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Santé, génie biomédical, pharmacologie, sciences de l'activité physique
Le retour des épidémies
Mobilité
Résistance
Bioterrorisme
TUBERCULOSE : la hantise du passé
LE SRAS : un virus qui prend par surprise
Le virus du NIL occidental débarque en Amérique
PALUDISME : une course contre la montre
HÉPATITE C : la grande oubliée
GRIPPE : la santé par le vaccin
SIDA : d’abord la frousse, ensuite l’oubli?
VPH : la bataille n’est pas gagnée
À l'instar des guerres, famines et autres grandes catastrophes, les épidémies ont longtemps décimé des populations entières et façonné le destin de l'humanité. Mais l'avènement de la microbiologie, un jour, a quelque peu changé la donne. En effet, à partir des années 40, la découverte des antibiotiques et la mise au point de vaccins ont permis de venir à bout de maladies très redoutables, dont la variole. Forts de leurs succès, les scientifiques se sont mis à caresser les rêves les plus ambitieux : les maladies infectieuses seraient-elles bientôt éradiquées de la surface du globe?
Plus de 60 ans plus tard, force est de constater que le rêve ne s'est pas concrétisé. Plus que jamais, les bactéries, virus, parasites et champignons de toutes sortes exercent leurs ravages. Dans les pays les plus pauvres de la planète, des maladies comme la tuberculose, le paludisme et le sida font des millions de morts par année. C'est que, contrairement aux Occidentaux, les habitants des pays en voie de développement ne bénéficient pas des derniers progrès de la recherche. Pour eux, le traitement reste inabordable.
Mobilité
En Occident, par contre, l'arrivée d'immigrants en provenance des régions endémiques entraîne son lot de problèmes. L'épidémie de tuberculose qui a sévi à Montréal en avril 2002 en témoigne. Or ce type d'événement isolé n'est que la pointe de l'iceberg. L'émergence de nouveaux fléaux comme le SRAS, le virus du Nil ou des souches d'influenza inusitées donne bien du fil à retordre aux chercheurs. Sans parler des infections transmissibles sexuellement dont la syphilis, la gonorrhée et la chlamydia, qui sont en recrudescence dans les pays industrialisés.
« Notre monde a beaucoup changé, fait valoir le Dr Marc Dionne, directeur scientifique à la Direction des risques biologiques, environnementaux et occupationnels de l'Institut national de santé publique du Québec. La forte concentration urbaine, les centres commerciaux, les voyages, les aéroports internationaux, le tourisme sexuel... Voilà autant de facteurs qui contribuent à multiplier la présence d'agents infectieux à l'échelle de la planète. »
Résistance
Ce ne sont pas seulement les humains qui ont changé. Les agents infectieux ont eux aussi évolué. Plus virulents que jamais, plusieurs résistent aux antibiotiques, aux médicaments antiviraux ou antiparasitaires. « La surconsommation d'anti-infectieux a créé un véritable casse-tête pour les chercheurs », explique Marc Ouellette, titulaire de la Chaire de recherche du Canada en résistance antimicrobienne à l'Université Laval.
Il poursuit : « Les médecins font face à une pression terrible lorsque vient le temps de prescrire un médicament. Les patients veulent à tout prix des antibiotiques. Or, une fois qu'ils les ont en poche, ils négligent souvent de les prendre jusqu'à la toute fin. Les souches de bactéries les plus résistantes survivent alors et resurgissent plus tard. À la faveur d'une recombinaison, d'une mutation ou de l'acquisition de nouveaux gènes, elles deviennent plus fortes et résistent au médicament. Une seule mutation suffit parfois à réduire à néant des années de recherche et des millions de dollars investis pour la mise au point d'un médicament. »
Pour combattre la résistance des germes, le Dr Ouellette croit dans les vertus de la polythérapie. « Plutôt que de donner un seul médicament, il faut en donner plusieurs à la fois. En effet, c'est beaucoup plus long pour un germe de développer une résistance simultanée à plusieurs anti-infectieux. Évidemment, il finira par s'adapter et par acquérir cette résistance. C'est pourquoi il faut sans cesse mettre au point de nouveaux médicaments. »
Bioterrorisme
Autre élément qui soulève la frayeur et préoccupe les microbiologistes : le bioterrorisme. En octobre 2001, la distribution de lettres piégées dans différents bureaux américains a concrétisé nos pires craintes. Cinq personnes sont décédées après avoir respiré les spores de charbon, ou anthrax, que contenaient les fameuses missives.
