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Lauréats 2009

Fabienne Samson

Cerveau et santé mentale
Université de Montréal


« Examiner le bioordinateur qu’est notre cerveau m’a toujours attirée », commence Fabienne Samson, doctorante en sciences psychiatriques. Dès son baccalauréat de sciences biomédicales, elle est intriguée par l’énigme du système cérébral et par les problématiques qui en émergent, et ce, tout particulièrement du côté de la santé mentale.

 « Les problèmes de santé mentale sont encore très tabou et de ce fait, j’ai trouvé important de porter mon attention sur ce domaine recherche », estime-t-elle. Dans le cadre de son doctorat, elle se concentre sur l’étude de l’autisme. Au fur et à mesure qu’elle apprend à connaître ce trouble du développement, elle découvre une nouvelle manière d’aborder la question. « On a tendance à s’attarder sur les aspects négatifs de la maladie. Pourtant, les autistes ont des atouts que nous n’avons pas. J’avais envie de travailler sous cet angle-là. »

L’étude qu’elle mène à l’hôpital Rivière-des-Prairies au sein du Centre d’excellence en troubles envahissants du développement de l’Université de Montréal concerne le traitement du son chez les autistes; les bruits provoquant souvent chez eux des réactions extrêmes. Parfois, ils se couvrent les oreilles ou ne réagissent pas du tout, comme s’ils étaient sourds, parfois au contraire, ils semblent captivés et peuvent développer un grand intérêt pour certains sons comme la musique. Pour en comprendre la raison, la chercheuse analyse le cerveau auditif. « On entame toujours une recherche par des lectures, mais à un moment donné, on a besoin de confronter ces nouvelles connaissances à la réalité et de mettre un visage sur ce que l’on étudie ». Elle apprécie donc la rencontre avec les autistes qui souvent l’impressionnent. « Certains d’entre eux peuvent emmagasiner une telle quantité d’informations! Leur différence est vraiment enrichissante ».

La doctorante ne s’arrête pas là. « J’ai toujours aimé expliquer ce que je fais, je n’ai pas envie de rester dans ma petite bulle de chercheur », avoue-t-elle. Elle participe donc à un concours interne à sa filière, le Centre de recherche Fernand-Séguin, avant de proposer son texte au concours de l’Acfas. « Nous avons eu une formation de 2 heures. Le style de la vulgarisation est vraiment différent de l’écriture scientifique, on doit raconter l’histoire d’une tout autre manière. « C’est la première fois que mes proches comprenaient mon travail. Pourtant, quand on a le nez plongé dans notre recherche, on n’a pas l’impression que c’est compliqué. Il faut juste prendre du recul, changer de point de vue… »

Autisme : quand le cerveau entend différemment

À son entrée dans un restaurant bondé, un jeune garçon autiste, couvre rapidement ses oreilles avec ses mains. À la maison, ce matin-là, il a été attiré vers le son du piano, mais ne semblait pas porter attention quand on l’a interpellé. Se pourrait-il que ces réactions s’expliquent par le caractère spécifique du « cerveau auditif » des autistes?

Une étude d’imagerie par résonance magnétique fonctionnelle suggère que les régions du cerveau traitant les sons complexes sont moins sensibles chez les autistes, tandis que les régions analysant les sons simples sont plus sollicitées.

L’autisme en quelques mots

Les particularités perceptives, notamment quant aux stimuli auditifs, ont été rapportées dès la première description de l’autisme en 1943. On définit l’autisme comme un trouble envahissant du développement caractérisé par des difficultés à interagir et à communiquer ainsi que par des comportements répétitifs et des intérêts restreints. Au Canada, 1 personne sur 150 présente un tel trouble, dans un ratio de 4 garçons pour une fille. L’hypothèse d’une origine génétique est la plus prometteuse, l’implication des vaccins ou encore d’une relation peu stimulante entre la mère et l’enfant étant réfutée par la communauté scientifique.

L’analyse cérébrale du son

Les sons sont constitués d’ondes provenant de la vibration des molécules d’air. Ils sont caractérisés par la fréquence, soit la hauteur (aigu/grave), et l’amplitude, soit l’intensité (fort/faible). Il existe plusieurs types de son, et ils sont décodés par des régions différentes du cerveau. Au niveau le plus simple, on retrouve le son pur constitué d’une seule onde sonore. Ces sons sont très rares dans notre environnement; le son de la flûte à bec étant celui qui s’en rapproche le plus. L’écoute de sons simples implique une région du cerveau appelée aire auditive primaire. Lorsque la complexité augmente, soit par l’ajout d’ondes sonores (complexité spectrale) ou encore par une variation de la fréquence ou de l’amplitude du son (complexité temporelle), il y a recrutement d’une zone cérébrale supplémentaire, l’aire auditive secondaire. Les sons spectralement complexes sont communs en musique, par exemple, un accord contenant plusieurs notes. Les phonèmes, unités à la base de la parole, contiennent des variations de fréquence et d’amplitude, il s’agit donc de sons temporellement complexes.

Et chez les autistes?

Le traitement des sons complexes chez les autistes semble s’effectuer différemment. En fait, à l’écoute des sons spectralement et temporellement complexes, on rapporte une augmentation de l’activité des aires auditives primaires et, spécifiquement pour les sons temporellement complexes, on trouve un niveau d’activité inférieur des aires secondaires. Ces différences cérébrales reflètent les particularités auditives des autistes, c’est-à-dire un traitement supérieur des sons simples, analysés par l’aire primaire, mais inférieur des sons complexes qui nécessitent l’implication de l’aire secondaire. Autrement dit, les autistes sont meilleurs pour traiter les sons purs, mais cette capacité ne les empêche pas d’avoir de la difficulté à traiter les sons plus complexes comme la voix; ceux-ci étant souvent soupçonnés de surdité à cause du peu de réaction lorsqu’on leur adresse la parole.

Surcharge sensorielle

On trouve fréquemment de l’hypersensibilité auditive, par exemple une tolérance réduite pour les sons d’intensité modérée, chez les autistes. La perception de certains sons, comme le bruit de l’aspirateur, peut entraîner des réactions négatives comme de se couvrir les oreilles avec les mains ou le déclenchement de crises de colère. Certains croient que ces réactions proviennent d’une « surcharge sensorielle », d’un trop-plein d’informations à traiter. Comme le traitement auditif s’effectue différemment chez les autistes, ces réactions de « protection » pourraient provenir d’une difficulté à analyser certains sons complexes.

Apprendre autrement

Si le traitement de l’information est différent chez les autistes, leurs moyens d’apprentissage le sont sûrement aussi. En comprenant mieux la manière dont l’information est traitée, il devient possible d’élaborer des méthodes de présentation de l’information permettant d’en maximiser l’assimilation. Il devient aussi possible d’adapter l’environnement en éliminant les sons provoquant une surcharge sensorielle et des réactions de protection. Enfin, considérant les capacités auditives particulières des autistes, il serait intéressant de miser sur ces forces pour les stimuler. Par exemple, en décomposant la voix en sons plus simples pour leur faciliter l’accès à la parole.

 

 


 



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