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Mathématiques, informatique, robotique

La domotique est-elle à nos portes?

Une maison ingénieuse

Communication sans fil

La recherche universitaire

La recherche privée

Mise en marché

 

C'était dans les années 70 : lorsque Jane Jetson rentrait à la maison, elle n'avait qu'à appuyer sur un bouton pour que l'aspirateur se mette à nettoyer la moquette pendant qu'un sympathique robot arrosait les plantes, plaçait les couverts sur la table et préparait un repas bien chaud. Qui ne se souvient pas des Jetsons, cette célèbre série télévisée qui illustrait les péripéties d'une famille du 21e siècle? Enfants, nous étions nombreux à écouter ce dessin animé en rêvant à la maison que nous habiterions un jour. Les promesses formulées par quelques chercheurs au cours des années 80 permirent ensuite aux amateurs de haute technologie de s'accrocher à leur rêve. En effet, la domotique, une nouvelle science visant à rendre nos maisons plus intelligentes, allait révolutionner notre mode de vie.

Vingt ans plus tard, force est de constater que nos domiciles ont peu évolué. Exception faite du thermomètre électronique d'Hydro-Québec qui permet d'ajuster automatiquement la température de nos maisons, il faut se creuser la tête pour trouver de réels progrès. La révolution domotique est-elle morte dans son berceau? Non, répondent les chercheurs. Elle ne fait que commencer.

Une maison ingénieuse


Déjà, plusieurs technologies « résidentielles » peuvent nous simplifier la vie. Par exemple, ces stores pouvant réagir à la lumière : « Lorsque le soleil frappe la vitre, les stores, actionnés par des photocellules, se ferment automatiquement », explique Luc Saint-Martin, directeur du Centre canadien des technologies résidentielles, issu d'un partenariat entre le Conseil national de recherche du Canada, la Société canadienne d'hypothèques et de logement ainsi que Ressources naturelles Canada. « Autre exemple : les lumières extérieures qui s'allument toutes seules lorsque la noirceur s'installe », ajoute-t-il.

Toutefois, pour plusieurs spécialistes du domaine, ces premières options offertes aux consommateurs sont plus frivoles qu'utiles. « Dans la plupart des cas, il s'agit de gadgets, poursuit M. Saint-Martin. Or le concept de domotique va beaucoup plus loin. » « Pour qu'une maison soit réellement considérée intelligente, il importe que ces différents équipements électroniques puissent communiquer entre eux, renchérit Daniel Labonté, coordonnateur des projets spéciaux à l'Institut des matériaux et systèmes intelligents de l'Université de Sherbrooke. Le fait qu'un thermostat soit programmable et réduise automatiquement la température de la demeure durant la nuit n'est pas une application domotique en soi. Pour que ce soit le cas, on pourrait penser à relier le système d'alarme de la maison au thermostat. Lorsque l'habitant armerait son système d'alarme, un contrôleur déduirait que la maison est inoccupée, enverrait un signal au thermostat, lequel réduirait la température automatiquement. Les lumières pourraient aussi s'éteindre au même moment. »

Communication sans fil


Mais comment les équipements électroniques arriveraient-ils à communiquer ensemble? « Tout d'abord, la maison serait munie de capteurs, explique Jean-Pierre Desjardins, président du Conseil québécois de la domotique. Ceux-ci permettraient de mesurer des paramètres tels que la température, la présence ou l'absence d'individus à l'intérieur, l'heure de la journée, etc. Ils achemineraient l'information vers un contrôleur central programmé pour engendrer une action précise - par exemple, déclencher le chauffage, démarrer le système d'arrosage, mettre en marche le lave-vaisselle, etc. »

Or pour permettre à l'information de voyager du contrôleur vers les équipements appropriés, il faut la faire circuler par un média approprié. Actuellement, la plupart des maisons sont équipées de fils électriques ou téléphoniques et du câble. Pour faciliter les applications domotiques, plusieurs croient qu'il faut compter plutôt sur la fibre optique. « Les fils de cuivre peuvent transmettre environ 56 kilobits d'information par seconde, dit Denis Gingras, directeur de l'Institut des matériaux et systèmes intelligents de l'Université de Sherbrooke. La fibre optique, elle, permet typiquement d'en transférer 100 mégabits par seconde, soit 2 000 fois plus. Déjà, les hôpitaux, les universités et les centrales téléphoniques sont dotés de fibre optique. Avant que les résidences ne puissent profiter de cette nouvelle technologie, il faudra attendre de cinq à huit ans. »

La recherche universitaire


Au Québec, les chercheurs en domotique sont relativement peu nombreux. « On semble très peu actifs dans ce domaine lorsqu'on se compare aux États-Unis ou à l'Europe, commente Daniel Labonté. Cependant, plusieurs équipes travaillent sur des projets qui, indirectement, pourront avoir des applications domotiques. » À ce chapitre, l'Université de Sherbrooke est un chef de file : l'Institut des matériaux et systèmes intelligents (IMSI) regroupe plus de 100 chercheurs des facultés de science, de génie, de médecine et de sciences humaines de l'Université.