De même, la variole, éradiquée en 1977, fait frémir de nouveau les chercheurs. Officiellement, le virus variolique n'existe plus qu'en deux endroits au monde : dans un congélateur du complexe de recherche et d'essais de Vector, en Sibérie, et dans un laboratoire de haute sécurité du Center for Disease Control (CDC) d'Atlanta. Mais la CIA soupçonne plusieurs pays et groupes de posséder des stocks clandestins du virus. Contrairement au charbon, qui ne peut être transmis par un simple contact avec une personne infectée, la variole est une maladie des plus contagieuses. Si elle refaisait surface, elle pourrait se répandre comme un feu de brousse à l'échelle de la planète.
Selon le Dr Paul Le Guerrier, professeur au Département de médecine sociale et préventive de l'Université de Montréal, les menaces de bioterrorisme sont prises très au sérieux par la Direction de la santé publique. « Nous sommes en train d'élaborer un plan de réponse québécois à la variole, explique-t-il. Entre autres, des protocoles aideront les hôpitaux à réagir rapidement en cas de crise. Nous avons déjà une certaine expertise : dans les années 90, on a organisé une campagne de vaccination de masse pour prévenir une épidémie de méningite. »
Évidemment, il ne suffit pas d'organiser la campagne de vaccination... encore faut-il avoir le nombre nécessaire de vaccins. « Le Canada a près de 300 000 doses en réserve, explique le Dr Le Guerrier. De plus, selon des études récentes, il semble que même après qu'on a dilué le vaccin par 5 ou par 10, il reste efficace. De toute façon, le Canada s'approvisionnera bientôt avec des doses supplémentaires. »
Mais le bioterrorisme n'est pas ce qui préoccupe le plus ce médecin. «Mettre au point des armes biologiques n'est pas aussi facile qu'on pourrait le croire. Cela nécessite des connaissances scientifiques qui ne sont pas accessibles à tout le monde. Au chapitre des maladies infectieuses, d'autres volets sont beaucoup plus alarmants. L'épidémie de sida en Afrique, par exemple. Même sans bioterrorisme, les infections font déjà des millions de morts par année. » ¯
TUBERCULOSE : la hantise du passé
Au mois d'avril 2002, un vent de panique souffle sur le campus de l'Université de Montréal. La tuberculose pulmonaire vient d'être diagnostiquée chez une étudiante, six mois après que la jeune femme eut commencé à ressentir les premiers symptômes. Dans l'intervalle, 250 étudiants, professeurs et proches de la patiente ont été contaminés. Grâce à l'intervention de la Direction de la santé publique, la situation est rapidement prise en main. Mais l'épisode a réveillé de bien mauvais souvenirs dans la mémoire des Québécois et Québécoises qui avaient souffert des affres de cette maladie.
« La tuberculose est en décroissance au Québec, assure le Dr Paul Brassard, professeur au Département de médecine de l'Université McGill et spécialiste de cette maladie. Cependant, surtout en raison de l'immigration, on recense encore quelques centaines de cas par année, principalement à Montréal. »
Grâce aux percées de la recherche, on dispose aujourd'hui de plusieurs antibiotiques efficaces pour neutraliser les bacilles tuberculeux. Mais le traitement n'est pas parfait. « Le patient doit prendre quatre antibiotiques pendant six mois. Plusieurs oublient une dose à l'occasion et c'est là que les problèmes commencent : la maladie réapparaît, souvent sous une forme qui résiste aux antibiotiques. »
Selon le Dr Brassard, il importe de trouver des médicaments qui puissent enrayer les bacilles plus rapidement. A-t-on une piste de recherche? « Seulement 10 p. 100 des patients qui contractent la tuberculose développent la maladie. Les autres restent en parfaite santé, même en étant porteurs du bacille; en analysant leurs gènes, on pourra peut-être comprendre pourquoi. Une telle étude nous donnerait sûrement des idées pour développer de nouveaux traitements géniques. »
Tuberculose pulmonaire
Agent infectieux : Bacille de Koch
Symptômes : Toux, fièvre et perte de poids
Mode de transmission : Par voies aériennes
Vaccin : L'efficacité du vaccin BCG chez les adultes est controversée. Son efficacité est plus grande chez les enfants.
