellicule protectrice. À la suite de l’aide financière accordée par le Centre québécois de valorisation des biotechnologies (CQVB), le projet de recherche a donné naissance à l’entreprise BioEnvelop, qui a poursuivi la R-D. Aujourd’hui, la firme emploie une quinzaine de personnes dans ses usines de Saint-Hyacinthe et ses bureaux de Laval. Ève Bélanger, directrice R-D pour le secteur agroalimentaire de BioEnvelop, travaille depuis deux ans au transfert technologique entre l’INRS-Institut Armand- Frappier et la jeune entreprise : « Le principal défi : modifier l’échelle. En recherche, on peut se permettre de prendre 20 heures pour réhydrater des protéines, mais pour qu’un produit devienne commercialisable, il faut ramener chaque opération à l’échelle des secondes. Et ce n’est pas si simple! » Le défi en vaut toutefois la peine. « Pour l’équipe, c’est fascinant et extrêmement stimulant. On a le sentiment de collaborer au développement d’une innovation d’importance, qui changera le monde de l’alimentation au même titre que la découverte du sel en conservation », va jusqu’à dire Ève Bélanger.

La première application de cette technologie est destinée à améliorer le goût et le temps de conservation des aliments, en empêchant le transfert d’humidité entre deux ingrédients. Ainsi, BioEnvelop a placé sa pellicule entre la pâte et la sauce d’une pizza. Résultat : l’humidité de la sauce ne détrempe plus la pâte. Cela augmente la durée de conservation de la pizza à 12 jours, plutôt que 5 à 7 auparavant. Comme la membrane est inodore et incolore, le consommateur l’avalera sans même sans rendre compte. Déjà, des industriels se sont montrés intéressés par la technologie. Actuellement, BioEnvelop installe des équipements chez des clients qui veulent utiliser le produit, et la recherche continue.

D’ici cinq ans, l’équipe voudrait aussi remplacer les emballages traditionnels en polypropylène et le « papier saran » par un emballage biodégradable fabriqué avec des protéines laitières. Dans le contexte où plus de 80 p. 100 des emballages plastiques prennent le chemin des dépotoirs et constituent 30 p. 100 des déchets municipaux, la technologie pourrait augmenter la cote environnementale de l’industrie alimentaire!

Caroline Julien



Article paru dans :


volume 22 numéro 6
nov. - déc. 2001

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