« Certains de nos chercheurs en génie électrique travaillent sur des équipements de reconnaissance de la parole, rapporte Denis Gingras, directeur de l'IMSI. À moyen terme, la télévision, le système d'alarme, la cafetière et tous les équipements électroniques de la maison pourront accepter des commandes verbales. »

Les ingénieurs de l'IMSI travaillent également en collaboration avec la Faculté de médecine pour mettre au point un bracelet médical à l'intention des personnes âgées. « Ce bracelet mesurera les signes vitaux du patient et enverra un signal à un capteur intégré à la demeure de l'individu. Ce signal sera ensuite transmis à un contrôleur. Si la personne est en danger, un avertissement sera transmis automatiquement à un centre de santé. »

Un autre projet de l'IMSI vise à accélérer les procédés de détection du feu dans les immeubles. « Nous mettons au point un système qui pourra détecter les ondes infrarouges et envoyer un message à une centrale dès que leur niveau sera trop élevé. Ce système sera plus rapide que les détecteurs qui mesurent la fumée ou la chaleur dans la pièce. »

La recherche privée


Même si le milieu universitaire met la main à la pâte, il faut plutôt regarderdu côté privé pour trouver des équipes de recherche entièrement dédiées au développement d'applications domotiques au Québec.

Résultant d'un partenariat entre Hydro-Québec et Microtec, la Générale Domotique a lancé un tout nouveau contrôleur domotique en janvier 2001. « Cet appareil permet principalement de faire de la gestion énergétique, explique Jean-Pierre Ouellet, président-directeur général de la jeune compagnie. Il peut contrôler tous les équipements électriques de la maison, du système d'éclairage au chauffe-eau de la piscine. » Il permet, entre autres, de lire la consommation d'énergie en temps réel, de savoir combien de kilowatts/heure on a consommé depuis la dernière facture et de comparer avec l'année précédente. L'appareil peut être relié à l'ordinateur d'une personne et lui faire des recommandations pour qu'elle réduise sa consommation, fasse les ajustements requis et programme ses appareils même à distance grâce à Internet.

Domosys, une autre jeune compagnie québécoise, a mis au point la U-Chip, une puce électronique qui intègre un tout nouveau protocole de communication, le PowerBus. « Ce protocole est un langage commun qui permet à des produits de différents fabricants de communiquer ensemble, explique Evan Price, président de Domosys. Notre puce sert de passerelle entre deux types de réseaux. Elle peut, par exemple, servir d'interface entre les fils électriques de la maison et une connexion Internet. » Une des applications résidentielles envisageables pour cette puce vise les fabricants d'électroménagers. « Règle générale, les fabricants doivent assurer une garantie sur les produits qu'ils vendent à des particuliers. Lorsqu'un appareil fait défaut, ils doivent envoyer un réparateur sur place. Nous aimerions leur proposer une puce qui assurerait le lien entre l'appareil vendu et leurs propres bureaux. » La puce pourrait transmettre un message au fabricant dès qu'une pièce se brise. Il serait au courant de la situation avant même son client et pourrait envoyer un réparateur sur-le-champ, déjà muni de la bonne pièce.

Mise en marché


Selon l'avis de plusieurs spécialistes, on dispose déjà de toutes les pièces technologiques requises pour offrir des maisons intelligentes. « Le défi n'est pas technologique; il réside dans la mise en marché », affirme Evan Price, de Domosys. Pour rendre une maison intelligente, il est préférable d'y travailler dès le moment de la conception. Malheureusement, peu de promoteurs s'aventurent à proposer des produits domotiques aux acheteurs potentiels. « On leur offre des poignées d'armoire à 20 dollars chacune, mais on ne les invite pas à passer un filage adéquat pour installer des produits domotiques intéressants », déplore Jean-Pierre Desjardins. Selon M. Price, un des obstacles majeurs au développement de produits est la grande diversité des besoins des consommateurs. « Un client veut contrôler son système d'éclairage, un autre veut économiser de l'énergie, etc. Il n'y a pas un besoin principal sur lequel l'industrie puisse se concentrer. On s'adresse à plusieurs petits marchés, et cela rend les choses plus difficiles pour nous. » Cependant, le président de Domosys croit que d'ici cinq ans, les produits domotiques seront d'usage courant. « On pourra enfin entrer dans une quincaillerie et trouver les composantes nécessaires pour domotiser notre maison. Et un jour, ce sera comme pour la plomberie : on ne se posera même plus la question; d'office, les produits seront intégrés dans les maisons neuves. »

Dominique Forget

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Article paru dans :


volume 23 numéro 2
novembre-décembre 2001

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