Traitement : Une combinaison d'antibiotiques pris pendant au minimum six mois
Pronostic : Seulement 10 p. 100 des patients développent la maladie. Lorsque traitée, la tuberculose disparaît dans 80 à 95 p. 100 des cas.
Au Canada : 2 000 cas par année
Dans le monde : Un tiers de la population mondiale est infectée. Deux millions de patients en décèdent chaque année (y compris des personnes infectées par le VIH).
LE SRAS : un virus qui prend par surprise
Le SRAS n'a fait «que» 44 victimes au Canada en 2003, mais les Torontois ne sont pas prêts d'oublier l'épidémie qui a placé leur ville sur la liste noire de l'Organisation mondiale de la santé. « Le virus responsable du SRAS ne ressemblait à rien de ce qu'on avait vu auparavant, explique Guy Boivin, un des membres du Centre de recherche en infectiologie de l'Université Laval, spécialisé dans l'étude des virus en émergence. On connaissait d'autres virus de la même famille, les coronavirus, mais le SRAS était beaucoup plus virulent. Il nous a pris par surprise. »
Selon toute vraisemblance, le virus aurait été transmis à l'humain par un animal. Grâce à une mutation génétique, il aurait sauté la barrière des espèces. « On a décelé le coronavirus chez plusieurs animaux domestiques et sauvages en Chine, et entre autres chez la civette, un animal qui ressemble à la belette. Mais cela ne veut pas dire qu'on a trouvé le réservoir animal. Tout comme l'humain, la civette a pu être contaminée par une autre espèce. »
Si le réservoir est toujours actif, les chances de voir ressurgir une épidémie de SRAS au cours des prochaines années sont élevées. « Plusieurs experts croient que le SRAS reviendra et je partage leur opinion. Le virus partira probablement encore de la Chine, mais on ne sait pas quelles régions du globe seront affectées. Il peut se retrouver n'importe où. En plus, il risque de revenir sous une autre forme, car on sait qu'il peut muter très facilement. »
Pour se préparer à une nouvelle épidémie, les autorités de la santé publique travaillent à mettre au point des protocoles qui aideront les hôpitaux à réagir rapidement en cas de crise. De leur côté, les chercheurs essaient de trouver des traitements. « On pense que l'interféron, une protéine qui stimule le système immunitaire, pourrait entraver la réplication du virus. Les stéroïdes semblent aussi avoir des effets positifs : ils pourraient réduire l'inflammation générée par le SRAS. Mais il est très difficile pour les scientifiques de faire des percées dans ce domaine. Les chercheurs hongkongais et torontois protègent jalousement leurs échantillons du virus. Pour que la recherche avance plus rapidement, il devra s'établir un meilleur partage des spécimens et des connaissances. »
SRAS
Agent infectieux : Coronavirus
Symptômes : Toux, difficulté à respirer, fièvre et douleurs musculaires
Mode de transmission : Par les gouttelettes de salive, les contacts fécaux-oraux ou avec des surfaces inanimées (le virus pourrait survivre de deux à trois jours sur une poignée de porte, par exemple)
Vaccin : Aucun
Traitement : Aucun
Pronostic : Entre 80 et 90 p. 100 des patients en sortent indemnes
Au Canada : 251 cas déclarés à Toronto et 44 décès (en 2003, en date d'octobre)
Dans le monde : 8 422 cas (dont 5 327 en Chine) et 916 décès (en 2003, en date d'octobre)
Le virus du NIL occidental débarque en Amérique
Contrairement à la croyance populaire, le virus du Nil occidental (VNO) n'est pas nouveau. Dans les années 30, les chercheurs l'avaient déjà identifié en Ouganda. Il s'est ensuite propagé en Égypte, en Israël et en Afrique du Sud. Mais ce n'est qu'en 1999 qu'il a fait irruption sur le continent nord-américain, à New York plus précisément. Comment a-t-il atteint la Grosse Pomme? Probablement par l'intermédiaire soit d'un oiseau migrateur, soit d'un insecte qui se trouvait dans une soute à bagages.
« Une fois en Amérique du Nord, le virus s'est répandu comme une traînée de poudre, relate le Dr Michel Couillard, du Laboratoire de santé publique du Québec. En 1999, il était confiné à la ville de New York. Mais dès 2002, on le trouvait dans 40 États américains, en Nouvelle-Écosse, au Québec, en Ontario, au Manitoba et en Saskatchewan. »
Les modes de transmission de ce virus sont bien connus : la plupart des patients ont été piqués par un moustique, lui-même infecté par le sang d'un oiseau porteur du virus. Au cours de l'été 2003, on a recensé 80 oiseaux porteurs du VNO au Québec. « Nous avons demandé aux gens de nous téléphoner lorsqu'ils trouvaient un geai bleu ou une corneille morte, explique le Dr Couillard. On a aussi installé des stations de capture de moustiques dans des régions jugées à risque. Dès qu'on savait que le virus était présent dans un secteur, on intervenait pour limiter sa propagation.»
Un des modes d'intervention consistait à informer la population pour l'aider à se prémunir contre les piqûres de moustiques, en recommandant d'appliquer du chasse-moustique, par exemple. Autre mode d'intervention privilégié : l'épandage aérien de larvicide. Selon le Dr Couillard, le produit choisi, Bacillus thuringiensis israelensis, est inoffensif pour la santé humaine. On ne connaît pas toutefois ses retombées sur l'écosystème. « On pense que cet impact est minimal. Mais surtout, on est convaincu que l'épandage était nécessaire pour protéger des vies humaines. En 2002, deux personnes sont décédées au Québec des suites du VNO. En 2003, aucun décès attribuable à cette cause n'a encore été signalé. Notre stratégie semble avoir porté ses fruits. »
Virus du Nil occidental
Agent infectieux : Virus de la famille Flaviviridæ
Symptômes : Fièvre, maux de tête et douleurs physiques
Mode de transmission : Par piqûre de moustique
Vaccin : Aucun
Traitement : Aucun
Pronostic : Seulement 20 p. 100 des personnes infectées développent des symptômes. Dans moins de 1 p. 100 des cas, les symptômes sont graves et peuvent mener au décès.
Au Québec (été 2003) : 398 cas confirmés et 10 décès
Aux États-Unis (été 2003) : 6957 cas et 149 décès
PALUDISME : une course contre la montre
Les voyageurs connaissent bien le paludisme, qu'ils appellent plus souvent « malaria ». Nombreuses sont les personnes qui ont dû prendre des médicaments antipaludéens au cours de leur séjour en terre étrangère. « Avec les médicaments, on peut se protéger du parasite », déclare le Dr Brian Ward, directeur du Centre national de référence en parasitologie à l'Université McGill.
Pourtant, le paludisme demeure l'une des maladies les plus meurtrières de la planète. Chaque année, il fait plus d'un million de morts dans les zones tropicales défavorisées d'Afrique, d'Asie et d'Amérique latine. « Les antipaludéens doivent être pris sur une base continue, explique le chercheur. Or, pour les habitants des pays en voie de développement, se payer une dose chaque semaine est impensable. » Mais la fondation Bill et Melinda Gates ravive les espoirs. Elle investit maintenant des centaines de millions de dollars pour organiser les soins de santé dans les pays du Sud et assurer la distribution d'antipaludéens connus et efficaces.
Les écarts entre les pays du Nord et ceux du Sud ne sont pas les seuls obstacles auxquels font face les chercheurs. « La chloroquinine, l'antipaludéen le plus connu, n'est plus efficace contre les parasites qu'on trouve en Afrique. Les souches africaines ont développé une résistance à ce médicament. Heureusement, il existe d'autres antipaludéens. Mais éventuellement, ces derniers deviendront aussi inefficaces contre le parasite, qui semble toujours pouvoir s'adapter. Il faut aller plus vite que lui et trouver sans cesse de nouveaux médicaments. C'est une course contre la montre. »
Autre objectif pour le Dr Ward : mettre au point un test diagnostique capable de dépister le paludisme en détectant les antigènes du parasite dans le sang. « Au Canada, près de 70 p. 100 des immigrants arrivent de pays endémiques pour le paludisme. Plusieurs sont porteurs sans le savoir. Les parasites peuvent rester indécelables pendant des années dans le sang. Héma-Québec ne dispose d'aucune méthode de dépistage pour éviter les transmissions de malaria par transfusion. Il faut à tout prix corriger cette situation pour éviter de faire plus de victimes.»
Paludisme
Agent infectieux : Il existe quatre parasites : Plasmodium falciparum, P. vivale, P. malariæ et P. ovale.
Le falciparum est le plus mortel.
Symptômes : Fièvre, frissons, sueur, toux, diarrhée, détresse respiratoire et maux de tête
Mode de transmission : Par piqûres d'insectes
Vaccin : Aucun
Traitement : Les antipaludéens réduisent le risque de développer le paludisme symptomatique.
Pronostic : Presque tous les cas de paludisme peuvent être guéris si l'infection est diagnostiquée et traitée rapidement. Les délais rendent le traitement difficile et diminuent le taux de guérison.
Au Canada : 400 cas par année avec une incidence maximale de 1 036 cas rapportés en 1997.
Dans le monde : 40 p. 100 de la population mondiale est à risque. Un million de décès par année.
HÉPATITE C : la grande oubliée
Ignorés dans le scandale du sang, les transfusés atteints du virus de l'hépatite C vivent un cauchemar dans l'indifférence quasi générale. Des milliers de Canadiens et Canadiennes ont contracté la maladie avant que l'on ne pratique le dépistage systématique dans les banques de sang, au début des années 90. Les plus chanceux, 30 p. 100 d'entre eux, se sont débarrassés du virus sans subir de séquelles. Les autres ont déjà développé des symptômes ou les développeront au cours des 30 années suivant l'infection.
« On ne comprend pas encore pourquoi certaines personnes arrivent à se débarrasser du virus ou tardent à développer des symptômes », affirme Alain Lamarre, chercheur à l'INRS–Armand-Frappier et titulaire de la nouvelle Chaire Jeanne et Jean-Louis Lévesque en immunovirologie.
À ce jour, il n'existe ni vaccin ni traitement pour prévenir ou guérir l'hépatite C. Et l'on est loin d'avoir la coupe aux lèvres. « Le virus est très complexe. Il mute continuellement et l'on ne comprend pas encore très bien ses mécanismes de reproduction. » Pour atténuer les symptômes, on utilise l'interféron et la ribavirine. Mais ces deux médicaments ne sont efficaces que dans 20 p. 100 des cas. En plus, ils ont des effets secondaires considérables.
« La recherche avance lentement, et ce, pour diverses raisons, explique Alain Lamarre. Entre autres, il est impossible de cultiver le virus en laboratoire; il faut l'isoler à partir de personnes infectées. De plus, on n'arrive pas à infecter des petits animaux comme des souris; tester un traitement devient donc vite complexe. Mais la génétique nous apporte de nouveaux outils. Au cours des prochaines années, mon laboratoire compte étudier le système immunitaire de patients qui ont contracté le virus et qui s'en sont sortis indemnes. On espère ainsi trouver des pistes pouvant mener à la découverte d'un vaccin ou d'un traitement. »
Hépatite C
Agent infectieux : Virus ARN de la famille Flaviviridæ
Symptômes : Débute par de la fatigue, de la fièvre et des douleurs musculaires. Les nausées et les jaunisses se manifestent plus tard.
Mode de transmission : Par contact avec le sang d'une personne infectée, surtout par le partage de seringues
Vaccin : Aucun
Traitement : L'interféron et la ribavirine ne sont efficaces que dans 20 p. 100 des cas
Pronostic : 70 p. 100 des personnes infectées développent la maladie et ultimement une cirrhose ou un cancer du foie. Avant que l'on ne développe des symptômes, des dizaines d'années peuvent s'écouler.
Au Canada : 300 000 Canadiens et
Canadiennes sont infectés
Dans le monde : 170 millions de personnes sont infectées
GRIPPE : la santé par le vaccin
En plein mois de janvier, la grippe, ou influenza, est certainement le virus qui frappe le plus fort au Québec et au Canada. Entre 10 et 25 p. 100 de la population est affectée et 1,5 million de journées de travail sont perdues. Pourtant, il existe un traitement parfaitement efficace. Le seul problème : le médicament doit être pris dans les 48 heures suivant l'infection.
Le Centre de recherche en infectiologie (CRI) de l'Université Laval travaille à mettre au point un test de dépistage rapide pour le virus de l'influenza. « Il faut attendre de deux à trois jours avant de connaître les résultats d'un test de culture traditionnel, explique Denis Boivin, chercheur au CRI. Grâce à des méthodes d'amplification génique, on pense pouvoir bientôt identifier le virus en deux heures. Une véritable révolution! »
Malgré l'avancement des recherches, pour le Dr Boivin, la vaccination reste la meilleure façon de se prémunir contre la grippe. Certains prétendent qu'un vaccin rend le système immunitaire plus vulnérable aux autres infections. Le chercheur affirme qu'il n'y a rien de plus faux. « Il n'y a aucune raison de ne pas se faire vacciner contre la grippe. D'ailleurs, les nouveaux vaccins qui se donnent par aspiration nasale simplifieront les choses. Les spécialistes de la santé publique s'attendent à devoir affronter une pandémie dans les prochaines années. Il faut se préparer et s'immuniser. »
Grippe
Agent infectieux : Il existe deux types de virus : influenza A et influenza B. Chacun comporte des centaines de souches.
Symptômes : Fièvre, maux de tête, toux, perte d'appétit, douleurs musculaires et fatigue
Mode de transmission : Par les gouttelettes transmises par la toux ou les éternuements
Vaccin : Un vaccin est mis au point chaque année. Le vaccin ne peut protéger que contre trois souches.
Traitement : Il existe des antiviraux. Ils doivent être pris dans les 48 heures suivant l'infection.
Pronostic : Chez les personnes en bonne santé, la grippe n'entraîne généralement pas de complications.
Au Canada : Entre 10 et 25 p. 100 de la population est
affectée. 500 à 1 500 décès par saison.
Dans le monde : 5 à 15 p. 100 de la population mondiale est affectée chaque année. 250 000 à 500 000 décès par année.
SIDA : d’abord la frousse, ensuite l’oubli?
Après avoir soulevé les craintes et les émotions les plus violentes au cours des années 1980, le sida semble être tombé dans l'oubli pour une grande partie de la population nord-américaine. La tri-thérapie a fait chuter en flèche le taux de mortalité des sidatiques et a considérablement amélioré leur qualité de vie. Pour plusieurs, le problème semble réglé. Mais en Afrique subsaharienne, 70 p. 100 de la population est infectée par le VIH. Privées des médicaments dont bénéficient les patients occidentaux, trois millions de personnes meurent chaque année des suites de la maladie.
En 2001, six grandes compagnies pharmaceutiques ont accepté de vendre au prix coûtant leurs médicaments dans les pays en voie de développement. Ainsi, le coût du traitement sera bientôt de 1 000 $ par année plutôt que 10 000 $. Évidemment, pour la vaste majorité des habitants de pays en voie de développement, ce coût demeure prohibitif. Grâce à la fondation Bill et Melinda Gates, heureusement, on espère distribuer les médicaments tout à fait gratuitement.
Les compagnies pharmaceutiques auraient-elles pu faire plus? À première vue, les profits de 90 p. 100 qu'elles encaissent semblent astronomiques. Mais selon le Dr Mark Wainberg, directeur du Centre sida McGill de l'Université McGill et Prix Galien de la recherche, cet argent est essentiel à la poursuite de la recherche. « Le VIH mute si rapidement qu'il devient très vite résistant à n'importe quel traitement thérapeutique. En donnant trois médicaments à la fois, on retarde ce phénomène de résistance. Cela peut prendre plusieurs années avant qu'un virus n'arrive à déjouer trois médicaments simultanément. Mais les virus multirésistants sont à nos portes. Il faut poursuivre nos efforts.»
Les développements en génie génétique ont permis aux chercheurs de mieux comprendre le cycle de multiplication du VIH. Du coup, le Dr Wainberg a identifié quelques cibles intéressantes sur le segment d'ARN du virus. « En visant ces cibles, on pourra entraver la reproduction du VIH. Avec un peu de chance, on sera en mesure de mettre un nouveau médicament sur le marché. On gagnera quelques années... d'ici à ce que le virus trouve une façon d'y résister. »
Sida
Agent infectieux : Virus de l'immunodéficience humaine (VIH)
Symptômes : Variables
Mode de transmission : Relations sexuelles non protégées, transfusions sanguines,
partage de seringues
Vaccin : Aucun
Traitement : Trithérapie
Pronostic : Avec la trithérapie, la mortalité est réduite de 50 p. 100. Le virus n'est toutefois jamais éliminé.
Au Canada (2002) : 51 477 personnes infectées. Environ 2 000 décès par année
Dans le monde (2002) : 42 millions personnes infectées. 3,1 millions de décès par année
VPH : la bataille n’est pas gagnée
Avez-vous déjà entendu parler d'herpès, de chlamydia ou de syphilis? Sûrement! Et du virus du papillome humain (VPH)? Rien n'est moins certain. Pourtant, le VPH est l'infection transmissible sexuellement (ITS) la plus répandue dans les pays industrialisés. Trois personnes sur quatre seraient infectées au cours de leur vie. Mais voilà : 95 p. 100 des personnes qui contractent le virus ne ressentent aucun symptôme. Les hommes, par exemple, s'en sortent indemnes.
Certaines femmes ne sont pas aussi chanceuses. En effet, le virus cause chez quelques-unes le cancer du col de l'utérus. Chaque année, environ 430 Canadiennes décèdent des suites d'un cancer du col. Le « Pap test», ou frottis cervical, permet de déceler les cellules cancéreuses à un stade précoce et d'intervenir pour éviter l'évolution du cancer. Mais ce test connaît des ratés. Une fois sur deux, il donne un résultat négatif alors que les cellules cancéreuses sont bel et bien présentes.
Le Dr Marc Steben, un spécialiste des ITS au pavillon Notre-Dame du CHUM, a toutefois de bonnes nouvelles. Avec un collègue de l'Hôpital Sainte-Justine, le chercheur dirige le volet québécois d'une étude clinique internationale visant à tester un vaccin contre le VPH. Selon les résultats préliminaires, la vaccination pourrait complètement éliminer les risques de contracter le virus et de développer le cancer du col de l'utérus. « Il n'existe aucun traitement contre l'infection, indique le Dr Steben. Cela rend la mise au point du vaccin encore plus révolutionnaire. »
Mais selon ce médecin, l'adoption de comportements préventifs reste la meilleure façon de se prémunir contre les ITS. « La syphilis, la gonorrhée, la chlamydia et même le sida sont en remontée au Québec. Les gens banalisent de plus en plus les ITS. Les jeunes homosexuels, par exemple, n'ont pas vu leurs amis s'éteindre les uns après les autres. Ils pensent que les ITS, c'est du passé. Or, ce n'est pas du tout le cas. » ¯
VPH
Agent infectieux : Virus du papillome humain
Symptômes : Le VPH est une infection « discrète». Pour beaucoup de femmes, le premier signe d'une infection provient des résultats d'un frottis cervical.
Mode de transmission : Par contact sexuel
Vaccin : En développement
Traitement : Les verrues génitales visibles qui causent des symptômes dérangeants ou des préoccupations d'ordre cosmétique peuvent être traitées.
Pronostic : 95 p. 100 des gens infectés par le VPH s'en sortent indemnes.
Au Canada : Le cancer du col touche 1500
femmes par année.
Dans le monde : Le cancer du col touche
500 000 femmes par année.
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